Archive pour la catégorie ‘Journal’

Nomadismes (suite)

Vendredi 20 août 2010

Comme toujours, la fin du voyage est bien plus trépidante que la semaine langoureuse de mon arrivée. Bien sûr, le rythme n’a rien à voir avec celui de ma vie parisienne à triple emploi et dont la reprise m’effraie, mais une sois mes repères fixés à Tlv je me suis quand même bien baladée ces deux derniers jours. Avant-hier soir, un ami argentin chef à ses heures perdues de designer a balayé mon blues à grands renfort d’aubergines grillées, et de mets délicieux aux épices les plus folles. Rien que le dessert était un poème : figues revenues à l’huile, au miel, à l’anis, avec glace vanille. Nous avons écouté des litres de tango pour digérer…Hier, départ vers 10h en Shirout pour Hashkélon, au Sud, où j’ai rejoint ma soeurette E. dans un paysage de desert et de mer, au milieu de nulle part, devant une marina qui effaçait à peine l’effet Robinson. On ne devinerait pas que la ville est à quelques km de Sdérot et que des missiles lancés de Gaza y tombent régulièrement. Après un déjeuner délicieux (fin définitive du régime lié à la chaleur) dans un ancien Kibboutz qui porte le nom d’une épice (Sumac) et du vin du Golan, nous avons été conduites en face de Gaza et briefée sur la situation pour un cicérone ‘neutre’ qui s’y rend au moins deux fois par semaines. Instructif. Juste le temps de sauter à nouveau dans le shirout où mon voisin d’origine indienne me donnait des coups de coudes pour continuer une conversation-fleuve … en Hébreu et m’empêcher de dormir. Je dors de moins en moins, 3-4 heures par nuit, la routine habituelle, en fait. Bref il voulait que je fasse encore un bout de chemin avec lui, et j’ai compris qu’en l’absence de femme officielle, ce voyage était son trajet hebdomadaire pour le bordel. Pas le temps de me changer pour retrouver mon élégant cousin à l’Hôtel Montefiore, tenu par le couple qui connaît également le succès avec l’excellent restaurant français La Brasserie. Ambiance Boutique, mi-néo-colonial, mi-Mercer de Soho, délicieux Bloody Mary et intense conversation avant que ma chère Y. dont c’était le dernier soir nous rejoigne, toute pimpante. je voulais aller voir le concert de Hadara Levin Arredy mais après prise d’info, celui-ci annoncé pour 21h30 n’avait lieu qu’à 23h00, nous avons donc eu le temps de manger le meilleur sandwich au Corned Beef de la ville au n° 58 de la rue Yehuda Ha’Levi. Finalement arrivée un peu pompettes au concert, nous avons été frappées au coeur par la grâce : voix rocailleuses, textes forts en anglais, et en hébreu, délicieusement imparfaite, son piano planté entre deux serveurs allant chercher bouteilles de vin et addition, la grande et maigre chanteuse était à chaque morceau à la hauteur de la chanson qui m’avait interpellée dans le film «I Shot my love» : «Going Home». Du underground avec âme et beauté, comme je l’aime. Y. aussi s’est assise par terre, et quoiqu’un peu choquée par les couples de lesbiennes s’embrassant entre deux claps de leurs mains au rythme de la musique, s’est laissée porter par cette mélancolie essentielle.

Après un Jeroboam d’eau, direction rue Lilienblum, non pas au Nanotchka, mais au bar d’enface, extérieur, lounge, blanc, et bien gardé. Discussion intéressante avec deux amis français dont un a fait son alliah, et puis quitte à attendre le départ pour l’aéroport de Y. jusqu’à 4 heures du matin, nous serions bien allées danser au galina encore une fois, mais la fatigue a gagné, et nous sommes rentrées discuter à la maison en luttant contre le marchand de sable. Je me suis effondrée jusqu’à 9h30 du matin pour reprendre un Shirout vers Jérusalem où je n’avais pas eu le temps de voir ma famille lundi. Habitant dans le joli quartier de katamon, Y. m’a raconté de jolies anecdotes sur mon père, son cousin et lui nageant dans la Garonne quand ils avaient 12 ans et A. avait réussi à préparer le meilleur repas, aloors ue le frigo était en panne. Retrouvailles avec E. et un de ses amis à la cinémathèque, où nous n’avons pas pu bouger du bar climatisé tellement le soleil tapait sec dehors. Petit tour de moto jusque chez l’ami de E. toujours dans le quartier de katamon, et soirée de discussion à coeur ouverte avec un quatrième ami brillant et un peu plus religieux, entrain de finir sa thèse et que je connaissais d’une conférence donnée ensemble à la Sorbonne. Vers 22H, il était temps de rentrer - pour travailler un peu, la boîte à sorties émerge doucement de son sommeil estival- mais à défaut de connexion Internet, j’ai écrit un peu, préparé un CD pour mon ami israélien G, et là je dois filer sous la douche pour un dernier verre, comme dans la chanson de Biolay passée en boucle ces vacances «Ton héritage».

