Archive pour la catégorie ‘Journal’

#Ledébat

Jeudi 3 mai 2012

La première fois que j’ai tenu un journal, j’ai écrit au dessus de mon texte de pré-ado l’évènement politique marquant du jour. C’était l’élection de Bill Clinton. J’avais donc 10 ans. Toute mon adolescence, même dans les pires affres ou mes échauffements de jeune-fille, comme disent si joliment les allemands, j’ai toujours noté en haut à côté de la date le fait politique à retenir. Souligné deux fois. Et puis contre toute attente je suis entrée à sciences-po… et j’ai détesté devoir me pendre à la prière des news quotidiennes. Rejet, littérature, poésie, effets de langue fleuris. J’ai gardé pas mal de ça jusqu’à la fin du doctorat. Les gens qui parlaient de politique me faisaient l’effet de petits garçons plantant leurs drapeaux et alignant leurs soldats sur une mappemonde décharnée et approximative.

Mais ce soir après 2h45 de débat dense, un moment de concentration- sans pubs, sans pause pipi, sans clope, sans check d’e-mail, sans coup de fil- comme les Français ne sont plus habitués à en avoir depuis des lustres, j’ai envie d’écrire en surligné en hashtag (parce que je suis une grande fille qui tweet tweet) #ledébat2012. Ça aurait pu être le 11 septembre (je prenais l’avion pour Chicago le 12 septembre 2012), 2002, l’élection d’Obama que j’ai pourtant suivie sur place de A à Z. Eh non, c’est Hollande/Sarkozy. Finalement très frenchy, au moment où il faudrait faire les valises…

Plan contestable

Mercredi 2 mai 2012

Une robe d’il y a dix ans, un sujet datant d’un lustre, quelques fleurs, une danse, la tête du prophète et aussi le cocon sûr de David Lynch. Un monceau de cocktails en variations de migraine méritée, quelques trémoussements, un rayon de soleil qui donne foi en l’été, un business plan. Pas de muguet mais 24 roses rouges venues des Pays-Bas. Des chansons tristes, de la musique kitsch, la voix chevrotante d’un héraut de 68,  l’idée d’un saupiquet, un très vieux chinois. L’espace d’être seule, conversation fraternelles, retrouvailles d’amitié et puis des excuses qui m’ont touchée. Un mauvais film allemand, un bon essai sur notre manière de voter, des manifs à tout va- mais dans le métro on rejoint toujours l’anonymat. Quelques pizzas des tomates et plusieurs yaourts au soja. Un film allemand qui voulait être français contenant pas moins de 35 plans contestable. Un flamand photographe et un ancien amant graphomane. Une voix rauque un peu délirante et aussi tout ce qu’il n’y a pas eu : un film japonais cruel, une liqueur de banane, le vernis corail, un sauna renaissance en blanc, un proposition de libéralisme, une proposition d’enfermement.

Les dessous des Caprices

Samedi 14 avril 2012

Je profite d’une dizaine de minutes avant d’aller interviewer les très londoniens et très branchés breton et les très electro-jazz Caravan Palace pour consigner les quelques points d’orgues en coulisses que vous ne trouverez pas sur TLC. En direct de Crans-Montana, donc:

- Arrivée en fanfare. Le molosse du bureau de presse ne veut pas nous laisser passer sans nos badges ..qu’on était venues récupérer. Je demande avec mon sourire le plus cajoleur “Personne peut-il nous aider?”. Un grand type répond “Que Puis-je faire pour vous ? “. Et nous voilà  escortées jusqu’à nos pass par le fondateur du festival. Yeux bleus, grand sourire, passage par des multiples parkings et ascenseur. Ponctuation fine (avec l’accent valaisan) : “Vous inquiétez pas, c’est pas un mauvais plan”. Ça y est je suis amoureuse…  commence un travail d’enquête approfondi relevé de salutations et sourires de loin quand nous le croisons, très affairé, devant le parking du festival.

- Un rapport suisse très décomplexé à la cigarette. Tout est fait pour encourager les jeunes à fumer. Wagons de vente de clopes + Fumoirs + Kent propose des clopes gracieusement pour faire sa pub (ne sert à rien, les gens fument tous des parisiennes)+Tout le monde fume partout, surtout dans les remontées mécaniques et les salles de concert et surtout quand ils ont moins de 16 ans. Un peu beaucoup pareil pour le pétard.

