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Villa Medici

Lundi 24 janvier 2011

Vacances romaines de quatre jours avec deux complices pour rejoindre mon ami Eric Debris, chanteur punk du groupe métal urbain, graphiste et photographe. Des graphs d’Eric étaient exposés à la Villa Medici au coeur de l’expo europunk et Eric mixait pour la soirée d’ouverture. Mille et une nuit dans le saint des saint de la résidence artistique à la française…

Arrivée jeudi à 18h, à peine le temps de poser nos valises dans notre suite d’hôtel très “lancé”, dont j’ai après exploité les bains bouillonnants et le sauna jusqu’à ne plus avoir une goutte d’eau dans l’organisme, et nous voici devant le saint des saints : la villa medicis, qui surplombe tout Rome depuis les hauteurs de la piazza di Spagna. Avec déjà une bouteille de vodka étrennée dans l’avion, et des tenues plus glam que punk, nous avons sillonné les couloirs de l’exposition colorée dédiée à la culture visuelle du mouvement punk européen, qui se voulait pourtant en révolte contre tout art. Après trois flopées d’escaliers, nous voici sortis de l’expo pour atteindre une terrasse d’on l’on voit tout Rome. Air frisquet mais temps dégagé. Et surtout ambiance bon enfant, quelques habits punks, beaucoup d’hommes âgées élégants et quelques jeunes filles avec envie de faire la fête forment une foule cosmopolite et trilingue (Français-Italien-Anglais) qu’Eric n’a pas tardé à faire danser, avec du punk bien sûr, mais des variations qui pouvaient aller de Jacques Dutronc à David Bowie. Cocktails à la vodka poire, forte envie de danser, mitraillage de photos et impression d’être vraiment privilégiés. Vers onze heure, nous avions l’impression d’être allés au bout de la nuit et somme allés dîner sur la via veneto, garde en son jus, et parfaite pour nourrir encore un peu notre “Dolce Vita”. Encore une petite vodka et mon italien que je n’ai pas jamais appris est revenu comme une langue familière. de taxi en taxi et de restaurant en restaurant, j’ai bel et bien baragouiné.  Si bien qu’à 8h, j’étais fin prête pour la gym, pas de travail, puisque pas de connexion internet, et en bon guide petit tour autour du Corso jusqu’à la piazza navona. Je n’étais pas retournée à Rome depuis 5 ans, même si je connais la ville par cœur pour y avoir passé un bout d’été dans le trastevere, une longue semaine studieuse avec mes trois meilleurs amis en fin d’hypokhâgne et plusieurs séjours en mascotte du groupe musical septuagénaire de ma grand-mère : la fugue, quand j’avais 16 ans. Je n’étais donc pas pressée d’abattre du musée, et ai entraîné mes deux complices, Eric et trois de ses amis délicieux et artiste dans une bonne pizzeria puis dans une longue marche sous un soleil timide mais néanmoins réjouissant. Passage obligé à Saint-Louis des français, pour ses caravages, qui étaient commentés en live et en hébreu, rien que pour nous. Petite sieste de rigueur dans l’après-midi, puis nous sommes retournés dans le ghetto à la recherche d’un restaurant. Le guide du Time Out étant extrêmement mal fait, notre trattoria sur la Piazza Farnese n’existait pas et après avoir échappé à un dîner branché dans un restaurant hanté par le sosie de Philippe Starck (ils voulaient nous asseoir à la cave, dans l’odeur délicieuse des bouchons moisis), nous avons fini par trouver un endroit simple sur une petite place, avec en face un bar comme on les aime, baroque, musique motown, ambiance chiaroscura, et re-vodka. De retour à l’hôtel, papotage tard, et mauvais temps le lendemain, mais qu’importe, nous étions à un jet de pierre de ma chère Villa Borghese, où j’ai pu re-adorer l’enlèvement de Perséphone du Bernin, et voir une drôle d’expo Cranach qui arrive bientôt au Luxembourg. Facétieux, les italiens présentaient Cranach comme un montre du détail austère face à la sensualité évidente des italiens qui lui étaient contemporains (oh le vilain parpaillot!). A la réflexion, pas si sûre, ses Lucrèces, et ses Venus ne se cachant pas derrière des voiles transparents me parlent beaucoup plus que les couleurs foisonnantes d’une Raphaël. Bref, après cette “autre renaissance”, ou j’ai notamment découvert un sacrifice d’Isaac (désolée pour l’affreuse version), nous sommes rentrées nous goberger dans les bains bouillonnants.

