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Du côté de la Chine

Jeudi 13 mars 2014

Une perle d’été monte dans un vieux décor
Le sel et la braise ont muté
L’ellipse se commande en renfort

Finalement reposée, je dérive sans aucun effort
Je froisse un peu de papier
J’apprivoise la neige
A grand renfort de soleil excité

Un pied puis l’autre au sommet du glacier
L’excès s’est tassé, et l’ancien a quitté le port
Saint-Tropez ou les lacs gelés
Le passé n’est que luxe et confort

Une légère tristesse survole l’adulte brasier
Comme une plume rappelant qu’on peu faire mieux, encore
Transpirante, musclée, statique centaure
Je cavale des kilomètres à pied,
Dans les ronronnements placides du temps morts.

Vivante, revenue au château-fort
A la force d’étau du temps des rêves,
Je reçois des colombes violentes et des paniers tressés
Je caresse les cous, les corps, les trépanés
Je dévore des heures décérébrées
Où un sein, puis l’autre, s’évente de ressorts.

Sautillante plutôt que serfe fanée
Je frictionne un dos d’intimité
Sans visage auquel sourire au pied levé…

Solitaire plus grand que le Bosphore
Le plaisir est une mer verte et bleu et irisée
Que je trouve dans les draps blancs, le bois chauffé,
Je souffre mais je suis encore.

Une perle d’été coule sous la paume d’après,
Le sel salive une distance estropiée
Encore quelques raccords jusqu’à l’éternité

Eveillée, je mens
Mentalement prête à l’effort.$

Acrobate

Mercredi 26 février 2014

La peau orange des nuits enfin pelées
Et le poil dru des soirées où l’on dérange
Plissent le temps d’étoiles passées
Il y a d’abord l’absence, pleinement compensée
Puis cette transe : Cul-tannée en licence..

Le crâne ouvert, les cuisses croisées
Un peu d’éther, pour deux poignets
Ma vie est un grand courant d’air
Où l’assurance est pleinement risquée

Tout recommence, le bar, le marché
Les nuits étalent une indifférence pleine,
Et flattent la conscience de légères saveur
En  pâtés de volonté pleinement rafistolée

« Non », j’ai dit et c’est l’aurore de la piété
Non à la folie conforme et au sacrifice des idées
Non aux regrets des morsures
Non à la pluie et aux mesquines serrures

Une nouvelle limite est posée,
Au-delà de la survie, au-delà du respect
Une limite qui libère : gin, mots croisés, sommeil et trèfles foncés
Les mille feuilles de la volonté fondent la bure,
Pour briser le guet.

Dissoute et déridée, la peur met son masque au fleuret
Délestée sous la voûte des illuminées, je perdure
Et retrouve une bien jeune identité.
L’aventure, c’est se retrouver.

Moi c’est, Moi c’est ?
Le mélange, le galop et le goût métal de l’étrange
Le sucre exagéré et le sacre d’une vraie pensée.
Moi c’est non aux vieux plats préparés
Et je décongèle une force
Que le plomb précis avait floutée.

Moi c’est non
Et le oui viendra – ou pas –
Dans la grange des gentils acrobates sans filets.

Pinces en forêt

Mardi 28 janvier 2014

Sous la table, la gaité désossée
En pince pour les brebis égarées
Dressant sa grande nappe rouge de passé
Elle négocie, ciel à ciel, pied à pied
La liberté des grand blues

Nez à Nez avec un grand corps qui bouge
Elle a aligné cidre et cyprès
En un carnaval de gris perlé
Une course d’idées éméchées
Au gâchis de l’herbe qui pousse

Le cerveau laminé par les années de nuit
Des kilomètres de peur infrarouge
La confiance a offert le fœtus qui bouge
Edenté et percé de gâchis qui s’émousse

Le futur d’une duet adoubé
Choisis pour le ventre plié
Et l’identité farouche
N’a pas résisté à la faux sans terre
L’atterrante fausse vie qui irrigue la couche

La couperose est tombée, ennemie
Aux mains manouche d’un magicien morose
Petite fille, boulimie, trop forte et trop douce…
La souffrance s’émousse, le deuil se poursuit
Dans l’infinie terreur du gaz qui repousse

Nécrose banale des jours bénis
La complicité s’étouffe de surprise
L’effet ébruité de la crise se sclérose
Et l’on rompt le pain et l’avenir des survies

L’avenir se pend aux voiles de la folie
Le passé étrangle les mains amies
La pire chose échoue aussi
Descendre aurait été l’apothéose…

Quand l’amour se plie dans l’insensé
Reste un vernis, les regrets, bien de choses
Et je reprends amidonnés et moisis les habits neufs
D’une liberté vieillie et qui s’impose.

