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Les désemparés, un trésor de Max Ophuls avec James Mason enfin disponible en Dvd

Vendredi 12 mars 2010

Max Ophuls a passé peu de temps aux Etats-Unis, entre ses années allemandes et françaises. Le réalisateur de “La ronde” a réalisé 3 films pour Hollywood : Lettre d’une inconnue (1948), Caught (1949) et les désemparés (“The Reckless moments”, 1949). La copie restaurée de ce dernier film, à l’écran le 31 mars, et disponible en Dvd le 7 avril, fait mentir l’idée fixe que “Lettre d’une inconnue” est le chef d’oeuvre américain de max Ophuls. Film noir vantant l’amour maternel dans un village bourgeois de la côte ouest, les désemparés est une oeuvre un peu oubliée. Plus pour longtemps.

Alors que la plupart des maris américains sont revenus de la guerre, celui de Lucia Harper (Joan Benett) est reparti pour Berlin afin d’y superviser al construction de ponts. La jeune maman est donc seule dans sa jolie ùaison de Balboa (banlieue de LA) avec son beau-père, son fils un peu mécano et très débraillé, et sa fille Bea, 17 ans. Cette dernière, romaniques étudiante d’arts fréquente un jeune homme mal famé, Ted Derbyet Lucia tente de mettre fin à cette liaison. Or Derby est retrouvé mort. Un type étrange (James Mason) vient alors voir Lucia chez elle. Il est en possession de lettres d’amourde Bea à Derby et veut la faire chanter. Peu à peu la mère de famille et son maître chanteur développent une relation qui dépasse les simples affaires…

Film noir déjà infléchi par un certain retour au réalisme, “Les désemparés” place immédiatement ses spectateurs au coeur d’une bonne famille américaine d’après-guerre. Portée par la grâce de Jona Benett, qui était égalemnt la femme du producteur du film, Walter Wagner, et surtout par le génie élégant d’un James Mason ravi de travailler avec un cinéaste culte mais n’ayant pas encore trouvé son public à Hollywood, l’intrigue garde en haleine du début à la fin. A la direction de la photographie, Burnett Guffey sublime les deux personnages principaux, et transforme leurs brèves rencontres incohérentes des jeux d’ombres troublants.

“Les Désemparés”, de Max Ophuls, avec Joan Benett, James Mason, Geraldine Brooks, Henry O’Neill, USA, 1949, 79 min + 62 minutes de bonus, dvd master restauré HD, Carlotta films, 19.99 euros, sortie le 7 avril 2010.

Sortie en salle en copie restaurée le 31 mars.

La révélation de Hans Christian Schmid, un thriller européen très réaliste au TPIY

Mardi 2 mars 2010

Après l’intimiste “Requiem”, le réalisateur allemand Hans Christian Schmid retrouve le scénariste Bernd Lange pour “La Révélation”. Un thriller au casting européen qui retrace avec un réalisme suffoquant le procès d’un criminel de guerre serbe au Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie. Alors que le TPIY doit clore ses activités  à la fin de l’année, après 17 ans de services, et que le criminel de guerre serbe Radovan Karadzic doit finalement être jugé ce mois de mars après avoir boycotté l’ouverture de son procès en octobre dernier, “La révélation” est d’une actualité brûlante. Sortie le 17 Mars 2010.

Un criminel de guerre imaginé par Schmid et Lange, Goran Duric, doit comparaître devant le TPIY pour Crimes contre l’Humanité, alors qu’il brigue la présidence serbe. Alors qu’elle n’est pas tout à fait prête à accepter une mission si délicate, la procureure Hannah Maynard (Kerry Fox Ours d’argent pour son rôle dans “Intimité” de Chéreau en 2001 et que l’on a vue dernièrement à l’écran dans “Bright Star” de Jane Campion) se trouve discréditée lorsque les propos de son témoin principal sur l’épuration ethnique d’un village bosniaque sont prouvés êtres des faux. Après que le mensonge a été démontré sur le terrain, ce témoin se suicide. Folle de rage à l’idée d’avoir été dupée par un témoin dans lequel elle avait confiance et à l’idée de laisser filer Duric qu’elle sait coupable, elle se tourne vers la sœur de son témoin, Mira (Annamarica Marinca, dévoilée dans le rôle principal du film de Robert Mungiu “4 mois, 3 semaines et deux jours”) . Celle-ci en sait bien plus sur les crimes de guerre de Duric qu’elle ne veut bien l’avouer. Mais convaincre cette mère de famille heureuse qui a refait sa vie à Berlin de témoigner à la barre du TPIY n’est pas facile. C’est aussi prendre le risque de la mettre physiquement en danger quand non seulement la Serbie, mais aussi toutes les autres puissances européennes ont intérêt à tirer un trait définitif sur le passé douloureux de l’ancienne Yougoslavie…

