Archive pour la catégorie ‘Poème’

Regrecillements

Lundi 23 novembre 2009

L’amer est en dedans
Dans le jour lunaire
Dans les insomnies s’avançant
L’éther des vieilles chairs
N’est qu’un bouclier finissant.

Penchée spectaculaire,
J’ai mangé la sueur
Et le sel écœurant
D’une angoisse sincère.
Sur un corps trop pesant
J’ai pleuré encore hier
Etouffée de non-sentiment.

Dans le matin vert
Un bruit écœurant
Evoque la prière
D’un deuil très salissant.
Je cherche la manière :
Une cuiller ou un pansement
Pour creuser ce port mortifère
Pour échouer l’étranglement.
Je veux déporter les reliquaires
Et les dépôts encombrants.

Où est l’embarcadère ?
Je veux le détachement.
De pouvoir être mère
Porter l’ébouriffant
Et broder ma pierre
Dans le pire mort, terrifiant.
Mais l’ancre est solitaire
Et le pont trop pressant.

Encore une traversée du désert
Calcinée pour mille ans.
A trop jouer les sorcières
Dans un petit jeu de cure-dents,
Je me vide lentement
Fatiguée des corollaires
Agglutinés à l’apaisement
Et du mal qu’il faut faire
Pour grignoter le moment.

J’ai tout gravé, en femme entière
Le texte, la chaux, et les serments.
Et je pleure comme à la guerre
Quand je presse le semblant.
Où se vident en cathéters :
Le sens, le sain et le sang.

J’écris « vogue la galère ».
Mais ne sais plus vraiment
Ce que je dois faire
Pour me libérer des cerfs-volants
Et autres pantins de bière
Je ne sais plus comment
En qui, en quoi j’espère
Qui vit droit et humainement.

Je suis trop enfant et trop fière
Pour pouvoir vivre, simplement.

A mourir pour mourir

Mercredi 12 août 2009

L’hypophyse coule par tous les pores

Etat de choc, croche, coudes en dialyse

J’abhorre le sable et l’eau et les sorts

La dune rode en cercles sans balise

***

Banc d’accord du non nuptial

Il se peut d’abord que je jouisse

Et lise en pêche la peau bestiale

Certaines selles huent encore

Aux coulisses qu’il faut clore

***

Valse bicoque des mises érable

Sirop des jus trop porcs

J’hyphénise l’aimable

Le corps-crise vomit l’étable

Quand l’amarylis se fige en fort

***

La mèche sent la cerise

Et le sec du ciel affable

A quoi bon, le rein se tord

Sur l’égout insurmontable

Où rien ne grise :

Ni futur, ni vodka, ni rouge centaure.

***

Dans le sabbat de lait mélisse

Je veux dormir sans effort

Ne plus lever l’étoile aux cents câbles

Du jour d’effroi qui glisse

***

Je veux les rejoindre, joue prise

Eprise du froid, sans peur, sans balle

Le cachet miel d’un labrador

Libre de la table apprise

J’insuline un poids valable

J’hyphénise la douleur carnivore

A mon nom survivant dans l’éclipse

***

L’abandon est doux,

Adossée à l’hélice

Je tourne et mords

Je visse ma tête instable

Au ponton bleu du port

***

Et je glisse, jetable

Vers le froid du bord

Quand le marbre pisse

Ma sueur bistre aux érables

Et mes larmes aux choéphores.

Découvrez la playlist august avec Anne Sylvestre

Assignation

Dimanche 2 août 2009

Les ailes bleuies à la cire
On griffe toujours sans présent
La peur saisit l’aine
Presse le granit, meurt, mène
Et aspire. Jusqu’au sang.

Enième cène, seule dans mon appartement
Il faut plus que l’ibuprophène pour éclaircir
Les pointillés ébènes, les mèches-antennes
Les hémi-tomes d’écrire, et leur sec scintillement.

Certaine de peser les ronds du cuir
La peine empire en polygones ruisselants
La joue saphir étrenne un marbre-taon
Transes malignes des mots à frire
Au temps immobile des silences décadents.