- Caprices, ce n’es pas Crans, tout est fait pour que les festivaliers n’aillent PAS dans la station de ski chic (interdiction de sortir de la grande tente, toute sortie es définitive)

- Interview de The Do ponctuée de PAD (public display of affection) tout à fait déplacés. C’est touchant mais 25 minutes de papouilles, vraiment gênant.

- J’ai réussi à faire marcher le sauna de l’immeuble (qui est VIDE) : grand bonheur à 85 degrés tous les soirs.

- On a eu un peu de la peine pour les artistes français : Guillaume Coutu avait tout du Loner pathétique, Akhénaton n’a même pas pu se rendre compte qu’il était has been, Yuksek a oublié de faire marcher ses platines, The Do a été deserté, et Julien Doré s’est couvert de ridicule christique.

- Les musiciens de Caravan Palace font des concours de superbes voitures téléguidées (montant jusqu’à 50 km/h) dans la salle du Chapiteau quand elle est vide.

- Je ne saurais pas répondre aux questions stupides que je pose aux artistes; du coup je décroche leur mail pour réfléchir à mes réponses… C’est une technique comme une autre….

Mathieu Boogaerts

Jeudi 12 avril 2012

Petit détour à la Java hier soir où le répertoire et la présence de l’autre Mathieu (et désormais pour moi le seul) m’a complétement scotchée (expression totalement has been, sorry). Constat : Mais pourquoi ai-je jusqu’ici écouté d’une oreille seulement distraite. Bref article TLC, ici. Et suivent quelques vidéos…


Smokey Landing

Vendredi 2 mars 2012

Ces jours-ci, j’ai envie de gris. Retomber dans mes travers à la quête amollie de cheveux rassurants. Et puis : le vernis opaque sans écaillement. La fenêtre du soir, avec quelques volutes, mais une fois la laque sèche, la chaleur du lit, et les genoux sans chien, ni calmant . Platement passive, se tenir arrondie devant un bol de riz gluant, un verre d’eau de radis et tout poser en plis de contentement. Cultiver aussi les cernes qui prouvent que les nuits sont mises à profit, sans paupières lourdes et sans emportement. Ces temps-ci, J’ai envie de demie-teinte, de rien de trop vivant. Rien qu’il faudrait payer cher après, en grimaces et en tiraillements. Beaucoup de travail, c’est admis, mais seulement si je peux perdre mon temps. J’ai envie de souffler un peu, lentement; de transpirer, mais sans éreintement. J’ai envie du béton sale mais élégant des immeubles haussmanniens et des chaussées vides par mauvais temps. Le gris, ça marche aussi pour les amis : on se parle poliment, j’écoute avec esprit, je raconte la Nouvelle Orléans. On note comme tout mûrit, à table, dans un bon restaurant. Mais pas de grand récit, plus jamais de débraillement ; pas de portrait nu précis, pas d’analyse nourrie d’alcool et de retournements. Le pantalon reste seyant, et les souliers vernis. Une fois que c’est fini, après pas trop longtemps, vers dix heures et demie, j’entame une longues marche dans Paris. Mais seule, talons plats pour le tapis et en harmonie avec mes gants. Ces jours-ci, j’ai envie de gris, plus que des grands feux grisants que j’avais nourris à l’artifice et au renoncement.

Et comme je suis tellement calme et cool, voici le titre de l’illustration : “Paris la nuit”, de Nicolas de Staël, 1954.