Avec un casting européen, un mélange de langues très réaliste (et la roumaine Annamarica Marinca est tout à fait crédible en bosniaque), ainsi qu’une flopée de halls d’hôtels, d’avions et de voyages entre La Haye et Sarajevo, “La révélation” donne à voir de manière simplifiée et néanmoins extrêmement réaliste les conditions d’un procès au TPIY. Tout, des auditions, aux reconstitutions en passant par la garde protégée des témoins et ce qu’on peut ajouter à la liste des accusations d’un criminel de guerre en cours de jugement y est évoqué. Pour être sûre de ne pas trahir la réalité, l’équipe du film s’est rendue à La Haye et s’est assuré les conseils techniques de Florence Hartmann, ex-porte parole de la procureure générale du TPIY, Carla Del Ponte. Au-delà de cette prouesse réaliste, “La révélation” soulève des questions cruciales sur le mode haletant du thriller. Alors qu’on ne sait pas jusqu’au bout si le criminel de guerre va pouvoir être inculpé, la question de savoir quel rôle, toujours  destructeur et souvent nécessaire, le témoignage joue pour une victime, 15 ans après, y est traitée avec profondeur et subtilité à travers le jeu bouleversant d’Annamarica Marinca. Et un épineux problème est courageusement abordé de front quand le film montre à travers le personnage du fiancé de la procureure (incarné par le sudéois Rolf Lassgård qui nous est familier en Kurt Wallander dans l’adaptation des romans de Henning Mankell), comment les grandes puissances européennes préférent laisser des crimes contre l’humanité impunis pour enterrer un passé de violence et permettre une rapide inclusion de la Bosnie et de la Serbie dans l’Union Européenne. Sensuelle et sensible de A à Z malgré la gravité de son rôle et le caractère aseptisé des ambiance dans lesquelles elle évolue, Kerry Fox porte avec une pudeur rayonnante son rôle de justicière très souvent bridée par les lourdeurs administratives et les enjeux politiques qui lui échappent.

Primé dans de nombreux festivals européens (Prix de la paix du festival de Munich, Double prix d’interprétation du festival du Cinéma Européen Cinessone 2009…) “La révélation” est une réussite éthique et esthétique, sorte d'”Interprète” de Sidney Pollack (2005) à l’européenne et bien mieux réussi!

La révélation” (Storm/ Sturm), de Hans Christian Schmid, film  Allemand, Danois et Hollandais, avec Kerry Fox, Anamaria Marinca, Stephen Dillane, Rolf Lassgård, Alexander Fehling, Tarik Filipovic, Kresimir Mikic, Steven Scharf, Joel Eisenblätter…, scénario de Bernd Lange, 2009, 1h43, sortie le 17 mars 2010.

In the air : George Clooney joue les faux méchants

Mercredi 27 janvier 2010

Jason Reitman, le réalisateur de “Thank you for smoking” et surtout de “Juno” acclamé à Sundance réalise un nouveau hit  faussement politiquement incorrect en filmant George Clooney dans le rôle d’un misanthrope matérialiste dont le travail est de licencier ses concitoyens en pleine crise. De belles images pour une ode à American Airlines et à la classe moyenne américaine.

