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Le Voisin insupportable et libérateur de Tatiana de Rosnay

Vendredi 26 mars 2010

L’auteure d’ “Elle s’appelait Sarah”, “La mémoire des murs” et de “boomerang” ressort chez Héloïse d’Ormesson un livre épuisé depuis 2000. Ccomme d’habitude thriller et fine psychologie sont au rendez-vous. Tatiana de Rosnay n’a donc pas besoin de la moto d’Angèle Rouvatier pour séduire ses lecteurs.

Colombe Barou ne s’habille pas en cuir, ne fait pas de moto et elle ne se préoccupe pas des cadavres, mais de la bonne tenue de sa petite famille : ses deux fils et son mari, bien trop souvent en voyage. Quand les enfants sont à l’école, elle fait un mi-temps comme nègre dans sa petite ville de province. En vrai, Colombe est une grande femme sensuelle et qui se rêve écrivaine; par habitude elle se tient voûtée,  se cache dans l’ombre de sa pétillante sœur Claire, et des auteurs dont elle écrit les livres. Mais un déménagement et un nouveau voisin qui la réveille en pleine nuit à grands renforts de Mick Jagger va pousser “bobonne” à se rebiffer. Si la nouvelle Colombe en pleine crise d’insomnie n’ose pas encore frapper à la porte du voisin pour lui dire combien il la dérange, elle s’offre des guêpières pour séduire à nouveau son mari et se faufile dans l’appartement du gêneur…

On retrouve dans “Le Voisin” la patte de Tatiana de Rosnay : suspense, fantômes, et intrusion fine dans la psychologie d’une jeune femme de bonne famille. De quoi nous tenir en haleine et nous donner à nous aussi l’envie de se révolter contre la tyrannie de l’aspirateur et de l’anonymat. Entièrement concentré sur la figure de Colombe, “Le Voisin” est peut-être moins subtil que d’habitude sur les motivations de ceux qui l’entourent : les enfants sont quasi inexistants et interchangeables sauf pour remarquer les transformations de leur maman, le mari est un boulet infidèle, la sœur une apparition un peu énervante, et même le voisin est bien pâle face à la force de caractère en plein chamboulement de Colombe. Colombe et c’est tout, mais cela suffit pour remplir un cahier des charges volumineux sur le travail harassant, silencieux et méconnu de toutes les discrètes mères de famille de France.

Tatiana de Rosnay, “Le Voisin”, Editions Héloïse d’Ormesson, 236p., 18 euros.

Vers deux heures du matin, Stéphane se met à ronfler. Colombe subit. La gamme complète est à sa disposition; elle reconnaît les longs, anticipe les courts, ceux ponctués d’un grognement, d’autres d’un râle. Comment a-t-elle pu passer plus d’une décennie auprès d’un homme qui ronfle autant? Il n’y a rien de pire que vouloir dormir à côté de quelqu’un qui, lui, dort profondément et le montre” p. 90.

Le dirigeable volé à Mains d’Oeuvres, chronique d’un festival coloré

Samedi 13 mars 2010

Alors que le festival “Du son dans les feuilles” a été annulé cette  année, une partie de la programmation s’est trouvée concentrée en une soirée magique à Mains d’oeuvres vendredi 12 mars. Une soirée généreuse et colorée, où 4 groupes et 3 performances nous ont emmené très haut dans le ciel, dans ce joli “Dirigeable volé”.

Afin de concentrer les 7 groupes d’artistes réunis sans avoir à se soucier du temps de changement de plateau, deux scènes accueillaient le public : l’une plongée dans l’obscurité intime qui est familière aux afficionados de concerts et l’autre, en pleine lumière dans la salle conviviale aux fauteuils défoncés et tables de cantine. Avant de passer de l’une à l’autre, le public pouvait faire un petit détour dans les “coulisses”, qui sont aussi un fumoir des plus sympathiques.

C’est le parisien Jason Edwards qui ouvrait le bal, côté ombre. Le groupe folk, aux trompettiste, clarinettiste et batteur en costumes très années 1930 a commencé tout en douceur, avec les voix intimistes et légèrement éraillées de Jason Edwards et d’Emmanuelle Kistner. Ambiance seventies, à la Bob Dylan ou Leonard Cohen parfaitement  maîtrisée, avec un soupçon d’instrumentalisation orientale qui donnait un côté “biblique” au concert.

