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Les désemparés, un trésor de Max Ophuls avec James Mason enfin disponible en Dvd

Vendredi 12 mars 2010

Max Ophuls a passé peu de temps aux Etats-Unis, entre ses années allemandes et françaises. Le réalisateur de “La ronde” a réalisé 3 films pour Hollywood : Lettre d’une inconnue (1948), Caught (1949) et les désemparés (“The Reckless moments”, 1949). La copie restaurée de ce dernier film, à l’écran le 31 mars, et disponible en Dvd le 7 avril, fait mentir l’idée fixe que “Lettre d’une inconnue” est le chef d’oeuvre américain de max Ophuls. Film noir vantant l’amour maternel dans un village bourgeois de la côte ouest, les désemparés est une oeuvre un peu oubliée. Plus pour longtemps.

Alors que la plupart des maris américains sont revenus de la guerre, celui de Lucia Harper (Joan Benett) est reparti pour Berlin afin d’y superviser al construction de ponts. La jeune maman est donc seule dans sa jolie ùaison de Balboa (banlieue de LA) avec son beau-père, son fils un peu mécano et très débraillé, et sa fille Bea, 17 ans. Cette dernière, romaniques étudiante d’arts fréquente un jeune homme mal famé, Ted Derbyet Lucia tente de mettre fin à cette liaison. Or Derby est retrouvé mort. Un type étrange (James Mason) vient alors voir Lucia chez elle. Il est en possession de lettres d’amourde Bea à Derby et veut la faire chanter. Peu à peu la mère de famille et son maître chanteur développent une relation qui dépasse les simples affaires…

Film noir déjà infléchi par un certain retour au réalisme, “Les désemparés” place immédiatement ses spectateurs au coeur d’une bonne famille américaine d’après-guerre. Portée par la grâce de Jona Benett, qui était égalemnt la femme du producteur du film, Walter Wagner, et surtout par le génie élégant d’un James Mason ravi de travailler avec un cinéaste culte mais n’ayant pas encore trouvé son public à Hollywood, l’intrigue garde en haleine du début à la fin. A la direction de la photographie, Burnett Guffey sublime les deux personnages principaux, et transforme leurs brèves rencontres incohérentes des jeux d’ombres troublants.

“Les Désemparés”, de Max Ophuls, avec Joan Benett, James Mason, Geraldine Brooks, Henry O’Neill, USA, 1949, 79 min + 62 minutes de bonus, dvd master restauré HD, Carlotta films, 19.99 euros, sortie le 7 avril 2010.

Sortie en salle en copie restaurée le 31 mars.

Dvd : Douglas Sirk, les années allemandes

Dimanche 29 novembre 2009

Carlotta propose un premier coffret de films réalisés par Douglas Sirk (Demain est un autre jour, Mirage de la vie…) au temps où il travaillait pour la UFA et signait encore ses films Detlef Sierck. L’occasion également de redécouvrir les débuts de la superstar du cinéma nazi, Zarah Leander.

En 3 Dvds et 4 films, c’est le cœur de la période allemande du réalisateur Douglas Sirk que vous pouvez redécouvrir. Réalisateur d’origine danoise, venu de la mise en scène de théâtre, Douglas Sirk a travaillé pour le grand studio allemand, la UFA, pour laquelle il a découvert la superstar d’origine suédoise et à la voix grave inoubliable, Zarah Leander.

Les deux premiers films concentrés sur le premier Dvd sont des adaptations. “La fille des marais” (1935) est tirée d’une nouvelle de Selma Lagerlöf et montre sur un mode naturaliste la séduction troublante d’Helga, fille-mère un peu sorcière, venue d’une ferme perdue dans les marais de la campagne suédoise. “Les piliers de la société” (1935) est un film sur les dessous de l’ascension sociale, inspiré d’une pièce du norvégien Henrik Ibsen, dont la structure est revue pour l’écran. Avec l’acteur nazi  Heinrich George (“Metropolis”, “Le juif Süss”…) qui a été déporté par les soviétiques, après la guerre.

Restaurés avec habileté, ces deux films témoignent des débuts talentueux de Sirk avec la caméra. Sirk disait que la lumière et l’angle représentaient la philosophie du cinéma…

Le deux films suivants sont issus de la rencontre entre Douglas Sirk et l’égérie suédoise Zarah Leander. Après le départ de Marlene Dietrich pour les Etats-Unis et face au refus de Greta Garbo de tourner dans un film allemand, la UFA avait besoin d’une nouvelle star allemande. Que Douglas Sirk est allé chercher sur une scène de théâtre à Vienne. Avant même la sortie du superbe “Paramatta, bagne de femmes” (1937, le titre en allemand est littéralement “Vers de nouveaux rivages”), Zarah Leander était déjà une star en Allemagne. Dans le film, elle interprète le rôle d’une chanteuse londonienne qui, pour sauver son amant, endosse le crime d’un faux qu’il a signé et se retrouve au bagne de Paramatta en Australie. Les chansons du films (“Ich steh im Regen”, “Yes sir”, “Ein Paar Tränen werd’ ich weinen um Dich”) appartiennent désormais au Panthéon de la chanson allemande. L’année d’après Sirk et Leander reprennent leur collaboration pour un film qui sera un succès mondial : “La habanera”. L’histoire est celle d’une jeune suédoise partie en voyage à Porto-Rico avec sa tante, et qui décide au dernier moment de rester sur l’île, pour y épouser l’élégant et dangereux Don Pedro de Avila. Dix ans plus tard, alors qu’elle se sent prisonnière sur l’île, a le mal du pays et se replie  sur son rôle de maman, l’héroïne retrouve un amour suédois de jeunesse, venu enquêter sur une fièvre contagieuse que les autorités de l’île, dont Don Pedro, tentent de dissimuler. La chanson éponyme du film est un autre tube allemand des années 1930.

Malgré certaines lourdeurs due aux conditions de production du film (propagande nazie un peu lourde sur le manque d’efficacité des américains, populations noires immédiatement liées au dévergondage dans les cabarets et casinos…) “Paramatta” et la “Habanera” témoignent de l’intérêt de Sirk pour les grands horizons (Australie, Porto-Rico) et la critique sociale. Derrière l’image lisse et maîtrisées, on peut même percevoir des fortes influences brechtiennes (Sirk avait lui-même mis en scène l’Opéra de Quat’sous) chez  le réalisateur qui a fui l’Allemagne pour retrouver sa femme juive et a eu aux Etats-Unis la carrière que l’on connaît.

Dans les bonus, ne manquez pas l’interview sans tabous de Douglas Sirk sur sa rencontre avec Zarah Leander. Vous y apprendrez que la diva avait les hanches larges, que les réalisateurs de l’époque appelaient le visage plein et placide de Leander, Garbo, ou Ingrid Bergman un “visage de vache”, et comment, déjà en 1937, on pouvait  créer de toutes pièces une nouvelle star.

Coffret Douglas Sirk, partie 1, “La fille du marais” (1935-78 min), “Les piliers de la société” (1935- 78 min), “Paramatta, bagne de femmes (1937-98 min), et “La Habanera” (1937-98 min). Films en noir et blanc et parlants, 3 dvd, VOST, 39, 90 euros. Sortie le 3 décembre 2009.