Archive pour la catégorie ‘Poème’

La caverne

Vendredi 20 août 2010

Coagulée en éventails placides
La honte se réveille par les yeux
Des semaines de sagesse aride
Silonnent l’amer, en grands jets bleus

Je frappe consciencieusement sur la coquille
Perce le nacre frais du poul douloureux
Les chaînes ont un goût de vanille
Je les prend trop au sérieux.
L’apitoiement, les fausses béquilles, le silencieux
- Un rien m’habille-
Avec mon corps trop grand pour deux.

Je frappe, m’étale le long d’un trottoir dentiste
Où le lait irrigue des fragments câgneux
Où le pain sale étend ses entrailles racistes
En grands perchoirs et boucliers laborieux.
L’artiste flanche avec la femme
Mime l’éveil sur la piste
Mais tout dort, ancêtral
Aux thèmes cannibales de l’adieu.

Ressasser fait si mal, et je frappe un fantôme aux cils très vieux
La mémoire triste est un marais d’offenses toujours trop pâles
Petits dénigrements et grands contentieux
La mémoire gaie est encore plus brutale
Moyens moments volés et vin précieux
La mémoire vive, mauve, infernale
Roule sa nostalgie en morceaux vicieux…

Je frappe mon ombre de carnaval
Sans repères, ongles noirs, et vase aux yeux,
Je veille une ombre médiévale
Qui n’en finit pas de fêter le sourcilleux.

Le doute éplore les entailles
De la méfiance envers son voeu
Toujours, la plaie se dépenaille
Au reflet des miracles infructeux

La honte se réveille par les yeux
Elle évide tous les sérails
Ses bras d’épouvantail
Etranglent le miraculeux.

Comme si de rien

Samedi 27 mars 2010

Dis moi ce que tu veux

Quand les volets ont roulé

Sur une longue natte de papiers

*

Dis moi ce que tu veux

Avant de le prendre,

-A moitié-

Et que tes tâtonnements si peu tendres

Me décrochent les paupières en “v”.

***

Je retire encore un triangle

A l’arche triste des vieux jouets

Dis moi ce que tu veux de mes cendres,

J’inventerais un peu de gaité.

***

J’ai envie de si peu :

Quelques océans dans mon ventre

Et tes amarres sous mes pieds

Le désir étranger fait peur

Mais deux bras peuvent aussi apaiser.

***

D’une lèvre rouge,

Espérante, j’avais apprêté ma main

Pour te caresser.

Mais la douceur est une sœur fuyante

Quand je crains mon allemand qui s’évente

Et tes silences si bien référencés.

***

Dis moi ce que tu veux

En l’absence de toute intimité.

Moi, je sais :

Patiente, l’œil fermé

Je guette la douleur toujours ramifiée

Des ombres brinquebalantes

Et je veux que ce soit terminé.

***

Tout ce que j’ai coupé et qui manque,

Tes mots maladroits s’en sont rappelés.

J’attends encore un peu

Il faut que je te mente

T’envoie vers un repos qui m’est refusé.

La tempe sur le sol frisé, je  veux

Un brun lâcher de rides emprises

Et les grandes chevauchées de passé.

J’appelle la venue d’une fin blanche,

Et le début du secret pour m’effondrer.

***

Je ne veux plus être rassurante,

Je veux continuer de briser

Chaque os de tristesse

Et les dents abimées de penser.

***

Je sais qu’il faut cesser

De vouloir retrouver la pente

De l’empathie sur sommier

Je suis marquée, grinçante,

En mon sein tiraille un ogre blessé,

Un monstre sans enfant à couver.

Regrecillements

Lundi 23 novembre 2009

L’amer est en dedans
Dans le jour lunaire
Dans les insomnies s’avançant
L’éther des vieilles chairs
N’est qu’un bouclier finissant.

Penchée spectaculaire,
J’ai mangé la sueur
Et le sel écœurant
D’une angoisse sincère.
Sur un corps trop pesant
J’ai pleuré encore hier
Etouffée de non-sentiment.

