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Nick cave et Warren Ellis parlent du volet 2 de “Grinderman”

Vendredi 17 septembre 2010

Nick Cave, Warren Ellis, Martyn P. Casey, et Jim Sclavunos sont tous des “Bad seeds”. Mais dans l’optique d’un punk qui punche plus direct, ils se sont réunis autour du projet Grinderman, il y a quatre ans. Ni groupe parallèle, ni “sideproject”, Grinderman égrène un air de liberté toujours plus grande, à grandes cordes d’impros sonores et des mots crus du maître. Le deuxième album de Grinderman, qui s’intitule simplement “Grinderman 2” est dans les bacs depuis lundi 13 septembre. Dans leur chambre d’hôtel donnant sur les tuileries, Nick Cave et son génial chef d’orchestre multi-instrumentaliste barbu Warren Ellis nous ont confié que Grinderman 3 était déjà prévu. Et bien d’autres choses encore…

Pourquoi avez -vous intitulé l’album “Grinderman 2”, était-ce pour marquer la continuité avec le premier album du groupe?
Nick Cave : Yeah. Et il y aura un Grinderman 3. Mais ce n’est pas le titre qui compte, c’est surtout la couverture. Pour le premier, c’était le loup. Comme ça dans 20 ans, il y aura “l’album pieuvre” et “l’album loup”,”tu sais le merdique, avec le loup” (rire).

Quand vous avez fait le premier album, vous saviez tout de suite qu’il y en aurait plusieurs?
Nick Cave : On ne savait pas vraiment à l’époque. On a juste fait ce premier album et estimé qu’il était cool. Comme les journaux l’adoraient, on s’est peut-être dit qu’il fallait l’aimer aussi… Et continuer.

Qu’est ce que Grinderman apporte de neuf aux membres des Bad Seeds?
Nick Cave : Ce dernier album a permis aux Bad Seeds de faire un putain d’album géant, ce qui ne leur était pas arrivé depuis un bout de temps. Il y avait quelque chose d’indéterminé et bruyant dans “Dig Lazarus Dig”. Je veux dire : “Abattoir Blues” était aussi bruyant, mais d’une autre manière. Avec Grinderman, j’ai donné à tout le monde la liberté de revenir à de la musique comme ça.
Warren Ellis : ca a certainement ouvert des portes. Les Bad Seeds s’efforcent toujours d’être dynamiques. Mais je crois que Grinderman est dans une explosion d’auto-émulation.

Cette explosion dans la musique et dans les texte rappelle l’énergie du premier groupe de Nick,”The Birthday Party”, est-ce une seconde jeunesse, un éternel retour?
Nick Cave : Non, je ne veux pas être jeune. ca ne m’intéresse absolument pas de revenir à ma jeunesse. Et puis ce n’est pas comme si les Bad Seeds étaient connus pour leur manque d’énergie ! Mais The Birthday party ne saurait pas faire la musique de Grinderman, et nous, même si nous voulions, nous ne pourrions revenir au punk d’il y a 35 ans.
En revanche, il y a beaucoup de pression sur moi, avec les Bad Seeds. Si un album est raté, ce sera toujours moi qu’on blâmera d’avoir écrit une série de mauvaises chansons. Personne n’ira blâmer Thomas Wydler pour le disque. Avec Grinderman, j’ai l’impression que si c’est un désastre, on se prendra tous les foudres des critiques ensemble.

L’album expérimente beaucoup les sons, est-ce un challenge?
Warren Ellis : On a juste fait ce qu’on avait à faire pour que le travail soit bien fait.
Nick Cave : Si tu improvises ça t’amène dans des endroits parfois mauvais ou là où tu ne devrais pas aller. Mais cela fait partie du processus. On peut jouer toute une série de mauvaises choses et ça reste ok, car à un moment donné, ça claque, et quelque chose d’excitant arrive.

Avec vous une nouvelle manière de composer vos chansons avec ce projet?
Oui, c’est juste quelque chose qu’on fait avec Grinderman, et c’est nouveau pour moi, une nouvelle manière d’écrire des chansons. On écrit quelque chose de collaboratif, on écrit ensemble. ce ne sont pas des chansons à textes, mais plutôt des chansons qui jouent sur les mots pour créer de fortes impressions. Les paroles sont improvisées, et ça leur donne plus d’énergie. Du coup quand je vais revenir aux Bad Seeds, je vais écrire les paroles comme pour Grinderman. Ils m’ont donné envie de m’asseoir et d’écrire plus de textes libres.

Vous parlez entre vous des textes?
Nick Cave (se retournant vers Warren Ellis) : Il ne m’en parle jamais. C’est comme si quelque chose s’était passé auparavant, pour que personne ne me parle de mes paroles. C’est comme le petit frère homosexuel dont personne ne parle dans une famille, c’est comme ça.
Warren Ellis : Je crois que lorsqu’ on travaille avec un type comme Nick Cave, qui crée tout le temps des trucs, on réalise que c’est très facile d’effrayer quelqu’un au sein de son processus créatif, où la remise en question sur ce qu’il fait est présente.

Vos paroles sont souvent très crues, mais avec un mélange d’iconoclasme et de tendresse. D’où vous vient cette inspiration?
Nick Cave: Je suis content que vous notiez ça, parce que peu d’autres médias m’ont posé la question. je crois que la référence au sexe est quelque chose d’assez classique en musique, d’autres l’ont toujours fait et le font encore. Mais je crois que la manière dont Grinderman évoque le sexe est unique, car le sexe sur l’album est vraiment sur le mode de la névrose et de la terreur. Il y a une certaine panique derrière tout ça qui révèle une grande vulnérabilité et qui pour moi rend Grinderman encore plus intéressant.

Lier la sexualité à la névrose, est-ce un vestige de votre passé religieux?
Nick Cave : Je ne sais pas pourquoi les gens pensent que j’ai un passé religieux. Mes parents n’étaient pas religieux. Ils avaient une vie d’artistes de gauche, et si l’on allait à l’Eglise, c’était plutôt pour socialiser. Mais mes parents n’y croyaient pas. la névrose de mes textes n’est pas liée à un passé religieux. Elle vient d’autre part, et je ne sais pas d’où… Peut-être que c’est juste culturel. Quand j’étais à l’école, il n’y avait que des garçons dans ma classe. Et cela a eu un grand impact sur la manière dont je vois les femmes : nous ne les avons pas vu grandir. J’ai laissé des petites filles en entrant au collège et quand je suis sorti du lycée, elles étaient déjà complétement formées. Les femmes sont donc restées un mystère pour moi. Mais toute névrose est bonne en art. C’est sur. Personne ne veut d’un art “équilibré”.

Dans les textes, il y a également de l’humour. Est-ce une manière de lutter contre la panique et la névrose?
L’humour est une bonne manière d’aller chercher les gens. Ça leur donne envie d’entrer dans quelque chose, de l’écouter. Et je l’ai toujours utilisé dans mes paroles de chansons et dans mes romans comme une sorte d’invitation à venir voir. Bon, il y a d’autres choses qui marchent aussi… attraper ses sous-vêtements, par exemple… (rires). Grinderman n’est pas censé être comique ou drôle. L’humour coexiste souvent, bien aligné, avec le sérieux, dans la même chanson.

Les Grinderman seront sur la scène de la Cité de la Musique le 26 octobre prochain.
Ginderman 2, Mute,12 euros.

Propos recueillis par Steven Guyot et Yaël Hirsch