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Dvd : Quand Louis Malle fait du Woody Allen

Mercredi 23 septembre 2009

Arte vidéo complète sa collection “Louis Malle” d’un ovni new-yorkais. My dinner with André filme deux metteurs en scène qui discutent de la fin du monde,  pendant deux heures, autour d’un diner sur la 7 e avenue.

Louis Malle concentre sa caméra pendant deux heures sur une discussion intello new-yorkaise des années 1970. Pour tenir la longueur, le réalisateur a engagé deux metteurs en scène de théâtre d’avant-garde qui jouent leur propre rôle :  Andre Gregory et Wallace Shawn, que Woody Allen apppelait “un homonculus” dans Manhattan.

Vingt-cinq ans avant “Belle toujours” de Oliveira, Malle filme intégralement un dîner dans un restaurant un peu vieillot et feutré où l’on entend passer les plats. La discussion dure près de deux heures, et porte à toute vitesse et dans un accent new-yorkais nasillard sur la marge de liberté qui nous reste dans nos démocraties occidentales bien trop confortables.

Quand Louis Malle fait du Woody Allen,  il l’épure de l’humour. Aucune concession donc, si ce n’est un prologue magnifiant Manhattan, où Wallace exprime en voix off ses soucis quotidiens, et son peu d’envie de revoir André qui a poussé la hippie attitude jusqu’aux bords de la folie…

Wallace décide donc d’en dire peu, mais il se laisse vite prendre au jeu égocentrique d’Andre, surtout quand celui-ci l’accuse d’écrire un théâtre incapable de réveiller des co-citoyens endormis et qui estime que la civilisation occidentale et surtout  que New-York est une sorte de camp de concentration que les hommes auraient si bien construit qu’ils sont incapables de même vouloir en sortir.

Au questionnement paranoïaque sur les prisons de  “L’homme unidimensionnel” (Herbert Macuse), Andre et Wallace ajoutent un débat plus spécifique sur ce qu’est leur art : le théâtre.

Un film surprenant, légèrement suranné, et qui tient plus du pari que du divertissement.

“My dinner with André”, de Louis Malle, avec Andre Gregory et Wallace Shawn, 1983, 106 minutes, Arte Vidéo, sortie le 7 octobre, 20 euros.

Cinéphilie : 11 e vague de sorties DVD RKO

Samedi 19 septembre 2009

Depuis le 7 septembre, les fameux studios RKO ajoutent 10 nouveaux films à leur mémoire DVD du Cinéma. Parmi ceux-ci : “Les chasses du comte Zaroff”, “L’Inconnu du 3 e étage” et “La pêche eu trésor”. Une mémoire inestimable du cinéma à 10 euros le DVD.

« Les chasses du compte Zaroff » (1932), d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel est un film culte, et qui a donné lieu à de nombreux remakes. Tourné avec des bouts de ficelle, dans les décors de King Kong,  et utilisant les acteurs du film de Merian C. Cooper (1933), ce jeu de chasse à l’homme dégage une atmosphère fantastique fascinante, non dénuée d’érotisme.


Les Chasses du Comte Zaroff (V.O.)
par imineo

Première (brève) apparition de Marilyn Monroe à l’écran, « La pêche au Trésor » (1949) de David Miller réunit une dernière fois les trois Marx Brothers à l’écran, dans les coulisses d’un spectacle de Broadway où plusieurs protagonistes tentent de récupérer le collier de diamants des Romanoff. Humour, amour et de très beaux numéros de revue.


1949 – Love Happy (Marx Brothers, Marilyn Monroe)
par 1106emmanuel

Enfin, véritable hommage au cinéma expressionniste allemand, et souvent considéré comme le premier film noir américain, « L’inconnu du 3 étage » (1940) de Boris Ingster redonne à Peter Lorre, dix ans après « M le Maudit » et en anglais le rôle inquiétant du criminel sans motif. Jeux d’ombres réflexifs, Voix off, rêves, danger dans les rues du Upper West Side et interrogations sur sa culpabilité pour un journaliste américain a priori sain d’esprit montrent comment les folies de la République de Weimar ont pu traverser l’Atlantique.

