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Dvd : Douglas Sirk, les années allemandes

Dimanche 29 novembre 2009

Carlotta propose un premier coffret de films réalisés par Douglas Sirk (Demain est un autre jour, Mirage de la vie…) au temps où il travaillait pour la UFA et signait encore ses films Detlef Sierck. L’occasion également de redécouvrir les débuts de la superstar du cinéma nazi, Zarah Leander.

En 3 Dvds et 4 films, c’est le cœur de la période allemande du réalisateur Douglas Sirk que vous pouvez redécouvrir. Réalisateur d’origine danoise, venu de la mise en scène de théâtre, Douglas Sirk a travaillé pour le grand studio allemand, la UFA, pour laquelle il a découvert la superstar d’origine suédoise et à la voix grave inoubliable, Zarah Leander.

Les deux premiers films concentrés sur le premier Dvd sont des adaptations. “La fille des marais” (1935) est tirée d’une nouvelle de Selma Lagerlöf et montre sur un mode naturaliste la séduction troublante d’Helga, fille-mère un peu sorcière, venue d’une ferme perdue dans les marais de la campagne suédoise. “Les piliers de la société” (1935) est un film sur les dessous de l’ascension sociale, inspiré d’une pièce du norvégien Henrik Ibsen, dont la structure est revue pour l’écran. Avec l’acteur nazi  Heinrich George (“Metropolis”, “Le juif Süss”…) qui a été déporté par les soviétiques, après la guerre.

Restaurés avec habileté, ces deux films témoignent des débuts talentueux de Sirk avec la caméra. Sirk disait que la lumière et l’angle représentaient la philosophie du cinéma…

Le deux films suivants sont issus de la rencontre entre Douglas Sirk et l’égérie suédoise Zarah Leander. Après le départ de Marlene Dietrich pour les Etats-Unis et face au refus de Greta Garbo de tourner dans un film allemand, la UFA avait besoin d’une nouvelle star allemande. Que Douglas Sirk est allé chercher sur une scène de théâtre à Vienne. Avant même la sortie du superbe “Paramatta, bagne de femmes” (1937, le titre en allemand est littéralement “Vers de nouveaux rivages”), Zarah Leander était déjà une star en Allemagne. Dans le film, elle interprète le rôle d’une chanteuse londonienne qui, pour sauver son amant, endosse le crime d’un faux qu’il a signé et se retrouve au bagne de Paramatta en Australie. Les chansons du films (“Ich steh im Regen”, “Yes sir”, “Ein Paar Tränen werd’ ich weinen um Dich”) appartiennent désormais au Panthéon de la chanson allemande. L’année d’après Sirk et Leander reprennent leur collaboration pour un film qui sera un succès mondial : “La habanera”. L’histoire est celle d’une jeune suédoise partie en voyage à Porto-Rico avec sa tante, et qui décide au dernier moment de rester sur l’île, pour y épouser l’élégant et dangereux Don Pedro de Avila. Dix ans plus tard, alors qu’elle se sent prisonnière sur l’île, a le mal du pays et se replie  sur son rôle de maman, l’héroïne retrouve un amour suédois de jeunesse, venu enquêter sur une fièvre contagieuse que les autorités de l’île, dont Don Pedro, tentent de dissimuler. La chanson éponyme du film est un autre tube allemand des années 1930.

Malgré certaines lourdeurs due aux conditions de production du film (propagande nazie un peu lourde sur le manque d’efficacité des américains, populations noires immédiatement liées au dévergondage dans les cabarets et casinos…) “Paramatta” et la “Habanera” témoignent de l’intérêt de Sirk pour les grands horizons (Australie, Porto-Rico) et la critique sociale. Derrière l’image lisse et maîtrisées, on peut même percevoir des fortes influences brechtiennes (Sirk avait lui-même mis en scène l’Opéra de Quat’sous) chez  le réalisateur qui a fui l’Allemagne pour retrouver sa femme juive et a eu aux Etats-Unis la carrière que l’on connaît.

