Archive pour la catégorie ‘Evènement’

Petite sortie estivale

Mardi 26 mai 2009

Très beaux jours de soleil de plomb sur un New-York transfiguré par l’été. La foule nocturne déambule bras et jambes nus dans les rues, et jeudi je dansais de joir d’avoir visité le studio d’un artiste talentueux,Serge Strosberg, sur les trottoirs de Midtown avec une jolie troupe russe. Après de longues tergiversations (Hamptons ou pas Hamptons) j’ai passé la plus grande partie du week-end en ville. Très beau pot d’adieu pour R sous le pont de Williamsburg dans un bar brésilien où les Français étaient nombreux. Soirée musique avec pas mal de comédiens reconvertis, samedi, à Washington Heights, et hier, gym, ballade dans Chelsea, puis “The girlfriend experience” de Soderbergh. Le film – qui suit la call-girl Chelsea chez ses clients inquiets avant l’élection d’Obama- m’a beaucoup touchée, décrivant le New-York du début de la crise que j’ai bien connu et me faisant ressentir avec force là très banale question de savoir si nous sommes tous et tous des objets à vendre, corps et âmes compris. Auquel cas, il faudrait se résigner à fixer un prix. Ce matin, grande virée à dix sur les collines escarpées de Cold Spring. Il s’agissait plus d’escalade que de marche, à une heure de train depuis Grand Central. Epuisée et bronzée, je vais me délecter d’un bon bain…

