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Opéra : Angelika Kischlager dans Kurt Weill au TCE

Dimanche 13 septembre 2009

La première a eu lieu hier, et la dernière se passe lundi. L’immense mezzo-soprano Angelika Kirschlager interprète à la suite le Mahagonny Songspiel et les Sept pêchés capitaux du tandem Brecht/Weill. Une version de grande qualité d’un classique trop peu connu en 60 min top chrono.

Un rideau moiré s’ouvre sur une joyeuse troupe sortie des années 1930 s’activant au milieu de valises de tailles diverses. Le public est directement placé dans une ambiance d’exil sublimé en conquête d’une ville utopique. Expérimental, le Mahagonny Songspiel ou « Petit Mahagony » est une cantate qui prépare le grand opéra de Kurt Weill, Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny. Mais il contient le principal : le fameux « Alabama song » popularisé par les Doors dans les années 1960 et que les délicieuses Angelika Kirschlager et Catherine Hunold entonnent avec moins de sex-appeal mais bien plus de justesse que Lotte Lenya.

sept-peches-capitauxPlus classiques, mais toujours dans l’ombre du trench brillant de Kirschlager suivent les Sept pêchés capitaux, qui font un come-back remarqué, sous les auspices du chiffre diabolique 66 puisque le ballet chanté a été créé en 1933 au TCE même. Mettant de côté la danse pour laisser tituber Kirschlager sur les tables, la talentueuse metteuse en scène Juliette Deschamps a su moderniser l’oeuvre avec une jolie projection vidéo, dont l’inspiration oscille entre Pabst et Viola ,pour un cri expressionniste plus proche de nous. Avec peu de moyens et peu de personnages, la mise en scène sait ménager le chou, la chèvre et les dents de la biquette: c’est avec légèreté que les messages distanciés et politique de Brecht sont convoyés, l’ironie populaire injectée et l’aspect religieux est fort bien rendu.

L’histoire est celle de deux sœurs, Anna et Anna qui quittent leur Louisiane natale pour réussir aux Etats-Unis et revenir au pays avec assez d’argent pour se bâtir une maison ; elles passent par 7 grandes villes américaines où elles sont confrontés aux 7 pêchés capitaux, danser nues et vendre leur seul outil de travail : leur corps, ne faisant pas partie des pêchés.

La voix échauffée, Angelika Kirschlager est tout simplement sublime, et se transforme en flapper éméchée au rythme de l’Ensemble Modern conduit par Jérémie Rhorer. Mention spéciale pour la géniale costumière Macha Makeïeff qui parvient à affubler les personnages de motifs fleuris et de combinaisons rose framboise pour nous égayer sans les rendre vulgaires.

Deux perles rares à découvrir très vite lundi soir !

Lundi 14 septembre, 19h30, Théâtre des Champs Elysées, 15 avenue Montaigne, Paris 8e, M° Alma-Marceau, 5-135 euros.