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A fine Monday

Mardi 14 avril 2009

Depuis trois mois, j’ai l’impression d’être lancée dans un immense toboggan et que mes pieds glissent sur les rebords quand je tente de m’arrêter.  J’ai peur et je déteste perdre le contrôle. Je regarde cela de loin, et je trouve ça intéressant plus que distrayant.  Mais il y a des jours -rares- où c’est plutôt agréable. Aujourd’hui cela a fini par être le cas. Travail efficace ce matin, plus de fichage et de la rentrée de données dans ma petites tête et sur mon grand clavier, que de l’écriture, mais bien. Je suis aussi boulimique de films (trois hier), et je dois dire qu’en temps de pénurie, j’apprécie de plus en plus Kate Winslet que je trouve à la fois formidable actrice et extrêmement sexuelle. J’avais peur de voir “The reader”, pas très sûre des raisons qui m’ont fait aimer le livre de Schlink en Allemand et en Français, et encore moins sûre qu’une adaptation cinématographique évite le camp inévitable du “fascinant fascisme”. Mais je dois dire que j’ai pleuré comme une madeleine, un peu honteuse, la nuit dernière, en regardant le film. Fiennes est affligeant, toujours dans le même rôle de ses grands yeux gris depuis le patient anglais, mais winslet, avec ses yeux butés, ne parlant qu’avec le corps, forçant à peine sur l’accent allemand, dans une espèce de don intègre et animal, était époustouflante. Le diable au corps et le vide dans la tête, et les cassettes de son étudiant dans les oreilles. Parfaite approche des textes.

Parlant textes, Henri Meschonnic est mort, pas très vieux, et c’est un peu étrange. Sa  Critique du rythme est encore dans son cellophane sur mon étagère à Paris, relique de mes études à la Sorbonne et son utopie du juif m’a parue bien obscure, mais il a été un précieux allié pour plonger dans Celan. Il y a aussi un coté un peu XIX e siècle chez lui, qui donne à sa disparition une double dose de nostalgie.

Sinon, soirée très agréable, plein d’énergie pour la gym, et mes plus proches amis étaient réunis ce soir dans un bar du lower east-side, R. avec sa nouvelle frange très Williamsburg et D ravi de rentrer de Miami et plein d’anecdotes et de wit à la bouche.

Pause film, ce soir, je vais lire et PAS sur des juifs morts.

Bon, petit post sans prétention pas parti hier soir faute de connexion. Du coup je peux ajouter que j’ai plutôt lu sur les poètes morts. ted Hughes, birthday letters, retour sur sa relation avec sylvia plath trente ans après. Très inspirant, car beaucoup d’images fortes et très peu de musique.

Jolie…

Samedi 11 avril 2009

La solitude peut prendre des proportions absurdes sans peser bien plus qu’un ballon de baudruche. On s’habitue, c’est tout, et c’est moins cruche. Ce soir, puisque mes parents adoptifs étaient malades, que je ne suis pas censée être au courant qu’une de mes amies était à une fête et qu’une deuxième amie a simplement décidé de ne pas m’appeler comme convenu à 19h au Moma, ah et j’oubliais, puisque le hommes ont la troublante habitude de me laisser au milieu de la rue quelque part dans l’East village, je me suis rendue seule au concert de Jolie Holland qui jouait pour trois fois rien au charmant café-librairie solidaire de Soho, “Housing Work“. M’étant réfugiée à l’étage pour lire le temps que la scène s’active (le concert était annoncé à 7h, Jolie a joué à 9), je me suis assise sur les marches, où j’ai pu tout voir. C’était inattendu mais la sonorisation était bonne, bien meilleure que dans un concert hall comme le Terminal 5. La taille de la salle était idéale pour le folk intimiste et la voix rauque de Jolie.  J’étais bien accolée à ma rampe d’escalier, détendue à en prendre racine ou à m’endormir. Incroyablement vulgaire avec ses cheveux roux et son jean moulant des hanches de latina après l’heure de la bombe, Jolie Holland est encore plus fascinante sur scène que sur ses cds trop policés. Sa voix et ses mains arrachent tellement le micro, la guitare et une sorte de violon rectangulaire artisanal, qu’on se moque complètement qu’elle se rate une chanson sur deux pour reprendre le début. Sans concession, elle a évité TOUS ses hits de “escondida” et fait participer trois autres voix complètement écrasées au programme des festivités. Mon voisin de marche était un charmant universitaire de Dallas, aussi seul que moi avec qui nous sommes allés dîner au café colonial. Conversation improvisée autour de Flannery O’ Connor, de Patti Griffin, et de la vie comparée Texas/Manhattan. Cette fois-ci c’est moi qui l’ai  laissé devant son hôtel, après avoir joué les cicérones mutines, pour rentrer lire, écrire et  écouter plus de Jolie (bon de Callas aussi, on ne se refait jamais complétement)