Zum Gerburtstag …

Samedi 18 février 2012

Dans une demi-heure, soit quand j’aurai fini ce petit texte j’aurai 30 ans. Je sors de la cérémonie de clôture du 62ème festival de Berlin. Et je suis dans l’appartement de l’ami d’un ami que j’ai loué à Prenzlauer Berg pour couvrir le Festival pour toutelaculture.com. La cérémonie m’a un peu énervée car nous étions parquées dans un cinéma qui la retransmettait devant un écran ; en plus le film le plus mauvais de la compétition a raflé deux ours. Je suis aussi un peu stressée avec un éternel livre d’Hannah Arendt sur les genoux, car je rentre à Paris demain, et que ma course du mois de février n’est pas terminée puisque vendredi je parle du temps à une conférence de théorie politique à Lausanne. Mais en même temps, je suis assez contente : j’ai plus ou moins accompli en un mois ce que j’aurais pu faire en six, je viens de couvrir mon premier « grand » festival de cinéma, entièrement accréditée, j’ai parlé allemand pendant dix jours (enfin un peu chaque jour), j’ai retrouvé T. une amie que j’avais perdue de vue depuis 7 ans, et ce soir, en plus beau cadeau d’anniversaire j’ai partagé une pizza avec son adorable mari et ses … 3 enfants, tous plus beaux et plus intelligents les uns que les autres. J’ai vaincu le froid glaçant de la ville, les longue barbes que tiraient les autres journalistes, et j’ai posté le Palmarès à 20h10 montre en main sur notre site. Je rentre donc ce soir d’une ville où je m’étais promis de vivre quelques temps avant 30 ans, ce que je n’ai pas fait, avec cette conférence à préparer, un cours à faire, mille rendez-vous à honorer, une boule dans le sein qui m’angoisse en bonne hypocondriaque, et probablement 3kgs de wurz et Kartoffeln en plus sur les hanches. Mais je rentre en fait assez sereine, prête à finir mon premier essai qui n’en finit pas, et prête à me batte à la fois pour que toutelaculture devienne un média de premier plan et pour ne pas lâcher la recherche et l’enseignement que j’adore aussi et qui m’équilibrent. Je rentre à Paris heureuse de retrouver ma ville, prête à me battre pour qu’elle reste une cité pleine de cultures, accueillante et soucieuse de l’autre. Je rentre à pais pleine de questions et de remarque d’adolescente et certaines que je ne me poserai pas pour me résigner mais pour entendre mon souffle aller et venir et bondir à nouveau. Je rentre assez solitaire, malgré les monceaux de messages qui vont me tomber dessus demain et même si je ne saurai pas où et quand voir tous mes amis et ceux qui comptent pour moi avant de repartir. Mais ca fait du bien d’être un peu seule, les 12 heures d’avion jusqu’à la Nouvelle Orléans, il y a deux semaines m’ont rappelé quel bonheur c’était d’avoir du temps devant soi, pour soi tout seul, sans avoir à se soucier de qui que ce soit d’autre. C’est aussi très agréable de faire la fête, et je devrais être dans un bar branché de Berlin entrain de taper sur l’épaule d’un réalisateur grec, mais je me réserve les talons hauts, la danse et les chapeaux pour le mois de mars… Après la fin de la course de février et quelques heures de lecture solitaire.

Les inévitables résolutions

Lundi 2 janvier 2012

Ce soir prend fin une semaine de vacances, c’est à dire une semaine où j’ai pu ne regarder mes mails “que” deux fois par jour :) Jolis moments à Crans Montana en famille. 2/3 d’un chapitre du fameux “livre-extrait-de-ma-thèse”. Et beaucoup les amis parisiens, tous les soir avec ma co-rédac chef adorée au Silencio pour guincher. La principale résolution étant prise en 2011 (3 mois d’air libre), voici les 10 suivantes :
1) Finir le “livre-extrait-de-ma-thèse” et le publier CETTE ANNEE
2) Devenir une vraie business woman avec le projet TLC
3) Clore 2008-2009 (Me remettre à écrire, me remettre à nager, danser, rêver, écouter de la musique classique, me remettre à sérieusement réfléchir, me remettre à avoir envie. )
4) Dormir plus de 5 heures par nuit
5) Enterrer les fantômes inutiles ( ancêtres trop illustres, amis, ennemis, animaux de compagnie, exs en tous genres et autres fâcheux)
6) Savoir dire “non”, “stop”, “je n’ai pas envie”, “je ne peux pas”, “il faut que je m’arrête”, “laissez-moi tranquille”
7) Voyager, voyager (bien engagé pour le mois de février)
8) Dépasser le cap des 30 ans et arrêter d’en avoir peur
9) Faire plus de choses “futiles” : shopping, massages, ongles, et soirées entre filles
10) Me concentrer sur ce qui me rend vraiment heureuse et non sur ce que je dois faire.

Ah et j’ajoute évidemment une 11e clause à cette wishlist légère et fraîche : écrire plus souvent ici. J’aurais dû décrire déjà crans et la folle semaine entre le silencio et le no comment. et je propose de créer une catégorie récurrente, “le taxi de la semaine”…
A checker l’an prochain,
bonne année!