Les yeux cratèrent le tour du proprement
Une phalène ligature le plaisir
En croûte plaquées de bois blanc
Privée d’haltères, j’halète l’âprement

Les symphonies expirent
Au souffle satay de l’étang
Dans la vase diluvienne du pire
La paralysie valse encore d’un cran
Cul nu, jambes hyènes, et seins cachemire

Les chaînes cognent sans faire semblant
Il aurait fallu partir, rejoindre un gai galant
Sautière de pistils sans soupirs
Qui croche-ratent à qui mieux ment

Les veines s’étirent, démesurément
Mine de craie, la torture serre les dents
Visse les notes vieux jeu d’un jeun empire
Tungstène mat au cœur d’enfant
La stèle désire l’étoile d’un rire

T’attirent : un cachet jaune, deux rats pérennes
Neuf volte-arènes, sept mains, et trois hésitants
Vain capitaine, inspire profondément !
Voile l’élixir malodorant d’une gêne
Amen à ceux qui tirent le vol du pélican

Je le dois, c’est exténuant
Les truites de porphyre baignent
Au ciel cendré du désappointement

Clés de si

Mardi 21 juillet 2009

Les yeux se regardent en miroir

Et la solitude a des chiens tendres

A genoux, mêlés, muselés

Donnez moi la morphine surannée

D’un mielleux paquet de cendres.

 

Les rimes en damier,

Et des larmes à vendre,

Le fou grime ma mémoire

Dans les bras d’un oreiller.

La tête a tant de plaies à gratter

Que les jambes saignent de se tendre

Au grand galop des mâchoires serrées

 

Les rêves sont des pieux à damner

Et je n’ai plus rien à attendre

Que l’encre noire sur le cahier

Le dossier illisible de l’entonnoir

Cette chaise qui s’est pliée

En meule de craie sur le peinoir

Où cinq ans doivent descendre

 

Je damne les vieux cachets

Et les maigres marrons de septembre

Je me pends à l’ivoire des jamais

Murmure quelques banalités

Je suis là, morte, présente au manoir,

Familière de la moue moirée

 

 

-Endeuillée sans métier,

Incompétente mouchetée-

Je crache sur tes coupes papiers

Tu m’étouffes après m’avoir blessée

Je veux dire que tu me manques.

 

J’oublie sans enterrer l’anis déjà fané

Je ne veux plus voir l’irritante

La renaissance est un mythe gay

Et la gloire pourrit quelque part, en paquets

J’aimerais mordre, je me tais

Et laisse choir une autre banalité :

 

 

Le temps est une patinoire

Où l’idéal creuse la plaie.

 

Eventrement liquide

Lundi 1 juin 2009

En collant noirs sous le guet,
Jambes cernées, ventre plomb
Gargouille une coquille d’ambigüité
- Je veille effrontément son poison -
***

Dans un taxi défoncé
Le temps a exhaussé ses gonds
Je suis bien trop pressée
De penser sans faim sous l’édredon :
***

Les illusions de caresses passées
Et la clarté surannée des émotions
Je meurs chaque nuit à peu près
Étouffée par une enclume-décision.
***

Il est trop tard pour être gai
Et trop chaud pour naître blond
***

Nue sous mes cheveux frisés
Je tresse sans façons,
Les mêmes mots trop éraillés
Les mêmes regrets de sous-patron
***

Je suis grise d’un charbon écaillé
Et d’un cigare en vieux coton
La tristesse taraude en escalier
L’eau-volupté des corps gironds
***

Restent : quelques vers débraillés
Et des trémas noyés de l’attention
***

Par bonds dépenaillés
Le mercure coule sa pâmoison
Les souvenirs sont des épées
Et le futur immacule le « non ».
***

Je crée la liquide décoction
Reconduite à - plus jamais -
Ta pommette sur mon front,
Tes mains décolorées,
L’or potelé des discussions
***
La bile poinçonne l’anxiété
Un être me manque
Et je crève d’absolution.