Au demeurant

Jeudi 9 avril 2009

Premier Seder de Pessah à New-York ce soir chez mes parents adoptifs.

Grande nostalgie d’un certain dîner de Pâques, il y a sept ans où j’entrais vraiment dans le printemps de ma vie, après une adolescence au visage gris, lors d’une longue marche d’une nuit le long du lac de Chicago. Damn it! Si la seule fête juive pas déprimante me donne désormais le cafard, je suis vraiment mal partie.

Mais après deux, trois verre de vin, et dans ma robe rouge vif, je me suis presque sentie à la maison ce soir. D’abord, la longueur et la chaleur des prières sous la houlette impérieuse de Larry m’ont rappelé mon père. Ensuite, je me suis trouvée utile puisque J’ai été invitée 3 heures avant à aider à couper les oeufs et le persil, ce qui me flatte, étant donné que ce n’est pas un domaine où j’excelle publiquement (j’ai pour habitude de cacher que je sais cuisiner, c’est plus sûr).

Jolie tablée où j’ai retrouvé une lady américaine vivant à Rome pour voisine (10/10 question élégance), les cousins de Larry et Beth, un adolescent de 13 ans qui a traversé l’enfer et m’a vraiment beaucoup émue,  et surtout j’ai rencontré une américano-ukrainienne de Denver pleine de vie : Anna.

Nous avons fini en filles complices à l’excellent bar à cigares “Bar and Books” (Lex & 73rd) à fumer des barreaux de chaise et boire du coca light. Notre voisin était un charmant colonel néerlandais, mercenaire au service de la paix à l’ONU (oui je sais, je suis maudite, abonnée aux hollandais, des bords du lac Michigan aux Saunas de St Moritz, en passant par les bars de New-York, je  vais bien finir par l’apprendre cette langue chuintante, ne serait-ce que pour lire les textes d’arnon, qui m’a envoyé ses articles sur l’irak à déchiffrer, tâche impossible). Jolie conversation de trois égarés dans un bar chic à la foule bigarrée et assez âgée, où chacun disait adorer sa vie et new-york et le luxe. Nous sommes censées traîner le pauvre colonel à la synagogue BJ (celle où le service est baigné d’un esprit libre et d’une musique à la Simon & Garfunkel) dans dix  jours. Il en a vu d’autres ayant couvert notamment la guerre en Yougoslavie…

