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Stèle non grata

Mardi 4 janvier 2011

Les points fixes adoubent l’année
Le temps fait des nœuds de bois
Aux croisées scintillantes d’un dé
Les passages caressent mes doigts

Ils sont là, si sages
Flattent le suranné
L’archétype de ce que j’étais…
Ils se jettent dans mes bras

L’affection se boit comme du lait
Page après page, l’intime se tait
Sur les cendres des vieux combats
Une soirée sage à filtrer
Cinq verres de zubrovka
A peine relevés
De babillages et de vieux films enlacés

Le fer brun de l’entourage
Dans mon voyage d’hiver épicé
Rappelle en pointillés le grenat
Des enfantillages démodés
Des innocents déshabillages
Et d’un rire aux rouages-nirvana

Mes soldats, même volages
S’entendent à quart de voix
Dans leur sillage, je suis gênée…
Je reprends, comme rassurée, l’étalage
De l’ordre dans les mi-bas
Du noir sur les yeux fermés
Et des grandes bottes de voyages…

Et Paris sous ma robe drapée
Découvre ses coquillages
Un grand aigle nacré
Ses cils verts d’aréopage
Et cet ami bulle de fanta
Fragile et accepté dans le partage
Une grande mêlée de sucre
De débats et d’histoires outrées

Tout finit sans feu de bois
Mais avec des trios en bouquet
Une parenthèse en toccata

L’attention est une prière retrouvée
Et si le doute marche au pas
Le feuillage de l’amitié
Materne grande cage
Un piège pour solitudes réprouvées.

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J’en profite pour vous faire découvrir une des jolies rencontres du week-end : Esti,
Voici le lien vers son blog … sur le bonheur.

Chapitre 4 d’un roman dans lequel j’apparais sous mon propre nom

Samedi 28 février 2009

Il paraît que je prends trop de plaisir à visiter les abîmes, je me contente de répondre que je fais comme je sens, au moment où ça me chante. Or, un de mes amis new-yorkais qui se trouve être l’écrivain le plus génial que je connaisse m’a suggéré récemment de tout arrêter pour me faire faire des cartes de visite avec pour simple titre “Muse”.  Premier round de la muse amusée, avec ce texte de mon grand frère adoré, Pascal Szulc. Le rockeur au grand coeur a fait mon portrait dans son premier roman (en écriture). Je me permets une minute de narcissisme bien méritée. Mais c’est pour la bonne cause : j’aime beaucoup son écriture rock’n’roll avec BO intégrée.La scène est évidemment totalement vécue.

J’en profite pour illustrer le texte de Pascal par un lien vers un dessin qu’il m’a offert lors de mon dernier passage à paris et inspiré du roman qui a déchiré mes 17 ans : Belle du Seigneur.

“Pascal Szulc, Chapitre IV, La nuit du verseau

Six mois plus tôt. Fin de Yom Kippour. J’ai eu du mal à jeuner, pourtant je ne mange pas le reste du temps. Mais ici, il fallait faire face à un interdit, aller au-delà de la volonté de mauvaise haleine. Une rescousse intuitive en quelque sorte. Yaël sonna à l’interphone.
– Qui est-ce ?
– Ya chéri !
Ya débarquait de New York. Tout le monde l’appelle Ya, notre Salomé géniale à la recherche de l’homme plus intelligent qu’elle. Nous, Laurent, Eric, Le chat, moi et quelques autres l’adorons, la vénérons, ne la touchons pas – c’est Ya qui touche. Ya est un esprit dans une pulpe réalité ; une Pitie exaltée sur un dancefloor mondialement culturel. Tellement de choses à dire sur ma sœur, sa poitrine généreuse, ses lèvres rouges, son rayonnement intellectuel et sa générosité de fée sans clochette, son appétit de la vie et des petits vieux « enfants cachés » et convertis qui nourrissent sa thèse et sa tolérance. Ya peut parcourir seule Israël, de kiboutz en kiboutz, appareil photo et magnétophone au poing, du nord au sud, de bus en bus, pour saisir une vérité, une émotion. Vanessa a de quoi en être jalouse .
Il se retient de ne pas envoyer un sms, se retient. [Garde l’esprit, coupe-toi la main, elle repoussera.] Il rampe et déambule comme un crabe.
– Je ne vais pas bien chérie .
– Oups ! Pourquoi est-elle partie ? Le jour de Kippour, c’est pas gai.
– Ok pour le symbole petite sœur, mais il n’y a pas de jour pour ça.

