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Le diable au corset

Vendredi 1 mai 2009

Vingt ans après les « Liaison dangereuses », le réalisateur britannique Stephen Frears revient à ses amours Françaises. Son adaptation du « Chéri » de Colette est une jolie infidélité baroque qui énergise un retour en costumes sur la Belle Epoque.

« Chéri » (1920) et « La fin de Chéri » (1926) font partie des romans les plus réussis de Colette. Revenant après la Grande guerre sur l’époque bénie et tout en arabesque de la « Belle Epoque » à travers l’intimité d’une liaison entre un jeune homme désœuvré et une ancienne cocotte de plus de vingt ans son aînée, c’est toute la nostalgie des heures paisibles des premières autos qui se dégage de ces deux textes courts, légèrement scandaleux et très incisifs.

L’adaptation en costumes du premier volume par Stephen Frears aurait pu être lourde ou guindée. Il n’en est rien. Comme dans « The Queen », c’est la danse originale de la caméra qui dépoussière les crinolines et les corsets. Entamant volontairement son « Chéri » par un mouvement vif, et par la légèreté du début d’une liaison entre un jeune dandy qui s’ennuie (Rupert Friend, parfaitement joli et sans charisme) et une demi-mondaine en fin de carrière (Epoustouflante Michelle Pfeiffer, qui a bien pris de la bouteille depuis son rôle de colombe tâchée dans les « Liaisons dangereuses » filmées par Frears). Le personnage d’entremetteuse et d’obstacle est la mère-poule de Chéri (excentrique et invraisemblable Kathy Bates, qu’on avait presque oubliée depuis son rôle de tortionnaire dans « Misery ». Ici, on dirait une otarie en jupons de soie qui en fait des tonnes à l’Anglaise et… ça marche !).

Des tables de Maxim’s aux dunes de Biarritz, en passant par les robes japonisantes de Michelle Pfeiffer et les classiques scènes de lit, Frears n’évite aucun cliché. Mais il ne s’embarrasse pas de trop de rigueur historique et on aperçoit du bitume sur les ponts de Paris. Sa manière very british et très « too much » de voir les falbalas de la Belle Epoque redonne vie aux personnages de Colette, auxquels les désœuvrés et les blasés de notre début de siècle ont tout le loisir de s’identifier.

Sauf la dernière scène, qui brade un peu vite « La fin de Chéri » sur récitation de texte, tout est parfait. Surtout, divine, élancée, et touchante, Michelle Pfeiffer. Elle a tout compris aux recettes de la séduction parisienne et à leurs limites. Avec « Chéri », on attendait un moment théâtral, et l’on a le plaisir de déguster un vrai festin de cinéma.

« Chéri », de Stephen Frears, avec Michelle Pfeiffer, Kathy Bates, Rupert Friend, 1h30

Paris-Orléans-Paris

Jeudi 30 avril 2009

Sept jours en France, dont deux à Quimper et un à Orléans. Ceci veut dire : pas beaucoup de sommeil. Lundi matin, j’ai pu aller faire les boutiques, histoire d’avoir quelque chose à me mettre sur le dos dans le printemps new-yorkais. J’ai passé un joli moment avec ma maman, à essayer le nouveau Coste de Saint-Germain des près ; ambiance empire guindée et un peu triste à mille lieues du tartare ensoleillé des Deux magots voisins. Puis j’ai circulé dans un Paris légoland pour voir deux très proches amies et me retrouver plongée à Goncourt dans l’ambiance feutrée d’un salon de musique contemporain tenu par un amateur de belles notes que je voulais rencontrer depuis quelques mois. Entre Kurt Weill et Pierre-Yves Macé, le son m’a donné des ailes et donné l’envie de faire ma Rahel Varnhagen dans ce lieu atypique. Je pense bien que j’y serai souvent à mon retour : voici la programmation. La journée s’est close par un fort beau bal masqué en famille dans mon cher opéra Bastille, où –il est vrai- le son est moins pur qu’au met’, mais les voix étaient fantastiques et la mise en scène épurée marchait parfaitement. Ma grand-mère était radieuse, toute de noire vêtue, et mon voisin était absolument adorable, Allemand, avec son papa mélomane à ses côtés. Le monde du net parisien étant petit, nous nous sommes trouvés en deux changements de décor et deux mails, pas mal d’intêrets communs. La nuit a été un peu écourtée par un ami qui demandait l’asyle politique sous mon toit.

Hier fut une journée ensoleillée et à tonalité en3mots. J’adore retrouver l’ambiance du bureau, la réunion de la rédaction de la semaine me manque avec son florilège d’idées boomerangs. La préparer fébrilement à la recherche d’idées entre Voici, les blogs littéraires et les prochains concerts aussi. Et la com’ commence à décoller grâce au grand talent de mon frère que j’ai adoré voir épaulé par notre cousine pour discuter d’un projet passionnant : un vrai blog d’information enthousiaste sur l’Amérique d’Obama. www.Obamazoom.com. Ayant déjeuné (avec ma nounou) et dîné (avec une très proche amie) à ma cantine du quartier, j’ai aimé me laisser emporter par l’adaptation british d’un de mes romans français préférés : « Chéri » de Colette. Frears a un talent excentrique pour faire valser la belle époque, aussi bien qu’il avait retrouvé le soyeux mordant du XVIII e siècle dans ses « Liaisons dangereuses ». Pfeiffer était parfaite et en mère de chéri replète Kathy Bates (oui oui la tortionnaire de « Misery ») était délicieusement extravagante. Rideau tardif après un verre trop sonore aux vieux « Sir Winston » où j’ai sagement pris un coca (pourtant leur liste de whiskys vaut le détour) avec un collègue thésard suisse, bien plus avancé que moi dans l’écriture de sa thèse, mais qui comprenait au quart de tour les affres de mes derniers mois. Dans la nuit, j’ai du finir la lecture des 200 pages comprenant les 141 lettres écrites par Max Jacob à Maurice Sachs entre 1926 et 1930 que la femme efficace avec qui je travaille à l’édition de cette correspondance avait déjà saisie.

Coucher 4h, réveil, 7, et arrivée en fanfare à la gare d’Orléans à 9h du matin. Journée studieuse à reprendre le contenu merveilleux de ces lettres depuis les manuscrits conservés à la médiathèque d’Orléans ; il y a tout dedans : l’amour, l’amitié, la foi, la jalousie, le judaïsme, les leçons de Max sur l’Art poétique, ses calembours et ses blagues, ses mots de vipère, l’homosexualité, des voyages, des croquis de Max, et même un peu de politique.  Bref un bon scénar pour un blockbuster américain.

J’écris depuis le vieux teuf teuf qui me ramène vers Paris, à temps pour passer une soirée avec mon modèle : ma chère grand-mère, son accent russe, son élégance et sa curiosité énergiquement intacte, dîner gourmet chez Senderens, et une pièce de ma chère Marguerite Duras à la Madeleine.