Archive pour la catégorie ‘Non classé’

Sortie Dvd : le jour où Dieu est parti en voyage

Mardi 25 mai 2010

Pour son premier passage derrière la caméra, le directeur de la photographie de films de Bruno Dumont et Claire Denis, Philippe Van Leeuw, a adapté une histoire vraie qui a eu lieu dans les premiers temps du génocide rwandais, en avril 1994. Prix du meilleur premier film du festival de San Sebastian, en 2009, “Le jour où Dieu est parti en voyage” est un film sobre, dur et silencieux sur l’impact immédiat d’une violence incompréhensible. Il est disponible en Dvd depuis le 7 avril chez MK2.

Avril 1994, dans un village non identifié du Rwanda. Alors que les Huttus commencent tout juste le génocide qui fera en 3 mois près de 800 000 victimes, en majorité Tutsies, une famille belge décide de partir encadrée par des policiers. Avant de quitter leur villa, ils obligent la nounou de leurs enfants, Jacqueline (bouleversante Ruth Nirere), tutsie sans nouvelles de sa propre famille à se cacher. 24 heures de planque dans l’obscurité d’un grenier secret lui permettent de survivre pendant que les Huttus pillent jusqu’au papier peint de la maison. Lorsqu’elle sort, Jacqueline se dirige immédiatement vers son village et y trouve ses deux enfants assassinés. Mais sa vie est en danger et elle ne peut  même pas  les enterrer; elle doit fuir dans la forêt. Mutique et perdue, elle n’est plus qu’instinct de survie. Elle sauve la vie d’un homme blessé (Afazali Dewaele), qui, une fois remis sur pieds, parle pour deux. Mais leur périple dans la forêt est très dangereux, et Jacqueline qui a entendu les massacres depuis sa cachette et ne peut pas se remettre de la mort de ses enfants, est très fragile…

Sobre, dur et sans concessions, “Le Jour où Dieu est parti en voyage” suggère à travers quelques gestes simples, peu de mots, et l’écho des massacres la violence du génocide rwandais. Le retour à une nature hostile, où la seule civilisation qui émerge est celle des fusils, des machettes, et des injures de haine raciale, exprime un état de barbarie proprement insupportable. Et suivre Jacqueline, déchirée entre un instinct de survie bien humain, un deuil impossible, et l’hébétude face à l’explosion de violence, est une épreuve psychologique qui demande beaucoup d’attention. Tenu en haleine par les gestes de la survie, le spectateur se demande au fur et à mesure que le film progresse, si Jacqueline va pouvoir à nouveau parler. Et si oui, va-t-elle pouvoir évoquer la mort de ses enfants?
Film sur la mémoire immédiate, au moment où celle-ci est encore intriquée dans le temps du traumatisme, “Le jour où Dieu est parti en voyage” est une oeuvre importante. Pour tous.

“Le jour où Dieu est parti en voyage”, de Philippe Van Leeuw, avec Ruth Nirere et Afazali Dewaele, Belgique-France, 01h34min, sortie française 28 octobre 2009, sortie Dvd 7 avril 2010, Mk2 éditions, 19.99 euros.

L’été prématuré sur quelques notes jazz (New York en mille fois mieux)