Retour au baroque

Dimanche 24 mai 2009

Le premier jeu de mots qu’on m’a appris en anglais est : “If it ain’t baroque don’t fix it” (Si ce n’est pas cassé/baroque, ne répare pas). J’avais choisi d’aller vivre à Chicago. Non pas en faisant tourner une des vieilles planètes rondes de bois de la grande Bibliothèque de Prague, mais déjà sur Internet. Parce qu’à Chicago, il y avait un opéra. Avec des productions de qualité mineure et des mises en scènes vieillottes, ai-je vite réalisé pour me “mettre” à la musique symphonique, qui était là-bas d’excellente exécution. C’est vrai, j’ai tendance à vouloir réparer. Pour justifier un peu mon existence. Et cela me joue des tours de manèges entiers. Mais la seule chose parfaite et impossible à retoucher pour moi est la musique baroque. Parce que c’est de la musique d’abord, une sorte de magie pour moi, qui a sauvé mon père pendant la guerre et dont je ne peux pas apprécier la fabrication puisque je ne lis pas les notes. Et Baroque ensuite, parce que la forme est fière et pure. Particulièrement l’aria da capo. Perfection de la colère flamboyante du “Armate” (en latin, encore mieux) de la Juditha triumphans de Vivaldi, écouté jusqu’à la corde, neige jusqu’aux genoux devant les affreux bâtiments néo-gothiques de l’Université de Chicago. Et visage lisse et océanique du désespoir de Ariodante quand il apprend que sa douce et tendre l’a trompé. 11 minutes de lamento où chaque seconde et chaque strophe répétée vient alourdir le poids de peine dans le “Scherza infida” de Handel, découvert cette fois à Salzbourg la magnifique, de la voix menue et impeccable de Anne-Sophie von Otter. 11 minutes de calvaire sec, à des kilomètres du miel romantique de la complaisance à souffrir. L’adieu déchirant mais noble d’Ottavia à Rome dans l’indépassable “Couronnement de Popée” de Monteverdi. Le baroque ne se sent pas vivant dans la souffrance, il y est parfaitement minéral et mort. Pendant des années, mini-disc puis i-pod sur les oreilles, cette petite mort-là je l’ai appelée ma “dialyse cérébrale”. S’arrêter de penser enfin, mais pas forcément pour ressentir, juste pour se laisser bercer vers l’intemporel. Et pourtant, il y a la vie aussi : le refus de la mort de Sénèque toujours dans Poppée que je suis allée écouter tous les soirs au TCE pendant deux semaines ; le visage terriblement mobile de La Bartoli quand elle vrille de tout son corps empaqueté de soie rouge les vagues du “Anch’il Mar” de Bazajet (Vivaldi encore). Et les jeux drôles de la Sémélé de Haendel, quand j’entonnais le “morning lurke” pour fêter dignement mes premières amours. Enfin, et surtout, le retour à la vie de vieilles partitions défraîchies pendant les belles années où les XVII et XVIII siècles étaient revenus à la mode. Avec le souci d’un authentique pré-rousseauien à jouer tout cela sur des instruments anciens qui grésillent métalliquement, du clavecin à la guitare. Les contre-ténors rivalisaient au Mozarteum, et les divas de chef d’orchestres très symphoniques s’y mettaient aussi. Belles années passées et dépassées. Le baroque n’est plus vraiment à la mode. Alors on fait avec ce qu’il y a : cette année, beaucoup de Bel Canto au Metropolitan Opera, et aussi de l’opéra français XIXe qui connaît une certaine vogue charmante. C’est charmant en effet et cela me fait sourire. Mais cela m’éloigne du roc de mes dix-sept ans, que je recherche en cet après-midi ensoleillé dans les enregistrements déjà vieux que me prodigue un ordinateur fatigué au son moyen. Avant de travailler sur la conversion, j’avais converti moi-même tous mes amis au baroque. Réveil obligé en torrents de Monteverdi et de Gluck, à Rome aussi bien qu’à Venise. La première fois que j’ai entendu le “Stabat mater” de Pergolèse, j’ai eu la nausée. C’est toujours un très bon signe. Et cela fait longtemps qu’aucune nausée métaphysique n’est venue réveiller les belles certitudes culturelles d’une journaliste bien dans sa peau de temps contemporain. Et ça me manque. On revient toujours aux vieux lieux où l’on a été surpris et l’on joue le jeu de se laisser ravir. Répétition en trompe l’oeil qui me retient sans perspective mais avec force dans ma chambre, alors qu’il fait beau dehors et que New-York vibre au rythme d’un soleil vert écrasant. Rameau à pleins poumons dans les forêts alpines, à rêver de la grandeur Française des Indes Galantes semblait un soleil plus rayonnant que la nudité de masse à Central Park ou les défilés de mode austères des Hamptons. Était-ce cela la jeunesse? Je pensais être vieille déjà…
Il y a huit jours, j’ai tranché une partie de moi-même pour mieux laisser vivre le reste du corps. Il est bon de savoir qu’il y a un tronc survivant vers lequel je peux toujours revenir, même si j’en connais tous les contours : la voix solitaire du si sérieux James Bowman quand il chante la Pieta sans transcendance de Vivaldi.

Attaque ad feminam

Vendredi 15 mai 2009

Bien étrange monde que celui des blogueurs et du net. Il a fallu qu’un ami me prévienne pour que je me rende compte

1) Que mon intreview d’Harold a été repris sur le Blog des éditions Eho.

Gilles, avec une touchante maladresse, a  intitulé son post restituant l’itw : “Très bel article de la non moins belle   Yaël”. Je prends ça pour un compliment de galant homme, ma féminité ou ma beauté n’ayant rien à voir avec l’article.

2) Qu’une de mes anciennes camarades d’hypokhâgne au stylo très amer me dénigre comme “une jolie femme a(yant) la bonne idée d’écrire un article de complaisance sur un livre récemment sorti chez Eho”.

J’ai longuement hésité à traiter par le mépris. Finalement je réponds chez moi à cet article, assez rigolo en fait, parce qu’il met complètement à côté de la plaque.

Chère  Lise-Marie, alias Wrath,

1) Merci de décorer ainsi ton blog d’une vieille photo de moi (aux côtés de Mandor). Mais celle-ci a été prise il y a plus d’un an à l’avant-dernier anniversaire de la maison d’édition Eho, qui est, je ne le cache pas, une de mes préférées à Paris. Cette année, je suis bien loin des milieux journalistiques et de l’édition. Je vis à New-York où j’enseigne et  écris tranquillement ma thèse de sciences-politiques  dans une solitude monacale, à mille lieues des intrigues et condescendances que tu imagines

2) Il se trouve que j’ai été très émue par le livre d’Harold. Que le livre a été longtemps sans éditeur malgré ses qualités et les liens qui pouvaient attacher Harold à d’autres maisons d’édition. Et que j’ai été à la fois soulagée et admirative de savoir qu’une maison comme eho avait su reconnaître la beauté simple et forte de ce texte, et décidé de l’éditer et de se battre pour qu’il soit lu.