Vous pouvez retrouver Jason Edwards le 15 mars sur la scène du réservoir.

Blonde colère sous les spotlights, et très inspirée par le slam, La Fonta s’est accrochée envers et contre tous les hics techniques à ses mots. Une violence en talons hauts, mini-short rouge qui écrit dit-elle des “chansons d’amour” et des “chansons connes”, ces dernières étant surtout le descriptifs d’une génération suicidaire et perdue. Mais la violence se calme quand La Fonta tombe amoureuse de son homme la portant comme un solide “arbre”. Elle glisse alors dans le souvenirs de “La douceur de nos nuits”.

Après un petit intermède divinement grotesque d’une jolie japonaise déchirant ses vêtements d’une blancheur immaculée et sortant de scène enfermée dans une valise, Declan de Barra a fait retentir son chant déchirant de marin irlandais. Sa voix haute à la Antony and the Johnson, accompagnée par sa guitare râpeuse et le violoncelle de son comparse néerlandais a été la véritable révélation du dirigeable volé. Declan de Barra  plonge dans le folklore irlandais avec toute son âme, parfois même juste a cappella, pour être plus à fleur de peau.Un grand voyage dans les flots déchaînés qui portent les âmes errantes.

Alors que le violoncelle d’Automne Lajeat semblait faire écho depuis l’autre salle avec celui qui accompagnait Declan de Barra, le passage sans transition d’une salle à l’autre a été aussi brutal que joyeux. Sur un rythme  de cabaret endiablé, avec petits bibis et talons rouges, le quatuor de Little Ballroom a emporté l’assemblée dans un bal un peu sorcier aux textes aussi magiques que noirs. Et l’ambiance fête foraine a atteint son comble quand le gracieux maître manieur de yoyos, Yukki Yoyo s’est lancé dans une danse “expressionnante” pendant que Little Ballroom variait entre messe, enfance mal élevée et cercueil clouté sur le thème de la mort.

Le Cd de Little Ballroom “Cravale” sort le 25 mars, et le groupe fête cet évènement le 2 avril à la maroquinerie.

Très attendu, JP Nataf n’a pas déçu son public et a fini la soirée en toute beauté. Lunettes assorties à sa guitare rouge, l’ancien innocent maîtrisait un son parfait, malgré les “avanies” de la semaine. Accompagné d’une violoniste talentueuse, le groupe de JP Nataf a repris les chansons de son dernier album, “Clair”. Et l’émotion a atteint son comble quand deux chanteurs guests sont montés sur scène pour aider “Jipé” dans sa course contre la montre et le dernier métro.

JP Nataf est actuellement en tournée dans toute la France. Il sera sur la scène de la Cigale le 15 mars, et présent au festival Chorus le 30 mars, puis au Printemps de Bourges le 14 avril.

Après cet envol du dirigeable volé, le retour à Paris juste avant les 12 coups de minuit, nous a fait penser à un chemin des écoliers ramenant d’un très long voyage.

Livre : Si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au porc de le dire, de Florent Couao-Zotti

Vendredi 12 mars 2010

Après Le Cantique des cannibales (2004), Florent Couao-Zotti est de retour au Serpent à Plumes avec un roman inspiré par les ratés masculins et féminins de policiers, de prostituées et de gagnsters évoluant dans la région de Cotonou. Variations d’une cruauté vivante autour d’une petite malette de poudre blanche…

Au coeur du nouveau roman de Florent Couao-Zotti, il y a tout d’abord trois femmes : Saadath, l’ancienne reine de beauté déchue après la mort de son vieux caïd de mari, Sylvana l’aventurière féline et Rockyana, la femme “Fanta-Coca” (ie qui se déclore le visage, lui donnant une couleur orangée de Fanta, tout en conservant un corps couleur Coca). Leur point commun : elles vendent leur corps pour vivre. Mais monnaient leurs services fort cher, et n’hésitent pas à écraser la concurrence. Le sproblèmes arrivent après le meurtre de Saadath, qui a traffiqué de la drogue dans le sillage des anciens amis de son gangster de mari. Sylvana vole la malette de cocaïne que Saadath avait confiée à Rockyana pour tenter de la revendre aux anciens boss de Saadath. A la tête de cette pyramide de fabricants : Smaïn, alias “L’Arabe” qui après avoir perdu u bras par amour a décidé de devenir vraiment dur à cuir…