Vendredi 30 avril 2010

Photo de Claire Grivet

Jolie journée d’été fournaise dans un Paris vidé par les vacances malgré la fameuse “crise”. Après un petit passage par le mémorial de la Shoah toute “habillée de Vichy” m’a fait remarquer mon compagnon de ce soir (même pas vrai, c’est du pied de poule), et un fantastique après-midi à refaire le monde à travers le rôle des comédien avec ma très talentueuse amie Ambre, et après être passée à une présentation de livre un peu fastidieuse et assez rigolote (on retiendra le ton très sérieux “Pasolini est un de mes dieux”, ” je défends les outsiders parce que la littérature n’intéresse personne, tous les auteurs sont des outsiders” (ndlr parmi lesquels se tient un autre dieu inconnu : Bathes), et la modeste volonté “totalisante”, voire “totalitaire” de l’auteur qui estime vraiment c’est ne jamais se laisser aller à avoir un style, et fait dialoguer feu Guillaume Dustan mort à 39 ans, avec le bien portant Daniel Bell de 90 ans) – ouf désolée cette phrase est longue mais je suis hyperactive et hyper critique, que voulez-vous- bien donc je me suis retrouvée AU concert de l’année. Lundi dernier en allant écouter un chanteur français un peu minet au New Morning, j’ai vu que Ben Sidran y jouait ce soir. or son dernier album, “Dylan Different”, avait retenu mon attention dans le paquet de choses que je reçois. J’ai donc fait un caprice et malgré l’article un peu cruel que nous avons délivré au chanteur français, l’attaché de presse qui s’occupe aussi de Sidran m’a mis deux places de côté. J’avais un bon pressentiment. Mais en m’asseyant sur les marches de cette salle que j’adore avec mon verre de piquette rouge tellement bienvenue, j’ai su que ça allait dépasser toutes mes espérances… Sexy, parfaitement américain, Sidran s’est mis à faire un portrait chinois de Dylan tout en jouant avec ses deux complices du VRAI BON jazz comme j’en ai cherché pendant un an à New-York. Puis il a commencé en douceur, pour nous mettre à l’aise avec ses doigts agiles et sa voix de crooner de luxe. L’ovni fantastique, Rodolphe Burger, est ensuite arrivé avec son petit Bierbauch et sa furieuse guitare électrique. Une chanson plus tard, ils entonnaient “Blowin’ in the wind”, et là je me suis sentie écrasée par une hypnotique méduse( et bien oui j’ai décidé que j’allais arrêter de parler de “grâce” et faire plus imagé). Je n’ai pas eu le temps de me remettre de ce coup de notes dans le que Sidran annonçait à la trompette l’arrivée de… Erik Truffaz (qui est resté jusqu’au bout). Et c’était parti pour deux vrais sets avec une vraie pause comme dans mon smoke  natal mais en mille fois mieux. Mettant en valeur els deux petits jeunes à la basse et à la batterie et se renvoyant les solos comme des balles de ping-pong Sidran-Burger-Truffaz avaient l’air de se faire encore plus plaisir à eux à qu’à nous, et la tension n’a pas arrêté de grimper. Jusqu’au moment fatidique où Burger le rebella sorti la beat box qui a joué un peu à vide un air étrange très beatnik “Billy the Kid I love you”, avant que les instruments rugissant des compères ne couvrent le cri de la maman quasi-juive. Dans la salle, on n’entendait pas une mouche voler et comme par hasard pas le moindre téléphone vibrer. Nos voisins, des hommes de soixante-dix ans avec les options converses, i-phone, et lunettes 1970 d’origine contrôlée, buvaient du petit lait. J’ai continué au vin (je n’ai pas encore 70 ans), pour me réjouir de la double standing ovation (trop rare à Paris) tellement méritée, et me dire que ça y est : le moment que j’attendais sans vraiment y croire depuis 10 ans est arrivée : me voilà convertie au jazz (bon avec les textes de Dylan et la beat-box, c’est quand même mieux. Ah, et oui, conclusion nécessaire de la soirée : un délicieux indien du passage Brady, confidences, dédales de parkings et Paris la nuit comme si août avait frappé avril de foudre pour prendre toute la place.

Spécial dédicace: merci petit i-phone qui me fait le supplice chinois et crache un mauvais son : tu immortalises quand même!

copyright : Photo de Claire Grivet

Comme si de rien

Samedi 27 mars 2010

Dis moi ce que tu veux

Quand les volets ont roulé

Sur une longue natte de papiers

*

Dis moi ce que tu veux

Avant de le prendre,

-A moitié-

Et que tes tâtonnements si peu tendres

Me décrochent les paupières en “v”.

***

Je retire encore un triangle

A l’arche triste des vieux jouets

Dis moi ce que tu veux de mes cendres,

J’inventerais un peu de gaité.

***

J’ai envie de si peu :

Quelques océans dans mon ventre

Et tes amarres sous mes pieds

Le désir étranger fait peur

Mais deux bras peuvent aussi apaiser.

***

D’une lèvre rouge,

Espérante, j’avais apprêté ma main

Pour te caresser.

Mais la douceur est une sœur fuyante

Quand je crains mon allemand qui s’évente

Et tes silences si bien référencés.

***

Dis moi ce que tu veux

En l’absence de toute intimité.