Après avoir dressé le portrait d’un lobbyiste de tabac dans “Than you for smoking” et d’une adolescente enceinte dans “Juno”, Jason Reitman s’attache à nouveau à un personnage décalé, extrait d’un roman de Walter Kirn, revu et corrigé sous les auspices de deux figures féminines. Ryan Bingham (George Clooney) est un homme d’une quarantaine d’années qui travaille pour une compagnie proposant aux sociétés de faire face pour elles aux employés qu’elles licencient. Basé à Omaha (Nebraska), il ne passe jamais plus de 50 jours par an chez lui. Sa vraie patrie est comme l’indique le titre original du film “Up in the air” :  Les baies vitrées des aéroports, l’air confiné des avions, les plus belles voitures de location, et les hôtels semi-luxe qui bordent les aéroports sont son foyer. Dans tous ces lieux, Ryan est ultra-VIP à grands renforts de cartes magnétiques de fidélité. Fuyant tout attachement, il a pour hobby de donner des conférences sur le bonheur de se libérer des responsabilités, qu’il illustre en manipulant un sac à dos qu’il faudrait virer. Mais lorsque la jeune Natalie Keener (Anna Kendrick que vous connaissez de Twilight) vient de Cornelle expliquer au boss de la firme de licenciement (Jason Bateman, le papa adoptif du bébé de Juno) qu’on pourrait aussi bien faire ce travail télématiquement, tout le mode de vie de Ryan est menacé… Alors qu’il doit prendre la jeune femme sous son aile pour lui montrer les ficelles du métier, une autre lady vient déranger sa solitude heureuse : Alex (Vera Farminga qui incarne la quadra américaine parfaitement conservée). Vivant au même rytme  que Ryan, Alex parvient à provoquer un attachement dangereux chez le misanthrope endurci… Sous l’emprise de DEUX Célimène, Alceste va-t-il changer?

Produit par son papa, Ivan Reitman (le producteur et réalisateur de Ghostbuster )Jason Breitman brosse, à son habitude, des personnages à la fois moyens et extraordinaires. Aidé par des acteurs formidables (Clooney, quoiqu’on en dise, est le seul à pouvoir jouer avec classe et humour le personnage de Ryan), son cher directeur de la photographie, Eric Steelberg, et une minutie formidables sur les détails des villes visitées, Reitman parvient à raconter la transformation subtile de Ryan. Son autre objectif est d’évoquer la crise économique actuelle aux États-Unis. C’est pourquoi les brefs portraits des licenciés proviennent véritablement d’entretiens réalisés dans des villes dévastées comme Detroit ou Saint Louis… A vous de décider si la beauté et la légereté du traitement de ces scènes documentaires sont à la hauteur de leur sujet…

In the air“, de Jason Breitman, avec George Clooney, Vera Farmiga, Anna Kendrick, Jason Bateman, Melanie Lynskey, Amy Morton, USA, 2009, 1h50 min, sortie le 27 janvier.

Lebanon, la guerre depuis un tank

Mercredi 13 janvier 2010

Lion d’or à Venise cette année, le film autobiographique de l’israélien Samuel Maoz montre la première guerre du Liban depuis le viseur d’un tank. Fruit de vingt ans de maturation, « Lebanon » est visuellement superbe et moralement éprouvant. Avant première au forum des images le 12 janvier.

« Je n’avais jamais tué quelqu’un avant cette terrible journée. Je suis devenu une vraie machine à tuer. Sortir  ce tank de ma tête m’a pris plus de vingt ans. C’est mon histoire ».

S.M.

Après «Valse avec Bachir » d’Ari Folman, et « Beaufort », de Joseph Cedar, « Lebanon » est une autre évocation de l’invasion du Liban par un vétéran sur Grand écran. Samuel Maoz se rappelle ses dix-neuf ans, la peur et la fin de l’innocence lorsqu’il s’est retrouvé tireur dans un tank chargé de traverser la frontière libanaise. Aux côtés de trois hommes aussi jeunes que lui : Herzl, chargeant les obus,Ygal conduisant le tank et Assi commandant la troupe, Shmulik se retrouve dans des villes déjà bombardées du Sud du Liban, obligé d’obéir aux ordres de leur chef Jamil et de tuer des hommes, parfois des civils, sans quoi il expose sa vie et celle de ses camarades dans et hors du tank. Or, ce tank dévie de son chemin et se retrouve en région syrienne, là où Tsahal ne peut plus venir en aide à ses hommes…