Jerusalem

Mardi 17 août 2010

Après une folle nuit de danse au “Galina”, où j’ai retrouvé mes 17 ans à transpirer sur de très mauvaises musiques dans l’air du temps, sur le port et un retour surexcité dans les rues de Tel-Aviv, le réveil a été difficile hier matin pour mon petite voyage à Jérusalem.  Et malgré le temps que j’ai pu y passer (1 mois et demie l’été d’après le bac, tout de même), les 7 collines de cette ville continent à me perdre. Mais à grands renforts de demande de renseignements, de bus et de taxis, j’ai fini par trouver la Bibliothèque Nationale sur le campus de la Hebrew University à Givat Ram pour rencontrer un professeur dont le cours - suivi à Chicago, il y a huit ans- a vraiment changé ma vie. Non seulement parce que j’y ai rencontré mon premier amour, trouvé les prémisses de mon sujet de thèse et connu une amie fantastique, mais aussi parce que pour la première fois de ma vie, je n’avais plus en face de moi “qu’un” professeur, mais un “Mensch”. Toujours aussi brillant, plein d’attention et généreux, il n’avait pas changé, dans les jardins fleurissants de Givat ram, me montrant les collections de livres de Gerschom Scholem conservés à la Bibliothèque, aussi bien que les arbres plantés aux alentours, me posant mille questions sur mon travail, ma famille, me présentant un délicieux politiste et s’émerveillant des jeunes karatékas venus se disputer le titre du mondial de leur discipline dans le gymnase de la Hebrew U. Remise avec soin dans un taxi, après un délicieux gaspacho à l’israélienne, je suis partie pour le quartier de l’ONU y rencontrer l’amie dune amie, palestinienne, travaillant à la com de la grande maison. Il était déjà 18h quand je suis arrivée aux portes de la vieille ville, par le côté du souk arabes, aux marchands harassés de jeune et de chaleur. Après la joie de retrouver ce site irradiant, toujours la même impression  contrastée de beauté impériale et de tension maladive.  Autant je suis “chez moi” à Tel-Aviv, autant Jérusalem me laisse hors de moi, flottant au dessus de mon propre corps pour mieux percevoir les humeurs, les croyances, et les doutes; et l’atmosphère mystique m’empêche de dormir la nuit, si  bien qu’au bout de trois jours, je suis un Zombie. A 18h30, ayant salué en reculant avec respect le Kotel cogné de soleil et toujours aussi bruissant de juifs du monde entier, j’avais plus ou moins dépassé les limites de la fatigue, qu’une petite marche d’une heure dans le souk et vers la rue Ben Yehuda, m’ont  finalement fait oublier. Frozen Yoghurt, lèche-vitrine et papotage dans le shirout du retour, Y. flamboyante en orange fleuri, et moi-même, dans ma seule robe décente, n’avons pas eu le temps de nous doucher avant de filer à Florentin,  le marais de Tel-Aviv, pour une soirée sur le toit d’un appartement magnifique. Et avec une foule d’amis brillants, engagés, et généreux. Probablement une des plus jolies soirées ici, où tout jusqu’à la vaisselle ensemble m’a rappelé … ma vie  et mes amis à Paris.

Un peu déconnectée des médias, je viens d’apprendre la mort de Tony Judt. Tristesse, peut-être pas à cause de l’intérêt intellectuel que je porte à l’écrivain. L’article de Pierre Assouline sur son blog est, comme bien souvent, un modèle du genre.

