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Semih Kaplanoglu (Miel) : Nos modes de vie actuels peuvent salir l’oeil qu’on a dans le coeur

Vendredi 17 septembre 2010

Ours d’Or 2010 à Berlin, et tout récemment Grand Prix du Festival Paysages de Cinéastes 2010 de Chatenay-Malabry, « Miel » (« Bal ») du réalisateur turc Semih Kaplanoglu sort sur nos écrans le 29 septembre. « Miel » raconte l’enfance d’un poète et sa relation forte et quasi-silencieuse d’un père apiculteur. Il s’agit du troisième volet d’une trilogie sur la vie de cet homme et l’enfance vient après l’âge adulte, exploré dans Oeuf (Yumurta) et Lait (Sût). Semih Kaplanoglu nous a palmé de ce film. Un film et de ce qu’il exprime sur l’éducation, le deuil et une force intérieure dont il ne faut pas perdre le fil.

Voir notre critique du film.

Selon vous, y’a-t-il un grand renouveau du cinéma turc, ces dernières années ?
On peut définir ça comme ça, comme une sorte de nouvelle vague. Il y a une génération dont je fais partie, qui a commencé dans les années 1990. Que ce soit dans le fond ou dans la forme la façon de filmer et de produire, il y a une coupure entre ce que nous avons commencé à faire et les films d’avant. Il y a donc effectivement une ressemblance avec la Nouvelle vague française. Il y a plusieurs réalisateurs qui représentent cette nouvelle génération du cinéma en Turquie. Vous connaissez peut-être Nuri Bilge Ceylan (Grand prix du Jury pour « Uzak » en 2003 à Cannes), il y a Reha Erdem (« Des temps et des vents ») et Zeki Demirkubuz (« Kader »).

Pourquoi filmer votre trilogie à rebours, en commençant par l’âge adulte pour revenir vers l’enfance ?
J’ai eu l’idée de ce film vers l’âge de quarante ans. J’avais des questions par rapport à la vie : ce que j’étais, ce que j’étais devenu et ce que j’allais devenir. A l’époque je travaillais sur une nouvelle qui au a donné naissance au garçon de 18 ans, qui est le personnage principal du film l’œuf. En réfléchissant sur ce personnage de livre, je me suis demandé ce qu’il deviendrait à l’âge de 40 ans, et également ce qu’il avait été à huit ans. J’ai commencé par l’imaginer à 40 ans avec « Lait », tout simplement parce que c’est l’âge où je le sentais le plus proche de moi. Et puis, j’ai essayé d’aller vers l’inconscient de l’être humain. Vers une base que l’on a quand on est et qui ne change pas. En fait, en regardant « Miel » nous sommes censés avoir déjà vu les deux premiers films, et nous savons déjà quel va être l’avenir de cet enfant. C’est quelque chose qui est impossible dans la vie réelle, bien sûr, de connaître l’avenir de quelqu’un. Parce que nous, quand on raconte une histoire, on la raconte et on la vit de façon chronologique. Comme on sait ce qu’il va vivre plus tard, l’innocence de l’enfant est encore plus puissante. Et ca c’est en quelque sorte se rapprocher du destin. Quand on revient en arrière on fait sentir plus fort la puissance du destin. Moi, je crois au destin et je crois que Dieu a tracé notre destin.

Quelle est la place de l’éducation dans la trajectoire de vie de l’enfant ?
Deux types d’éducations doivent co-exister : si l’on s’éloigne de l’éducation de la nature et de ce que peut nous apprendre un père, l’éducation créée par l’homme provoque le chaos que l’on connaît aujourd’hui. Aujourd’hui, l’être humain vit de façon un peu perdue, ne sait plus trop où il en est. En fait, nous avons une vie plus conformiste, même si nous communiquons parfaitement et que tout est plus facile, cela ne nous rend pas plus profond, cela ne résout pas nos problèmes. La science existe, mais elle ne peut pas répondre à tous les questionnements. Je ne dis pas qu’il ne faut pas s’arracher à la nature, mais je pense qu’il est très important de savoir garder un équilibre entre l’apprentissage de la nature et l’apprentissage de la société. Il suffit d’aller le chercher par la spiritualité, sa base, et c’est quelque chose qu’aucun système politique ne peut jamais empêcher parce que c’est quelque chose qu’on a au fond de soi. Aucune autorité,quel que soit son pouvoir, ne peut détruire ce qu’on a en nous. Seulement l’être humain peut détruire pour lui-même ce qu’il a en lui. Nos modes de vie actuels et leurs conformismes peuvent évidemment salir l’œil qu’on a dans notre cœur.