Révélant l’intriguepar fragments à la manière d’un tableau cubiste, Florent Couao-Zotti donne à chaque chapitre de son roman un titre en forme de proverbe béninois. Et tous sont aussi savoureux que le titre. Un glossaire en fin de texte vient renseigner le lecteur sur l’usage de mots locaux : l’on aporend avec intêrét qu’à Cotonou, le Gaou est le dindon de la farce, la Go une petite copine, et que tous les blans sont par extension “Lissa”, c’est-à-dire Albinos; sur fond de Magic System survolté, l’auteur nous traine dans un éboulement de métaphores dans des taxis défoncés, des bars mal famés, et des piaules de gangsters; il nous entraîen dans un monde où tous les coeurs sont frelatés, et où il n’y a pas vraiment de victime. Juste des gagnants et des perdants, des personnages nés beaux et dotés ou mal servis par la vie. Mais tous dégagent une folel énergie, cherchant sans scrupules à améliorer un quotidien frénétique. Une belle dose d’énergie pas très morale…

Florent Couao-Zotti, “Si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au porc de le dire”, Le Serpent à Plumes, 208 p., 14 euros.

Elle ne regrettait nulelment d’avoir allongé le couteau dans le ventre de Mouf. Lui voulait se faire vent, épouser la courbe de l’horizon, cette nuit même, alors qu’elle souhaitait se faire éclater le corps des heures durant, toute la nuit, comme s’il ne restait que ec dernire festin à s’offrir. Oui, elle avait bien besoin des e donner de la jouissance, après l’exploit réalisé, en attendant de voir comment se lèverait le soleil. De toutes façons, le sort du jeune-homme était déjà scellé. Elle voulait l’utiliser juste pour l’opération, en soutirer du plaisir jusqu’à plus rassis, puis après, le jeter sur les décharges. “ p. 115

Joann Sfar dépoussière Gainsbourg

Dimanche 24 janvier 2010

« Gainsbourg, (Vie héroïque) » est, comme son sous-titre, plus un conte évoquant la figure du dandy de la chanson française qu’un biopic grandiloquent. On y retrouve à chaque image l’univers fascinant du dessinateur Joann Sfar.

En décidant de s’appesantir sur les jeunes années de Lucien Ginsburg, et en passant très vite sur les années d’auto-destruction, le dessinateur du « Chat du rabbin » redonne un coup de jeune à Gainsbarre. C’est l’enfant au bord d’une plage qui intéresse Sfar : l’enfant artiste-peintre rêveur et l’enfant juif apeuré pendant la guerre. Débutant dès le générique par une série de dessins très stylisés, Sfar marque tout de suite la vie de l’idole de sa propre patte. Et sa décision d’évoquer plutôt que de montrer les fantômes de l’auteur-compositeur donne aux 2h10 de film une légèreté quasi-onirique. Sfar insiste longuement sur la judéité de Ginsburg : les accents justes de la famille russe immigrée, l’amour et l’exigence du père, et surtout l’étoile et la cache dans une école catholique pendant la guerre, où la figure de l’affiche de la tristement célèbre exposition « Le juif et la France » sort de son cadre pour accompagner l’enfant pendant les sombres années.

Les années de vraie Bohême de l’enfant qui se destine à être peintre sont le cœur du film : la rencontre avec Frehel (géniale Yolande Moreau), alors que le gamin de onze and drague un modèle, puis celle de sa première femme avec qui il passe sa première nuit dans l’atelier de Dali, et enfin celle de Boris Vian (inévitable Philippe Katerine) et des frères Jacques, qui comme le veut la chanson lui beurrent sa tartine avant d’entonner sur scène « Le poinçonneur des lilas » et de lancer Serge Gainsbourg. Sfar dépeint cette atmosphère avec la même légèreté érotique qu’il avait employée pour faire revivre le Montparnasse des années 1920 dans sa BD sur « Pascin ».