En filmant « Lebanon », Samuel Maoz est finalement parvenu à surmonter un trauma. En plongeant son spectateur dans la réalité crue et aveugle de la guerre, il s’est lui-même libéré d’un poids qu’il partage avec de nombreux hommes de sa génération. Dur avec lui-même, ses acteurs (qu’il a enfermés pendant des heures dans un container pour leur faire ressentir la terreur qui a pu être la sienne en été 1982), et ses spectateurs à qui il n’épargne aucun détail du quotidien du soldat en guerre, Maoz a trouvé un angle visuel fantastique pour transmettre son expérience. La caméra est enfermée dans le tank, et le monde extérieur n’est visible que par le biais du viseur de  Shmulik. On entend les résultats des tirs, lorsque le commandant décrit par le canal de la radio militaire les blessés et les morts. Se réclamant de grands cinéastes ayant filmé la passivité dans la guerre comme Tarkovski dans l’ « Enfance d’Ivan » (1962), Maoz a su par ce procédé du viseur rompre la monotonie d’une réalité faite d’ordres, de saleté, de corps déchiquetés, et de terreur par des scènes poétiques mais néanmoins effrayantes comme la vision d’une femme libanaise qui survit à une grenade dans son appartement, recherchant sa fille morte dans les décombres, et ses vêtements prenant feu alors qu’elle se trouve devant le char. Même s’il a été parfois très critiqué en Israël, puisqu’il montre une « guerre sale », où les guerriers de Tsahal sont à la fois des victimes et des bourreaux, l’objectif du réalisateur n’est pas de dénoncer mais de partager son expérience et de la retranscrire avec exactitude. Ce voyage au bout de la nuit d’un jeune soldat israélien est un témoignage essentiel, et dont on ne peut que louer la force esthétique et historique.


Lebanon sur Comme Au Cinema

« Lebanon » de Samuel Maoz, avec Yoav Donat, Itay Tiray, Oshri Cohen, Michael Moshonov, Zohar Strauss, Israël, 93 min, sortie le 3 février, avant première au Forum des images le 12 janvier.

A Serious Man : les frères Coen revisitent leur enfance à l’humour gris

Mercredi 13 janvier 2010

C’est seulement à leur 14 e film que les excentriques frères Coen prennent un tournant autobiographique.  “A serious man” revisite le Minnesota et la communauté juive où Joel et Ethan Coen ont grandi à la fin des années 1960. Une comédie plus amère que douce dans la grisaille déjantée de la banlieue consommatrice de tout, y compris des conseils des rabbins.

Larry Gopnik (Michael Stuhlbarg)est un professeur de physique sans histoire dont la vie tombe en morceaux : sa femme veut le quitter pour leur voisin, Sy Ableman (irrésistible Fred Melamed) et l’envoie dormir à l’hôtel. Alors qu’il brigue une position plus importante dans son université, des lettres de dénonciation envoyées par un élève lui portent préjudice, son fils est complétement à l’ouest, à quelques semaines de sa Bar-Mitzvah, et sa fille est obsédée par l’idée de se faire refaire le nez. Par-dessus le marché, Larry doit aider son turbulent frère et éviter les séductions de sa voisine. II ne faut pas moins de trois rabbins pour conseiller Larry dans ses malheurs soudains de “Job moyen”…

Commençant sur une parodie du Golem de Paul Wegner, avec une scène polonaise du XIX e siècle qui évoque un conte hassidique absurde, “A Serious man” est bourré de références à un judaïsme, parfois absurde, parfois touchante, tel que les frères Coen l’ont connu dans leur enfance. Aux antipodes de “Burn after reading”, qui, sans scénario, tenait sur son casting royal, ce nouvel opus des Coen, met à l’honneur d’excellents acteurs inconnus du grand public; mais il repose sur une vraie quête de sens, aussi absurde, gris et glauque soit le monde de la classe moyenne juive des banlieues du Minnesota.