Les montagnes escarpées du nouveau monde

Dimanche 5 avril 2009

New-York calmement et si longtemps est vraiment une expérience très étrange. Je crois que je n’ai jamais été aussi posée et aussi sage depuis le lycée, et pourtant… Au long fleuve tranquille des journées passées devant mon ordinateur et des soirées à lire des vieux rabats-joie sur la sécularisation et le christianisme, des pics vifs de vie viennent me griser. Ces derniers jours j’ai eu le temps d’être follement gravement amoureuse, et d’un instant à l’autre de sauter dans un taxi pour retrouver un “date” assez platonique mais tendre, tout en parlant avec Paris dans la voiture où un homme que j’ai vraiment aimé m’a demandé en mariage “out of the blue” trois ans après. J’ai dîné avec un couple improbable et touchant : lui japonais chrétien, elle juive française avec l’accent du sud dans ma langue, elle ancienne enfant cachée et psy, et lui travaillant dans les assurances. Ils se parlent en anglais, aiment cecilia bartoli, se sont rencontrés sur une île où l’on médite sans électricité et s’aiment depuis des années. Le moment le plus mignon a été quand elle a voulu m’apprendre à remercier en japonais pour le dîner divin et m’a dit de dire “toda raba”… J’ai aussi réussi à être malade, à me réveiller dans des sursauts d’angoisse à 4 heures du matin, à me mépriser de travailler lentement, ce qui n’est pas mon habitude, à me laisser impliquer dans les histoires sentimentales compliquées de trois amis (objectivement, il faut soit que j’arrête de donner des conseils de coeur vu ma situation déplorable, soit que je fasse carrière comme journaliste à cosmo), je me suis mise à cuisiner, j’ai bu du champagne tous les soirs, à la maison et dans des bars branchés du lower east-side et du west-village. J’ai fait la queue pour l’ouverture du très vulgaire “top-shop” de Soho (yaelestunemidinette.com). J’ai essayé des perruques. je suis allée voir Rigoletto qui est vraiment un opéra parfait, aussi loin soit-il de ma sensibilité et j’ai adoré DANSER. J’en sors et c’est fou comme c’est bon, sans aucun “paradis artificiel” et même sans alcool (mais peut-être étais-je shootée aux antibiotiques) de bouger, de sentir son corps et d’y prendre du plaisir. J’aime cela depuis l’enfance et ne le fais pas assez, le tango étant vraiment une discipline. Bref, si je n’arrive pas à briser la cage de verre, au moins avec le recul, je pourrai dire que 1) j’ai vraiment essayé d’être heureuse à la Pascal en restant en repos dans une chambre 2)Que j’ai vu pas mal de morceaux étrange d’un new-york éviscéré par la crise 3) Que j’ai peut-être failli m’oublier dans tout ça.

Routine d’une jeune femme gâtée

Lundi 23 mars 2009

Rien de notable dans les derniers jours, je retourne dans des bars que je connais et apprécie (le carlyle, le 10X44), j’ai vraiment laissé une valise au Met, mais Rusalka était décevante samedi, alors que j’avais déjà entendu Fleming dans le rôle à Paris et que c’était époustouflant. Mes convertis me tiennent compagnie et leur conversation est passionnante. Je me suis mise à les lire à Saint John the Divine pendant la messe, c’est peut-être un peu impie mais ça donne tout de suite le “la”.

Au rayon des amitiés, brunch ensoleillé hier, avant le yoga, puis café sympathique avec mon hollandais de Bagdad à qui j’ai promis de faire un grand ménage avant Pessah (techouvah est proche), et j’ai été pourrie gâtée par mes parents adoptifs qui m’ont offert un châle Hermes pour mon anniversaire.Par ailleurs, nous avons de longues conversations avec D. sur la crinière de Louis Garrel, que nous décrivons comme ébouriffée et légèrement ondulée. D pense que si on lui coupait les cheveux, notre jeune premier neo-nouvelle vague verrait sa carrière se finir. J’en suis moins sûre, la coupe n’étant qu’un des attributs de sa nonchalance. Afin d’arrêter d’écrire de très mauvais vers et de buter encore sur mes redondances solitaires arrosées de musique baroque et de choux de bruxelles, je vais me coucher avec “Dieu et la NRF”. Je sais ça fait beaucoup de monde dans le lit, mais bon c’est enfin le printemps!

L’Armory au mouroir

Vendredi 6 mars 2009

En ce moment, New-York devrait vivre au rythme endiablé de l’Armory Show, la foire annuelle d’art contemporain. Mais, effet de crise, panne d’inspiration ou flemme de traîner de belles pièces, les galeries et leurs galeristes offraient un spectacle désolant aux quelques visiteurs qui se sont risqués sur les bords de la rivière Hudson hier soir.