Selon Sfar, Gainsbourg découvre qu’il doit se détourner du crayon pour reprendre le piano de son père lorsqu’il rencontre son double. Ce fantôme est une figure fantasmatique de lui-même (nez crochu démesuré et oreilles paraboliques) qui est à la fois son guide, son inspiration de poète et son coup de pouce en cas de timidité touchante avec les femmes. Ce double qu’il appelle « ma gueule » est une sorte de dibouk hassidique qui s’efface quand Gainsbourg prend (trop ?) confiance en lui après l’affaire Bardot.

Dans ce dernier rôle, Laetitia Casta, génialement dirigée, est une parfaite Camille du mépris à l’énonciation toujours trainante. Puis lorsqu’il rencontre Jane Birkin (touchante Lucy Gordon) et renvoie son double, Gainsbourg semble commencer sa chute, sa « gueule » se retournant contre lui pour lui susurrer les impertinences et les excès de la fin de sa vie. Fort heureusement, Sfar n’épilogue pas longtemps sur Gainsbarre et son jeu pervers avec les médias, conservant de ces années deux chansons : « je t’aime, je t’aime » et « aux armes etc », et passant outre le billet brûlé ou les passages télé en état d’ébriété avancée. Pari réussi donc pour ce conte qui présente bien la face solaire et héroïque de Gainsbourg avec un grain de folie, et quelques épis de fantaisie.

Note : regardez bien, parmi les musiciens autour d’Eric Elmosnino, vous pourrez deviner : Gonzales, Mathias Malzieu, ou Thomas Fersen, et Sfar lui-même s’est grimé en Brassens.

« Gainsbourg, (Vie héroïque) », de Joann Sfar, avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Lucy Gordon, Anna Mouglalis, Laetitia Casta, Mylène Jampanoï, Philippe Katerine, Deborah Grall, Razvan Vasilescu, Kacey Mottet, et Sara Forestier, , France, 2h10, sortie le 20 janvier.

Christian Boltanski : Mausolée de chiffon et de feraille à Monumenta

Mercredi 13 janvier 2010

Scène étrange ce mardi matin au vernissage presse de Monumenta. Comme vous l’avez peut-être compris je me faisais une joie, mais journée très chargée, trop. Malade le lendemain. Je suis arrivée un peu trard au vernissage. Ai marché parmi les chiffons pour voir les trois installations. CB ne s’était pas trop foulé,; minimum syndical attendu. Mais je me sentais bien dans son univers. J’ai donc décidé de m’asseoir sur un banc, tranquille entre deux barbelé pour lire le dossier de presse, avant de filer écrire l’article au bureau pour enchaîner sur le reste de mes activités. D’après l’atriste on devait se sentir en enfer, oppressé, pressé de revenir à la vie dans ce décor. Et moi je m’y posais pour lire, presque chez moi… Troublant….

Du 13 au 21 février, Christian Boltanski prend la suite de Anselm Kiefer et Richard Serrat en organisant l’espace de la nef du Grand Palais pour Monumenta 2010. Installation spécialement réalisée pour l’occasion, “Personnes”  est une vanité contemporaine.  Sculptée à grands renforts de métal, de chiffons et de battements de cœur, la symphonie architecturale que propose Boltanski se veut oppressante pour mieux rendre le visiteur à la vie.

“Quand je travaille au Grand Palais, j’ai la sensation de réaliser un opéra, avec cette différence près que l’architecture remplace la musique. L’œuvre est une scénographie”. C.B.

monumenta Boltanski

A l’entrée de Monumenta, Christian Boltanski a mis un mur. Le visiteur tombe directement sur de longs casiers de métal rouillés portant des numéros et surmontés des fameuses lampes de bibliothèque que Boltanski utilise depuis si longtemps dans ses œuvres. Il faut donc contourner ce massif écrin d’archives pour entrer dans le vif de “Personnes”.

monumenta christian boltanski

Derrière, sur trois rangées et s’étalant sous toute la nef du grand Palais, des vêtements sont étalés, proprement rangés en 25 carrées délimités par des poteaux de fer livrant la mélodie mécanique des battements de cœur humains du monde entier. Ceux-ci font partie d’un ancien projet du plasticien : “Les archives du cœur”. Chacun des carrés de fripes est surmonté d’un néon tenu à à peine un mètre du sol par des barbelés. Ce vaste champ de tissus et de fer est très ambivalent puisqu’il peut dégager une sérénité de jardin japonais, mais aussi faire grincer les oreilles et les nerfs sans aucune transcendance possible, comme un spectacle de Buto.