Lézardages entre la mer morte et les plages de Tel-Aviv

Dimanche 15 août 2010

J’étais prévenue : il fait vraiment une chaleur humide et suffocante à Tel-Aviv en aout. J’étais prete à faire face. Mais lors de ma première semaine seule ici, je marchais, allais au cinéma etc.. et n’étais jamais allée à la plage avant 16h. Chose faite, avec regret avant-hier. A une heure pile, sous le soleil exactement, à peine protégée par un petit parasol glissé dans le bras de mon transat de la plage du Hilton, je me suis vraiment sentie plus mal que dans un sauna : zéro vent, impossible de respirer, et encore moins de lire ou de penser. En voulant m’éclipser et retourner dans mon cher lit, je me suis… brûlée les pieds. Mais vaillante, dès le lendemain, même s’il y fait encore plus chaud que TLV, j’ai décidé de suivre un ami de mon cousin dans son trip “bien-être éclair” à la mer morte. Rendez-vous à 7h du matin, je suis quand même passée au Souk avant voir mon ami Adel, et acheter du pain frais au stand voisin. A grand renfort de musique lounge et sans âme (la compil du Bouddha Bar 23), nous avons mis deux heures à arriver à un charmant hôtel où nous avons fait villégiatire pour la journée. Tout y était : la plage ocre, l’eau solide de sel à 60 °, les matelas, les parasols, la cafétaria et le centre de soins où j’ai eu un massage et un enveloppement de boue. Très agréable, j’ai beaucoup dormi, barboté dans le sel huileux assez magique, eu chaud, mais pas trop, et me suis laissée chouchouter par une masseuse russe comme dans les livres. Très attentif et prévenant, mon compagnon me tendait une bouteille de coca, d’eau ou un magnum quand je sortais d’une de mes multiples siestes. Mais ets demeurer plus que laconique pendant les 13 heures du voyages. A mes questions, il répondait par un mot final et laconique, et ne posait aucune question, si bien que je suis vraiment devenue cruche : silencieuse et souriante la plupart du temps et faisant des remarques enjouées et stupides de temps en temps pour parsemer de fleurs l’ambiance pénitencier soviétique. Le mur de silence m’ a tellement pesé que, lorsqu’il est parti plus tôt pour son massage, j’ai alpagué un pauvre touriste allemand et parlé avec lui dans sa langue des banques de Düsseldorf! Tout ceci n’a pas empêché mon compagnon de se montrer un adorable chauffeur, faisant demi-tour pour venir à la rescousse d’un étudiant perdu sous le soleil de Ein Gedi, et de me ramener chez moi. Et la journée de peu de mots fût finalement assez agréable, et qui plus est un bon aperçu de ce que serait la vie avce un mari à qui je n’aurais rien à dire. Bonne leçon. C’est toute salée que j’ai emporté la bouteille de vin achetée au souk pour filer dans la banlieue de Givataim diner pour shabbat chez Amos, un formidable ancien enfant caché que j’ai interviewé il y a 5 ans, et qui est également un photographe de génie. Voir sa grande famille de 4 enfants et 5 petits enfants présents (sur 9 ) m’a ravie, j’ai communiqué mi en anglais, quart en hébreu et quart en français avec tout le monde et Amos m’a ensuite ramenée en voiture vers mon QG de Rerov Lapin. Aujourd’hui, journée molle, petit dej/brunch classique chez Benedikt, j’ai tenté de repousser la journée de plage par une habile marche rue shenkin, puis par un verre et jeu de cartes “comme nos grands parents”, avant de finalement profiter de l’heure divine sur la plage du Hilton. Ce soir, sortie franco-française dans l’air… mais tout ça s’organise et finalement apprendre à ne rien faire est un travail à temps plein!

Gay Tel Aviv (la tirade de la fille)

Jeudi 5 août 2010

J’ai entendu assez de Lady Gaga pour les trois prochaines années de ma vie, ces trois derniers jours. Dans la voiture, dans les clubs, à la gym, et bien évidemment également toutes les sonneries de portables des amis de mes amis entonnent “Alejandro” ou “Just danse”. L’autre icône gay est Beth Ditto, mais seule Lady Gaga alimente des conversations passionnée où l’on dirait que chacun parle du poète de ses premiers émois adolescents. Je suis donc devenue une grande adepte du Tel Aviv Gay  : les plages (Hilton), les brunchs (Neve Tsedek), même certains aspects politiques, par l’ami d’un ami, et bien sûr les clubs. J’aime beaucoup l’ambiance de ces clubs, ici, mi-rétro, mi-ici et maintenant, ouverts à tous (je ne me sens pas coupable d’être une femme, comme à NYC par exemple), et où je peux librement parler à tous et les ramener vers mes amis - quand ils trouvent le nouveau venu assez mignon. J’ai même traîné un de mes amis plutôt religieux et très hétérosexuel à rejoindre la joyeuse troupe au “Lima Lima”, joli club bondé de la rue Lilienblum (à deux pas de l’ancien bar georgien Nanotchka, où je dansais sur les tables il y a 5 ans, et qui est malheureusement devenu un lounge comme les autres). Nous nous sommes perchés sur des tables en hauteur dans la cour fumeurs de la discothèque pour observer. Avec une bienveillance toute extérieure. Avant-hier, nous avons enchaîné sur “Evita” où de plantureux travestis donnaient un show sous le portrait de Mme Peron, avant d’enchainer sur “Vice” en face de la tour de la paix, qui a le même bar central et carré que tous les bars sympas ici et  une cour remplie elle aussi de beaux éphèbes. Le tour ne serait pas complet, si je ne mentionnais pas les brunchs à 15H - notamment au port de Tel Aviv-où les langues se délient, et le shopping assez délirant, surtout quand l’un des membres du groupe s’occupe lui-même d’importer des pantalons vert fluo et bleu pétrole griffés par des designers scandinaves. Je sens que cette partie disco-flash du voyage s’arrête aujourd’hui et qu’elle va un peu me manquer…