Harold est un très cher ami. Je  l’ai découvert comme auteur et comme être humain avec son premie roman. Et je sais quelles richesses il a en lui. Ce qui fait que si son texte avait été mauvais, j’aurais été encore plus sévère car  déçue dans de grandes attentes. Or “Un hiver avec Baudelaire” m’a émue, ravie et aussi étonnée : je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi grave aussi vite chez mon libertin du XXIe siècle préféré. Je crois que je rends bien compte de cette suprise heureuse dans l’entretien, tel que nous l’avons publié dans la boîte à sortie.

3) Je crois profondément que mon travail, en tant qu’enseignante et en tant que journaliste, repond à un impératif d’enthousiasme. Je refuse de perdre du temps à rendre compte de livres qui n’en valent pas la peine. Je refuse ton amertume paralysée et paralysante.

La colère face à une deception oui! mille fois oui! et cela m’arrive. Mais descendre pour le plaisir un livre d’un jeune auteur me semble obscène.

Je préfère “regarder ce qu’il y a de beau”, comme le chantait Barbara, d’après un texte de Brel. Et heureusement, félicitons-nous!, nos contemporains nous donnent à lire et à voir du beau. Le roman de Harold est l’une de ces belles choses qui m’ont emerveillées. En tant que courroie de transmission j’ai voulu partager cette beauté avec mes lecteurs.

Dans l’attente de pouvoir écrire complaisamment quelque chose de positif sur ta prose, si elle est bonne,

Bien à toi,

Yaël

Le diable au corset

Vendredi 1 mai 2009

Vingt ans après les « Liaison dangereuses », le réalisateur britannique Stephen Frears revient à ses amours Françaises. Son adaptation du « Chéri » de Colette est une jolie infidélité baroque qui énergise un retour en costumes sur la Belle Epoque.

« Chéri » (1920) et « La fin de Chéri » (1926) font partie des romans les plus réussis de Colette. Revenant après la Grande guerre sur l’époque bénie et tout en arabesque de la « Belle Epoque » à travers l’intimité d’une liaison entre un jeune homme désœuvré et une ancienne cocotte de plus de vingt ans son aînée, c’est toute la nostalgie des heures paisibles des premières autos qui se dégage de ces deux textes courts, légèrement scandaleux et très incisifs.

L’adaptation en costumes du premier volume par Stephen Frears aurait pu être lourde ou guindée. Il n’en est rien. Comme dans « The Queen », c’est la danse originale de la caméra qui dépoussière les crinolines et les corsets. Entamant volontairement son « Chéri » par un mouvement vif, et par la légèreté du début d’une liaison entre un jeune dandy qui s’ennuie (Rupert Friend, parfaitement joli et sans charisme) et une demi-mondaine en fin de carrière (Epoustouflante Michelle Pfeiffer, qui a bien pris de la bouteille depuis son rôle de colombe tâchée dans les « Liaisons dangereuses » filmées par Frears). Le personnage d’entremetteuse et d’obstacle est la mère-poule de Chéri (excentrique et invraisemblable Kathy Bates, qu’on avait presque oubliée depuis son rôle de tortionnaire dans « Misery ». Ici, on dirait une otarie en jupons de soie qui en fait des tonnes à l’Anglaise et… ça marche !).

Des tables de Maxim’s aux dunes de Biarritz, en passant par les robes japonisantes de Michelle Pfeiffer et les classiques scènes de lit, Frears n’évite aucun cliché. Mais il ne s’embarrasse pas de trop de rigueur historique et on aperçoit du bitume sur les ponts de Paris. Sa manière very british et très « too much » de voir les falbalas de la Belle Epoque redonne vie aux personnages de Colette, auxquels les désœuvrés et les blasés de notre début de siècle ont tout le loisir de s’identifier.