monumenta christian Boltanski

Enfin, derrière ce champ impossible, Boltanski a placé une montagne de vêtements usagés, brassés par une grue qui descend sa pince pour en hisser une partie jusque sous la voute, laissant quelques pulls tomber en route, avant relâcher brusquement sa proie molle qui revient s’éparpiller au sommet de la montagne.

boltanski Monumenta

L’ensemble de ces trois installations constituant “Personnes” sent la mort. L’artiste évoque d’ailleurs l’entrée DANS son œuvre comme une marche dans les cercles de l’enfer. Aucun nom, aucun visage ne vient parler humainement aux visiteurs qui gravitent entre le mur, la montagne et les champs, comme une horde de fourmis sans mémoire. Il n’y a plus vraiment dans ce travail de Boltanski la vieille volonté de lier nombre et individus. Et il n’y a plus non plus de célébration des morts. Juste un bal de morts-vivants. Perdu dans la masse et donc dans le nombre, le promeneur est ramené à sa mort qui vient, et rejoint Christian Boltanski à ce point où “on a le sentiment de traverser en permanence un champ de mines, on voit les autres mourir autour de soi, alors que, sans raison, on reste, jusqu’au moment où l’on sautera à son tour”.

L’absurde sentiment de sursis n’empêche pas Boltanski de continuer son œuvre au sein même de Monumenta puisque, en coulisses, vous pouvez aller faire enregistrer les battements de votre cœur, à ce qui semble être l’infirmerie de l’exposition. Et laisser l’emprunte de votre vie parmi les milliers d’autres recueillies depuis 2005 par le plasticien et archivées sur l’île japonaise de Tashima. Le processus est bureaucratique, clinique : vous prenez un ticket, vous vous asseyez en lisant un magazine sur Boktanski ou vous retournez faire un tour dans le mausolée. Puis lorsque votre tour vient, vous pouvez récupérer une copie de votre battement de coeur.

Mais, si ni les vivants  ni les morts ne comptent plus, et si Boktanski sculpte son public même dans “Personnes” jusqu’à le rendre sans visage, survivant, on peut se demander à quoi sert   tout cet édifice de mémoire de souvenir et de lutte contre le temps et l’oubli.

Une autre scénographie de Boltanski, “Après”, est à voir à partir du 14 janvierb  au MAC/VAL, en parallèle de Monumenta. Plus d’informations ici.

Par ailleurs de nombreuses conférences et tables rondes sont organisées pendant toute la durée de Monumenta 2010. Mercredi 13 janvier, la commissaire de l’exposition Catherine Grenier participera à la table-ronde “Christian Boltanski vu par…”, et le 6 février, le compositeur Franck Krawczyk propose une création réalisée pour “Personnes”, “Polvere”. Cliquez-ici pour voir toute la programmation autour de Monumenta.

Enfin, Arte Video a sorti un documentaire,“Les vies possibles de Christian Boltanski”,qui passe le 18 janvier sur arte.

Pour en savoir plus sur Christian Boltanski, lire notre article.

Monumenta 2010, Christian Boltanski : Personnes”, du 13 janvier au 21  février, Nef du Grand Palais, Porte principale, Avenue Winston Churchill, Paris 8e, m° Champs-Elysées Clemenceau, tljs sauf mardi, lun, mer, 10h-19h, jeu, ven, sam, dim, 10h-22h, 4 euros (TR : 2 euros).

