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Alpenstock, ou le devenir drolatique d’une petite maison dans la montagne

Mardi 25 mai 2010

Jusqu’au 26 juin, la Compagnie Volens/ Nolens  donne vie au texte décalé de Rémi De Vos (“Débrayage”, “André le magnifique”…) au Lucernaire. Une comédie grinçante sur la pureté perdue d’un couple très patriote formé par deux autrichiens des alpes…

Fritz et Grete sont un couple modèle : le jour Fritz travaille et compte en  fonctionnaire passionné, tandis-que que Grete brique leur maison de fond en comble… en rêvant que son mariage ressemble un peu à “Sissi”, Fritz étant son Curt Jürgens et elle, bien sûr, Romy Schneider. Le soir, les époux se retrouvent autour d’un repas concocté par Grete. Et Fritz éduque en Pygmalion sa femme “simple et qui sait le rendre heureux” en partageant avec elle son sens des valeurs autrichienne. Mais dès le début de la pièce, l’idylle prend du plomb dans l’aile à cause de la naïveté de Grete. Par excès de sens pratiques, celle-ci est allée acheter du détergent au “marché cosmopolite”, le plus proche de chez eux. Le sens des valeurs locales de Fritz est perturbé par cet acte. Et de graves conséquenecs s’ensuivent puisqu’au marché, Grete a été repérée par un joli coeur balkano-carpatho-transylvanien : Yosip Karageorgevicth Assanachu. Celui-ci vient la draguer (et la violer avce son consentement) jusque chez elle, alors qu’en bon citoyen, Fritz est allé rejoindre la parade locale, habillé en bermuda de cuir…

Avec une table, deux chaises, un scotch marquant les limites de la maison, un pan de mur, et surtout trois excellents comédiens, David Lejard-Ruffet fait des miracles de mise en scène. Doublant parfaitement les répétitions du texte dans leurs gestes, les comédiens en habits folkloriques parviennent à  faire pleurer de rire leur public. Et aussi à le mettre mal à l’aise ! Si la litanie inaugurale de Grete faisant le ménage efferaie  -on s e demande jusqu’où l’expérience de la répétition va être poussé – le rythme s’emballe dès l’arrivée de Fritz. Cru sans être grossier, et subtil dans ses variations, le texte semble tirer de grosses ficelles pour mieux ancrer une réflexion finalement très philsophique sur les dérives de la lutte pour la conservation de la pureté. Et la fable domestique se transforme vite en boucherie raciste… Parfaite en mignonne crétine des alpes, Charlotte Petitat habite la scène d’un bout à l’autre de la pièce. A ses côtés Antoine Rosenfeld joue tout en sobriété son personnage de proto-nazi moralisateur, tandis-que Pierre-Etienne Royer incarne un étranger cliché et interchangeable, tout à fait séduisant. Inventive, drôle, et bâtie autour d’un grand texte, cette mise en scène d’Alpenstock ravira les amateurs de Thomas Bernhardt, les  fans d’humour décalé, et tous ceux qui aiment réfléchir et se laisser surprendre.

“Alpenstock”, de Rémi de Vos, mise en scènede David Lejard-Ruffet, avec Charlotte Petitat, Antoine Rosenfeld et Pierre-Etienne Royer, juqu’au 26 juin, mar-sam 20h, dim 17h jusqu’au 13 juin, Théâtre du Lucernaire, salle rouge, 53 rue Notre-Dame des Champs, paris 6e, m° Vavin, 10 à 30 euros. Réservation ici ou au 0142222650.

Fritz– Il faut sans cesse revenir à la pureté, Grete. la pureté ets le trésor qu’il faut préserver contre les tentatives de la souillure. Le monde est une pubelle où les saletés se mélangent sans aucun discernement. les saletés se mélangent sans retenue et proposent à la fin un odeur indéchiffrable… Alors qu’il suffirait qu’une saine organisation hygiéniste mondialement régulatrice distribue de solides sacs en plastique afin de maintenir ensembel ce qui doit l’être et isoler les éléments contre-nature pour disposer d’un environnement écologiste totalement satisfaisant et que la poubelle reste immaculée. Ach, j’ai fait un rêve, Grete!”