Dans le matin vert
Un bruit écœurant
Evoque la prière
D’un deuil très salissant.
Je cherche la manière :
Une cuiller ou un pansement
Pour creuser ce port mortifère
Pour échouer l’étranglement.
Je veux déporter les reliquaires
Et les dépôts encombrants.

Où est l’embarcadère ?
Je veux le détachement.
De pouvoir être mère
Porter l’ébouriffant
Et broder ma pierre
Dans le pire mort, terrifiant.
Mais l’ancre est solitaire
Et le pont trop pressant.

Encore une traversée du désert
Calcinée pour mille ans.
A trop jouer les sorcières
Dans un petit jeu de cure-dents,
Je me vide lentement
Fatiguée des corollaires
Agglutinés à l’apaisement
Et du mal qu’il faut faire
Pour grignoter le moment.

J’ai tout gravé, en femme entière
Le texte, la chaux, et les serments.
Et je pleure comme à la guerre
Quand je presse le semblant.
Où se vident en cathéters :
Le sens, le sain et le sang.

J’écris « vogue la galère ».
Mais ne sais plus vraiment
Ce que je dois faire
Pour me libérer des cerfs-volants
Et autres pantins de bière
Je ne sais plus comment
En qui, en quoi j’espère
Qui vit droit et humainement.

Je suis trop enfant et trop fière
Pour pouvoir vivre, simplement.

A mourir pour mourir

Mercredi 12 août 2009

L’hypophyse coule par tous les pores

Etat de choc, croche, coudes en dialyse

J’abhorre le sable et l’eau et les sorts

La dune rode en cercles sans balise

***

Banc d’accord du non nuptial

Il se peut d’abord que je jouisse

Et lise en pêche la peau bestiale

Certaines selles huent encore

Aux coulisses qu’il faut clore

***

Valse bicoque des mises érable

Sirop des jus trop porcs

J’hyphénise l’aimable

Le corps-crise vomit l’étable

Quand l’amarylis se fige en fort

***

La mèche sent la cerise

Et le sec du ciel affable

A quoi bon, le rein se tord

Sur l’égout insurmontable

Où rien ne grise :

Ni futur, ni vodka, ni rouge centaure.

***

Dans le sabbat de lait mélisse

Je veux dormir sans effort

Ne plus lever l’étoile aux cents câbles

Du jour d’effroi qui glisse

***

Je veux les rejoindre, joue prise

Eprise du froid, sans peur, sans balle

Le cachet miel d’un labrador

Libre de la table apprise

J’insuline un poids valable

J’hyphénise la douleur carnivore

A mon nom survivant dans l’éclipse

***

L’abandon est doux,

Adossée à l’hélice

Je tourne et mords

Je visse ma tête instable

Au ponton bleu du port

***

Et je glisse, jetable

Vers le froid du bord

Quand le marbre pisse

Ma sueur bistre aux érables

Et mes larmes aux choéphores.

Découvrez la playlist august avec Anne Sylvestre

Assignation

Dimanche 2 août 2009

Les ailes bleuies à la cire
On griffe toujours sans présent
La peur saisit l’aine
Presse le granit, meurt, mène
Et aspire. Jusqu’au sang.

Enième cène, seule dans mon appartement
Il faut plus que l’ibuprophène pour éclaircir
Les pointillés ébènes, les mèches-antennes
Les hémi-tomes d’écrire, et leur sec scintillement.

Certaine de peser les ronds du cuir
La peine empire en polygones ruisselants
La joue saphir étrenne un marbre-taon
Transes malignes des mots à frire
Au temps immobile des silences décadents.