Dinard-Paris-Le Pirou-Paris

Samedi 29 mai 2010

L’été capricieux met du temps à venir, entre coups de soleil et pluie battante. Et comme toujours l’année met du temps à finir. La fin des cours et l’envoi de dernière minute de ma “note sur travaux” (ie 30 pages qui justifient, une fois encore pourquoi j’ai eu le malheur de vouloir réfléchir, enseigner, et même ô audace publier quelques articles) me laissent un peu plus libre. Et encore une fois, plus de liberté c’est aussi plus de solitude et de temps pour réfléchir… et me remettre à écrire un peu. Avant tout, il a aussi fallu un peu dormir et tenter de profiter de journées de repos volées. A Dinard, il y a quinze jours, en voyage romantique, sinon romanesque. Sous les nuages, du sable plein les ballerines, quelques saunas, beaucoup de poisson et de tendresse et des plages et des plages de musique dans la voiture. Le Grand hôtel et ses odeurs feutrées m’ont ramenée à mes étés d’enfance au Royal de Deauville. Le retour a Paris a été brusque et violent, avec les notes des étudiants, le dossier d’agreg, et finalement, il y a une semaine, après une dernière “performance” sur Max Jacob au club des poètes, la libération. Que j’ai très bien vécue en me recréant un petit New-York à Paris : Hareng chez feu Finkielstein qui a changé de nom,  frozen yoghurt chez myberry, et beaucoup de yoga dans un petit club juste à côté de chez moi tenu par un américain, et ô joie, ouvert les jour fériés de mai. Sport enfin à profusion, maintenant que j’ai le temps. Puis week-end en milieu de semaine de mercredi à vendredi dernier avec ma meilleure amie A. et toute sa famille dans le Cotentin. Pas de connexion Internet, donc peu de boîte à sorties, jolie maison avec vue sur la mer montant et descendant sous un ciel gris et froid, vieux livres de  familles, et parties de scrabble endiablées avec toute sa famille.  Il y a la maman de A., tellement pleine d’amour, son père, l’intello un peu torturé et néanmoins plein de bon sens de la famille, la petite nièce de 3 ans, sage comme une image, à qui je donne une fois son bain, ce qui me réconcilie avec les enfants et surtout Mam, qui a 87 ans, et ne peut plus trop bouger, mais qui me raconte un peu sa vie et qui est ravie de voir la mer à perte de vue depuis le balcon. Ça , quelques foulées sur la plage, et Jacques Brel dans la voiture, ce fut un véritable retour aux sources. Et la conscience que c’était vraiment du temps d’amitié volé avec ma chère A. que sa vie tout aussi trépidante mais tellement différente de la mienne ne me laisse qu’à l’heure du déjeuner pendant l’année. Le retour à Paris a été tonitruant. d’abord parce que je ne sais pas me reposer un peu. Si je m’arrête de courir, je m’effondre et après, il est bien difficile de reprendre mon agenda culturel, amical et intellectuel essoufflé. Ensuite parce que j’ai voulu quand même y arriver hier soir : après un shabbat en famille j’ai voulu me poser avec un livre en attendant mon doux et tendre, mais, coup de fil. B. me proposait d’aller rencontrer Anthony Coleman, à l’affiche de l’expo sur “radical jewish culture” du Mahj, dans un squat du bout de Nord de Paris (M° Max Dormoy). Je lis un demi-roman dans le métro à l’aller, et mon ami me dit… qu’il est au Mac Donald; depuis la vitre extérieure du fast food, je lève mes yeux au ciel, en guise de protestation polie. J’entre : il est attablé avec trois de mes très bons amis. Et retombe sur New-York : non pas grâce à Coleman, qui a l’air adorable, mais parce que le squat en question est une milonga où des couples dansent très sérieusement le Tango, ce qui me ramène à mes heures et mes heures de cours de l’an dernier et ma nullité terrible en la matière. Un peu blue et sacrément fatiguée de mon repos des trois jours précédents, je quitte assez tôt (minuit) la compagnie. re-métro, fin de roman, je veux envoyer un texto à une amie en phase de transition - et là, drame, un homme me vole mon i-phone des mains. Autant dire ma vie. Je me lève vite et fort et hurle “Non, non,non”, d’un ton décidé. Je cours après le ladre et l’attrape par la bandoulière de son sac. Les gens -touristes compris- sortent du métro dans un geste solidaire pour l’arrêter. Le type lâche mon précieux portable et je m’étale sur les deux genoux sur le quai. Mon sac se renverse, mais avec l’aide de mes sympathique camardes de voyage et du chauffeur du métro qui attend deux longues minutes, je récupère tout, et m’assieds sagement. Je vérifie : je n’ai rien perdu, et n’ai que deux gros bleus sur les genoux. Tout va bien, donc, même si je suis un peu choquée. Me voilà repartie pour faire face à un ami ivre et pénible que nous avons en commun avec mon chéri. Une heure, deux heures, il ne part pas, moi je voudrais partir et rejoindre la sécurité de mon lit. Mais je sens qu’il faut que je reste… Ce qui m’a couté un réveil tardif, pas de yoga, et une matinée passée sans rien y voir (lentilles de contact aux abonnés absents). De retour vers 16h dans mon quartier, toujours en petite robe noire dans le froid, je porte de lourdes bouteilles jusque chez moi : ce soir, petite soirée à la maison, avant, expo de photo à l’autre bout de Paris dont la boîte à sorties est partenaire. Et demain : pique-nique à perpéte pour une cause juive, si possible passage au forum des images où l’on projette les films de la quinzaine des réalisateurs dont un court réalisé par une amie, et une comédie musicale au châtelet. J’ai cinq articles à écrire, dois encore me changer et tartiner un peu pour ce soir, mais tout devrait bien se passer…