Mon rapport compliqué avec la Flute enchantée

Samedi 17 décembre 2011

J’ai commencé à entendre les plus grandes voix dans les jupes de ma grand-mère à l’âge de 14 ans. Incapable de lire une note, je réalisais quand même quelle était ma chance, et suis probablement devenue très exigeante. Or soir, il était donc bien normal que j’aille avec ma complice lyrique de toujours voir la version ultra-attendue de La Flute enchantée de Mozart par l’artiste surdoué William Kentridge  et l’ensemble Matheus dirigé par JC Spinosi. J’ai découvert Kentridge très tard, il y a deux ans lors de la rétrospective du jeu de Paume. Mais j’y vite mis bouchées doubles : je suis allée voir trois fois, tellement son œuvre à la fois naïve et finen politique et purement esthétique, ancrée dans l’histoire de l’Afrique du Sud mais prête à poser toutes les questions qui fâchent, m’avait happée. Je me suis donc dit que Kentridge était le seul à pouvoir me rendre la Flute Enchantée enfin à nouveau digeste.

Je crois que je n’ai vu qu’une seule fois la Flute sur scène, avant ce soir. Tout simplement à Bastille, et dans la mise en scène de Bob Wilson (qui m’horripile), avec la voix inimitable de Nathalie Dessay dans le rôle de la Reine de la Nuit. C’était il y a  dix ans. Déjà, j’avais mon opinion bien tranchée ( ce qui est toujours mauvais signe): dans Mithridate, Les Noces, l’Enlèvement ou Don Juan, je buvais du petit lait de l’ouverture au final. Dans Cosi, Idoménée et surtout la Flute, je rongeais mon frein devant la bêtise finie de l’intrigue en attendant les arias qui me faisaient planer.

Après, après, j’ai vu le Don Juan de Losey, une fois, puis deux, puis dix, et j’ai décidé que je ne supporterais aucune autre vision de l’opéra et aucun autre tombeur de Raimundi. Exueunt donc les masques de souris  inventifs de Hanneke, très peu pour moi merci. Pour la Flute cela a été encore différent. Les méandres pseudo spirituels de Tamino m’ont toujours stressée…  Après avoir vu le Portier de Nuit de Liliana Cavani, ils sont carrément devenus traumatiques. Pour faire simple : dans le film une jeune femme et son bourreau dans les camps reprennent leur liaisons dix ans après la guerre à Vienne. Elle, c’est Charlotte Rampling, femme d’un célèbre chef d’orchestre américain, lui c’est Dirk Bogarde, portier de l’hôtel où elle est descendue. Ils se jaugent pour la première fois à l’opéra alors que le mari conduit, devinez quoi? La Flûte enchantée! Et Cavani insère des flash-backs dans les camps, à ces jeux de regards inquisiteurs sur fond mièvre et débile des Pamina et toute la clique luttant contre les forces “du mal” (ie : une reine un brin ridicule et très acariâtre)…

Après ça, Allergie: Même les premières images du film de Bergman m’ont donné plus la nausée que 47 paquets d’ours en gélatine Haribo. J’ai donc consciencieusement évité la Flute et même en envoyant Amadeus, je pressais “fast forward”au moment biographique où… Et puis il y a eu Kentridge, et l’évidence: il faut y aller… non sans appréhension. En un sens j’avais raison d’aller secouer mes ornières: l’artiste dénonce impeccablement les travers nunuches, simplificateurs et politiquement dangereux, de l’opéra. Ca, plus la beauté de son coup de crayon et de ses jeux avec “Les Lumières” m’ont en quelques sortes réconciliée idéologiquement avec l’œuvre : si elle est à ce point criticable, si elle donne ainsi prise, elle n’est plus à prohiber de mon petit panthéon et je peux à nouveau sourire en écoutant papageno et papagena se faire la cour dans la langue que je préfère au monde. Mais d’un autre côté avouons le, malgré les beautés de Kentridge et les trésors d’énergie déployés par le chef d’orchestre, je me suis fermement ennuyée (et ai même violemment piqué du nez, fois-je avouer). Ça m’a semblé tout simplement interminable. Beau et interminable. C’était certainement dû à la qualité moyenne-haute des voix, à part Piaud et le baryton qui interprétait Papageno, et évidemment à l’heure et demie d’errement du premier acte, que la voix de poussin de cette reine de la nuit sans couleur, ni odeur, ni saveur n’a pas su couper comme du mauvais vin.