Les yeux cratèrent le tour du proprement
Une phalène ligature le plaisir
En croûte plaquées de bois blanc
Privée d’haltères, j’halète l’âprement

Les symphonies expirent
Au souffle satay de l’étang
Dans la vase diluvienne du pire
La paralysie valse encore d’un cran
Cul nu, jambes hyènes, et seins cachemire

Les chaînes cognent sans faire semblant
Il aurait fallu partir, rejoindre un gai galant
Sautière de pistils sans soupirs
Qui croche-ratent à qui mieux ment

Les veines s’étirent, démesurément
Mine de craie, la torture serre les dents
Visse les notes vieux jeu d’un jeun empire
Tungstène mat au cœur d’enfant
La stèle désire l’étoile d’un rire

T’attirent : un cachet jaune, deux rats pérennes
Neuf volte-arènes, sept mains, et trois hésitants
Vain capitaine, inspire profondément !
Voile l’élixir malodorant d’une gêne
Amen à ceux qui tirent le vol du pélican

Je le dois, c’est exténuant
Les truites de porphyre baignent
Au ciel cendré du désappointement

Clés de si

Mardi 21 juillet 2009

Les yeux se regardent en miroir

Et la solitude a des chiens tendres

A genoux, mêlés, muselés

Donnez moi la morphine surannée

D’un mielleux paquet de cendres.

 

Les rimes en damier,

Et des larmes à vendre,

Le fou grime ma mémoire

Dans les bras d’un oreiller.

La tête a tant de plaies à gratter

Que les jambes saignent de se tendre

Au grand galop des mâchoires serrées

 

Les rêves sont des pieux à damner

Et je n’ai plus rien à attendre

Que l’encre noire sur le cahier

Le dossier illisible de l’entonnoir

Cette chaise qui s’est pliée

En meule de craie sur le peinoir

Où cinq ans doivent descendre

 

Je damne les vieux cachets

Et les maigres marrons de septembre

Je me pends à l’ivoire des jamais

Murmure quelques banalités

Je suis là, morte, présente au manoir,

Familière de la moue moirée

 

 

-Endeuillée sans métier,

Incompétente mouchetée-

Je crache sur tes coupes papiers

Tu m’étouffes après m’avoir blessée

Je veux dire que tu me manques.

 

J’oublie sans enterrer l’anis déjà fané

Je ne veux plus voir l’irritante

La renaissance est un mythe gay

Et la gloire pourrit quelque part, en paquets

J’aimerais mordre, je me tais

Et laisse choir une autre banalité :

 

 

Le temps est une patinoire

Où l’idéal creuse la plaie.

 

Eventrement liquide

Lundi 1 juin 2009

En collant noirs sous le guet,
Jambes cernées, ventre plomb
Gargouille une coquille d’ambigüité
- Je veille effrontément son poison -
***

Dans un taxi défoncé
Le temps a exhaussé ses gonds
Je suis bien trop pressée
De penser sans faim sous l’édredon :
***

Les illusions de caresses passées
Et la clarté surannée des émotions
Je meurs chaque nuit à peu près
Étouffée par une enclume-décision.
***

Il est trop tard pour être gai
Et trop chaud pour naître blond
***

Nue sous mes cheveux frisés
Je tresse sans façons,
Les mêmes mots trop éraillés
Les mêmes regrets de sous-patron
***

Je suis grise d’un charbon écaillé
Et d’un cigare en vieux coton
La tristesse taraude en escalier
L’eau-volupté des corps gironds
***

Restent : quelques vers débraillés
Et des trémas noyés de l’attention
***

Par bonds dépenaillés
Le mercure coule sa pâmoison
Les souvenirs sont des épées
Et le futur immacule le « non ».
***

Je crée la liquide décoction
Reconduite à - plus jamais -
Ta pommette sur mon front,
Tes mains décolorées,
L’or potelé des discussions
***
La bile poinçonne l’anxiété
Un être me manque
Et je crève d’absolution.