La vraie vie

Jeudi 26 septembre 2013

Celle où la valise roule entre les feuilles nues,
Où les pieds hésitent entre une pluie acide
Et un pseudo-transit qui n’en finit plus

La reine vieillit, casée au damier du convenu

Celle où l’envol s’arrête cul sec
Cheveux mouillés et joie perdue
Le froid conserve l’échec

Cavalier est ce pion qui ne me regarde plus

Celle où le regard vide n’écoute déjà plus
Les paroles lourdes éventent notre vide
L’attention, c’est encore le temps perdu

A cheval sur le travail et le tête à tête,
L’ennui prend peur pour que le fou éternue
A la santé des foules et des raisons toutes faites
Celles des amants maudits et des petits poètes…

A cheval sur la Tour qui manque
Et au tournant d’une faillite
Elle a faibli, la tourterelle
Celle dont la vraie vie transige pour le transit
Celle dont la cage est carrossée d’or nu
La reine a failli entre deux fous, s’enfuir
Mais revient, défaite, à la case attendue.

Celle dont la vraie vie transige
Ne rêve plus de feuille vertes
De sève hyperactive
Et de feux malicieux

Le carrosse des journées nues
Plonge le vertige dans une potion-vertu
Et le ventre de Paris devient portion congrue
Laissant place aux boulevards bourgeois
Et au ciel bas des ambitions perdues.

Celle dont la vraie vie transige
S’éclipse à petit feu
Coincée dans le carrosse
Elle prie
– Elle se prépare aux Adieux.

Porte Dorée

Vendredi 19 octobre 2012

Des léopards gris ont levé le pavillon des colonisés
Emmitouflée de haillons aux peluches lacérées
J’ai posé la main sur les oreillons
Et aucun grain, aucune gorge, n’a sifflé

Coup de torchon sur l’Amitié,
Ensevelie sous la croix des sans-passion
Coup de chiffon sur mon propre reflet
Là où l’étoile reste en pole-position

Devant les grands chignons des Vahinés
Entre deux bataillons bien français
D’autres fantômes se sont soulevés
Sans bruit, les bras ronds et vides comme mes carnets
A plat, sous des tropiques ganachés, j’ai épousé l’abandon.

Aucun génie ne pleure jamais, même à grands blousons
Dans l’absolution, se cogne le blues, le seul, le vrai
Il a les yeux de la couleur de ses talons
Et un goût sucré, sans calorie, ni décoration

Sur le trottoir-boudoir, sous la pluie anisée
Il faudrait avaler une potion de solitude-sanction
Sacrifice des éclairs aux moignons de luminosité
Tous les cafards sont noirs, une fois Kippour passé

Reste une colère, la suspension du strudel contrarié
Sur les os qui restent en tension, bien entassés

Frigorifiée, je reconnais les vocalises des esclaves du passé
Les mêmes voix, mais venues d’un lieu où l’avenir existait
Avant, dans le jaune meringué des tartes au citron
Dans les vestiges d’une histoire qu’on n’avait pas négociée
Avant, dans l’indéfini angoissé de vieilles superstitions
Du temps où parcourir l’éloigné était une libération

Et puis peu après, la même voix, le givre épais
Et un double dans une toile du Midwest, pleine d’horizon
Et puis peu après, l’automne fané puis le miel et l’oranger
Une fusion à pas feutrés, derrière les verres de la raison

Comment aurais-je su ?
Que le désir ne faisait qu’une apparition
Dans un long film de débuts non-sous titrés
Comment ai-je renoncé ?
Au repos, au temps long, aux tons arrêtés, à la fumée et aux bonbons.

Comment s’est crevé l’inaperçu et où a disparu l’espoir ?
Me demandent de grandes ailes léopardées d’occupation
Porte dorée, l’amer a rendu ses tristes grâces
A la chute historique d’un filet à papillon.

Ritournelle

Lundi 7 mai 2012

Au coin du marché voisin
J’ai rencontré, menton embusqué
Dans un longiligne gilet citadin
Le fantôme français et endimanché
D’un chagrin passé : cicatrisé et mis en plis.

Ce n’était pas n’importe quel matin
Toute pimpante et de musique casquée
Je m’en allais voter, passeport en main
Marchant vers l’isoloir, éternelle minorité
J’allais sans minauderie, ni baguette de pain

Épisode d’une rassurante banalité
Avec la pluie et même sans Bastille
Il n’y avait rien de plus Parisien
Et pourtant des années après
J’étais loin, des élections, de loin

De la pharmacie à l’étal du boucher
Le fantôme vaquait à son quotidien
Il était connu, je l’ai reconnu, il m’a souri
Il était accompagné d’une longue moitié
Et cela m’a heurtée comme du parpaing

Et je me suis dit comme ça, pour rien
Que si j’avais été assez longue, assez jolie
Mon fantôme lointain, je l’aurai gardé
Si j’avais su être moitié plus, moitié moins
Je l’aurais peut être conquis, vingt sur vingt.

