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Looking for a husband

Vendredi 17 avril 2009

Soirée assez cocasse avec quatre jeunes femmes russes, deux la trentaine bien entamée  une amie de mon âge, et une passé quarante ans et déjà mariée.  Nous étions toutes juives. Le rendez-vous était fixé à 17h30 au bar du four seasons, apparemment le meilleur endroit pour pêcher un mari bien loti. Chevelures impeccables, ongles faits, chaussures prada à talons sans fin, et jupe courte (bon j’avais la jupe courte et les ongles faits, c’est déjà pas si mal, non?),  accrochées au bar nous étions fin prêtes à opérer. Conversation brume d’ennui sur les mérites comparés de Cannes et Marbella, et sur Dubaï qui n’est plus ce qu’il était. A grand renfort de cocktails et de noix de cajou (généreusement offerts par nos nouveaux amis de la finance et de l’immobilier), nous avons bien tenu deux heures et demie, malgré le peu d’hommes intéressants. Un  adorable indien financier, un danois américain noir assez lourd, et à côté un grand ambitieux qui se prenait pour Obama. Plus quelques adipeux un peu édentés. Un d’entre eux a bien failli nous suivre pour le dîner mais cinq femmes pour un grand maigre un peu mou et passablement âgé,  c’était beaucoup, il s’est donc désisté. Et là miracle à  la table du restaurant italien : les conversation n’étaient  pas si légère que ça. La politique et l’histoire faisaient belle figure. Et même les anecdotes sur les dates et autres amours ainsi que les conseils pour attraper un mari ne manquaient pas d’humour. Une des russes un peu plus âgée, superbe, sachant faire ce que j’appelle “les yeux russes” (brumeux, séducteurs) et qui me rappellent ma grand-mère quand elle veut quelque chose (ça marche aussi pour une table dans un café), nous a fait hurler de rire avec une anecdote d’un date arrangé en présence de sa tante qui lui tenait fermement le bras en intimant : “Don’t let him go”. Him étant arrivé une heure en retard et puant la transpiration sur la piste de danse.

Studieuse, J’ai appris que pour trouver un mari, il faut:

1) Balayer  balivernes et sentiments

2) Se définir des objectifs : une d’entre-nous annonçait clairement que tout ce qui l’intéressait était le portefeuille, deux étaient encore dans le vague, et notre leader mariée nous vantait les mérites de son mari irlandais (effectivement charmant, beau, et attentionné, je l’ai rencontré après).

3) Mais ne pas être trop franche, après tout la séduction est un jeu, et dire directement je vais vieillir avec toi pour ton compte en banque ne marche pas, paraît-il…

Bref, je ne suis pas encore mûre pour la chasse au mari; mais il n’empêche que pour les prétendants au poste d’amant j’ai obtenu la palme ce soir avec un charmant juif du montenegro, notre voisin de table qui semblait absolument balayé par un coup de foudre rugissant. Il était peut-être un peu ivre, j’ai donc poliment parlé, me suis assise à sa table très urbainement puis me suis éclipsée en lui laissant quand même mon numéro : Il avait peu de conversation, des amis assez lourds, mais une regard insistant et une moue des balkans qui me rappellent mon grand père et qui peuvent me faire fondre…

Livre : Makine retourne en URSS

Lundi 19 janvier 2009

Le dernier roman d’André Makine confronte la Russie d’aujourd’hui et celle de la période soviétique. Un auteur russe exilé à Paris revient dans un St Petersbourg bouillonnant pour son tricentenaire et retrouve sous le vernis moderne et capitaliste les blessures profondes de l’URSS.

La Russie est une Atlantide souvent magnifiée en objet littéraire par ses auteurs en exils. C’est Tchékhov, bien sûr, mais aussi les samzdat, Nabovov et l’Archipel du Goulag. Exilé depuis de longue années à Paris où il vivote de son art d’écrivain raté et se nourrit de son mépris pour la littérature contemporaine, Choutov chérit une image distordue, de sa Russie natale. Quinquagénaire, il partage cette image figée de sa patrie avec Léa, une jeune provinciale ambitieuse montée à Paris. Lorsque Léa le quitte, Choutov n’arrive pas à se remettre de cette mort annoncée d’un amour faussé. Il décide alors de retourner dans son pays pour y retrouver sa première flamme, Iana.

Mais il tombe dans un St-Petersbourg en pleine effervescence, fêtant avec tambours et beaucoup de mauvais goût son tricentenaire. La jeune adolescente timide qu’il avait laissée pour fuir à Paris s’est transformée en parfaite capitaliste, dents longues, apparence parfaite, et débordements postmodernes à la clé. Choqué et amusé par ce nouveau pays où il ne retrouve ni ses marques, ni sa jeunesse, il rencontre par hasard dans l’appartement de Iana Volski, un vieil homme apparemment sourd et muet, que la jeune-femme envoie à l’hospice pour récupérer tout l’espace. Lors d’une veillée devant la télé, Volski se met à parler et transmet à Choutov en quelques heures l’histoire d’une vie banale et terrible à la fois : front russe, famine, hécatombes et goulag ont été le quotidien de cet homme soviétique comme les autres. Mais un amour profond a éclairé son ciel sans Dieu et sans idéal. Le pèlerinage de Choutov (qui veut dire Clown en russe) lui permet de découvrir une réalité russe qu’il n’attendait pas, bien moins littéraire et bien plus vivante que ce qu’il attendait. Mises en perspective, les amours malheureuses de l’écrivaillon russe-parisien semblent dérisoires.

Déroutant par sa structure le récit commence par se pencher sur la vie vide de Choutov pour nous emmener plus tardivement vers son cœur battant : « La vie d’un homme inconnu » en Russie soviétique. Avec intensité et simplicité, on y apprend que malgré la faim, l’injustice, et même la mort banalisée, un homme peut-être plus heureux dans un goulag à regarder vers le ciel pour y communier avec son amour que dans un salon au chaud à regarder la télé et les millions de possibilités de jouissances qui s’offrent à lui. Immense styliste, Makine mêle empathie, pudeur, et humour dans ce très beau roman. Peut-être suggère-t-il un fil rouge de continuité historique dans cette fameuse « âme russe » qui est entrain de se perdre dans l’orgie d’un peuple affamé de biens matériels. Mélancolique, grave, et passionnée, cette âme a peut-être su quitter les saynètes provinciales de Tchékhov et survivre au régime stalinien. Elle aurait continué à fouiller au-delà des apparences et des idéaux trahis pour garder l’humain en l’homme, malgré tout.

André Makine, « La vie d’un homme inconnu », Seuil, 21 euros.

« ‘ Vous savez, je n’en veux pas à votre amie Iana, dit le vieillard et il repose sa tasse sur la table de nuit. Ni aux autres, non plus. Ce qu’ils vivent après tout n’est pas enviable. Vous imaginez, il leur faut posséder tout cela !’

Sa main fait un large geste et Choutov voit clairement que ce ‘tout cela’ c’est le nouvel appartement de Iana mais aussi ce long écran du téléviseur et ce reportage sur l’élite russe installée à Londres, leurs hôtels particuliers et leurs résidences de villégiature, et ce cocktail où ils se retrouvent entre eux, et toute cette nouvelle façon d’exister que Choutov ne parvient pas à comprendre.

‘Nous avons eu finalement une vie si légère ! dit le vieil homme. Nous ne possédions rien et pourtant nous savions être heureux. Entre deux sifflements de balles, en quelque sorte…’

Il sourit et ajoute sur un ton de boutade : ‘Non mais regardez ces pauvres gens, ils souffrent ! » p. 276