Également disponibles dans cette 11 e vague RKO :

– « Miss Manton est folle » (1938) de Leigh Jason avec Barbara Stanwick et Henri Fonda
– « La grande farandole » (1939), de H.C. Potter avec Fred Astaire et Ginger Rogers
– « La vénus des mers chaudes » (1955), de John Sturges, avec Jane Russel
– « Le pigeon d’argile » (1949), et Bodyguard (1948) de Richard Fleischer
– « Desperate » (1947), d’Anthony Mann
– Et l’illustre « Chevauchée fantastique » (1939), de John Ford, avec John Wayne.

Les films RKO se présentent sous forme extra-plate, avec le choix entre VO, VO sous-titrée français et parfois VF, et souvent une petite introduction de Serge Bromberg, directeur artistique du festival d’Annecy, et grand restaurateur de vieilles pellicules. Ils valent chacun 10 euros.

Dvd : Un père, une fille et 35 rhums

Lundi 31 août 2009

Claire Denis transpose les relations de sa mère à son grand-père vers un conducteur de RER et sa fille étudiante. Une intrigue familiale simple et touchante sur fond de rails parisiens disponible le 9 septembre chez Arte vidéo.

Lionel, conducteur de RER et sa fille Joséphine, étudiante, vivent en harmonie fusionnelle dans leur appartement de la banlieue parisienne. Autour de Lionel, les autres employés de la RATP commencent à prendre leur retraite, tandis que les hommes commencent à s’intéresser à Joséphine qui n’est plus une petite fille… Malgré la force et le bien être que leur procurent leur relation exclusive, il est peut-être temps de se séparer et pour Lionel de prendre la cuite des grandes occasions : celle des 35 shots de rhum.

35 Rhums Claire DenisRetrouvant Alex Descas pour le rôle de Lionel et nous faisant découvrir la toute jeune Mati Diop, Claire Denis s’est inspirée de son histoire familiale pour peindre avec pudeur la force intérieure d’une relation si forte qu’elle voudrait figer le temps. Sur la douceur d’un son sonore composé par Tindersticks, et au rythme lancinant des images de rails de RER signées Agnès Godard, la réalisatrice dépeint autour du couple fusionnel mais pudique tout un monde inconnu et pourtant si proche de nous : les voisins de Lionel et Joséphine s’entraident, les conducteurs de RER se posent de questions existentielles, dansent et boivent du rhum au café, et les étudiants d’anthropologie de Nanterre manifestent pour que leur discipline perdure. La capacité de Claire Denis à filmer sans intrusion les relations les plus fortes et à transfigurer la vie de ses personnages par l’image donne lieu à une poésie lancinante, et d’autant plus poignante qu’elle se tisse sans la brutalité de l’appropriation. Un voyage initiatique et onirique vient clore le film comme il avait commencé : en beauté. Avec en invitée divine l’hypnotisante Ingrid Caven.

Dans les bonus du Dvd, les interviews réalisées par Olivier Bombarda lors de la dernière Mostra de Venise permettent d’en savoir plus sur la modestie et le bel engagement de Claire Denis derrière sa caméra.

35 rhums, de Claire Denis, avec Alex Descas, Mati Diop, Nicole Dogué, Grégoire Coli et Ingrid Caven, 2008, 1h40, Arte éditions, 20 euros.

Dvd : Des jumeaux en état de marche

Lundi 24 août 2009

Le premier long métrage de Pascal-Alex Vincent est désormais disponible en Dvd. Un road movie expérimental et bien français sur les thèmes du double, de la différence et de la beauté physique.