Dans les bonus, ne manquez pas l’interview sans tabous de Douglas Sirk sur sa rencontre avec Zarah Leander. Vous y apprendrez que la diva avait les hanches larges, que les réalisateurs de l’époque appelaient le visage plein et placide de Leander, Garbo, ou Ingrid Bergman un “visage de vache”, et comment, déjà en 1937, on pouvait  créer de toutes pièces une nouvelle star.

Coffret Douglas Sirk, partie 1, “La fille du marais” (1935-78 min), “Les piliers de la société” (1935- 78 min), “Paramatta, bagne de femmes (1937-98 min), et “La Habanera” (1937-98 min). Films en noir et blanc et parlants, 3 dvd, VOST, 39, 90 euros. Sortie le 3 décembre 2009.

Rosmersholm, une tragédie domestique d’Ibsen à la Colline

Dimanche 22 novembre 2009

Deuxième partie du diptyque Ibsen mis en scène par Stéphane Braunschweig à la Colline (voir notre article sur Maison de Poupée), “Rosmersholm” concentre les thèmes fétiches du dramaturge norvégien : les fantômes, la vie de province, l’importance de la mrale protestante et l’impossibilité de la confiance et donc du couple. La mise en scène simple et efficace met en valeur le drame domestique puissant de cette pièce moins connue d’Ibsen et qui gagne à l’être.

Après le suicide de sa femme, le pasteur Rosmer (Claude Duparfait) reste seul au domaine familial, en compagnie de Rebekka (Maud Le Grevellec), une parente pauvre venue du nord de la Norvège tenir compagnie à sa femme, avant sa mort et qui règle désormais les affaires quotidiennes du domaine. La mort de sa femme a libéré Rosmer qui voudrait abandonner ses anciennes convictions pour vivre enfin pleinement sa vie en toute liberté. Poussé dans cette direction par Rebekka, il est néanmoins arrêté dans sa mutation par ses anciens amis dont l’austérité peut se faire très sévère. Et Rebekka elle-même a perdu son énergie vitale et sa volonté de liberté à force de vivre avec les fantômes moralisateurs de la famille Rosmer. Quand ces deux-là s’avouent leur flamme, il est déjà trop tard pour jouir de l’amour et la situation est trop compliquée pour qu’ils parviennent à se faire vraiment confiance.

rosmersholm

La mise en scène épurée de Stéphane Braunschweig présente gris, et de biais l’enfermement que constitue la vie à Rosmersholm. Deux murs sans couleur, et les portrait très noirs des ancêtres du pasteur suffisent à symboliser l’aridité d’un climat où la vivante Rebekka se meurt comme une fleur sans eau. Les costumes noirs, blancs et gris de Thibaut Vancraenenbroeck cont dans le même sens minimaliste. Servi par des acteurs extraordinaires, le texte d’Ibsen a donc toute la place pour s’enchaîner en tragédie annoncée, dans les hautes sphères d’une recherche très bourgeoise de la perfection. Seule la domestique du domaine, Madame Helseth (fantastique Annie Mercier) apporte une touche de vie dans ce qu’elle a de bon sens vulgaire à ces êtres éthérés se battant, en vain, contre des fantômes.

Rosmersholm“, de Henrik Ibsen, mise en scène de Stéphane Braunschweig, avec Maud Le Grevellec, Claude Duparfait, Annie Mercier, Christophe Brault, Jean-Marie Winling et Marc Susini, jusqu’au 16 janvier 2010, mercredi à 19h30, vendredi à 20h30, samedi à 17h, dimanche à 15h30, durée du spectacle : 2h30, Théâtre de la Colline, 15, rue Malte-Brun, Paris 20e, m° Gambetta, 27 euros (abonné : 13 euros, moins de 30 ans : 13 euros, moins de 30 ans abonné : 8 euros). Réservation : 01 44 62 52 52.

Photo : Elizabeth Carecchio