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Voyage dans les backrooms d’un New-York en crise

Dimanche 5 juillet 2009

Après le « Che », Steven Soerbergh est revenu vers l’an 2008 et fait le pari de nous montrer les dessous de la crise à travers le quotidien d’une call-girl de luxe interprétée par l’actrice de porno Sasha Grey. Édifiant.

Chelsea (Sasha Grey) ne couche qu’avec des hommes aisés auxquelles elle propose l’élégance, le plaisir, mais aussi l’illusion pour une nuit d’avoir une vraie compagne (une « Girlfriend Experience », donc). A travers son journal intime, ses allées et venues entre boutiques de luxe de Soho et hôtels où elle retrouve ses clients, ainsi que par ses entretiens avec un journaliste (joué par Mark Jacobson du New-York Magazine), le public découvre les coulisses de New-York heurté de plein fouet par la crise à l’automne 2008…

girlfriend

Filmé en 16 jours avec une caméra digitale, « The Girlfriend Experience » se veut un film expérimenta et un souffle d’air entre deux grosses productions pour Soderbergh. Il a d’ailleurs été présenté dans une version pas tout à fait achevée en janvier dernier au festival de sundance. Aves des images grises et néanmoins vives, le climat d ‘un New-York réactivant le trauma de 1929 en 2008 y est pleinement rendu. En revanche, le personnage de Chelsea s’arrête à mi-chemin. On en sait trop sur elle (qui a un petit copain acceptant la situation et fait le faux pas de tomber amoureuse d’un client) pour la laisser nous glacer en femme fatale, et l’on en sait pas assez pour vraiment s’attacher à son minois de chat persan. Dans ce film, tout est vraiment glauque. Et avec raison, puisque Soderbergh dépeint un monde où non seulement tout à un prix, de la salle de sport, au sexe, en passant par le sentiment de ne pas être seul, mais il faut aussi se battre pour faire valoir sa valeur marchande. En filigrane des pas chassés en talons glamours de Sasha Grey, « The Girlfriend Experience » étale donc une critique sociale de fond profondément marxiste : dans nos sociétés postmodernes, il n’y a place ni pour l’amour, ni pour les idées, parmi lesquelles surtout pas Dieu, puisque seule l’infrastructure de la valeur marchande et de la violence des rapports de production et d’échange compte.

« The Girlfriend Experience », de Steven Soderbergh, avec Sasha Grey, Chris Santos, Mark Jacobson, USA, 2008, 1h25

Le festival Paris-Cinéma propose une avant-première du film de Soderbergh la veille de sa sortie. « The Girlfriend Experience » est projeté mardi 7 juillet à 19h au MK2 bibliothèque et sera présenté par Eric Kerven (Allociné).

Petite sortie estivale

Mardi 26 mai 2009

Très beaux jours de soleil de plomb sur un New-York transfiguré par l’été. La foule nocturne déambule bras et jambes nus dans les rues, et jeudi je dansais de joir d’avoir visité le studio d’un artiste talentueux,Serge Strosberg, sur les trottoirs de Midtown avec une jolie troupe russe. Après de longues tergiversations (Hamptons ou pas Hamptons) j’ai passé la plus grande partie du week-end en ville. Très beau pot d’adieu pour R sous le pont de Williamsburg dans un bar brésilien où les Français étaient nombreux. Soirée musique avec pas mal de comédiens reconvertis, samedi, à Washington Heights, et hier, gym, ballade dans Chelsea, puis “The girlfriend experience” de Soderbergh. Le film – qui suit la call-girl Chelsea chez ses clients inquiets avant l’élection d’Obama- m’a beaucoup touchée, décrivant le New-York du début de la crise que j’ai bien connu et me faisant ressentir avec force là très banale question de savoir si nous sommes tous et tous des objets à vendre, corps et âmes compris. Auquel cas, il faudrait se résigner à fixer un prix. Ce matin, grande virée à dix sur les collines escarpées de Cold Spring. Il s’agissait plus d’escalade que de marche, à une heure de train depuis Grand Central. Epuisée et bronzée, je vais me délecter d’un bon bain…