Sauf la dernière scène, qui brade un peu vite « La fin de Chéri » sur récitation de texte, tout est parfait. Surtout, divine, élancée, et touchante, Michelle Pfeiffer. Elle a tout compris aux recettes de la séduction parisienne et à leurs limites. Avec « Chéri », on attendait un moment théâtral, et l’on a le plaisir de déguster un vrai festin de cinéma.

« Chéri », de Stephen Frears, avec Michelle Pfeiffer, Kathy Bates, Rupert Friend, 1h30

Poche : Une tête coupée, d’Iris Murdoch

Vendredi 20 février 2009

L’imaginaire Gallimard vient de (re) publier la traduction d’un grand roman de la fine écrivaine irlandaise Iris Murdoch. Datant de 1961, donc d’avant « Le prince noir » (1973) et « La mer, la mer » (Booker prize 1978) (Tous deux également disponibles dans la collection l’Imaginaire), « Une tête coupée » contient déjà tous les thèmes qui font la force de l’écriture d’Iris Murdoch : l’érotisme glauque, les dessous peu reluisants de la haute bourgeoisie londonienne, une finesse psychologique qui opère comme un bistouri et un cynisme irrésistible. Un plaisir délicat dont on aurait tort de se priver.

Négociant en vin d’une quarantaine d’années, historien à ses heures, et aisément installé dans la haute bourgeoisie londonienne, Martin Lynch-Gibbon a une vie bien rangée. Il a Antonia, sa jolie femme blonde et fantasque entrain de se faner avec élégance, et Georgie, sa jeune maîtresse universitaire, qui accepte tout de lui y compris le secret bourgeois qui entoure un adultère de longue haleine. Jusqu’au jour où sa femme lui annonce qu’elle le quitte pour vivre avec son psy (qui s’avère être aussi un des meilleurs amis de Martin). Martin est forcé de jouer les grands seigneurs alors qu’il ne comprend pas pourquoi après dix ans de mariage heureux sa femme ne se contente pas de prendre un amant plutôt que de le quitter. Il réalise alors qu’il est un objet manipulé par tous ses proches. Et un objet très violent, qui plus est, malgré les kilogrammes de savoir vivre civilisé dont il s’est empesé. Une série de drames le confrontent alors avec tout ce qu’il déteste : les sentiments criards, les crises de larmes et d’hystérie, les batailles de coqs à poings nus, et les chantages au suicide. Dans la bataille il s’amourache de la sœur de son rival, une étrange anthropologue juive, pas si jolie, dénuée d’empathie pour la souffrance humaine et néanmoins fascinante de franchise.

Mettant en scène une femme fatale pas banale, et un grand mou plutôt très sympathique de lucidité, Iris Murdoch déballe avec autant de brusquerie que de tact le linge sale de la famille Lynch-Gibbon. Et c’est avec un plaisir pervers mais pas si coupable que le lecteur apprend comment, dans les familles où l’on appelle sa sœur un peu pesante « ma fleur », et où l’on a le luxe de se passionner pour des batailles historiques, en buvant un peu trop de bon whisky, les liens du sang et de la chair sont maculés de triviale violence. On y couche avec sa sœur, ou le frère de son mari, on y fait avorter sa maîtresse, alors que par ailleurs on se fait remarquer en tranchant des serviettes de table brodées avec un sabre japonais selon l’antique coutume des samouraïs.

Chez Murdoch la finesse psychologique est une arme, et la cruauté fait rire, sans gratuité. « Une tête coupée » est une belle leçon de psychanalyse qui sort des sentiers battus sans pourtant éviter les grandes lumières des autoroutes œdipiennes. Un grand roman, jouissif de part en part.

Iris Murdoch, « Une tête coupée », Trad. Yvonne Davet, Gallimard, Collection « L’Imaginaire », 317 p., 8,50 euros.