L’Armory show est la foire d’art contemporain de New-York. Hier était le premier jour d’ouverture de l’exposition au grand public. Les galeries déploient leurs trésors sur les bords de l’Hudson River, tout à l’ouest de Manhattan, à la hauteur de la 55 e rue.

Malgré ses airs de hangar à rave, le lieu de la foire respire la petite mort d’ennui devant un bon vieux (et médiocre) Picasso. Plus d’une centaine de grandes galeries internationales sont pourtant réunies dans cet évènement, qui, depuis sa création en 1999, est censé être une vitrine mondiale de l’art moderne et contemporain.

L’étage (Pier 92) réunit les plus grands galeristes (Malborough, Daniel Templon, Leonard Hutton) et regroupe des œuvres déjà classiques. On y trouve effectivement des Basquiat et des Sam Francis de qualité. Ainsi que quelques notables Stella, Wesselmann, et Manolo Valdes. Engoncés dans leurs costumes très bien coupés, les exposants et leurs rares publics font la gueule des grands blasés dans des fauteuils confortables. C’est pourtant la partie la plus intéressante de l’exposition.

Après avoir descendu en bon ordre un escalier croulant en féraille le visiteur atteint Pier 94 et la vaste panoplie des galeries qui devraient montrer du sang et des images neuves. Le grand héros de la section est l’artiste ouest-africain(Ghana et Nigéria) El Anatsui et ses grandes tapisseries minutieuses faites des débris brillants de nos civilisations. Sauf qu’on le connaît déjà bien en France depuis l’exposition à Beaubourg « Africa Remix » et qu’il a déjà été encensé à la biennale de Venise, il y a deux ans et par le New-York Times. Il donne le ton du reste des œuvres, qu’elles soient américaines ou de nouvelle vague asiatique : néo-pops, légèrement artisanales, et volontiers en deux dimensions ou simili (très peu d’installations, et quasiment pas de vidéos). En résumé : pas de vagues, sinon juste à l’âme infertile.

L’œuvre de Mounir Fatmi, bien nommée « Keeping Faith » et pastichant sans humour les chaises électriques de Andy Warhol à grands renforts de cassettes vidéos recyclées est probablement le fin mot de ce show bien amer.

Pour faire bonne mesure et contre mauvaise volonté bon œil, notons tout de même que de nombreuses photos très classiques signés André Kertesz, Diane Arbus ou Annie Leibovitz (notamment chez Howard Greenberg). Et les clichés de vieilles dames californiennes touchantes de Katy Graman chez Greenberg van Doren.

Et puisque c’est la tradition, voici le top 3 (classique) d’en3mots

– L’hommage icônesque de Mimmo Paladino au cinéaste russe André Tarkovski chez Alan Cristea

– Un Anselm Kiefer kabbalistique de toute beauté à la Galerie Thomas

– Et un Rauschenberg tardif (1998) représentant un universitaire face à la fin du monde chez Pace Wildenstein.

Le programme des conférences du « open forum », très orienté « marché » est à l’avenant du reste de la foire.

Bref, courons voir les off, ce week-end, la Volta, Art Now Fair, Fountain New York, PooL, Bridge Art Fair, Pulse et Scope New York (infos ici) en espérant que cette crise puisse inspirer autant de belles choses que la grande dépression des années 1930 à laquelle elle est si souvent comparée.

Armory Show, jusqu’au 7 mars, midi- 20h (19h samedi), Pier 92 &94, 12 av at 55th street, New-York, 30 $ (étudiants 10 $).