Le soir, private party dans la chambre d’Eric de la villa Medicis. passage par la petite porte pour grimper jusqu’à sa chambre immense avec une vue imprenable et un plafond qui triple celui de mon appartement. Barolo, mozzarela di Buffala en guise d’apéro, puis retour dans un restaurant fantastique où j’étais allée avec ma grand mère et un fantastique vieux cousin d’Afrique du Sud, mort depuis : Michel. Probablement le meilleur foie de veau de ma vie et les artichauts à la romaines étaient hors de ce monde. Par ailleurs, les hommes italiens savent vraiment regarder les femmes et c’est fort agréable d’arrêter d’être transparente, même 4 jours. On nous a offert des roses… Longue discussion et grands fous rires, et puis il a bien fallu se coucher, alors que je terminai mon troisième mauvais  roman du séjour. Dernièrement mes aventures en littérature françaises se bornent beaucoup à connaître à fond la sexualité de Claude Lanzmann entre 75 et 85 ans (un poème) et les sessions de prise d’opium et LSD de Michel Foucault. Pourquoi pas, mais surtout pourquoi ? lus d’infos sur cet épineux problème dans le best-off des articles de la semaines.

Le retour des affreux, des sales et des méchants

Lundi 6 juillet 2009

Le film culte de Ettore Scola, “Affreux, sales et méchants” (1976) ressort en salles le 8 juillet. Copie restaurée pour une épopée familiale pleine de haine.

Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1976, “Affreux, sales et méchants” fait la satire d’un prolétariat corrompu par la société de consommation. Sis dans un bidonville de la banlieue de Rome, le film fait la satire d’une famille nombreuse étouffée par son patriarche : Giacinto. Le grand Nino Manfredi joue ce vieux borgne autoritaire est assis sur ses sous, orchestrant les diverses perversités d’une nichée réduite à l’état animal de bouffer, dormir à même le sol, baiser dans tous les sens et se reproduire. Le dimanche ou pour les baptêmes, ils vont en congrégation à l’Eglise mais c’est pour mieux se jeter sur les spaghetti et fomenter des projets d’assassinat après.  L’argent fascine tout le monde, jusqu’à la mémé sur son fauteuil roulant. Les femmes couchent pour deux lire ou par ennui, les hommes par obsession, et la crasse morale et physique s’entasse dans ce qui semble un état heureux de profonde non-réflexion. La seule grâce que ce film de haine accorde est  le personnage fellinien de la gironde maîtresse de Giacinto, Isinde ( Maria Luisa Santella) qu’il installe dans son lit avec sa femme.

A l’origine, Pasolini devait écrire une préface qui aurait été lue au début du film, mais ila  été assassiné avant de l’écrire. Livré sans gants et sans grille de lecture, “Affreux, sales et méchant” pousse la haine de la famille jusqu’à l’extrême limite de l’insupportable. On rit, non sans gêne, et la comédie impose tout ce qui est vil et bas sans merci pour un  spectateur ligoté. C’est dérangeant et c’est donc sensé être fort, à l’instar de “La Grande Bouffe” de Marco Ferreri (1973).  On peut aussi continuer de préférer la tendresse humaine de “Nous nous somems tant aimés” (1973) et d'”Une journée particulière” (1977).

“Affreux, sales et méchants” passe ce soir à 20h30 au Nouveau Latina, dans le cadre du festival “Paris Cinéma”.

Il ressort en salles mercredi 8 juillet.

“Affreux, sales et méchants”, un film d’Ettore Scola, avec Nino Manfredi, Italie,  1976, 115 min.