Conclusion : d’un rapport moral compliqué, je suis passée à une vision de pimbêche blasée sur le dernier opéra de Mozart, bravo pour le progrès!

Pour l’article du Kentridge de ce soir, c’est  déjà ici (ça se passe comme ça chez toutelaculture.com).

Douce France : L’Ordre Moral est de retour

Mercredi 14 décembre 2011

Ce soir, j’ai appris avec stupéfaction que le spectacle dont j’ai écrit une grande partie des textes avec le compositeur Laurent Couson a été censuré par une des plus grande université de France : Tours. Ce concert de chansons raconte en effet la vie d’un artiste qui aime les femmes et l’alcool. Et Laurent chante ses conquêtes et se moque un peu d’elles et de lui quand il dit qu’il aime “faire l’amour à une conne”, promettre qu’il reviendra quand ce n’est pas le cas, où s’oublier avec des beautés exotiques en bon “ethnocentrique”. La directrice de l’Université s’est procuré les textes avant le concert de demain et a expressément demandé que tout texte qui déviait d’une moralité irréprochable soir coupé. Officiellement, d’après elle le public n’a pas envie d’entendre ce genre de chansons… Officiellement, d’après moi, l’ordre moral qui a suivi la commune et auquel on doit l’affreux Sacré Cœur de Paris est de retour. Un ordre moral aux racines profondément catholiques et terriblement réactionnaire… Oyez bonnes gens, bientôt, on se passera les chansons de Jacques Brel en samizdat parce qu’il y est parfois questions de prostituées…

Depuis ce printemps, il se passe quelque chose. Ça a commencé sous un faux mode familier à Avignon, avec les manifestations contre le fameux “Piss Christ” de Serrano (et sa détérioration), ça a continué avec la querelle autour de la pièce de Castellucci (qui se dit lui-même chrétien convaincu) au Théâtre de la Ville. Puis enfin la semaine dernière avec non seulement le blocus de la première de Golgota Picnic au Théâtre du Rond Point (je me trouvais sortir de l’ambassade d’Israël deux heures avant le spectacle et tout le 8e était bloqué, c’était très impressionnant) et avec le faux apaisement demandé par l’archevêque de Paris, qui sous prétexte de ne pas attenter au bon déroulement de cette pièce, a réussi à réunir une force de 4 000 croyants catholiques pour prier pour nos âmes pécheresses à Notre-Dame.

Autant de réactions à des spectacles qui ne sont pas particulièrement anti-religieux mais qui jouent avec l’imagerie catholiques comme on le fait depuis près de deux siècles de Odilon Redon à Bettina Rheims, en passant par les folles années 1970.

Or, d’instinct, je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse uniquement de catholiques extrémistes du type Civitas qui réagissent aussi violemment contre notre société moderne. La masse parle, et assez fort. Or, d’habitude, les catholiques français se lèvent en masses pour des grandes questions sociales (la fin des écoles privées dans les années 1980, le PACS et la question de l’institution du mariage dans les années 1990).

De mon côté,  à sciences-po même, je sens le vent tourner. Le cours de religions et sociétés que j’enseigne  depuis 3 ans commence à diffuser une atmosphère étrange. Certes,  cette année, je ne suis qu’assistante du cours. Je peux interagir avec les 150 étudiants qui le suivent et non plus avec seulement une  vingtaine  comme lorsque j’étais chargée d’une conférence. Peut-être que je vois moins profondément mais de manière plus panoramique leurs engagements. Mais tout de même, il y a deux ans,  et même l’an dernier, la classe écoutait avec attention et intérêt une jeune femme portant un hijab faire un exposé sur la deuxième sourate du Coran. Et les intérêts se répartissaient assez harmonieusement entre les trois montohéisme, l’hindouisme et le bouddhisme. Or, cet automne j’ai vu passer presque 30 propositions de travaux sur la “christianophobie” (sur 150 sujets au choix, touchant en général à “La religion”). Si ce sujet est important et certaines problématiques ont été intelligemment tournées, plusieurs de ces étudiants se positionnaient en “défenseurs des valeurs chrétiennes” et certains glissaient de manière dangereuse (et vraiment bête) vers l’islamophobie sous prétexte de défendre le christianisme. Enfin, parlant des “valeurs chrétiennes”, un séminaire “ouvert” de théorie politique au soit disant “ouvert” collège des Bernardins m’a complétement tétanisée : invitée un peu suprise et de dernière minute, j’ai cru rêver un vrai voyage dans le temps quand  les 3 exposants de la session ont chacun fait un plaidoyer anti-libéral de deux heures et demie. Estimant que seul le baptême donnaient un sens à l’engagement politique,et que seules les  valeurs chrétiennes étaient  démocratiques possibles (sans jamais se poser la question d’autres valeurs, religieuses ou humaines) ces trois éminents intellectuels prônaient un catholicisme de combat reprenant au nom du Seigneur les rênes du pouvoir en France.