Roman : Anges, de Julie Grelley

Mercredi 13 janvier 2010

Premier roman d’une auteure qui n’a pas froid aux yeux (ni au clavier), “Anges” de Julie Grelley nous plonge dans le fort intérieur plus qu’étrange d’une jeune-femme qui pousse la recherche de pureté jusqu’au crime. Un des opus les plus intéressants de cette rentrée de janvier chez Albin Michel.

angesA 33 ans, Colline Lelègue est en liberté conditionnelle. Elle travaille dans un magasin d’outils dans un bled de Normandie, et poursuit assidument un programme d’enlaidissement volontaires. Ex-mannequin vedette de la fin des années 1980, et ancienne blonde aux yeux bleus sylphide, coqueluche de l’agence élite, elle s’est cassé le nez, teint les cheveux en brun, porte des lentilles marrons et suit un régime alimentaire à base de sachets protéines et de sucre qui la font peser 120 kilos. Que s’est-il passé pour qu’elle finisse en prison? Et quel est l’objectif de sa petite vie en apparence bien rangée? En quête de pureté et extrêmement religieuse, Colline cherche un ange … et estime que les voix de Dieu sont souvent sanglantes…

Julie Grelley nous invite à entrer dans l’univers d’un monstre pour mieux le comprendre. Sur le fond, aucun tabou n’arrête l’auteure qui présente les actions les plus noires avec constance et sobriété. Sur le forme, le style d'”anges” réussit à faire entrer son lecteur dans le délire psychotique de Colline sans pour autant perdre en clarté. Pas de festin nu de méandres verbeux à la “factory parano“, ou de flux de conscience contradictoires et compliqués. Aspirant à la pureté, la folie de Colline est aimantée dans une seule direction que la plume de Julie Grelley suit consciencieusement. Du point de vue de la structure du roman, même limpidité : après quelques chapitres d’exposition, le roman alterne description de la vie présente de Colline et flash backs, qui permettent au suspense de monter efficacement pendant les 2/3 du livre avant d’assister à la mise en place du dernier plan follement bien organisé de l’ancienne top model.

Julie Grelley, “Anges”, Albin Michel, 186 p., 15 euros, sortie le 7 janvier 2010.

Sur la digue, Colline se promène en regardant la mer, seule au monde au milieu des vacanciers. Méditant sur le verset de la Bible que le Christ m’avait signifié. Il fallait qu’elle pardonne à David d’avoir trahi Michelle. Il fallait qu’elle pardonne à David de s’être enfui loin de Michelle avec la peur au fond des yeux. Et Colline implorant l’aide du Christ pour qu’il m’aide à pardonner. Et Michelle plaidant soudainement la cause de David! Et Lynn faisant remarquer à Colline que Michelle avait tout intérêt à défendre David car même si elle jouait les victimes c’est moi qui avait été trahie et non pas elle. Éprouvant soudain une jalousie féroce envers Michelle, Colline décide d’écourter la promenade pour retourner à l’hôtel et lui infliger le châtiment corporel bien mérité pour la punir d’avoir elle aussi trahi ma confiance en essayant des séduire David dans mon dos.” p. 120.

Dernière lettre d’une mère à son fils à l’épée de bois

Mercredi 13 janvier 2010

Du 27 janvier au 13 février Christine Melcer interprète “La dernière lettre”, extraite du roman de Vassili Grossman :” Vie et Destin” au Théâtre de l’épée de bois. Dirigée avec pudeur par la toute jeune Nathalie Colladon de la compagnie “Têtes d’ampoules”‘ la comédienne donne corps à l’ultime témoignage d’amour d’une mère à son fils.

“Comment finir cette lettre? Où trouver la force pour le faire mon chéri? Y a-t-il des mots en ce monde capables d’exprimer mon amour pour toi? Je t’embrasse, j’embrasse tes yeux, ton front, tes yeux. Vitenka…Voilà la dernière ligne de la dernière lettre de ta maman Viv, vis, vis toujours… Ta maman.”

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A Berditchev, en Ukraine, dans la chaleur insupportable de l’été 1941, et juste après que les nazis ont pris la ville, Anna Seminiovna est obligée de quitter sa maison. Parce qu’elle est juive, elle est enfermée dans le ghetto de la ville où sont parqués tous ses coreligionnaires. Elle sait qu’elle n’en sortira pas. Et que, par conséquent, elle ne reverra jamais son fils mobilisé dans l’armée. Elle lui écrit donc une dernière lettre où elle inscrit tout son amour pour lui. 17e chapitre du grand roman de Vassili Grossman, cette lettre est un texte puissant. En écrivant la lettre que sa mère n’a jamais pu lui envoyer avant d’entrer dans le ghetto, Grossman fait parler en même temps toutes les mères du monde, en imaginant comment elles exprimeraient l’amour qu’elles ont pour leur enfant, sachant que c’est la dernière occasion de le faire.