A l’âge de 18 ans les jumeaux Quentin et Antoine décident de quitter la boulangerie de leur père pour se rendre en Espagne, à l’enterrement d’une maman qu’ils n’ont pas connue. Sans argent, ils font une grande partie du trajet à pied et en stop. Sur la route, ils testent la profondeur de leur lien et multiplient les rencontres.

Débutant son film sur agile une scène d’animation qui le rend irréel, Pascal-Alex Vincent propose avant tout de belles images : belles gueules de ses acteurs, Alexandre et Victor Carril, belles batailles chamailleuses entre frères où les muscles saillent, et beaux champs de blés. Le reste du message est assez simpliste (finalement deux jumeaux ne sont pas toujours identiques), ou passé sous silence (le spectateurs ne sait pas pourquoi les garçons n’ont pas connu leur mère), et les dialogues minimaux.  On pourra s’irriter de scène de sexe, de course dans les champs et de batailles au bord du fleuve ou de la mer trop esthétisantes, sur la musique parfois mal “collée” du groupe électro Tarwater. Ou alors l’on pourra regarder les 1h20 de beaux clichés avec indulgence, un peu comme un brouillon chiadé de films plus profonds à venir…

Donne moi la main, de Pascal-Alex Vincent,  avec Alexandre et Victor Carril, France, Bodega Films, 2008, 1h20.

Dans les bonus, ne pas rater les deux courts métrages du réalisateur : Bébé requin (2005) et Tchernobyl (2009).

Dvd : Eden, sans frère et sans papiers

Jeudi 20 août 2009

Quand Costa-Gavras (« Z », « Amen », « Le couperet ») engage le magnétique Riccardo Scamarcio (« Romanzo Criminale ») pour jouer le rôle d’un immigrant illégal en France, Emir Kustirica rencontre les frères Dardenne sur un scénario signé par l’immense Jean-Claude Grumberg. Le DVD de cette fable personnelle et touchante sort le 9 septembre.

Elias quitte son pays pour immigrer sur un rafiot d’un pays mythique (la langue a été inventée par Grumberg et Costa-Gavras) vers un autre pays mythique : la France. Mais la police veille, et Elias est obligé de laisser son seul bien, un livre de langue française, pour sauter à l’eau et rejoindre le rivage. Il débarque alors dans un club de vacances nudiste, Eden, où il doit se cacher, et ne pas perdre trop de temps avant de réaliser son rêve : rejoindre un magicien au Lido, à Paris.

« Eden à l’Ouest » est un véritable conte, avec son héros au nom messianique, ses méchants (la police et les spécialistes de l’exploitation des sans-papiers), ses adjuvants (une maîtresse allemande généreuse, des tsiganes qui le prennent pour l’un des leurs, des camionneurs turco-allemands, Michel Robin en gardien bienveillant du Lido, Annie Duperey en femme des beaux quartiers qui offre à Elias la veste de son défunt mari…), et son but à atteindre : les Champs-Elysées. Avec une beauté que Costa-Gavras a voulu rendre enfantine, Riccardo Scamarcio exprime tout un panel de sentiments juste avec ses grands yeux bleus. Touchant sans provoquer des litres de mélodrame, courageux comme un homme doit l’être, et aussi sagement méfiant, le personnage d’Elias est aussi complexe que vraisemblable. Lui-même immigré de Grèce, Costa-Gavras rend hommage avec son dernier film à tous ceux qui ont un jour rêvé de vivre en France. Malgré les difficultés, et le glauque de certaines situations, le pays d’accueil reste un lieu magique, un ouest mythique à conquérir en traçant une longue route. Marche à l’étoile et road-movie initiatique, le film est merveilleux, dans tous les sens du terme.

“Eden à l’Ouest”, de Costa-Gavras, avec Riccardo Scamarcio, Eric Caravaca, et Ulrich Tukur, 2009, 1h47, Pathé, 19,90 euros. Bonus : Making of, commentaire audio, scènes coupées.