Bref, c’est un retour à l’ordre moral que je vois se profiler sans vraiment comprendre : Pourquoi maintenant? Je vois pour l’instant une seule réponse qui me fait peur dans son essentialisme brut : la France demeure et reste “la fille aînée de l’Eglise”, refusant de voir que désormais près d’un quart de sa population est de foi musulmane. Les fameux débats sur la laïcité risquent fort de bientôt tomber à l’eau et ceux du parlement  débuter par une messe comme au cœur le plus tendre des années 1870.

Surprise par la nuit parisienne

Dimanche 6 novembre 2011

Cela fait longtemps qu’on m’annonce que la nuit parisienne est morte. Que je suis née trop tard pour connaître les grandes heures du Palace. Et l’interdiction du tabac ou les lois sur le tapage nocturne n’ont rien arrangé tuant dans l’œuf le succès de nightclubs comme le parisparis. Il n’empêche que depuis la rentrée j’ai enchaîné une série de soirées plutôt très drôles et décalées où les noctambules faisaient montre d’un certain feu sacré dans l’élégance et l’envie de danser. Les 25 ans de Paris Première au Grand Palais d’abord où malgré ‘ambiance un peu étrange, la magie de la nef et des barbes à papa sur les buffets a opéré et où nous avons suive avec plaisir les impeccables DJs. Ensuite quelques excellentes soirées lors de la Fashion week. Et cette semaine, coup sur coup, deux soirées déguisées post-Halloween où chacun a joué le jeu. L’anniversaire du baron d’abord, improvisé jeudi après une soirée très sérieuse et politique. J’ai inventé un habit de hippie en 30 min pour entrer dans ce lieu que je trouve toujours formidable mais qui cette soirée vrillait de mille feux : princesses africaines, centurions romains, et bédouins majestueux côtoyaient cardinaux et Marie-Antoinettes. Ma favorite : une frêle jeune-fille toute de noir vêtue, un peu vestale, un peu guerrière avec une épée et une tête en plastique dans la main. Je suis allée vers elle et lui ai dit “Vous êtes Judith?”, elle était tellement ravie que je reconnaisse qu’elle a tenu à m’embrasser… Ça avait vraiment de la gueule, et sentait vraiment la danse et la fête…
Quant à ce soir, j’ai annoncé au dernier moment une soirée burlesque autour de la sortie d’une complile électro-jazz par Bart&Baker chez Wagram. L’attachée de presse m’a dit qu’ils souhaitaient surfer sur la vague du film “The Artist”. J’ai donc joué le jeu et enfile ma robe à franges la plus années 1920 et mis mon rouge à lèvres le plus carmin, avec mes talons les plus rétros et les plus hauts pour entrer dans la salle ronde complétement art déco de l’Elysée Biarritz. Concerts, expo, affluence de tous âges très lookée rétro, et musique irrésistible étaient au programme. Ainsi que des animateurs hyper-actifs et même un petit show de danse sexy, avec des jolies femmes de toutes morphologies. Métissage sympathique, sans les fameux zyeutages de check up snob à la parisienne, et rythme étaient au rendez-vous. Bref que du joyeux et de l’inattendu… A suivre, j’espère.

Sinon, petite vidéo de ma trouvaille de la semaine. Le premier album de chanson française qui m’émeut aux larmes depuis le dernier Biolay (bon, et Daphné). Live report à venir après le concert du 14 décembre au Café de la Danse sur toutelaculture.com.

Pierre Lapointe “Le magnétisme des amants” from Audiogram on Vimeo.