Playlist May

Jeudi 6 mai 2010

Découvrez la playlist Spring 2010 avec Ellie Goulding

Mon amie la rose

Lundi 3 mai 2010

Quelques lignes nocturnes avant de ne pas dormir assez pour enseigner demain matin à 8h. L’humeur est passée de maussade à légèrement angoissée, ce pluvieux premier week-end de mai. Hyper-activité toujours mais avec de très belles choses, comme le spectacle de Claire Diterzi à la ferme du buisson, hier soir (critique à venir) et FINALEMENT le dernier Polanski ce soir (pour ce film, il y avait une malédiction, j’ai “failli” le voir au moins quatre fois, avant d’y parvenir). Mes cheveux sont superbes en ce moment (paraît-il) sorte d’excroissance sur mon cerveau un peu épuisé, et fruit d’une cure de compléments alimentaires sur lesquels à l’avenir je me garderais bien de cracher. Le bout du tunnel n’est pas loin puisque les cours s’arrêtent la semaine prochaine. La vraie, grande et bonne surprise de la semaine : un homme m’a offert des fleurs. vingt-quatre roses blanches comme dans “Lettres d’une inconnue”. Ça n’était pas arrivé depuis 2002. Parce qu’en général, les hommes m’offrent des livres. Ça doit être écrit sur mon front que j’aime les livres… Et même depuis que j’ai laissé mes lunettes d’intello au tiroir pour le dimanche, il ne leur vient pas à l’idée que j’ai déjà trop de livres, qui bouchent mon couloir et gagnent les étagères du frigidaire. Par ailleurs, en général, les hommes marquent leur territoire quand ils offrent ce genre de choses. Avec un petit commentaire et une signature sur la première page, comme s’ils étaient l’auteur du bouquin. On pourrait carrément entreprendre une généalogie de ma vie amoureuse en recherchant comme des étoiles dans un ballet de poussière leurs autographes… Pour les plus importants, il faudrait volontiers se pencher sur la section “internationale” de mes livres. Parce que Nietzsche en Allemand, Van Gogh en Néerlandais, et Auden en Anglais, c’est quand même autrement plus chic que dans ma vulgaire langue maternelle. Certains se sont même risqués à signer du Pasternak en Russe, langue extrêmement mystérieuse pour moi. Bref, donc, ces roses m’ont émue aux larmes. Surtout débarquant en milieu d’après-midi au bureau, comme ça juste par gentillesse (les roses rouges estampillées 2002 étaient des fleurs d’excuse). Ce petit retour à la case “compter fleurette” dans les rues de Paris (ou de Noisy) fait un bien fou, comme un grand bain de mer purifiant tous les coups bas et les drames des cinq dernières années. En face, personne en danger de mort, personne au bord de la dépression, personne en fuite du facteur humain pour écrire son œuvre (qui dépasserait l’escogriffe de première page ou trois notes mélancoliques) juste une attention réelle et élégante. Ça détend aussi des délires de mes amis, qui m’emmenant à la présentation de nouvelles prétentieuse décrite jeudi dernier, qui filmant l’hôtel amour (dont le charme à mes yeux est le joli jardin ou j’aime trainer l’été, n’ayant jamais fait escort-girl la nuit pour de luxueux types véreux) comme un hangar d’érotisme macabre”à la” Eyes Wide Shut : luxe, coke et sexe triste entre squelettes. Il y a aussi ceux qui me traînent à des vernissage d’art abstrait ou je dois faire semblant d’être fascinée par des toiles  blanches avec un trait noir (”mais tu comprends, la ligne en fait c’est un vide découpé, c’est le vide qui crée les nuances de gris”, moui, et si je ne ressens rien, c’est “mal”?). Et enfin, ceux qui suivent les cours d’acteurs chevronnés, massacrant systématiquement  et avec une justice arithmétique  tout texte sur lequel ils tombent, en hachant les mots, et enlevant la ponctuation, jusqu’à rendre le texte incompréhensible. Et ça marche encore mieux avec le flux de conscience pédants de jeunes auteurs contemporains qui se la racontent des tonnes, avec des scènes forestières suivant des scènes SM qui pourraient presque être drôle si tout le monde ne prenait pas tout ça tellement au sérieux. Malheureusement la technique de hachage ne fait pas disparaître la monotonie médiocre de ce genre de textes. Heureusement restent les amis qui picolent sans se faire mousser, ceux qui maternent sans trop angoisser, et ceux qui tombent amoureux pour mieux se remettre après s’être très vite cassé le nez. Et surtout ce formidable bouillonnement d’énergie que je sens autour de moi, qui m’emporte dans de nombreux projets et qui m’avait tant manqué l’an dernier. Ceci étant dit Manhattan me manque, et je pense bientôt me renvoler…