Moi, je sais :

Patiente, l’œil fermé

Je guette la douleur toujours ramifiée

Des ombres brinquebalantes

Et je veux que ce soit terminé.

***

Tout ce que j’ai coupé et qui manque,

Tes mots maladroits s’en sont rappelés.

J’attends encore un peu

Il faut que je te mente

T’envoie vers un repos qui m’est refusé.

La tempe sur le sol frisé, je  veux

Un brun lâcher de rides emprises

Et les grandes chevauchées de passé.

J’appelle la venue d’une fin blanche,

Et le début du secret pour m’effondrer.

***

Je ne veux plus être rassurante,

Je veux continuer de briser

Chaque os de tristesse

Et les dents abimées de penser.

***

Je sais qu’il faut cesser

De vouloir retrouver la pente

De l’empathie sur sommier

Je suis marquée, grinçante,

En mon sein tiraille un ogre blessé,

Un monstre sans enfant à couver.

Livre : Souffle couplés de Gérald Tenenbaum

Dimanche 7 mars 2010

L’auteur de l’ «Ordre des jours » (Eho, 2008, voir notre article) continue son enquête sur la mémoire, en interrogeant cette fois-ci celle d’un jeune homme traumatisé dans l’enfance et qui ne peux rassembler ses souvenirs qu’en remontant, image pas image, le temps. Structure extrêmement maîtrisée, écriture au scalpel, et justesse psychologique sont les trois atouts de ces « Souffles couplés ».

A la suite d’un accident traumatisant dans son enfance, Alex a du quitter le chalet familial de Savoie à l’âge de 11 ans. Vingt-sept ans plus tard, il est barman à Grenoble. Avec deux collègues, il travaille avec précision au café des deux mondes. Il ne sait plus lire, mais peut se souvenir de tout : en « globant » le passé, c’est-à-dire en le re-visionnant image par image, il peut se rappeler de chaque geste et de chaque client. Ce talent est parfois exploité par Maggy, capitaine de police. A part ses collègues et Maggy, Alex fréquente une autre femme : Sandra est psycholinguiste et aide Alex à retrouver la mémoire de son passé. Un homme est tué dans le parc devant le café où travaille Alex. Maggy lui demande de se rappeler si celui-ci faisait partie de ses clients. Par ailleurs le club de boxe que tient un ancien brigadiste italien et ami de Sandra est mis en cause dans ce meurtre. Il risque de se faire expulser de France. Sandra demande à Alex de l’aider à sauver son ami ; pour ce faire, ils entreprennent ensemble un road-trip entre la Savoie et le Val d’Aoste qui replonge Alex dans son passé…

Avec une intrigue fouillée, et déroulée selon une structure parfaitement maîtrisée, « Souffle couplés » nous entraîne dans la quête de mémoire d’Alex comme dans un thriller. En quelques mots, Gérald Tenenbaum sait brosser tout un portrait : par exemple celui de Sandra, superwoman qui maîtrise tout, sauf sa dureté, à la fois adorée et rejetée par son mari psychanalyste dont elle ne partage pas la religion. Et l’ensemble du livre fonctionne avec une économie impressionnante : pas de gras, pas d’aphorismes gratuits, mais uniquement des éléments épars : ceux du présent et la mémoire qui revient en italique du passé. Les deux narrations finissent par se rejoindre pour dessiner la trame de l’action. Un roman élégant où l’on apprend à se souvenir pour pouvoir enfin oublier.

Gérald Tenenbaum, « Souffles couplés », Eho, 202 p., 17 euros, sortie le 11 mars 2010.

« Alex observe sans regarder. Chaque détail est gravé, chaque image est rangée, album implacable dont les pages s’ouvrent toutes seules, comme au vent de mer, lecture forcée, gavage inflexible. » p. 19

Sortie dvd : Allemagne mère blafarde de Helma Sanders-Brahms

Dimanche 7 mars 2010

Le film culte de la réalisatrice de « Clara » (voir notre article) sur le parcours douloureux de sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale est pour la première fois disponible en Dvd chez Carlotta films.