Première claque à Broadway

Vendredi 27 février 2009

Mardi soir, un ami retournait voir une pièce pour me la faire découvrir. L’ambiance était à la fête et a commencé par quelques shots dans le celtic pub où j’avais traîné mes guêtres à une très tardives soirée du saturday night show cet automne. Après, nous avons erré longtemps et j’ai décidé que nous finirions chez Joe Allen sur restaurant row (46e rue et 8e av). Je recommande, bie meilleur que celui de Paris où nous allons en général pour le vrai brunch américain.
Toujours est-il que je n’attendais pas énormément de la pièce. En face se donnait le mauvais “Dieu des Carnage” de Yasmina Reza et ma dernière expérience de Broadway a été Kristin Scott-Thomas massacrant Tchékhov. Mais là, j’ai été bluffée, touchée, déprimée, bouleversée et retournée. Je n’avais pas eu un choc théâtral comme ceci depuis l'”acte manqué” de Novarina à la Colline il y a un an et demie.
Le théâtre était charmant, moquette, et petite salle, mais décors chiadés sans économies de bouts de ficelles, et surtout, comme toujours l’incroyable enthousiasme du public américain que je bénis d’applaudir avec autant de joie entre chaque scène et après chaque grande tirade (le think positive et le rythme du jazz donnent un résultat absolument rieur).
Venons en à la pièce, signée Tracy Lett, jeune auteur qui s’est fait connaître par “Bug” (lu après le dîner dans la nuit) et qui a commencé au Steppenwolf de Chicago. Intitulée “August : Osage County”, elle met en scène une famille de l’Oklahoma réunie après la disparition probablement fatale du père. La mère – interprétée par l’immense Violet Parson- est présente, cancéreuse, junkie et pourtant mère monstrueuse d’une horde qu’elle assomme de vérités et de culpabilité vaches. En fait elle hait ses trois filles venues en renfort des quatre coins du pays, sous pretexte qu’elle n’ont pas connu -comme elle- la pauvreté la plus crasse. Cette faculté des aieux de détester leur progéniture car elle a moins souffert qu’eux m’a toujours bouleversée. C’était le cas par exemple dans “Rois et reines” de Arnaud desplechins. je crois que cela s’explique à la fois par l’étrangeté absolue que représente cette rancune pour moi, toujours entourée de parents et grands-parents prêts à tout sacrifier pour que leurs enfants aient plus, mieux et plus facile qu’eux (Yerushalmi a de très belles pages sur les familles juives viennoise et les pères juifs ravis de se faire piétiner par leurs enfants dans son livre sur le Moise de Freud). En même temps, quand je pense à mes fantômes, ceux morts pendant la deuxième guerre, leur colère a ce genre de teinte. Les trois filles sont venus avec leurs maris et/ou compagnons, et la soeur de la mère est aussi présente, vulgaire, maquillée, et castratrice accablant son fils. Pendant les trois heures de cette pièce à la Tennessee Williams qui rappelle “Le deuil sied à electre”, les cadavres sortent des placards, tout le monde en prend pour son grade, surtout la fille ainée, mère, professeur, en plein divorce car son mari la trompe avec une étudiante et ne veut pas revenir. On rit à certains mots, mais un malaise dans le ventre, et l’on sent la catastrophe venir du ventre de la mère où personne n’a la force de frapper. Le vieille dame cacochyme mais toujours aussi mauvaise se retrouve seule survivante du naufrage après avoir brisé une à une les vies de ses proches.
“Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?” (Giraudoux). Et l’aurore s’est levée pour moi sur une vraie question : à quoi cela sert-il d’être “fort” si c’est pour provoquer de tels désastre. Finalement, se laisser porter n’est peut-être pas plus simple, plus lâche et une démission, mais peut-être un passeport de survie (excuse moi Hannah, je parle dans l’oecumen, pas en politique)?

Ma vie de quartier

Mardi 24 février 2009

Joli rayon de soleil sur Broadway aujourd’hui malgré une longue insomnie. Après l’opéra hier, ce sera théâtre ce soir, avec un ami qui a été fiancé à une actrice locale.