« Honor laissa pendre le sabre vers le sol. Elle dit : ‘Etant chrétien, vous associez âme avec amour. Eux, là-bas, l’associent avec maîtrise de soi, avec puissance.
– Et vous, avec quoi l’associez-vous ?’
Elle haussa les épaules. ‘Je suis juive.
– Mais vous croyez aux dieux ténébreux, dis-je.
– Je crois aux gens’, dit Honor Klein. C’était là une réponse assez inattendue.
Je dis ‘Vous avez passablement l’air d’un renard qu’il dit qu’il croit aux oies’ ». p. 150

Avant un autre départ

Jeudi 5 février 2009

Me voici enfin studieuse dans la nuit à fouiller encore et toujours la vie de Max Jacob. Tendre poète qui m’inspire surtout par sa vie, ses lettres à ses nombreux amis où il distille un art poétique brut, un peu conservateur et très convainquant.
A méditer longuement par exemple, dans une lettre à Jabès : « Un poème est une orfèvrerie : la passion n’est pas le but, elle est un moyen ! Plus elle est contenue, plus elle anime »
Je suis très heureuse de parler de sa conversion vendredi à Orléans mais pas encore fin prête.
En même temps, ça y est, là je crois que j’ai couvert tout le matériel biographique possible, et une bonne partie de la correspondance.
Comme souvent chez mes chers juifs mystiques mort, Max n’avait ni conscience ni même bon sens politique. Je l’aime quand même. Sans lui je n’aurais pas écrit mon premier roman. Sans lui, je serais bien seule.

Dans la lucidité apaisée de février, mes amours tumultueuses se sont apaisées en de fortes camaraderies- venant irriguer le fleuves de mes grandes amitiés new-yorkaises. Du côté des femmes, elles sont d’une solidité nourrissante (aussi intellectuellement). Quelques ombres érotiques convulsent encore dans un dernier sursaut d’encre électronique. La douceur de cette érotisme libre de danger me permet enfin de re-manger presque normalement. Il était temps, je commence à sentir la dureté du sol sur les os de mes fesses, et franchement je commence à l’aimer mon corps voluptueux, je n’ai pas vraiment envie de le corseter maintenant qu’il me seconde enfin fidèlement – en vie et en plaisir.
Je me sens grandir, je me sens plus libre. Et cette ivresse douce ferait presque passer l’amère pilule de la solitude qui en découle. Peut-être ne suis-je pas vraiment une grande amoureuse parce-que, égoïstement, je suis trop occupée à me construire. Pour qui ou pour quoi tous ces efforts?

Cette humeur douce-amère me replonge dans l’excellente Elodie Fregé. Évidemment en illustration de mes choix si simples et si difficile à saisir, j’ai importé “Je te dis non” dirigé par Catherine Breillat. Quoi de mieux qu’une grande perche blonde dansant le tango avec raideur pour me libérer, encore et encore? Et oui, le mois de mon 27e anniversaire est habité par un moi féministe…

Comme un garçon

Mercredi 4 février 2009

A la fois grisant et un peu dangereux à mon âge, c’est arrivé. Tellement libérateur que j’aurais presque envie de l’écrire froidement en Anglais. For the first time I behave like a man, through and through. And I feel I am finally through.  With daddy, with my doubts, and with being picked instead of chosen anew. My admiration with brain vanished, with all the maiden’s fantasies you have been carrying with you. From the body plane boredom can come – better than pleasure- and liberating laughter too. The desire is dead, long live my everlasting roumanian pout. A romanesque freedom after a good movie, an uncanny conversation in a taxi and an invitation sent with guts and taste are tout à fait à mon goût. Sitting on my firm floor withour a panty and smoking my cigare, I pierced an old fantasy. Content like a boyscout, I feel whole and sexy. It was indeed cold and foreign, but it was very funny. Je tiens enfin seule et debout. I move to a rising power that could also translate in German and Hebrew.  Ich stehe, nicht still aber mit lustiger Lust. He will of course remain my friend for giving me so much relief and the perfect key. Cute and clumsy, there was nothing to grasp. A peine son maigre cou. His fingers barely touched my firm tights, pendant que je jouais dans sa tignasse de cupidon roux. He barely gave me -without anxiety- a weak mew. But I displayed it like a smile, as superficial as I could. I was finally a femme, not even fatale, and that is much more than I usually do. Chasing the genius-jew helped me burry my fears, go out in the living city, where I can physically mesure all my value. Now, I know that if Salomé were a man, she would have survived her monstruous desire, and escaped with grace in the early dew. I am going to follow the princess, and get for myself jewels and soft skins, even better than I used to. I grew suddenly, it is almost too much height in my solitary view. But I feel good and I’ll stick to the joy, going in peace to bed, dreaming of gratitude, before writing without effort in the brightness of a snowing light : another intellectual review.