Glauque est bien le mot clé pour définir l’atmosphère d’un film extrêmement drôle, bourré d’ironie et qui pourtant met extrêmement mal à l’aise. Roger Deakins, qui était également le directeur de la photographie de “Barton Fink” a su donner à l’image une lumière grise, molle et triste, dans laquelle des acteurs au physique médiocre se trouvent comme prisonniers. Ainsi, pris en étau entre le matérialisme moderne, et l’absurde d’une spiritualité juive décrite par les frères Coen comme une superstition, Larry est une âme égarée. L’excellent Michael Stuhlbag sait rendre touchant  ce personnage pourtant trop moyen pour être intéressant, faisant tout avec sérieux, et que la vie attaque sans crier gare.

Les frères Coen font ce qui leur plaît, sans aucune démagogie pour leur public. “A serious man” n’échappe pas à cette courageuse règle. Et il s’agit probablement de leur meilleur film depuis “The Big Lebowski”. Mais si l’humour décalé qui est la signature des frères Coen est bien là, il n’empêche pas l’évocation d’une grande misère humaine. Cette tristesse, alliée à la multiplicité de références plus communautaires que d’habitude, peuvent peut-être lasser les fans les plus fidèles des réalisateurs.


A serious man – Bande-annonce
envoyé par LEXPRESS. – Les dernières bandes annonces en ligne.

“A Serious Man”, de Joël et Ethan Coen, avec Michael Stuhlbarg, Fred Melamed, Richard Kind, Aaron Wolf, USA, 2008, sortie le 20 janvier.

Cinéma : Mensch de Steve Suissa, ou les parrains de la rue Richer

Mercredi 16 décembre 2009

Steve Suissa, le réalisateur de “Cavalcade” met en scène son enfance dans les quartiers juifs du 9 e arrondissement. A mille lieues de “La vérité si je mens”, “Mensch” est plus un vrai film de gangsters qu’un film communautaire. Film porté par ses acteurs, “Mensch” offre à  Nicolas Cazalé un superbe rôle de père juif, donne à la figure du patriarche toute l’élégance de Samy Frey et utilise Antohony Delon à contre-emploi. Sortie le 9 décembre.

Géraldine Pioud est allée interviewer Steve Suissa, cliquez ici pour lire les propos du réalisateur de Mensch.

Sam (Nicolas Cazalé) a 35 ans, un fils, et vient d’une famille juive installé depuis trois génération rue Richer (9e arrondissement de Paris) : la famille Hazak (“sois fort”, en hébreu). Sam voudrait écouter les conseils de son grand-père (Samy Frey), se coiffer, serrer sa cravate, regarder les gens droit dans les yeux et être un type bien (un “Mensch”, soit un homme, tout simplement, en yiddish). Mais sontalents n’est certainement pas dans le business familial. L’art de Sam est celui de casser les coffres. Ce qu’il opère en général de manière indépendante avec Tonio (Anthony Delon) comme chauffeur et partenaire. Mais cette double vie n’est pas facile; au quartier, tout le monde se doute que ses affaires ne sont pas orthodoxes, et même son petit garçon pose des questions. Et la nouvelle femme de sa vie (sublime Sara Martins qui interprète enfin un personnage féminin avec un minimum d’épaisseur dans un films de gangsters) n’est pas non plus dupe. Or, Sam a terriblement besoin d’argent. Il finit donc par accepter la proposition de l’ennemi de son grand-père, Simon Safran (Maurice Bénichou) et participe à un cambriolage de diamants pour ce vœux parrain. mais certains des partenaires qui lui sont imposés, comme Youvel  (Mickaël Abitboul) sont trop junkies pour être fiables…