© Volens / Nolens

Deux femmes incarnent l’enfant-soldat de Kourouma au Lucernaire

Dimanche 22 novembre 2009

Jusqu’au 3 janvier, la compagnie Pied de la route et la compagnie de l’Antre-deux mettent en scène le texte d’Ahmadou Kourouma, “Allah n’est pas obligé”, (Seuil, prix Renaudot et Goncourt des lycéens 2 000) au théâtre du Lucernaire. Relevant le pari d’incarner le texte fort de l’auteur ivoirien sur la vie d’un enfant-soldat, les deux actrices blanches et adultes pirouettent avec génie les aventures terribles de Birahima entre le Liberia et la Sierra Leone.

allah-affiche1Birahima est à peine pubère et il a cependant une longue vie de deuils, de batailles et de sang derrière lui. Muni de pas moins de quatre dictionnaire, il entreprend de raconter sa vie dans une langue compréhensible pour un public blanc, et éloigné des massacres dont il a été témoin. Mais, parfois dans l’enthousiasme du récit, certaines injures “nègres noires africaines indigènes”. Après s’être présenté en 6 points, où il se présente comme maudit à cause de sa mère morte d’un ulcère à la jambe, et considérée comme une puissante sorcière, il retrace son parcours d’orphelin à la recherche à la recherche de sa tante au Liberia puis en Sierra Leone. Il décrit comment la condition d’enfant-soldat est pour lui la plus souhaitable, peu importe pour quel chef de tribu : car “Allah n’est pas obligé d’être juste dans les choses qu’il fait ici bas”, il faut bien que tout estomac soit nourri, et un enfant de dix ans muni d’un kalachnikov a le droit de tout piller derrière lui. Emprunt d’une foi qui mélange étrangement l’animisme à l’Islam, l’enfant qui est à la fois victime et bourreau décrit avec des mots truculents son quotidien; il livre également des images de guerre, dignes d’un reportage de grand reporter, et explique avec ses mots simples mais éclairants les enjeux des combats tribaux au Liberia et la manière dont l’impératif démocratique rend en comparaison, la situation dans le Sierra Leone voisin, encore plus bordélique, meurtrière et corrompue.

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Afin de rendre hommage au texte foisonnant de Kourouma, le metteur en scène, Laurent Maurel, laisse deux femmes adultes blanches (Caroline Filipek, et Vanessa Bettane ou Tatiana Werner en alternance) jouer les aventures de Birahima. Ce choix permet aux comédiennes de se faire pages blanche sur laquelle le spectateur peut imaginer le petit garçon qu’il désire. Renforcés par des images tour à tour didactiques ou évocatrices, et une musique volontiers stridentes, les pirouettes et les emboitement des deux femmes rendent justice à l’énergie troublante de l’enfant-soldat et leur sourire volontaire laisse imaginer le pire, derrière les mots d’humour, et les questions dérangeantes d’une petit garçon à la fois victime et assassin. Un spectacle où l’on retient son souffle et auquel on réfléchit encore longuement, une fois le rideau tombé. A voir absolument, et pourquoi pas avec ses enfants, l’horaire (18h30), le permettant…

A noter : mercredi 25 novembre à 20h, à l’issue de la représentation, débat avec Lucien Badjoko et l’association Univerbal /enfants-soldats.com, au bar de l’Avant-Scène au Lucernaire.

Allah n’est pas obligé”, d’après le roman, de Ahmadou Kourouma (1927-2003), mise en scène de Laurent Maurel, avec Caroline Filipek,Vanessa Bettane ou Tatiana Werner, Théâtre du Lucernaire, 53, rue Notre dame des Champs, Paris 6e, m° Vavin, mar-sam 18h3, dim, 17h, réservation : 0142226687.