« …Ô Allemagne, mère blafarde!
Comment tes fils t’ont-ils traitée
Pour que tu deviennes la risée
ou l’épouvantail des autres peuples!.. »

Très allemande même si un peu brune, Lene(Eva Mattes) épouse Hans (Ernst Jacobi), qui refuse de rejoindre le parti nazi comme la plupart de ses amis. La guerre éclate et le couple se trouve séparé par l’envoi de Hans sur le front polonais. Lors d’une permission de Hans, Lene tombe enceinte. Anna naît et son père ne la voit pas grandir. Après la destruction de leur maison, Lene et Anna se retrouvent sur les routes d’une Allemagne en débâcle. La mère courage devient Trümmerfrau dans un Berlin dévasté. Ce que Lene a tant souhaité : la fin de la guerre et le retour de Hans s’avèrent être des épreuves insurmontable. Les violences de la guerre ont détruit la psychologie du sensible Hans, Anna vit très mal la fin de son idylle en tête à tête avec sa mère et Lene sombre dans la maladie et la dépression.

Reprenant un vers de Bertolt Brecht dans son titre, « Allemagne mère blafarde » montre la souffrance d’une allemande ordinaire prise dans la tourmente d’une guerre qui n’a pas épargné les civils. D’une violence psychologique inouïe, le film est si fort, qu’il est à la limite du supportable. D’autant plus quand on sait qu’Helma Sanders-Brahms y raconte l’histoire de sa propre mère, avec ses images nues et crues d’une femme qui marche de ruine en ruine, une valise avec leurs quelques biens sauvés à la main. Elle fait jouer son propre rôle à sa fille, Anna, et narre elle-même l’histoire en voix off. Un film qui a été très mal reçu en Allemagne et est a d’abord été reconnu partout ailleurs en Europe, avant de devenir culte dans le pays de Helma Sanders-Brahms. A voir ou à revoir absolument.

Dans les bonus du Dvd, ne manquez pas l’interview de la réalisatrice revenant sur son film trente ans après.
« Allemagne, mère blafarde », de Helma Sanders-Brahms, avec Eva Mattes, Ernst Jacobi, Anna Sanders, Elisabeth Stepane, Allemagne, 1980, 117 min, VOST, 19.99 euros. Sortie le 25 mars 2010.

Manhattan et puis Paname, de grandes amitiés

Vendredi 26 février 2010

Retour très chaleureux à Manhattan, qui m’a fait du bien. Tellement de bien. Grand soleil sur un New-York pas même enneigé, première station obligée pour me faire faire les ongles en buvant un coca light, très peu du culture, ce qui m’a bien reposée, et j’ai retrouvé l’avatar américain de moi-même en grande forme. Lavage de cerveau à base de gym et sauna avec ma chère A, dîner en trio avec mon guadeloupéen préféré, un superbe anniversaire fêté avec beaucoup de chaleur chez Turks and Frogs (le west-village est mon nouveau quartier d’adoption) : tous les gens que j’aime à NYC étaient là, ils s’étaient libérés pour quelques bon verre de Syrah, un gâteau improvisé, et des discussions profondes de joie. Tout cela parfait par une sortie nocturne à “kiss and fly” où j’ai vraiment failli m’envoler de légèreté quand pour la première fois depuis des mois, un garçon absolument sans intérêt s’est intéressé à moi sans me demander de dérouler en préambule tout mon CV. De grandes marches fatigantes, des amis bien arrivés ou sécurisé, un sentiment de crise dépassée, déjeuner avec l’homme le plus sage de ce grand froid, sandwiches au thon et orange pressée. Pas mal de vodka pour fêter ce surplus d’années et le grand loft de mes rockers et nerds préférés.
Le retour musclé m’a aussi fait du bien, jolie rencontre dans l’avion presque raté et carrément retardé, cours le soir même sans difficulté, Turner et rédac à la fois, recours et superbe fête de parisienne amitié. Mardi, dans un bel atelier, Montreuil en fête et tous ces gens rassemblés. 5 heures du mat’, ça ne pardonne pas, surtout quand ça finit à l’alcool dans un bouge du marais. Mais après, re-cinéma, Matt Damon en faux hors-la-loi, l’Allemagne blafarde et les chaussons rouges de tant d’amour suranné. Munch forcément mais sans les cris, un peu de musique : celle sur laquelle j’écris puis Odessa ce soir au China, interviewée avec grand émoi. Les journées sont longues et me portent dans leurs bras, autant que les taxis et mes pieds si pressés (mais toujours impeccablement noirs de jais)… Allez un dernier dvd, puis dents brossées et les larmes délavées.