Avec sa structure narrative simple, des dialogues efficaces, et des personnages archétypaux incarnés par des acteurs fantastiques (Cazalé est irrésistible, et l’on s’arrête de respirer pendant toute  la scène de confrontation entre Samy Frey et Maurice Bénichou, on apprécie également de voir le réalisateur interpréter l’oncle studieux de Sam), “Mensch” est un très bon film de gangsters. Mais c’est aussi  l’anti “Public ennemies”, de par sa recherche sur la psychologie et l’intimité des héros qu’il met en scène. Steve Suissa sait suggérer de forts rapports personnels en quelques images, que ce soit entre Sam et son fils, Sam et son père, Sam et sa nouvelle fiancée, où entre le père de Sam et Simon Safran. Et les questions du personnage de Sam, perdu dans ses mensonges et tourmenté par la distance qu’il y a entre ses besoins, ses idéaux et ses actions, sont les bonnes. Comment prendre des chemins de traverses sans pour autant quitter complétement la route? Comment être un Mensch quand on aspire à autre chose qu’à un laborieux travail d’épicier ou de commerçant? Ces questions accompagnent le spectateur longtemps après qu’il a quitté la salle de cinéma.

Mensch“, de Steve Suissa, avec Nicolas Cazalé, Anthony Delon, Samy Frey, Mickaël Abitboul, Maurice Bénichou, Sara Martins, Évelyne Bouix, et Myriam Boyer, France, 2009, 1h27, sortie le 9 décembre.

Sortie dvd : Etreintes brisées de Pedro Almodovar

Mercredi 16 décembre 2009

Dans son dernier film, présenté en compétition officielle à Cannes, en mai dernier, Pedro Almodovar retrouve la sensuelle Penelope Cruz (Volver, Tout sur ma mère) et lui fait jouer le rôle d’une … actrice amoureuse. Eros, Thanathos et aussi memnos sont au programme de ces “étreintes brisées”, disponibles en dvd chez Pathé dès le 16 décembre, afin que vous puissiez les glisser dans la hotte de Noël.

Mateo Blanco (Lluis Homar) a changé de nom quand il a perdu la vue. Il s’appelle désormais Harry Caine, est écrivain, et vit le plus souvent enfermé dans son appartement où sa fidèle amie, Judit (Blanca Portillo), et le fils de celle-ci, Diego (Tamar Novas), viennent lui tenir compagnie. Après qu’un mystérieux réalisateur a frappé à la porte de Harry pour lui demander de co-écrire un scénario, Judit est inquiète. Or, elle doit partir loin de Madrid pour affaires. Elle charge donc Diego de veiller sur Harry. Mais les rôles s’inversent quand Diego fait une légère overdose en boîte après avoir bu dans le verre d’un ami. Harry profite de sa convalescence pour lui avouer que quand ils s’appelait Mateo Blanco, il était réalisateur de cinéma, et que l’égérie de son dernier film, quinze ans auparavant, était son plus grand amour. Mais  Lena (Penelope Cruz) était également  la femme d’un très riche et très dangereux homme d’affaires, et l’aventure du réalisateur et de sa muse a eu une fin tragique…

Entouré de SES acteurs (Blanca Portilla, Penelope Cruz, Rossy de Palma pour une brève apparition et l’excellent Lluis Homar, homme de théâtre qu’Amodolvar était déjà allé chercher pour “la mauvaise éducation”), Almodovar signe avec “Etreintes brisées” une jolie réflexion sur le cinéma, dont la conclusion est “Il faut toujours finir un film, même aveugle”. Flash backs de 2008 à 1994, tournage du film dans le film, générique tourné en DV, et jeux de rôles de la piquante Penelope Cruz qui enfile la perruque de Marilyn ou la petite frange de Audrey Hepburn, sont autant de déclarations d’amour de Pedro Almodovar au 7 e art. Mettant en scène une Penelope Cruz résolument fatale, et mêlant amour et mort avec un talent très classique, Almodovar continue de séduire le spectateur. Mais, si la maîtrise technique et psychologique est indéniable,  la folie qui faisait le charme du maître de la movida s’estompe, de film en film, pour laisser place à une gravité un peu nostalgique, et un sérieux qu’il avait si bien su éviter jusqu’à “Tout sur ma mère”.

Dans les bonus du dvd édité par Pathé, ne manquez pas les scènes inédites, le documentaire sur la manière dont Almodovar dirige ses actrices, et l’interview de Penelope Cruz par Laurent Weil.