C’est la comédienne Christine Melcer qui a proposé à Nathalie Colladon de travailler ce texte pour la deuxième mise en scène de la compagnie “Têtes d’ampoules”. Dans un décor sobre, fait d’une grande palissade de bois, l’interprète complétement investie dans le rôle de la mère condamnée. Se découvrant peu à peu de ses vêtements chiffons, elle semble se dévoiler tout au long de la pièce pour arriver à la nudité de la coexistence inexplicable de la mort imminente et de l’amour pour son fils. Pendant plus d’une heure, la salle est suspendue à ses lèvres, entrant en empathie avec le sens à la fois simple et essentiel de chaque mot écrit par Grossman. Avec une grande sensibilité et un attention toute particulière à l’universalité du message, à à peine 25 ans, Nathalie Coladon met en scène sa bouleversante comédienne. Son engagement artistique est aussi politique :”Oui, je suis jeune, Non, je ne suis pas juive. Oui, je suis concernée”. Et touche juste, puisque le public a déjà plébiscité ce spectacle lorsqu’il a été représenté une dizaine de fois à l’épée de bois en juin dernier. A vous d’aller découvrir ce monologue à la fois superbe et terrible et qui nous concerne tous, quel que soit l’âge ou l’appartenance identitaire.

“La dernière Lettre”, un texte de Vassili Grossman, Mise en scène Nathalie Colladon de la compagnie “Les têtes d’ampoules”, avec Christine Melcer, du 27 janvier au 13 février, Cartoucherie, Route du Champ de Manoeuvre, Paris 12e, m° Porte de Vincennes PUIS Bus 112, durée du spectacle : 1h10, 13 euros (TR : 9 euros).Réservation au : 01 48 08 39 74.


La dernière lettre Nathalie Colladon
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Paloma Faith live au Nouveau Casino

Jeudi 3 décembre 2009

Comme annoncé sur le site de la boîte à sorties, Paloma Faith était mercredi 2 décembre sur la scène du nouveau casino. Chronique d’un show à la fois frais et suave.

Après une première partie assurée par la voix cristalline de Josh Weller, Paloma Faith a fait son entrée fracassante sur la scène d’un Nouveau Casino principalement rempli de spectateur anglais et allemands. Toute de blanc vêtue, en Colombine avec de grands éventails pour ailes, la rousse souriante a débuté avec le titre éponyme de son album : “Do you want the truth or something beautiful?”.

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A l’image du contraste entre cette entrée dramatique et le sourire frais et irrésistible de la Faith, le concert a oscillé entre des moments d’intensité dramatique très forte quand la chanteuse revivait ses titres et de commentaires très “girl next door” improvisés en Français et en très bonne humeur par Paloma Faith. Alors que ses musiciens étaient habillés en garçons de cafés, comme pour servir la diva, celle-ci a dans ses transitions des attitudes très fraîches d’anti-star. Éclaboussant joyeusement sa jolie robe blanche de poupée de poudres multicolores qui s’échappaient en vapes, Paloma Faith n’a cessé de mettre son groupe (et son public qu’elle a filmé) sous les feu de la rampe. Dans les chanson, la gestuelle hésite un peu entre des mimiques de chanteuse réaliste des années 1950 et des mouvement burlesques de poupée fragile, que la choriste reprend avec un grand talent.

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Bref, sur scène, Paloma Faith se cherche encore, mais elle y met un tel enthousiasme et sa voix live es tellement touchante qu’on lui pardonne tout. Et le public a repris en choeurs les tubes “Cold stone sober” et “New-York”, envoyé sans transition après un début de reprise DU “New-York” de Sinatra.

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Avec beaucoup d’à-propos Paloma Faith a fait le choix de ne pas débiter tous les tubes de son album, mais de les choisir, pour insérer dans le show une reprise blues très réussie de “Sexy Bitch” de David Guetta. En bis elle s’est lancé dans un duo très cabaret et un peu coquin avec sa première partie, Josh Weller. Derrière ses airs apprêtés, Paloma Faith est une enfant mutine et généreuse que son public est très curieux de voir grandir… Pourvu qu’elle devienne vieille sans être adulte, comme le disait si justement Jacques Brel.