Fais-moi valser…

Mercredi 20 mai 2009

Une tâche éhontée s’entiche
D’un fauteuil en tendresse damassée
Le désert porte postiche :
Un deuil aux tons verts dépecés
***

J’aimerais compter les feuilles
Les fêtes et les défaites à tes côtés
Prêter patte rose aux écureuils
Pour oublier la fine crêpe : r-é-a-l-i-t-é.
***

Corail des jours tressés
Le train déraille le long du seuil
Où l’orgueil représaille le passé
Est-ce assez pour un recueil ?
***

Vieillir, c’est apprendre à éviter
Les visages effacés des fantômes
Qui nous ont vraiment escortés
Et heurtés sans montrer l’hématome
***

Brûlée, je saigne des atomes
Bleus et mauves, et retroussés
Fausse couche d’homme
Aux revers de marbre affaissé
***

A notes sèches et encres écossées,
L’élégance chante la femme de cendres
Cassandre qui a vu la peine se tendre
Et n’a pas su la repousser
***

Lunettes au ventre et dogme au palais
Je m’en vais pour mieux attendre
En bouvreuil j’ai bu la pomme
En biche toujours, je raie mon retrait
***

Mais, Péléas sans scaphandre
Je ne peux cacher mes regrets
- Bleus, et mauves, et cendres-
Dans l’hiver trop tendre du mois du mai.

Nefercolie

Jeudi 14 mai 2009

Dans l’étau

Bien en dessous

Malgré les plis, les oripeaux

Je monte les grands chevaux

Et tends encore la paume-joue

***

J’entends mon corps qui trempe

Clapotis de marais acajou

Marabou des années trente

J’ai bien tout léché, et à genoux.

***

-Ressuscité une faim violente

Espérant en venir à bout-

***

Dans l’attente

Aux demeurantes

J’ai des bleus partout

Une milonga de mort lente

Pour un dessin un peu voyou.

***

La menthe effeuille la cendre

Qui m’a frappée de saindoux ?

Une peau blanche et sans entente

Un silencieux scieur de trous

***

Ma poitrine-tiroir tente

D’étrangler les vieux verrous…

***

Dans le tempo

D’une ville battante

Je sombre seule et sans époux

La table tombe une nue tremblante

Et je lève une main prise sans goût

***

Salie et salamandre

Je me faufile dans le château

De celle qui sait donner sans prendre

Éternelle seconde des égouts.

***

L’ombre étend son sourd ventre

Dans la douleur du jamais nous.

***

Faux extrêmes

Jeudi 16 avril 2009

Devant ma porte traînent quelques chevaux de bois

On dit qu’ils ont volé leurs souliers à une diva

Et qu’ils boivent à la santé des âmes mortes

***

Entre deux cliquetis de canettes de coca

Et les pas empesés des cerises accortes

L’été frôle le glas

Il bouillira trois fois

Avant que les coups ne portent

***

Au pied de l’escalier, en bas

Repose un vieux sommier

Tout gribouillé de joie, de boue

Et des encres qui avortent

Une vieille dame repose, ferme et forte

Elle forge la cendre dans ses jupons de taffetas

***

Ils ne passeront pas

Ceux qui viennent à l’aube et sans escorte

Annoncer l’avenir des débats

Concerto pour ceux qui sortent

***

Mi-radis, mi-cancrelat, la solitude conforte

On fait ses yeux jolis et ses doigts grenat

Et l’on sourit ici, beata quamvis

Le nerf de la scène est en contrebas

Où jouent les dieux, les chats, et des alii de toutes sortes

***

Quand le lait est frais et les livres épais

La danseuse a déjà filé ses bas

Une cohorte d’anguilles visse le grabat

D’un tambour qu’on déporte

A quoi bon faire cuire le blé des prélats ?

***

La combustion du plexiglas

Le chevalier sans tréma

Et la sainteté au seuil de soi

Supportent l’éternité d’une révolte

On entend l’exéma,

Le calme griffé de l’aorte…

***

La voilà !

La maturité

Les pieds nus et ridés

Sa gueule de matza

Est là : Devant ma porte.

Does sex translate? / On ne badine pas avec le sexe

Mercredi 15 avril 2009

Billet frais pour ce soir, que j’ai en tête depuis un bout de temps mais que je trouvais un peu racoleur. Pourtant l’inquiétante étrangeté des mots intimes en anglais m’interpelle. Il est temps de faire un petit point. Bien sûr largement inspiré d’un travail théorique d’enquête : cosmopolitan, glamour et discussions avec des amis. Toute remarque qui semblerait puiser dans ma vie sentimentale n’est qu’une coïncidence fâcheusement trompeuse. Comme toujours dans ce blog.