Morceau de journal

Mardi 16 février 2010

Plus le temps… entre les trois cours à préparer chaque semaine, les articles des autres à relire, les concours à organiser, mon corps qui fout le camp par manque de sommeil et les amis, je n’écris plus. Ou presque. Pas même la force de mettre en ligne mes articles qui paraissent sur notre tout nouveau tout superbe site de la boite à sorties; et puis en fait dans cette vie de travail, pas grand chose à noter, je deviens un peu dure, les choses et les gens ne m’entament plus. Je me surprends d’indifférence. Parfois je regrette la solitude réflexive de Manhattan où je retourne mercredi pour quelques jours. Excitée sans appréhension et prête à affronter le froid.

Encore un cours à préparer avant demain soir… temps d’aller lire quelques lignes et au lit.

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Découvrez la playlist Février 2010 avec Yeasayer

Les baies liées de l’avant

Jeudi 4 février 2010

Les ficelles tressent à l’envers

Une voix salée pour demain.

Les dents brossées de verre

Grincent sur de vieux parchemins.

***

La peur est un fruit toujours vert

Qui plante futilement ses pépins

Dans l’écriture qui rouille des sept fers

Vieillie par le sang de l’ange malsain.

***

C’est après-guerre que je serre

Le corps ployant la mort du lien

Soulagée, je place dans mes vers

Une tendresse conjuguée aux sucs de la fin.

***

Puisqu’il n’y a plus rien à faire

Reste à savourer l’antédiluvien

Et c’est bien après le dessert

Que je serre mes points de cumin.

***

Plus d’encre-glace, plus de mystère

Quelques espaces pour passer le chagrin

La déception est le plus haut conifère

Quand on s’est niché au sommet du sapin.

***

Le crachoir des rejets est un cancer

Et la solitude, un collier de chien

La guêpe s’affole quand elle s’avant-terre

Son bélier collera toujours aux fours anciens.

***

Derrière le rogue d’une agitation de serre

Pousse un coquelicot levantin

Son cœur noir bride tout somnifère

Et c’est rouge qu’il bannit l’en-sain.

***

Toi qui peut-être parrain-flaire

La détresse au-delà du venin

Je voudrais te dire mes vrais adultères :

Je crève la nuit de longs jours trop certains.

***

Je voudrais mourir, mais la dernière

Après avoir assez tendu la main

Quand je serai sûre que l’enfer

Est l’œil sourd de celui qui étreint.

Joann Sfar dépoussière Gainsbourg

Dimanche 24 janvier 2010

« Gainsbourg, (Vie héroïque) » est, comme son sous-titre, plus un conte évoquant la figure du dandy de la chanson française qu’un biopic grandiloquent. On y retrouve à chaque image l’univers fascinant du dessinateur Joann Sfar.

En décidant de s’appesantir sur les jeunes années de Lucien Ginsburg, et en passant très vite sur les années d’auto-destruction, le dessinateur du « Chat du rabbin » redonne un coup de jeune à Gainsbarre. C’est l’enfant au bord d’une plage qui intéresse Sfar : l’enfant artiste-peintre rêveur et l’enfant juif apeuré pendant la guerre. Débutant dès le générique par une série de dessins très stylisés, Sfar marque tout de suite la vie de l’idole de sa propre patte. Et sa décision d’évoquer plutôt que de montrer les fantômes de l’auteur-compositeur donne aux 2h10 de film une légèreté quasi-onirique. Sfar insiste longuement sur la judéité de Ginsburg : les accents justes de la famille russe immigrée, l’amour et l’exigence du père, et surtout l’étoile et la cache dans une école catholique pendant la guerre, où la figure de l’affiche de la tristement célèbre exposition « Le juif et la France » sort de son cadre pour accompagner l’enfant pendant les sombres années.