[Yaël est un mélange d’Hannah Arendt et de Simone de Beauvoir, la pure intelligentzia du second sexe, la volonté de l’esprit et l’insouciance de BB dans le mépris. Ya va droit au but avec hauteur d’esprit et bas noirs, vélib et Ferrari, Verdi et Benjamin Biolay . Yaël est juste merveilleuse et juste. Sans préjugé, convertie à l’humanisme chrétien, un tourbillon chaud doué de la plume, une communicante de la prochaine génération, à cheval sur les hommes, la modernité et la tradition. Ya est une Barbara qui aurait été guérie de l’anorexie, avec l’amour d’un père pur et savant, goûtant autant les cocktails inconnus que les dernières productions cinématographiques japonaises. Ya est un blog à part sur les réseaux nets. C’est ainsi que nous nous sommes connus. J’écrivais compliqué, intelligent, reconnu, mais compliqué, pas assez Inrockuptible, éloigné de mon Henri Miller de base. Un an de journalisme avec son allure virevoltante de Reine de la nuit, et je fis naître mon écriture d’ashkénaze pop romantique.]

Orphée – (Monteverdi 1610)

– Je ne suis pas rassurant, je crains. J’entends matériellement rassurant. Regard, je fonctionne encore avec une carte téléphonique. Ce n’est pas rassurant ça, une carte téléphonique. C’est Vanessa qui me rappelait. Et puis ma voiture, sans chevron apparent, sans lecteur cd. Et les vacances ? pas foutu de l’emmener en week-end dans un hôtel classe pour faire l’amour dans un jacuzzi.
– Si chéri, tu es une âme pure, un coeur sans fond. Que peut-on vouloir de plus qu’une bonne relation de cul et une communication de chaque instant ? Quelle femme n’aimerait pas qu’on lui écrive tous les jours des lettres comme les tiennes ?
– Les béquilles, mon cœur, les béquilles. Elles ont besoin de béquilles pour se retrouver. Le réflexe normal sécuritaire. Tu sais bien, il figure dans les droits de l’homme, enfin je devrais dire dans les droits de la femme.
– Quelles béquilles BB ? lexomile ? Sécurité matérielle ?
– Yes. Lexomile-Deauville, Hôtel Royal, Matis Paris 8éme, la vie des parents, l’avenir des enfants . . . la carte gold, la fin des angoisses des pensions alimentaires jamais payées par un schmoK (un imbécile en Yiddish) … no risk et no future pour moi.
– Eh, oh, positif Aaron le Bain Chaud. Pas de critique hâtive de la nécessité d’être « opportuniste ». C’est tout aussi moral que le reste. D’un côté je comprends son attitude, et de l’autre je suis furieuse de voir dans quel état tu te trouves. Tu vas voir quelqu’un ? Un psy ?
– Non. Ni médoc, ni psy. Je m’endors tous les soirs comme Jacob dans le désert, la tête posée sur une pierre en disant « Bonne nuit chérie , sois heureuse. »
– Pas même un sms, un mail ?
– Combien ?
– Combien de quoi ?
– Combien de kilos j’ai perdus ?
– Cinq ou sept, mais c’est plutôt le côté positif, not ? Bon, couche-toi je descends chez Pho chercher des nouilles sautées et un « tout saumon » .
Ya prend son sac Gucci, me sourit. « Moi, je l’aime bien ta bagnole pourrie ! ».
I heard it thru the grappewines . (Marvin Gaye reprenant Creedence Clearwater revival)