Je n’ai pas cité des sources aussi pures que Cosmopolitan ou Glamour à la légère. Ici, les magazines féminins donnent le ton. Leurs rubriques “sexe” foisonnantes et répétitives font assez peur. Toute la joyeuse saisie des corps est expliquée pas à pas, un peu comme dans un manuel de machine à laver. Avec en sus (si je puis me permettre) l’idée très progressive qu’il faut faire plaisir à son homme et qu’un mâle bien baisé et bien nourri est affectueux comme un animal domestique. Je passe sur la page des confessions coquines- qui n’est pas mieux en VF- ou une série de clichés monstrueux et terriblement mal écrits sont précipités, souvent sur le mode de “je me suis tapé l’affiche”, histoire que les lectrices n’aient pas honte de s’être elles aussi faites prendre entrain de faire l’amour avec leur petit copain par les parents du dit fiancé.

Je tiens aussi à signaler que ne comprenant rien au rituel du date (baiser au premier rendez-vous, sexe au troisième et pas de sexe oral le premier soir m’a-t-on assuré, + droit de voir d’autres dates pendant les trois premiers rendez-vous), je ne suis peut-être pas bien placée pour faire une analyse sociologique des relations intimes à l’américaine.

Question ambiance générale, je ne sais pas si ce que vais décrire est lié au puritanisme - et plus ingénue libertine que fille spirituelle de max weber pour ce soir,  je m’en fous. Il semble qu’en parallèle, la tension du coeur balance entre le “nous ne nous devons rien” et l’engagement dur comme fer tandis que la tension sexuelle oscille entre le cru clinique et le non-dit. Il y a une étiquette supposée pour toute sortes de relations. Quand je dis en Français, “c’est mon amant”, en anglais, il faut que je précise : it is a one night stand, it is my bootie call (ie pas souvent et par texto,  si possible), we are fuckbuddies (on se voit sporadiquement juste pour “ça”), “friends plus bonuses” (j’adore celle-là: des vrais amis qui occasionnellement et quand ils sont tous deux libres couchent ensemble), ou he is “my date”,”my boyfriend”, “my fiancé”, “my husband” (par ordre d’apparition au générique).  Bref, autant dire qu’il n’y a aucune place pour l’ambiguité, et d’ailleurs on n’en parle pas, on fait. Pas de longues négociations à la Crébillon; finalement peu de libertinage, et donc zéro place pour l’érotisme tel qu’on le conçoit en France; dois-je avouer que c’est un peu frustrant? En revanche, le contrat qu’il soit d’une nuit ou d’une vie (supposément) est clair (enfin pour ceux et celles qui maîtrisent les codes mieux que moi). Socialement, on est censé savoir à quoi s’attendre (il va rappeler ou pas).  Et à l’horizontale, il va de soi que chacun a  droit au moins un à orgasme. C’est toujours ça de pris, me direz-vous. Et l’on se prive aisément des fantasmes les plus fous quand on tient bien droit dans ses griffes celui de la maîtrise : l’on sait ce que l’autre veut (jouir, nécessairement; comment, on ne pose la question que pour aller plus directement au but), on demande à sa douce moitié comment atteindre cet objectif et l’on y parvient.

Passons au  vocabulaire. Il semble que les mots du sexe soient cantonnés au lit. On parle rarement “cul” (tiens encore une étoile manquante) entre potes, comme on peut le faire au delaville café de Paris en intégrant la serveuse à notre passionnant débat. On peut peut-être évoquer certaines choses en tête à tête, pudiquement avec une copine, et de manière plus graphique (ah voilà ce qui manque en français, l’adjectif graphic, même si on “fait des dessins”) avec un ami gay. Mais on ne badine pas avec le sexe, pas de grands dialogues philosophico-sexo- loufoques à la desplechins.

Au lit, en revanche, à deux, on aborde toutes les questions ouvertement. Le phrasé d’avant le coït est souvent hygiénique et utile. Comme on parle ouvertement d’argent à l’extérieur, on parle ouvertement de son état de santé à l’intérieur. (”Are you clean down there?” étant pour l’instant la façon la plus directe et non-sexy dont on m’a dit que la question a pu être posée). Bref, il y a quelque chose de très frais à appeler un chat un chat mais le courant d’air peu vite glacer.