Perches en rafales

Vendredi 4 mai 2012

Sur un talon perché, bancale et affamée
Je décale une multitude de contrariétés
Éclatante entre deux écailles et pétrie de futilité
J’ai la critique toujours aussi radicale
Et pas de fleurs de Bach aux souliers

J’attends mille vingt trois rafales
Car le pire est aussi sûr que ma fierté
Humble et timide en arrière-cale
J’avance une vues frontales sur coussinets

La douleur pâle a déserté

Restent l’ennui aux cheveux sales
Et de grosses lèvres à dandiner
Trois grandes douleurs, d’un rouge Bengale,
Rongent l’astragale, placent le tibia en collier

Sur une fesse, sororale, je joue à demi-gré
Pose de masque et rituel d’anxiété
Je place quelques éponges de liberté
Sous la lumière amère des étoiles
Je culbute dans le grand oral – à peu près

Tout vient à point, sans bris de pieds
Saignant peu à peu l’ombilical
On oublie ce qu’il faut classer
Sous les ongles tapissés de corail
Sur la nacre des abordages manqués

Soudant les dorsales d’un hiver périmé
On oublie qu’on a pu avoir mal
Mal à tout vouloir écorcher.

A cappella, collée sur le sol dépecé
Sur un talon à peine perché
La tête cogne le bocal du sol
J’ entends mille vint trois rafales
Je retrouve la science exacte du risqué.

Treuil tardif

Dimanche 6 novembre 2011

Les pieds noirs de Paris
Quand les masques font tatouage
Quand les talons frappent le roussi
Des fins alliages sur cernes sages

J’ai peur d’une ombre, d’un partage
Les dessous de la tendresse me soucient
Éparpillée, je prends de l’âge
Et laisse trotter les choix précis

Les bottes frottent le parvis
D’une cathédrale aux mille virages
Où tous mes cavaliers sont assis
Je presse la vie vers le carnage

Mais le désastre se travaille aussi
Auprès des druides, le long des pages
En petites touches noires de sursis
J’ai oublié toute la force et ma rage
Pour flotter, méprisable, dans l’indécis.

Zagreb

Jeudi 20 octobre 2011

Fixer ce plafond, tout juste un mois,
Croiser les jambes, changer de ton
Une Calèche a percuté l’avant-bras
D’un course vernie de vagabonde

Faxe et fonce, et ne tombe pas
En tête des captures abondes
J’ai trouvé un grand manège de bois
Battage au giron, mater tabula
Je gratte, partage,  je manque d’air.
Je porte, donc je n’écris pas.

L’insomniaque s’est saisie du bord de mer :
L’amer, c’est le sucre qui ne nourrit pas
Pas à pas, les portes s’affairent
Et les fers avancent, en claviers sournois.

A petit feu, je me laisse faire
Par l’ami colle et ses vieux rabats
Par mon collier, ses scies en dents de soie
Et aussi : par des pieds – plats
et des pluies – en cuiller…
<Allongée pour un livre ouvert>

Tournent les mèches, tours de Paris
Je rejoue la scène de la calomnie
Au galops cintré des matins trop cuits
Après ceux qui réapparaissent, indéfinis
Quand je siffle un air de Barbara.

“La solitude, c’est très précis
Perma-nente et chapeaux bas !
On ne baisse pas cents fois – c’est trop bourgeois
On dit au revoir, on remercie :
J’ai troqué mes griffes pour du lilas.”

Je vis dans l’ombre d’un voilà
Oracle sûr des mêmes soucis,
Fixe le plafond, la tête en bas.
Je ne baisserai pas les doigts :
Les cratères de mes ébats s’ossifient,
J’aurais du parler seule, ce soir aussi.

Milosz encore

Jeudi 19 mai 2011

Tandis que je prépare ma double conférence pour Prague, la semaine prochaine, je me replonge dans l’écriture de mon poète polonais favori.

Voici, sans conteste, son poème le plus habile.

RIEN DE PLUS

Il faudrait que je dise un jour
Comment j’ai changé d’opinion sur la poésie
Et pourquoi je me considère à présent
Pareil à l’un de ces artisans du Japon impérial
Qui composaient des vers sur les cerisiers en fleur,
Les chrysanthèmes et la pleine lune.

Si j’avais pu décrire comment les courtisanes vénitiennes
Avec un roseau taquinent un paon dans la cour
Et du brocart mordoré, des perles de leur ceinture,
Délivrent leurs seins lourds, si j’avais pu dépeindre
La trace rouge de la fermeture de la robe sur leur ventre
Tels que les voyait le timonier de la galère
Débarqué au matin avec son chargement d’or,
Et si, en même temps, j’avais pu trouver pour leurs os,
Au cimetière dont la mer huileuse lèche les portes,
Un mot les préservant mieux que l’unique peigne
Qui, dans la cendre sous une dalle, attend la lumière,

Alors je n’aurais jamais douté. De la matière friable
Que peut-on retenir ? Rien, si ce n’est la beauté.
Aussi doivent nous suffire les fleurs des cerisiers
Et les chrysanthèmes et la pleine lune.