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Mon amie la rose

Lundi 3 mai 2010

Quelques lignes nocturnes avant de ne pas dormir assez pour enseigner demain matin à 8h. L’humeur est passée de maussade à légèrement angoissée, ce pluvieux premier week-end de mai. Hyper-activité toujours mais avec de très belles choses, comme le spectacle de Claire Diterzi à la ferme du buisson, hier soir (critique à venir) et FINALEMENT le dernier Polanski ce soir (pour ce film, il y avait une malédiction, j’ai “failli” le voir au moins quatre fois, avant d’y parvenir). Mes cheveux sont superbes en ce moment (paraît-il) sorte d’excroissance sur mon cerveau un peu épuisé, et fruit d’une cure de compléments alimentaires sur lesquels à l’avenir je me garderais bien de cracher. Le bout du tunnel n’est pas loin puisque les cours s’arrêtent la semaine prochaine. La vraie, grande et bonne surprise de la semaine : un homme m’a offert des fleurs. vingt-quatre roses blanches comme dans “Lettres d’une inconnue”. Ça n’était pas arrivé depuis 2002. Parce qu’en général, les hommes m’offrent des livres. Ça doit être écrit sur mon front que j’aime les livres… Et même depuis que j’ai laissé mes lunettes d’intello au tiroir pour le dimanche, il ne leur vient pas à l’idée que j’ai déjà trop de livres, qui bouchent mon couloir et gagnent les étagères du frigidaire. Par ailleurs, en général, les hommes marquent leur territoire quand ils offrent ce genre de choses. Avec un petit commentaire et une signature sur la première page, comme s’ils étaient l’auteur du bouquin. On pourrait carrément entreprendre une généalogie de ma vie amoureuse en recherchant comme des étoiles dans un ballet de poussière leurs autographes… Pour les plus importants, il faudrait volontiers se pencher sur la section “internationale” de mes livres. Parce que Nietzsche en Allemand, Van Gogh en Néerlandais, et Auden en Anglais, c’est quand même autrement plus chic que dans ma vulgaire langue maternelle. Certains se sont même risqués à signer du Pasternak en Russe, langue extrêmement mystérieuse pour moi. Bref, donc, ces roses m’ont émue aux larmes. Surtout débarquant en milieu d’après-midi au bureau, comme ça juste par gentillesse (les roses rouges estampillées 2002 étaient des fleurs d’excuse). Ce petit retour à la case “compter fleurette” dans les rues de Paris (ou de Noisy) fait un bien fou, comme un grand bain de mer purifiant tous les coups bas et les drames des cinq dernières années. En face, personne en danger de mort, personne au bord de la dépression, personne en fuite du facteur humain pour écrire son œuvre (qui dépasserait l’escogriffe de première page ou trois notes mélancoliques) juste une attention réelle et élégante. Ça détend aussi des délires de mes amis, qui m’emmenant à la présentation de nouvelles prétentieuse décrite jeudi dernier, qui filmant l’hôtel amour (dont le charme à mes yeux est le joli jardin ou j’aime trainer l’été, n’ayant jamais fait escort-girl la nuit pour de luxueux types véreux) comme un hangar d’érotisme macabre”à la” Eyes Wide Shut : luxe, coke et sexe triste entre squelettes. Il y a aussi ceux qui me traînent à des vernissage d’art abstrait ou je dois faire semblant d’être fascinée par des toiles  blanches avec un trait noir (“mais tu comprends, la ligne en fait c’est un vide découpé, c’est le vide qui crée les nuances de gris”, moui, et si je ne ressens rien, c’est “mal”?). Et enfin, ceux qui suivent les cours d’acteurs chevronnés, massacrant systématiquement  et avec une justice arithmétique  tout texte sur lequel ils tombent, en hachant les mots, et enlevant la ponctuation, jusqu’à rendre le texte incompréhensible. Et ça marche encore mieux avec le flux de conscience pédants de jeunes auteurs contemporains qui se la racontent des tonnes, avec des scènes forestières suivant des scènes SM qui pourraient presque être drôle si tout le monde ne prenait pas tout ça tellement au sérieux. Malheureusement la technique de hachage ne fait pas disparaître la monotonie médiocre de ce genre de textes. Heureusement restent les amis qui picolent sans se faire mousser, ceux qui maternent sans trop angoisser, et ceux qui tombent amoureux pour mieux se remettre après s’être très vite cassé le nez. Et surtout ce formidable bouillonnement d’énergie que je sens autour de moi, qui m’emporte dans de nombreux projets et qui m’avait tant manqué l’an dernier. Ceci étant dit Manhattan me manque, et je pense bientôt me renvoler…

Et au programme des jolies choses à faire une fois que l’école est finie : écrire, bien sûr, et volontiers une chronique sur mes taxis parisiens. J’ai toujours des conversations hallucinantes avec les chauffeurs parisiens. Il a celui qui est coiffé comme Elvis et chante le King à tue-tête le long des quais (après avoir demandé poliment la permission), celui avec qui je parle exclusivement de parfums, celle qui est en fait décoratrice d’intérieur, et celui de ce soir était évangélique, et m’a donné un cours de théologie… je me demande si on ne pourrait pas remplacer les cours par des courses en taxi…

Sur ce au lit, pour enseigner la tolérance demain. Une notion que j’ai du personnellement remettre en cause ce matin, quand à 8 heures (un dimanche) des Loubavitchs déchaînés ont entonné des Nigounim avec assez de décibels pour faire trembler le quartier pour exprimer toute leur joie d’avoir reçu la Torah. Le petit post de protestation sur mon facebook à engendré une mini-polémique, assez débile ma foi, si bien que par souci de mon cher petit sommeil je risque de passer pour une affreuse antisémite…