Et au programme des jolies choses à faire une fois que l’école est finie : écrire, bien sûr, et volontiers une chronique sur mes taxis parisiens. J’ai toujours des conversations hallucinantes avec les chauffeurs parisiens. Il a celui qui est coiffé comme Elvis et chante le King à tue-tête le long des quais (après avoir demandé poliment la permission), celui avec qui je parle exclusivement de parfums, celle qui est en fait décoratrice d’intérieur, et celui de ce soir était évangélique, et m’a donné un cours de théologie… je me demande si on ne pourrait pas remplacer les cours par des courses en taxi…

Sur ce au lit, pour enseigner la tolérance demain. Une notion que j’ai du personnellement remettre en cause ce matin, quand à 8 heures (un dimanche) des Loubavitchs déchaînés ont entonné des Nigounim avec assez de décibels pour faire trembler le quartier pour exprimer toute leur joie d’avoir reçu la Torah. Le petit post de protestation sur mon facebook à engendré une mini-polémique, assez débile ma foi, si bien que par souci de mon cher petit sommeil je risque de passer pour une affreuse antisémite…

Unpacking my library

Vendredi 9 avril 2010

Me voilà assise au milieu de mon studio- par terre. Une deuxième bibliothèque a remplacé l’ancien canapé blanc et tous mes livres sont sur le sol. Entre rêve et cauchemar dans une vie redevenue très parisienne et qui ne s’arrête pas. Ou alors pour des petits voyages de 30 heures en Normandie passés sous perfusion de bourgogne où je m’échine à griller mon vernis sur le babyfoot de la cathédrale et à vaincre le froid humide qui vous ronge les cuisses. A jouer au tarot et à rire aussi. Une vraie détente, qu’il ne faut pas que je prolonge sous peine de vraiment rompre la tension qui me porte.  Les journées sautillent entre les 3 cours hebdomadaires à préparer, la com’ branchée de l’agence en3mots et la rédac de la boîte à sorties. Hier soir, j’ai ainsi enchaîné un opéra de glass sur kafka, un dîner de copines, un verre dans mon quartier et me suis laissée traîner pour un dernier verre au BC en compagnie d’un vieux beau italien et de son hôtesse de l’air de maîtresse. J’ai fini par rentrer Schubert aux oreilles sur le pont de l’Alma. Paris est tellement beau que cela fait presque mal aux yeux. Avec la fin du froid, et ce début de renaissance dans l’air, je marche. Beaucoup. Ça laisse le temps de réfléchir sur le mal de pieds, et les bienfaits des talons plats. J’ai beau dire que je ne suis pas de la mousse pour le bain, il paraît que j’ai toujours l’air à la fois forte et légère. Ça ne me fait plus rien, j’ai l’habitude, et remercie mon indifférence de me rendre bien moins malheureuse que l’an dernier à la même époque.