BB de la nuit se penche à la fenêtre comme un romantique aspiré par le vide. Pas besoin de petite mort. Croire, croire comme il l’a toujours fait avec ce sentiment optimiste qui le caractérise. Il danse comme un dervish tourneur sur le lit, referme la fenêtre, hurle VANESSA. Sur son bureau, une pile de serviettes en papier blanc. Il écoute les musiques de film de Nino Rota, la Strada plusieurs fois. Il étale une nappe de ces essuie-bouches jetables, prend son tempo fétiche noir, s’assoit sur l’escabeau bas que Vanessa lui a légué, efface les traces de lichen sur sa peau, frotte avec les ongles, se lève brutalement direction la douche, le sanex, la crème pour les cheveux, déodorant, rasoir, anti-rides, la main le tient au cou, il se sentirait presque en érection. Il revient trempé à sa table comme une urgence et trace sur la nappe improvisée.
Ecriture surréaliste, automatique ? Peut-être. Pourquoi pas. Il écrit sur cette nappe devenant les draps d’un amour inachevé, son empreinte opportuniste.
Je ne peux me protéger de la nuit. Je veux sentir le parfum de ton sexe, le remplir, l’éclairer, le boire, l’anoblir de maturité. Aucune leçon de l’expérience ne vaut un nouveau dessein. Roll over Beethoven, je bouge des hanches, je donne des coups de hache sur le piano du Little Richard boy. Je suis proche d’un rien, le vide creuse mes chakras. Je vois l’aura de Weissman sainte Vanessa dans le ciel avec des diamants et je m’effondre chaque matin qui commence la face noire fondant au blanc sous mes yeux verts en chuchotant ton Nom. Je suis perdu en translation. Face noire de moi même, il est plus facile de t’écrire que de te dire, la distance me blesse et j’aime ça à en mourir. Je sens la vague du désespoir de Rimbaud me saisir au cou et la femme aux bijoux roses me manque tant. « Pourquoi n’ai je jamais été méchant » demandai-je à Dieu ? Mais dieu n’épelle aucun nom, ne me donne rien. Ce que Dieu ne me donne pas, j’irai la chercher moi-même. Mon héroïne me gagne et je rame l’air de battements d’ailes enfantins. Mon héroïne est une ingénue comme Lucy dans son ciel avec des diamants, une aura de Gustave Moreau sur laquelle je n’ai su tatouer de mes mains de créateur le frisson qui m’empoisonne sur le divan vide. I feel like a rolling stone, border line, dark side of the sun. Sa lumière me taillade les veines à coups d’écriture. Mon bassin est plus lourd que jamais. Un serpent vert grimpe le long de ma jambe. J’attends la morsure du temps et vieillir me hante plus que jamais. Moi, qui pensais être le plu initié, j’en meurs. Méchant et léger, solution basique jamais acceptée – Ashkénaze pensif énamouré, des lambeaux de chair m’ont rendu carnivore, en vrac. V.W. flotte dans l’air car le cœur n’est pas à sa place. Alors, je dors et la laisse flotter attendant qu’elle monte au milieu de ce dessein qui m’augmente. Chandelier à sept branches et plume d’une sublime ingénue noyée de cheveux blonds, relevez mon visage que j’y vois plus que ma mort. J’aimerais tant avoir l’âge de mon désir. Tu es ma correspondance. J’écrirai : J’entends Haïr aucune nuit.
– Tu as pris la clé, tu as bien fait.
– Viens chéri, je vais te donner la becquée.
Ya, au pseudo si positif, de vingt-cinq ans sa cadette devient sa mère, s’allonge sur les matelas à même le sol après avoir disposé le « Tout saumon », fait chauffer le saké et le thé. Certains pourraient croire qu’il s’agisse d’homéopathie sentimentale. Aaron, se droguait au patchouli. Le patchouli ! Les Marines inondaient les champs vietnamiens pour masquer l’odeur du napalm de patchouli aussi. Dans sa bibliothèque aux étagères sans nombre, sorte d’installation à la Buren jouxtant une lithographie sur le béton ciré, de 12 m2 d’Uriel Goldberg, siégeait ce petit fétiche en peluche, le seul à côté d’une menora à neuf branches.
Elle prend la tête de son frère dans les mains, le caresse, capture sa douleur à bras le corps. Il ne dit rien mais consent à s’abandonner, un temps juste un temps. Ses yeux se ferment. Il s’endort, un ours en peluche parfumé de patchouli lui fait face sur la cheminée. Il y a des pansements qu’on ne devrait pas garder plus qu’il n’est nécessaire, au risque de l’auto-infection. Aaron murmure à Ya « merci chérie » et « Bonne nuit Vanessa, sois heureuse. »
You’re my sister (Antony and the Johnstons)”

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