Dans les mots charnels, notre bon vieux “baiser”, à la fois vulgaire et adorable, complice et cru me manque beaucoup. “To have sex” est encore et toujours clinique. “To fuck”, excitant, mais à la manière trop franche d’une virile saillie. A moins de le traduire en simultané par “foutre”, ce qui aide un peu en faisant rêver au XVIII e siècle littéraire. Et je passe vite - mais très vite!- sur “To get laid”,  qui hésite très peu langoureusement entre le trash, le besoin animal de s’envoyer en l’air (encore une expression mi-mignonne, mi-ironique, qui manque cruellement à l’expatrié(e))  et le régressif mimi-cracra des teen movies. Quant à “faire l’amour” il se traduit mot à mot, mais qui dit encore ça en Français? et en Anglais on passe la barrière de chamallow de l’ultra-romantique.

Les Américains  un peu globe-trotters se plaignent souvent que l’expression “joie de vivre” n’existe pas chez eux. “Be happy” est plutôt un impératif ici; il m’est d’ailleurs sympathique et me va bien. En revanche que le verbe “jouir” n’existe pas me désole. Je placerais “To come” entre le descriptif quasi-scientifique et la venue du messie. Encore une fois, le manuel de la machine à laver ou l’épiphanie, et zéro entre-deux. En revanche, “To take” semble familier et traduit directement l’idée française.  A l’impératif, il passe plutôt bien, et on peu faire révérence (take a bow) devant son honnêteté. Je dois aussi dire que “To sleep”  rend bien la neutralité plan plan de notre “coucher”

Sans entrer trop dans les détails (Je nous épargnerai les positions une à une), je suis peut-être partiale, mais notre “pipe” des grands-pères me semble plus bon enfant que le “blow job” (argh ces sonorités) local. “To get down (on a woman)” pourrait passer pour évasif est plutôt tendre, mais ses vertus ne pâlissent-elles pas devant notre écumant “lécher”?

Je continue à être partiale, mais désigner des endroits du corps en anglais est compliqué. Le claquant “cul” deviant le fadasse “ass”. “Behind”, comme “derrière” fait un peu précieux, mais c’est pas mal. Pussy serait proche de “chatte”, mais très dévalorisé par le R’n'B. Pour le sexe masculin, les sonorités agressives sont assez explicites : dick, cock etc… “Boobs” ou “Breast”, est très enfantin n’a pas le caractère transgressif de “sein”/ saint. “Tighs” est bien plus fin que “Cuisses” mais trop peu usité.

Tout ça pour dire qu’il n’est pas si facile de changer de langue pour baiser. Peut-être est-ce le côté transgressif de faire ça dans la langue maternelle, peut-être est-ce une question d’habitude, ou peut-être lié à la terra incognita de nouveaux codes sociaux, mais s’étreindre dans des mots étrangers -surtout quand ils n’arrivent pas  avant qu’on soit déjà déshabillé(e)- brise l’immédiateté et bien souvent l’élan en entier.

Sur ma faim

Samedi 11 avril 2009

La nuit un peu mouillée

Vient casser le vernis acide

D’une volage gaité

De seconde en seconde

Je vois s’écailler

Les pavés d’un ventre vide

***

Pourtant j’ai bien dîné

Frotté mon verbe vivide

A une voix abonde

Valsé une paume impavide

Contre ton parfum violacé

Et volé une tendresse stupide

Pour des amants décontractés

***

La ville entière m’a avalée

Seule d’être la deuxième avide

Le violon d’ombre, et la fée ronde

D’un vaillant chaud aux mille rides

- Voile sur les traits qu’il faut tirer-

***

Dans le printemps qui se défait,

Il n’y a rien de raisonnable

Ni de torride

A veiller ses amours brûlées

Et je suis bien trop lucide

Pour ne pas pleurer ma fierté

***

Quelques pas un peu rapides

Pour effacer un désir déplacé

Et quelques vers un peu livides

Pour laver le visage d’un monde

Souple, poli, placide,

Tout en volupté.

Tu me laisses vierge - défigurée-

***

Je passe la main dans mes mèches humides

Ivre de ce rien : l’inféconde corde du regret

Je pince mon sein de caryatide

J’ai peur de la peine qui vient

Et j’évite de penser

Festin d’asphalte pour cœur timide

Pourquoi vouloir la satiété ?