Il a donc bien fallu m’occuper un peu de contingences matérielles (je déforme souvent en disant ‘maternelles”) aujourd’hui, ce que je déteste faire, comme la plupart de mes amis qui passent des heures devant leur écran d’ordinateur à écrire des essais.
Problème majeur : je n’avais plus de chèques pour payer le gaz et l’électricité et pour une fois la géniale interface Internet qui me permettait de régler mes factures à deux heures du matin ne marche pas avec ConEdison. Je suis donc passée à ma banque que j’aime de plus en plus. La très jolie caissière au prénom à faire rêver n’a pas eu l’air enchantée que je redemande un chéquier. Mais à la fin, après avoir scruté mon passeport, elle a fini par en commander un et m’a demandé avec un grand sourire si j’avais besoin immédiatement d’un de ces petits papiers si pratiques. Et elle l’a produit sur le champ! Je bénis chaque jour ce pays où je peux faire mes courses en rentrant de l’opéra à une heure du matin, où je livre mon linge en paquet pour un “wash and fold” qui ne me coûte presque rien et où je me fais faire les ongles pour pas beaucoup plus toutes les semaines. J’ai rapporté une tonne de coca light, trois semaines de linge, des saucisses à zéro calories, et de la glace “non-fat”, dans mon cher appartement où j’ai déjà l’impression de moins tourner en rond. Plus que la vaisselle à faire. Du coup, mon petit quartier du 7e autour de la rue Cler me manque un peu moins, et je sens déjà que je vais être nostalgique de tout cet esprit bien pratique. Entretemps j’ai écrit un article sur la dive Ute pour un journal d’expats ici et je me prépare à aller heideggerer à mon cours d’herméneutique.

La grâce d’Ute Lemper

Dimanche 22 février 2009

Ciel bas et lourd et grand froid à New-York, malgré un très beau concert de blues hier soir. Baptême américain en Nouvelle Orléans avec le Dr John et les traditionnels et funk Neville Brothers au Terminal five. Ce matin, réveillée à l’aube (6h40) par mon matinal et jetlagged ami universitaire, je me suis adonnée à 7 heures pétantes à un cours subtil sur pièce sans mannequin d’ouverture de soutien-gorge. Après un déjeuner exotique confectionné par mes soins (tartare de saumon et kasha), c’est l’un et l’autre l’estomac serré d’une angoisse inexplicable que nous avons arpenté les collections permanentes du MOMA. J’ai salué les 100 ans du manifeste du futurisme d’une grande révérence devant un joli Balla que j’avais auparavant zappé. Le soir, alors que nous devions juste dîner dans un excellent restaurant grec, l’attachée de presse de Ute Lemper a envoyé un mail d’invitation à mon père adoptif pour un concert de la chanteuse allemande à mon bar préféré de New-York. Légèrement ivre de cabernet grec, c’est en sautillant et très excitée que j’ai suivi mes amis sur le chemin du concert. J’avais en même temps un peu peur de trouver Ute vieillie et de la voir pour la première fois sur scène après avoir écouté avec passion ses cds, notamment moins connus comme ses interprétations des poèmes de Paul Celan mis en musique par Michael Nyman. Aux premières loges et en tout petit comité, nous avons bu les mots en quatre langues et les histoires nostalgiques de Berlin, Paris, Buenos-Aires et New-York que la diva mettait en scène entre son pianiste et son accordéoniste. La cinquantaine passée, elle conserve néanmoins la paire de jambes la plus hallucinante que je n’ai jamais vue, une grâce un peu ployante d’oiseau blond et un charisme qui m’a fait penser que les cds ne lui rendent vraiment pas justice. J’ai littéralement été transportée pendant plus d’une heure, dans l’oblivion de Piazzola, l’opéra de quatre sous revu à la sauce Madoff de Weil, Bilbao et les feuilles mortes auf Französich largement inspirées de Montand et qui m’ont faite trembler.  En chaque idiome, les mots résonnaient fort, et juste et l’on pouvait tout comprendre. Et boire le lait gris de la nostalgie.  Je crois que même Hannah Schygulla ou Ingrid Caven ne m’avaient pas fait autant d’effet. Il faut dire que ce monde des exilés juifs berlinois entre Paris, Los Angeles et Buenos Aires est ma vraie patrie et que, le coeur serré je me demandais qui reprendrait le flambeau de cette tradition qui a été si vivante et qui s’est un peu amidonnée dans le folklore du “bon vieux temps” où l’underground regorgeait de putes joyeuses et de whiskys interdits. A la fin, cerise sur le gâteau, nous sommes allés saluer Ute Lemper, qui nous a parlé poliment en Français. Après deux concerts d’affilée, elle était vraiment épuisée.