Dans « Miel », la disparition du père est-elle une étape de l’apprentissage ou est-ce une tragédie?
C’est évidemment une partie de l’éducation de l’enfant. Après que le petit a perdu son père, on voit qu’au bout d’un moment, il se met à l’accepter. Dans la culture d’où je viens, la mort n’est pas la fin. Nous savons que nous nous rencontrerons quelque part ailleurs.

Quel est le rôle du silence dans l’apprentissage et dans le processus de deuil ?
En fait pour moi, le poète est celui qui essaie de détruire la manière linéaire de s’exprimer. Car les mots pour un poète ont d’autres significations que celles qu’ils ont pour nous. Il n’écrit pas pour communiquer. Le poète essaie de nous faire parvenir une autre connaissance d’un autre monde. Il va toujours à l’essence du premier mot. Et si on pense que déjà le petit garçon a du mal à parler puisqu’il bégaie, il ne peut parler que quand il murmure. Comment je sais ça ? Parce que je l’ai vécu moi-même. Si tu bégaies, tu peux parler sans bégayer en murmurant. Et quand au silence qui suit la mort du père, c’est l’acceptation. L’endroit où j’ai filmé, les maisons sont très éloignées des autres, ce n’est même pas un village et j’ai remarqué que là-bas les gens parlent très peu. Je me suis aperçu qu’on éprouve le besoin de parler quand les choses deviennent moins importantes et quand on veut meubler l’espace.

Après avoir donné vie avec cette grande trilogie, ressentez-vous un vide?
Oui je me sens vide. Quand j’ai proposé cette trilogie ici en France, tout le monde m’a dit trois films d’un coup, mais tu es complètement fou. C’est une mauvaise stratégie. Fais les un par un. Ne dis à personne que tu veux faire trois films. Car tu ne trouveras pas de producteur pour un projet de telle ampleur. Quant à moi j’ai toujours présenté ce projet comme une trilogie. Et durant quatre ou cinq ans j’ai travaillé sur ces trois films sans aucune vacance. Je n’ai même pas eu de samedi ou de dimanche. A chaque fois que je finissais un film, il y en avait tout de suite un nouveau qu’il fallait que je commence immédiatement. Il ne fallait pas perdre de temps, il fallait que je commence tout de suite. Grâce à Dieu les choses se sont faites relativement rapidement. Et c’est terminé. Maintenant évidemment, il y a un très grand vide intérieur en moi. Maintenant je ne sais pas trop ce que je veux faire. J’ai plusieurs histoires en moi. Une qui se déroule au 16ème siècle. Et une qui se déroule aujourd’hui à Istanbul, donc je réfléchis sur ces deux histoires. Je prends des notes et je vais commencer à écrire, je ne sais pas encore quand.

Propos recueillis à Paris, le 30 août 2010.

Un musicien dans les sous-sols de Berlin

Jeudi 8 avril 2010

Spécialiste des destins emblêmatiques, l’écrivaine alemande Marie-Luise Scherer brosse le portrait d’un accordéoniste que la chute du mur pousse sur les routes d’Europe entre deux points fixes : Essentouki et Berlin. Une belle aventure humaine publiée en Français par Actes Sud.

A la fin de l’ère soviétique, l’irruption de l’économie de marché en Georgie met l’accordéoniste Kolenko au chômage : plus personne n’a le temps de payer un peu de musique. Il quitte sond sa jolie femme pour tenter sa chance à Berlin. De quais de métro en cimetières, il parvient à conquérir un certain public, ses accents russes et son nom de scène “Karpov” parlant à un public dont l'”ostalgie” croît à mesure que les années 1990 avancent. Mais  trouver un toît est souvent difficile et si départager l’artiste du mendiant n’est pas toujours évident pour le public berlinois. Qui plus est, les visas s’épuisent vite et Kolenko retourne souvent au pays, y apportant des tonnes de vêtements généreusement donnés et pas mal d’argent. A chaque fois, il lui fait retrouver un “tuteur” qui l’invite à nouveau à Berlin pour revenir y gagner sa vie, et traverser toute l’europe de l’est dans des trains interminables où il rencontre une foule de personnages déchus ou avides, tous plus colorés les uns que les autres. La course se termine sur le mariage de son fils et la relève des générations futures. Marie-Luise Scherer livre un roman très humain (écrit en 2003), aux qualités documentaires incontestables et que tous les amoureux de l’est liront avec délectation.

Marie-Luise Scherer, “L’Acordéoniste”, trad. Anne Weber, Actes Sud, 155 p. , 18 euros.