“Etreintes brisées” (Los abrazos rotos), de Pedro Almodovar, avec Blanca Portilla, Penelope Cruz, Lluis Homar, Tamar Novas, Jose Lluis Gomez, Espagne, 2008, Dvd et blue ray, la jaquette existe en 4 couleurs pop, en hommage à Andy Wharol, Pathé, 19,99 euros.

Pathé propose  également un coffret Almodovar avec “Etreintes brisées”, “Tout sur ma mère”, “Volver”, “La mauvaise éducation” et “Parle avec elle”, 49,99 euros.

Gens de Dublin, le dernier John Huston sur grand écran

Mercredi 16 décembre 2009

Tiré d’une nouvelle de James Joyce, « Gens de Dublin » le dernier film de John Huston (1987) ressort en salles mercredi 16 décembre.

Inspiré par la nouvelle « The dead », de James Joyce, le testament du réalisateur du « Faucon Maltais », de la « Nuit de l’iguane » et de « L’homme qui voulut être roi » est un drame intimiste qui dépeint l’atmosphère d’un dîner de Noël mondain dans une famille éduquée tentant de sublimer ses moyens financiers limités dans des séances nostalgiques de piano, de chant et de discussions sur l’opéra. Derrière les bonnes manières, la misère matérielle et psychologique transparaît à travers un personnage d’ivrogne et les souvenirs personnels douloureux de deux figures féminines du film, dont Angelica Huston ( la fille du réalisateur), que la caméra de Huston poursuit loin du dîner jusque dans le cocon de son foyer pour qu’elle raconte la mort tragique d’un amour de jeunesse.

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Filmant « Gens de Dublin » depuis un fauteuil roulant, Huston trouve encore la force de mettre son art au service de l’atmosphère. Dans le cocon un peu vieilli de couleurs et de matières couleur de rouille et d’automne, l’ennui désenchanté de cette ville de province européenne qu’est Dublin à la Belle époque imprègne et empèse chaque mouvement des personnages. Cette force du film, si fidèle au texte de Joyce, est aussi son talon d’Achille : au sens propre, dans « gens de Dublin », il ne se passe rien. Ni scandale, ni passion, ni meurtre. Seulement le long souffle glacé de l’hiver sur les cendres de vies qui nous sont, en fait, complètement indifférentes. Et sur grand écran, ce vide n’est pas forcément facile à suivre….

« Gens de Dublin » de John Huston, avec Angelica Huston, Donal McCann, Cathleen Delany, Helena Carroll, 1987, 84 minutes, (re)sortie en salle le 16 décembre.

Le Soliste : du best-seller au film

Mercredi 16 décembre 2009

Joe Wright (« Orgueils et préjugés ») adapte le best-seller du journaliste du Los Angeles Times, Steve Ayers, « Le soliste », sur sa rencontre avec un sans-abri aux dons musicaux incroyables. Une histoire d’amitié hors des sentiers battus dans la cité des anges comme vous ne l’avez jamais vue.

En charge d’une chronique pour le Los Angeles Times alors en crise, Steve Lopez est à la recherche d’un nouveau sujet. C’est alors qu’il rencontre devant une statue de Beethoven un sans-abri sympathique, et jouant du violon sur un instrument où il ne reste plus que deux cordes : Nathaniel Ayers. Même si le discours de Nathaniel est très haché, celui-ci  a laissé échapper qu’il a un jour étudié à la prestigieuse Julliard School de New-York. Après vérification, Steve Lopez fait de Nathaniel Ayers le héros de sa chronique. Celui-ci était violoncelliste et s’apprêtait à en faire sa carrière, lorsqu’une crise de schizophrénie l’a forcé à quitter l’université. L’histoire du clochard musicien passionne les lecteurs du Los Angeles Times qui envoient leurs témoignages de sympathie et aussi un instrument flambant neuf pour Nathaniel. De son côté, l’ours solitaire Lopez est de plus en plus attaché à son nouveau sujet. Mais quelle que soit la force de l’amitié, il est bien difficile de lutter contre la folie qui peut d’un moment à l’autre rendre le doux Nathaniel très agressif.