Or la salle était quasi-vide, faute de publicité, ce qui est UN CRIME.

A tout hazard : Ute Lemper se donne au bar du Carlyle jusqu’au 7 mars, mar-jeu 20h45, ven et sam 20h45 et 22h45. Courez-y, l’entrée ne coûte que le prix de votre consommation.

De mon côté je compte bien y retourner, car les mots des chansons coulent juste là où l’angoisse me fait mal et viennent la dorer comme une carresse. C’est moins efficace que du bon savon, mais c’est bien meilleur.

D’une toute petite voix

Mercredi 28 janvier 2009

“Mes amis, c’est le coeur serré que je vous dis qu’il faut cesser le combat”… spéciale dédicace à laurent C qui ne lira pas ce blog.

A deux heures quinze après avoir vidé quinze canettes de coca-light et finalement terminé le énième poème médiocre de la semaine, quelques nouvelles de New-York enneigé.

Au rayon des amitiés, comme d’habitude, je suis traitée en princesse orientale : Chester, mon ami architecte vernissait vendredi pour la première fois dans une galerie de Williamsburg. Ses parents étaient venus de Californie, et cela m’a fait plaisir de revoir sa mère si parfaite. Il était rayonnant dans sa chemise blanche dans la petite boutique d’art encombrée de cookies oréos et d’une foule sympathique. J’ai fait venir trois amis avec qui nous avons fini dans des litres de Bourgogne. Raphaël, rencontré lors de notre soirée du 31 décembre à Paris est le plus argentin des new-yorkais, un personnage à lui seul, qui mériterait une nouvelle par Franz Werfel ou Musil. Danny m’a sauvé la vie trois fois cette semaine, m’aidant à imprimer mes volumineuses notes de thèse dans son très chic bureau de la 5 e  avenue, en répondant à mon appel (“I feel like triple-shit”, en anglais dans le texte), en m’écoutant immédiatemment dans un bistrot japonais branché (ou je me suis saoulée au nippon-bellini) puis me conviant à chanter aussi bien “Paint it black” que les Spice girls dans un karaoké avec une foule d’siraéliens joyeux. Enfin, il m’a initiée à l’art subtil des textos en vers ce qui est à la fois très bon pour mon anglais et pour le repos de ma susceptibilité (je dois dire que je me lassais de ses messages du type “as tu bien bossé ton cul de super-saloooope” en sortant de la gym). Aujourd’hui, j’ai déjeuné- eh oui ça arrive – avec une femme, Raphaëlle qui a un cerveau et surtout un coeur en or. Et Aurore a débarqué chez moi ce week-end, égayant mes lectures morbides (je viens seulement de réaliser que je travaille depuis 5 ans sur des juifs morts et/ou traumatisés exclusivement). Enfin, égal à lui-même Arnon m’a permis de m’amuser comme une enfant devant un vieux film en noir et blanc, et m’a  encore bluffée par son accuité.

Au rayon des amours, Paris s’est invité à New-York et comme je l’ai dit à Arnon, c’est un champ de bataille que j’essaie de ne pas convertir en boucherie. Je me suis donc privée du confort d’un petit copain qui savait me dire que j’étais belle en suédois et en icelandais (langue encore plus laide que le suisse allemand) pour me morfondre entre la gym, le cours assommant d’hérmeneutique et mes notes de thèse sur le matelas de mon lit douillet. Au moins j’y suis inoffensive. Et je bosse. Banalité oblige : sans munitions de nouveaux livres à chroniquer, et l’âme et le corps en paix, je vais finalement peut-être l’écrire cette thèse.

Ma directrice arrive samedi, d’ici là, l’efficacité est de mise.

Finalement, je me demande si ce n’est pas fatigant de vouloir faire de chaque jour un quatorze juillet… Est-ce l’âge, une sagesse passagère ou une grande déprime que de pratiquer le boulot-métro-sport-diner-un cachet-et-au lit?