Tout faux

Dimanche 7 mars 2010

Depuis cette longue marche dans le parc ( ou était-ce avant?) tout sonne faux. Mon cœur battait un air de tête ou de peau d’amoureuse adolescente, j’avais à nouveau 19 ans, les bottes dans la neige, les ombres neo-gothiques des bâtiments. J’étais triomphante, à la fois libérée et attachée. Mais à l’autre bout de la chaîne, un mauvais jeton, faux déjà, et je le savais. Depuis, donc, plus de musique, plus de poésie; parfois de longues heures de travail, parfois la chaleur d’une rencontre. Un ami abrité, une copine attentive. Mais succès en demi-teinte ou échec fantasmé, tout sonne faux. Même le temps qui passe sur des jours à la fois pleins et vides. La machine à sentir s’est grippée ; écharpe au collet elle n’enregistre plus qu’une grande lassitude. Que des moments de joie un peu artificielle rendent supportable. Ces moments là masquent comme l’aspirine une fièvre sans fond. Une dette que je bois plus vite que le mauvais vin percé d’un tonneau trop profond pour moi. Alors, je les rejette. Alors il n’y a rien d’autre qu’une grande tristesse. La tristesse du masque. En compagnie comme dans la solitude le même masque des collants filés et des yeux noirs. L’éternelle adolescente alourdie par son tonneau de Saint Bernard quand la douleur est inutile. Et sans mortification et sans calme, Clairvaux est de plus en plus trouble. Vision myope de ce qui est beau. De certains textes qui passent encore derrière une carapace mal façonnée. Une carapace qui ne protège ni de la manipulation, ni des rencontres inutiles et encore moins de la paresse d’être soi, encore et malgré tout. Soi, ce que les autres attendent. A force d’être déçue, je ne veux pas à  mon tour décevoir. Et l’illusion prend la plupart du temps. L’habitude est un alcool fort. Même au moment où je ne m’y retrouve pas. Je joue donc à être, être moi, de plus en plus faux. Faux les élans de non-compromis, les dons encore possibles, et les secondes d’intimité volées. Fausses les nuits blanches branchées, angoissées ou confidentes, fausse la proximité d’un corps étranger, fausse même l’indifférence vers laquelle je dérive. Je fais tout mal, même et surtout quand je ne le fais pas à moitié. Et quand l’infini n’est plus dans la souffrance de l’amour, seule demeure une peur que la fatigue même efface. La peur, la vraie, avec son théâtre de fantômes qui réclament leur dû, moins fort qu’avant parce que je n’ai peut-être plus rien à donner. Mais leurs yeux impérieux réclament et même le découragement n’est pas un asile. La peur est là, quand tous les masques se taisent. Et elle est si effrayante qu’il me faudrait une épaule où m’appuyer. Et elle est si forte et il n’y a tellement personne, que toute seule dans la rue ou dans mon lit, je répète comme une chanson ancienne, une chanson d’avant Barbara et Monteverdi : je veux mourir. J’ai des visions de sang, de poignets écarlates, Parfois j’utilise juste un marqueur : pour souligner, pour la violence symbolique. J’imagine la mort comme une grande violence inutile avant un calme terrifiant. Et là aussi, je me dis que j’imagine faux, qu’au XXI e siècle, la mort arrive lentement; une longue et douloureuse dégradation de tous les sens.  Je le sais, je les vois, et aprfois je les accompagne dans cette longue défaite, puisque c’est tout ce que je peux faire.  Un long naufrage de médicaments, de mémoire trouée et défection de ceux qu’on a aimés. Jusqu’à parfois passer des années sans une caresse ou un baiser. La peur encore, pire peut-être, une peur de noyée. Alors je plisse fort les paupières et j’oublie. J’oublie aussi très faux. J’oublie parce qu’il le faut. Il faut. J’ai un petit rôle, on m’attend là et donc là, il faut que j’y sois. A défaut d’être tout simplement, je suis au bon moment et au on endroit. Là où l’on m’attend, à défaut de vouloir. Il faut. Mais il faut quoi quand tout sonne faux, quand la mélodie se tait, et les mots ne viennent plus. Il faut, c’est dérisoire. Il faut mais la fatigue est de plus en plus forte, et les épiphanies de peur de plus en plus fréquentes. J’essaie de conjurer, j’essaie de répondre à l’appel du “il faut”. Mais même mes essais sont hors de portée, en deçà de la la note. Et l’objectif qui semblait trois octaves trop haut, une fois dépassé, ne vaut plus rien. 700 pages, le dons de soi, des passades enterrées. Tout cela n’était qu’artefact.  Ni fait, ni art, juste un peu plus de faux qui rajoute des heures aux jours pour raccourcir les nuits de pleine lune. Essoufflée, suffoquée, je pleure dans un silence de cendres. Et je prie parfois encore en mécréante, tout, plutôt que de crier. Tout plutôt de créer, je pense parfois. Infertile travailleuse, veinarde petite fille née avec une cuiller de miel dans la bouche, je ne sais pas comment continuer l’amour platine d’une famille-cocon. Je ne suis peut-être pas faire pour cela. Grave me dit-on. Belle dans la tristesse. Alors je fauche un peu de neutre, je fausse les cartes, je suis pleine de fautes. Et de regrets face à l’intranquille non-facilité de tout. Il faudrait un scaphandre pour plonger, il faudrait un ailleurs, mais il n’y a que le bout de mon faux-nez. Le passé est un trompe l’oeil minéral, et l’avenir une illusion déjà démodée.