Fais-moi valser…

Mercredi 20 mai 2009

Une tâche éhontée s’entiche
D’un fauteuil en tendresse damassée
Le désert porte postiche :
Un deuil aux tons verts dépecés
***

J’aimerais compter les feuilles
Les fêtes et les défaites à tes côtés
Prêter patte rose aux écureuils
Pour oublier la fine crêpe : r-é-a-l-i-t-é.
***

Corail des jours tressés
Le train déraille le long du seuil
Où l’orgueil représaille le passé
Est-ce assez pour un recueil ?
***

Vieillir, c’est apprendre à éviter
Les visages effacés des fantômes
Qui nous ont vraiment escortés
Et heurtés sans montrer l’hématome
***

Brûlée, je saigne des atomes
Bleus et mauves, et retroussés
Fausse couche d’homme
Aux revers de marbre affaissé
***

A notes sèches et encres écossées,
L’élégance chante la femme de cendres
Cassandre qui a vu la peine se tendre
Et n’a pas su la repousser
***

Lunettes au ventre et dogme au palais
Je m’en vais pour mieux attendre
En bouvreuil j’ai bu la pomme
En biche toujours, je raie mon retrait
***

Mais, Péléas sans scaphandre
Je ne peux cacher mes regrets
- Bleus, et mauves, et cendres-
Dans l’hiver trop tendre du mois du mai.

Nefercolie

Jeudi 14 mai 2009

Dans l’étau

Bien en dessous

Malgré les plis, les oripeaux

Je monte les grands chevaux

Et tends encore la paume-joue

***

J’entends mon corps qui trempe

Clapotis de marais acajou

Marabou des années trente

J’ai bien tout léché, et à genoux.

***

-Ressuscité une faim violente

Espérant en venir à bout-

***

Dans l’attente

Aux demeurantes

J’ai des bleus partout

Une milonga de mort lente

Pour un dessin un peu voyou.

***

La menthe effeuille la cendre

Qui m’a frappée de saindoux ?

Une peau blanche et sans entente

Un silencieux scieur de trous

***

Ma poitrine-tiroir tente

D’étrangler les vieux verrous…

***

Dans le tempo

D’une ville battante

Je sombre seule et sans époux

La table tombe une nue tremblante

Et je lève une main prise sans goût

***

Salie et salamandre

Je me faufile dans le château

De celle qui sait donner sans prendre

Éternelle seconde des égouts.

***

L’ombre étend son sourd ventre

Dans la douleur du jamais nous.

***

Faux extrêmes

Jeudi 16 avril 2009

Devant ma porte traînent quelques chevaux de bois

On dit qu’ils ont volé leurs souliers à une diva

Et qu’ils boivent à la santé des âmes mortes

***

Entre deux cliquetis de canettes de coca

Et les pas empesés des cerises accortes

L’été frôle le glas

Il bouillira trois fois

Avant que les coups ne portent

***

Au pied de l’escalier, en bas

Repose un vieux sommier

Tout gribouillé de joie, de boue

Et des encres qui avortent

Une vieille dame repose, ferme et forte

Elle forge la cendre dans ses jupons de taffetas

***

Ils ne passeront pas

Ceux qui viennent à l’aube et sans escorte

Annoncer l’avenir des débats

Concerto pour ceux qui sortent

***

Mi-radis, mi-cancrelat, la solitude conforte

On fait ses yeux jolis et ses doigts grenat

Et l’on sourit ici, beata quamvis

Le nerf de la scène est en contrebas

Où jouent les dieux, les chats, et des alii de toutes sortes

***

Quand le lait est frais et les livres épais

La danseuse a déjà filé ses bas

Une cohorte d’anguilles visse le grabat

D’un tambour qu’on déporte

A quoi bon faire cuire le blé des prélats ?

***

La combustion du plexiglas

Le chevalier sans tréma

Et la sainteté au seuil de soi

Supportent l’éternité d’une révolte

On entend l’exéma,

Le calme griffé de l’aorte…

***

La voilà !

La maturité

Les pieds nus et ridés

Sa gueule de matza

Est là : Devant ma porte.