Extrait d’une histoire vraie et terriblement touchante, « Le soliste » se montre à la hauteur de l’amitié extraordinaire née entre un journaliste en fin de course et un génie de la musique désarçonné. Ne lésinant pas sur les belles images, ni sur l’appel à Beethoven pour émouvoir son public, Joe Wright montre avec empathie un visage peu connu de Los Angeles : celui de la pauvreté désarmée et pas toujours dénuée de tendresse humaine des sans-abris. Il a engagé des acteurs non-professionnels pour tenir leur propre rôle dans cette cour des miracles contemporaine. Si en prodige abîmé par la vie Jamie Foxx (oscarisé pour son rôle dans « Ray ») est extrêmement décevant, Robert Downey JR. transmue son personnage pour faire de Steve Lopez le caractère le plus fort du film. A voir en famille, en couple ou même seul pour se rappeler que le talent, tout comme l’amitié, ne choisissent pas toujours les autoroutes des conventions.

« Le soliste », de Joe Wright, avec Jamie Foxx, Robert Downey JR., Catherine Keener, Tom Hollander, et LisaGay Hamilton, d’après les chroniques et les roman de Steve Lopez, U.S.A., 2009, 1h57, sortie le 23 décembre 2009.

Les barons, un chouia paresseux mais tellement attendrissants

Mercredi 16 décembre 2009

Avec « les barons », Nabil Ben Yadir nous emmène sans chichi dans le quotidien d’une bande d’amis d’un quartier musulman de Bruxelles. Hassan, Mounir, et Aziz ont un sacré poil dans la main, mais forment un gang tellement gentil qu’on ne peut que se laisser séduire. Un prix du jury bien mérité au festival du film de Marrakech.

Hassan (Nader Boussandel) veut être humoriste, mais il n’ose rien en dire à son père, homme charismatique émigré en Belgique pour travailler dur comme chauffeur de bus. En attendant, alors qu’il frôle la trentaine, le fils prodigue traîne aux côtés de ses deux amis du quartier avec lesquels ils forment le gang des barons. Les barons ne fument pas, ne boivent pas, et ne dealent pas. Ils se contentent de pointer au chômage et de végéter littéralement sur l’étalage de fruits du seul commerçant belge pur sucre du quartier qui les adore, même s’il se rend bien compte que ce n’est pas avec des jeunes aussi peu ambitieux que la Belgique pourra« reconquérir le Congo ». Les barons ont plusieurs atouts : une amitié plus dure que fer, le luxe d’une BMW achetée… à 8, et aussi une philosophie de vie : chacun aurait un nombre de pas comptés dans la vie, aussi essaient-ils de garder leurs baskets immaculées et ils marchent le moins possible. Jusqu’au jour où le père de Hassan se retrouve à l’hôpital. Bon fils, Hassan se décide alors à faire plaisir à son père et devenir chauffeur de bus. Mais son père désire également qu’il épouse une jeune femme musulmane de bonne famille. Or, pour Hassan, il n’est pas facile de renoncer à la femme qu’il aime,  la très libre Malika (Amelle Chahbi), sœur de son pote Malik et journaliste indépendante qui a réussi à sortir du quartier pour percer au niveau national…

Drôle, tendre, et enveloppant tous les clichés d’une gangue d’impertinence, « les barons » est une divine surprise. Avec très peu de moyens, Nabil Ben Yadir sait donner un rythme et un ton extrêmement originaux à un film qui parvient à dépasser le communautarisme sans tomber dans les trop bons sentiments. Et l’on partage effectivement les affres du passage à l’âge adulte avec les personnages, nés en Belgique ,mais encore à cheval sur des principes venus de pères respectés et redoutés. Les barons, c’est un peu comme une version beur et belge des chtis. Mais réussie ! Parce que les dialogues sont bons, le comique pas toujours de répétition, et que le  film sait aussi montrer les complexités cachées derrière le joli message : « nous sommes tous faits pour nous aimer et nous entendre ».

« Les barons », de Nabil Ben Yadir, avec Nader Boussandel, Mourade Zeguendi, Mounir Ait Hamou, Amelle Chahbi, Edouard Baer, Virginie Efira, Fellag, Bouba et Jean-Luc Couchard, Belgique/France, 2008, 1h51, sortie le 20 janvier.