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Titien, Tintoret, Véronèse au Louvre : Rivalités sans rivet au Louvre

Mercredi 16 septembre 2009

La grande exposition de la rentrée au Louvre porte sur la seconde moitié du XVI siècle vénitien et se propose de nous montrer combien la rivalité entre le maître incontesté, Le Titien, et les deux étoiles montantes, Véronèse et Le Tintoret, a contribué à l’éclat des arts lagunaires. Une débauche de grandes toiles venues du monde entier, mais extrêmement mal présentées. Début jeudi 17 septembre.

NOTE : VISUELS A VENIR

«Quand la nature créé un homme éminent en un domaine, elle ne le crée généralement pas seul, mais lui suscite en même temps un rival, afin qu’ils puissent profiter mutuellement de leurs talents et de leur émulation »

Vasari, La vie des meilleurs peintres sculpteurs et architectes, 1568

A partir de demain, 86 toiles des grands vénitiens Titien, Tintoret, et Véronèse, mais aussi Bassano, Palma Le Jeune, et Sustris envahissent le Hall Napoléon du Louvre. Venus des plus grands musées des cinq coins du monde (Boston où l’exposition a originellement été montée, Venise bien sûr, Madrid, St Petersbourg, Washington, Chicago, New-York, Vienne, Berlin, et Rotterdam) et de France (Douai, Bordeaux, Rennes), ces chefs d’œuvres doivent être vus et revus. Oui, mais pas n’importe comment. Et le problème est que le commissaire de l’exposition ne semble pas vraiment avoir pensé à la construire.

L’exposition est brouillonne D’une part elle intègre dans les pointillés de son titre, « Titien, Tintoret, Véronèse… », d’autres artistes de la même époque, comme Bassano, qu’elle expose un peu au hasard. et sans expliquer pourquoi. Dès l’entrée, le thème central de la rivalité est annoncé avec zoom sur  LeTitien, LeTintoret et Bassano au premier plan d’une des toiles majeures du Louvre : Les Noces de Cana de Véronèse (que personne n’a d’ailleurs pris la peine de déplacer du département de la Renaissance Italienne du Louvre au Hall Napoléon). Mais de cette rivalité l’on n’apprend rien, si ce n’est que le Tintoret a triché pour obtenir la charge de peindre l’époustouflante Scuola di San Rocco à Venise lors d’un concours « républicain » en 1564. On a beau nous dire et nous répéter dans les textes qui commentent les œuvres qu’une rivalité saine pousse vers le haut, l’agencement même des toiles n’exprime rien de la compétition des maîtres. Et les surtitres, tous signés par le grand Vasari ne sont d’aucun secours. Quant aux influences, elles apparaissent  vaguement une fois, à travers un accrochage qui encourage à penser que pour peindre sa Lucrèce, (1580) Tintoret s’est inspiré de celle du Titien (1571).

Quant aux grands mots de l’histoire de l’art invoqués comme le maniérisme ou « l’impressionnisme » des dernières toiles de Véronèse, ils ne sont ni expliqués, ni illustrés : on pourrait presque passer à côté du sublime Christ au jardin des oliviers, une des premières œuvres peintes en petite touches vers 1560 par Titien., sans la voir .On regrette  alors amèrement la première grande salle du Prado qui énonce clairement comment la grandeur du Titien vient de son ingéniosité à intégrer la perspective dans ses toiles.

En fait, le vrai problème de l’exposition est qu’elle ne choisit pas vraiment entre un message chronologique et un message thématique. Dans la première salle, elle commence par le chronologique pour nous montrer que, si la première moitié du XVI e siècle vénitien a longuement été traitée – notamment à travers l’exposition « Bellini, Titien, Giorgione », à Vienne et Washington en 2006 – les années 1550-1580 n’en sont pas moins foudroyantes. Puis la suite de l’exposition est thématique mais selon des thèmes mal choisis et vagues : « la femme désirée », « Entre sacré et profane », « Portraits de représentation ». Tant et si bien que l’expo-labyrinthe commence et finit par deux versions similaires de Danae des années 1560 signée Titien. Non seulement on a l’impression de tourner ne rond, mais on sort de l’exposition plus désorienté qu’on y est entré.

Des informations fausses sont mêmes suggérées, notamment dans la thématique « Nocturne sacrée » qui se propose de montrer que le côté nuageux et sombre des paysages religieux vénitiens du Tintoret, Véronèse et du Titien est lié au climat spirituel particulier de la Contre-réforme, préconisant une spiritualité individuelle dans l’obscurité. Or dans la section, un Transport du Christ de Veronèse datant de 1520 est accroché. 1520, c’est-à-dire seulement 21 ans avant l’excommunication de Luther et 22 ans avant le concile de Trente !

Bref, si la grande exposition de la rentrée du Louvre tient ses promesses sur la qualité des toiles, il est bien dommage que leur accrochage ne suive aucune logique historique ou simplement pédagogique. A voir en essayant de comprendre par soi-même, comment Véronèse et le Tintoret ont tenté de percer sous l’influence et aussi dans l’ombre du peintre officiel de la République et également plébiscité par Charles V : Le Titien.

A noter :

-Une salle spéciale des collections permanentes du musée est mise au service d’une expérience interactive où vous pouvez entrer dans La Vierge au lapin du Titien (Aile Richelieu, 2 e étage, salle 17).

– Un cycle de conférence a lieu à l’auditorium sur « Peindre à Venise au XVIe siècle », chaque lundi à 18h30, avec pour la séance inaugurale de Michel Hochmann (EPHE) un exposé sur les styles et techniques du Titien, du Tintoret et de Véronèse, le 28 septembre.

« Titien, Tintoret, Véronèse… Rivalités à Venise », du 17 septembre au 4 janvier, Musée du Louvre, Hall Napoléon, de 9 h à 18 h et jusqu’à 20 h le samedi, nocturnes jusqu’à 22 h les mercredi et vendredi, Tarif pou