A peine la musique l’avait-elle attirée dans le tunnel que son besoin d’agir thérapeutique s’intensifia au point qu’elle se sentit pousser des ailes. Tombant sur cet homme qui avait l’air complétement ailleurs, elle dit : ‘C’est chouette, ta façon de jouer’. En effet, Kolenko jouait sans aucune de ces mimiques accrocheuses qui, dans son métier, attirent le public. Il souriait sans regarder personne, même lorsqu’une pièce tombait. Mme Machate saisit d’emblée, en lisant la pancarte en carton, ce qui le poussait à une telle retenue en faisant de la musique. Il voulait éviter par là qu’on amalgame son art et sa recherche d’un logement, qui ressemblait à celle d’un mendiant.” p. 21.

La slick est bien le off le plus in de la FIAC

Vendredi 23 octobre 2009

Pour sa 4ème édition, la Slick s’expose au 104, rue d’Aubervilliers. Une bouffée d’énergie et d’art vivant en 61 galeries,  après les œuvres de musée montrées dans les longs corridors de la FIAC. Sooo chic, la Slick a même son valet parking!

La foire off la plus in de la FIAC se mérite. Très loin du cœur de Paris, elle s’est installée cette année dans les bâtiments rutilants du 104, rue d’Aubervilliers. On est accueilli par une sculpture monumentale d’Ugo Rondinone “How does it feel”, devant lesquels des artistes esquissent la jolie façade de la halle centrale, confortablement installés dans des chaises longues.

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A l’étage, des galeries de renom et hyper branchées (Studio 55, Galerie W, Polaris, Marion Meyer, Dix 9…)  s’étalent elles aussi confortablement dans un espace blanc immaculé. Les inclusions de peluches colorées de Alberto Verajano sont présentes à la fois sur le stand de la Galerie W et du studio 55.

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On notera également les architectures réalistes et parfois en 3D de Evol à la Wilde Gallery de Berlin

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La révérence mode de NSG à Mondrian à la Cynthia Corbett Galleryslick-nsg

Les dessins de John Casey à la Galerie Polaris

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Et enfin, l’installation sonore et perlée de Frédéric Lecomte en hommage au collier de sa mère chez Pascal Vanhoecke.

Au rez-de jardin, les deux ailes d’exposition laissent moins d’espace aux autres galeries et il est agréable de s’enfoncer dans leur enchevêtrement comme dans le ventre vivant d’une ville imaginée par des artistes.

Les réflexions historiques et toutes en superposition de Julia Winter à la galerie hongroise Lena & Roselly sont notre coup de cœur de cette Slick 2009.

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Remarquables égalements sont les enfants mi-Dickens, mi- Murillo de Dran à la Galerie GHP de Toulouse

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L’installation nominée par la Slick 2009 de Eric Sep à la galerie Gist d’Amsterdam

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Ainsi que les toiles très couture de Kate Lyddon à la galerie d’Ys de Bruxelles.

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De nombreux happenings et conférences ont lieu ce week-end à la Slick.

Ce soir, ne manquez pas la présentation du mouvement perversioniste par un de ses membres éminents, Luis Nieto.

Samedi, à 14h, le plasticien lauréat du prix Marcel Duchamp Philippe Mayaux parlera des rapports entre Art et gastronomie et à 19h, le vidéaste Ultra violet projette son “Last supper” (1972)

Dimanche, à 14h, c’est au tour d’un autre grand plasticien français, Fabrice Hyber de prendre la parole pour un débat sur les rapports entre Art et argent avec le commissaire priseur David Nordmann et l’économiste Laurent Noël. 18h, le commissaire priseur Pierre Cornette de Saint Cyr parlera avec l’artiste Fred Forest d’art sur la toile.

Tout au long du week-end, les artistes Romina de Novellis, David Miguel, Lorena Diaz, et Emeka Udemba (entre autres) proposeront des performances. Pour voir l’intégralité du programme cliquez ici.

Enfin, la Slick tranforme ce week-end le Point FMR en petit Berlin, avec chaque soir des sets de Djs venus d’Outre-Rhin.

Ce soir, à partir de 20h Guido Moebius & Holger Hillel seront aux platines.

Samedi, à partir de 19h ce sont Vicky Banjo et sa performance burlesque, puis DJ Danel irkin revisitant la neue welle qui vous feront bouger.

Et dimanche, à 14h, dix personnalités berlinoise racontent leur ville, à 15h30 Felicia Atckinson propos eune performance, à 17h Caroline Villain chante du Schubert, et à 18h, place au one woman show de Miss Higgins DJY.

Slick, 104, rue d’Aubervilliers, Paris 19e, m° Stalingrad, Riquet ou Crimée, 10 euros (TR 7 euros).

Vendredi 23 –  de 11 à 20 heures
Samedi 24
–  de 11 à 22 heures
Dimanche 25
–  de 11 à 20 heures
Lundi 26
–  de 11 à 17 heures

Le Point FMR, Quai de Valmy, Paris 10e, m° Jaurès ou Stalingrad.