Les années de vraie Bohême de l’enfant qui se destine à être peintre sont le cœur du film : la rencontre avec Frehel (géniale Yolande Moreau), alors que le gamin de onze and drague un modèle, puis celle de sa première femme avec qui il passe sa première nuit dans l’atelier de Dali, et enfin celle de Boris Vian (inévitable Philippe Katerine) et des frères Jacques, qui comme le veut la chanson lui beurrent sa tartine avant d’entonner sur scène « Le poinçonneur des lilas » et de lancer Serge Gainsbourg. Sfar dépeint cette atmosphère avec la même légèreté érotique qu’il avait employée pour faire revivre le Montparnasse des années 1920 dans sa BD sur « Pascin ».

Selon Sfar, Gainsbourg découvre qu’il doit se détourner du crayon pour reprendre le piano de son père lorsqu’il rencontre son double. Ce fantôme est une figure fantasmatique de lui-même (nez crochu démesuré et oreilles paraboliques) qui est à la fois son guide, son inspiration de poète et son coup de pouce en cas de timidité touchante avec les femmes. Ce double qu’il appelle « ma gueule » est une sorte de dibouk hassidique qui s’efface quand Gainsbourg prend (trop ?) confiance en lui après l’affaire Bardot.

Dans ce dernier rôle, Laetitia Casta, génialement dirigée, est une parfaite Camille du mépris à l’énonciation toujours trainante. Puis lorsqu’il rencontre Jane Birkin (touchante Lucy Gordon) et renvoie son double, Gainsbourg semble commencer sa chute, sa « gueule » se retournant contre lui pour lui susurrer les impertinences et les excès de la fin de sa vie. Fort heureusement, Sfar n’épilogue pas longtemps sur Gainsbarre et son jeu pervers avec les médias, conservant de ces années deux chansons : « je t’aime, je t’aime » et « aux armes etc », et passant outre le billet brûlé ou les passages télé en état d’ébriété avancée. Pari réussi donc pour ce conte qui présente bien la face solaire et héroïque de Gainsbourg avec un grain de folie, et quelques épis de fantaisie.

Note : regardez bien, parmi les musiciens autour d’Eric Elmosnino, vous pourrez deviner : Gonzales, Mathias Malzieu, ou Thomas Fersen, et Sfar lui-même s’est grimé en Brassens.

« Gainsbourg, (Vie héroïque) », de Joann Sfar, avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Lucy Gordon, Anna Mouglalis, Laetitia Casta, Mylène Jampanoï, Philippe Katerine, Deborah Grall, Razvan Vasilescu, Kacey Mottet, et Sara Forestier, , France, 2h10, sortie le 20 janvier.

Gossip au Bataclan : l’énergie rouge feu de Beth Ditto

Dimanche 15 novembre 2009

Hier soir avait lieu le premier des trois concerts de Gossip au Bataclan. Le groupe a donné du show et du son et fait dansé une salle bondée et extrêmement réceptive.  Il faut vraiment entendre live la voix de Beth Ditto, phénomène de la nature qui danse, crache, parle en Français à son public et se déshabille volontiers…

Devant le raz-de marée des réservation, une troisième date  au Bataclan a du être rajoutée à la tournée du groupe Gossip, qui joue à guichet fermés 15, 16 et 17 novembre, pour un public qui connaît par cœur le tous les hits de l’album “Music for men” (Colombia), sorti au printemps dernier.

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La première partie était tenue par un groupe très rock et sympathique qui a chauffé une foule toute prête à danser. Pendant les vingt minutes d’attente entre cette première partie et le show de Gossip, le public a hurlé, tonné, réclamé et applaudi le groupe de Portland, espérant le faire jouer plus vite. Après quelques notes de guitare de Brace Paine et quelques battements de Hannah Billie, ELLE est arrivée :  tunique noire ample et courte sur bas résilles, bob rouge court sur lequel trônait un petit bibi noir, Beth Ditto a comme prévu fait sensation.

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Saluant  le public montrant ses connaissances de français, dans jamais s’arrêter ni de danser, ni de faire tonner son imposante voix, la chanteuse s’est petit à petit déshabillée : le bibi a valsé, les chaussures ont disparu et il faisait tellement chaud au Bataclan, que Beth Ditto a fini par enlever la tunique, finissant le concert en body noir laissant voir sa généreuse poitrine. Sa voix est absolument bouleversante, et entendre sa puissance brute et blues en live est une expérience vraiment différente de l’écoute du CD.

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