Rue des rosiers

Vendredi 15 janvier 2010

15 janvier, quatre heures et demie du matin, mes petits talons fatigués sur les pavés de la rue des rosiers vide. Un froid tel que même les fantômes étaient restés chez eux. Près de 700 pages de thèse validées par un jury que j’ai diverti trois quatre heures et  rien n’a changé. Dans mes cheveux lassés, l’odeur de Calèche, des collants noirs, le gros manteau du sentier à peine changé, un peu malade, et une grande liberté accordée à une grande nausée. Et puis soudain la fragilité. Le corps qui tremble. De frayeur et de froid. Ça fait tellement d’année que j’ai si froid dans la neige sale avec mes doigts bleuissants que je masque en rouge. Morsure jusqu’à l’os dans l’adolescence maigre, surtout mouillée, sortant de l’eau dans mon petit maillot jaune et noir qui ne masquait pas le manque de poitrine, ivresse des mètres de poudre sur la 53 e rue de Chicago où dans ma longue doudoune et l’armate de Vivaldi à l’oreille je faisais les cents pas profonds, en Juditha avide de se rendre à un autre cours calfeutrée derrière mes lunettes et mes larges jupes et calée dans le bois néo-gothique d’une salle intimiste. Et enfin, le vent mauvais gorgé de neige de New-York qui défie tout barrage de feutre et de plume et qui vous saisit comme un oiseau de proie, jusque dans votre lit au plafond trop haut où vous dormez comme à l’adolescence, couverte de mille pulls, pliée comme un foetus, les mains indigo entre les cuisses pour trembler moins. C’est la même solitude aussi, déclinaisons sur le même goût de fer qui mature sans vraiment rouiller. La barre logique de la volonté à  13 ans, la nostalgie minérale de ma langue maternelle et des cimetières de Paris à 19, et l’errance de sel des nuits new-yorkaises… J’ai eu tellement froid à New-York et j’ai été tellement seule que je ne supporte plus être en repos dans une chambre froide. Et donc, livre d’infertilité; impossible de retrouver la voix et d’écrire dans ce divertissement, cette soif, ce tumulte si bien organisés. Et toujours Barbara pour compagne, le plaisir de chanter par delà la nausée, de porter dans mon ventre tout un monde mort. Et toujours le mémorial de la Shoah, le judaïsme douleur, usurpation des vies de la rue des rosiers,  les dettes aux fantômes, même muets, l’angoisse, le sens du devoir, cette tendresse qui voudrait rendre les autres heureux. Mais peut-être que je commence à savoir que je ne peux pas ou quand je ne peux pas. L’après-thèse est une autre adolescence, pleine de la question “est-ce ainsi que les hommes vivent?”, pleine de conseils de ces messieurs, qui veulent que je me connaisse, mes limites, mon projet de vie sur 85 ans, et surtout quelle place une femme doit garder, bien attachée au lit ou aux casseroles. Je ne sais pas si c’est bien ou mal que tout soit pareil, et de me retrouver à écouter arvo pärt et à écrire des salades mal assaisonnées à la même sauce devant mon ordi (3 e survivant à la thèse du nom) avec les mêmes doutes, la petite fille terrorisée et laissée au supermarché sans plus l’ombre d’un bras rassurant à attendre, et ma liberté d’agréger les activités intacte. J’ai cru avoir laissé une partie de moi dans le don et la douleur de l’an passé, j’ai cru être une poupée brisée, j’aurais peut-être voulu devenir moins naïve, plus calculatrice. Je n’y arrive pas. Si je suis moi, ai-je besoin de mille psy pour connaître mes “limites”? Pourront-ils me libérer plus surement que celui que j’ai supplié de le faire ? Mes canevas sont mes chaînes et mes ancrages. Dommage qu’ils soient faits de tant de morts et de tant de peine.

Découvrez la playlist 15 janvier avec Pia Colombo