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Paloma Faith, la colombe pop à la vaix rauque au Nouveau Casino ce soir

Mercredi 2 décembre 2009

Un prénom hidalgo, une extravagance vestimentaire toute british et une voix rauque et profonde à la Amy Winehouse : Paloma Faith a tous les atouts de l’icône pop. Son titre “New-York” est déjà un tube et son premier album “Do you want the truth or something beautiful?” (Epic records) s’écoute d’une traite et en boucle. Bref, vous n’avez aucune excuse pour manquer le concert de Paloma Faith ce soir au Nouveau Casino.

De son passé d’assistante magicienne et de danseuse burlesque et cabaret, Paloma Faith a gardé un chic excentrique et sexy. et des tenues absolument incroyables Dans son premier album, “Do you want something beautiful?” ,elle prend à rebours et avec humour les rapports de forces d’une relation sentimentale compliquée. Et se moque même de la nostalgie qui s’ensuit. Elle évoque d’une voix rauque et profonde la fierté, la douleur mais aussi la force d’une femme moderne amoureuse et malheureuse.

Si elle commence par narguer son ancienne flamme dans son premier single british “Stone Cold sober” (sobre et froide comme la pierre), et si c’est sur des accords très pop rétro que la chanteuse se dit toute retournée (Upside Down), elle avoue peu à peu qu’elle se sent comme une poupée manipulée et brisée (“Broken Doll”). La mélodie se fait même lancinante quand, évoquant le départ de l’aimé, (“Stargazer”,) elle qu’elle dit avoir du mal à tenir debout dans “My legs are weak”. Finalement comme nous tous, elle voudrait, en écho à sa chanson avoir la certitude que la romance n’est pas morte à jamais (“Romance is dead”). Son deuxième single et  titre le plus diffusé en France, “New-York”, commence sur des notes R’n’B et prend peu à peu une couleur proche du disco années 1970.

Si la vérité n’es pas belle, mieux vaux la travestir avec une extravagance douce amère et de la très bonne pop à découvrir ce soir au Nouveau Casino.

Paloma Faith, “Do you want the truth or something beautiful?” (Epic records, 11 euros.

19h30, Nouveau Casino, 109, Rue Oberkampf, Paris 11e, m° Ménilmontant, Parmentier ou St Maur, 20 euros.

Gossip au Bataclan : l’énergie rouge feu de Beth Ditto

Dimanche 15 novembre 2009

Hier soir avait lieu le premier des trois concerts de Gossip au Bataclan. Le groupe a donné du show et du son et fait dansé une salle bondée et extrêmement réceptive.  Il faut vraiment entendre live la voix de Beth Ditto, phénomène de la nature qui danse, crache, parle en Français à son public et se déshabille volontiers…

Devant le raz-de marée des réservation, une troisième date  au Bataclan a du être rajoutée à la tournée du groupe Gossip, qui joue à guichet fermés 15, 16 et 17 novembre, pour un public qui connaît par cœur le tous les hits de l’album “Music for men” (Colombia), sorti au printemps dernier.

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La première partie était tenue par un groupe très rock et sympathique qui a chauffé une foule toute prête à danser. Pendant les vingt minutes d’attente entre cette première partie et le show de Gossip, le public a hurlé, tonné, réclamé et applaudi le groupe de Portland, espérant le faire jouer plus vite. Après quelques notes de guitare de Brace Paine et quelques battements de Hannah Billie, ELLE est arrivée :  tunique noire ample et courte sur bas résilles, bob rouge court sur lequel trônait un petit bibi noir, Beth Ditto a comme prévu fait sensation.

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Saluant  le public montrant ses connaissances de français, dans jamais s’arrêter ni de danser, ni de faire tonner son imposante voix, la chanteuse s’est petit à petit déshabillée : le bibi a valsé, les chaussures ont disparu et il faisait tellement chaud au Bataclan, que Beth Ditto a fini par enlever la tunique, finissant le concert en body noir laissant voir sa généreuse poitrine. Sa voix est absolument bouleversante, et entendre sa puissance brute et blues en live est une expérience vraiment différente de l’écoute du CD.

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