Merci Matthieu

Mercredi 28 janvier 2009

Je retranscris le texte de Matthieu Grimpret, paru dans le Monde du 27 janvier. Rien à ajouter. Si ce n’est que c’est mon ami, que je l’aime, et que je le remercie. Et que la liberté de son profond catholicisme m’émeut plus tous les jours.

J’ai honte d’être catholique”, par Matthieu Grimpret

Il y a dix ans, j’étais en train d’écrire un livre qui connut un certain retentissement et que certains ont même qualifié de “manifeste de la génération Jean Paul II”. Dans la fougue de mes 20 ans, je lui avais donné un titre un peu grandiloquent, La Révolution de Dieu, et un sous-titre sans ambiguïté : Jeune, catholique et heureux de l’être (éd. Anne Carrière, 2000).

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Dans ce livre, je dévoilais la joie qu’un jeune du XXIe siècle peut éprouver à découvrir que le Christ Jésus est proche de lui, partout et tout le temps. S’il fallait le réécrire, je le ferais sans problème – quoique avec moins d’ardeur, le temps ayant fait son oeuvre et douché maintes illusions…

Et pourtant, aujourd’hui, pour la première fois de ma vie de croyant, j’ai honte d’être catholique. Le pape Benoît XVI vient de mettre fin à l’excommunication qui touchait les quatre évêques schismatiques ordonnés par Mgr Lefèvre. A la rigueur, le principe de cette mesure où, d’après le Cardinal Ré, signataire du décret, le pape se montre “sensible, comme le serait un père, au malaise spirituel manifesté par les intéressés à cause de la sanction d’excommunication”, peut se comprendre. Il ne m’appartient pas d’en juger.

En revanche, je ne comprends pas – et c’est la raison même de ma honte – qu’on ouvre les bras à un homme, Mgr Richard Williamson, dont l’antisémitisme et le négationnisme sont désormais de notoriété publique, puisqu’il a déclaré, il y a peu, à une télévision suédoise : “Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz (…). Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz.”

C’est en effet très troublant. Peut-on croire que les services de la Curie romaine n’ait jamais eu vent des pensées et des propos douteux de ce prélat ? Si c’est le cas, on regrettera l’extraordinaire légèreté avec laquelle cette administration a agi, négligeant de se pencher sur les positions de Mgr Williamson concernant le judaïsme, domaine pourtant crucial puisque le judaïsme est, selon le pape lui-même, “la matrice éternellement vivante et valable” de la foi catholique. Et si la Curie romaine savait et a malgré tout oeuvré pour que soit levée l’excommunication de cet homme, il ne nous reste plus que nos yeux pour pleurer et nos prières pour supplier le pardon de Dieu.

Car, dans ces conditions, cela signifie que les analyses un peu faciles selon lesquelles le pape et son entourage ont décidé, au nom de la lutte contre le relativisme, de fermer les écoutilles et de ne plus prêter attention au monde qui les entoure – ces analyses ne relèveraient pas que du fantasme. Le pape est-il vraiment en train de faire reculer l’Eglise ?

Je suis un esprit libéral, certes, mais dans un corps conservateur ; l’obéissance à l’autorité légitime est pour moi une question de principe ; je crois avoir toujours fait preuve, en tant que baptisé, de la plus grande fidélité possible au Saint-Père ; je répugne même à critiquer en public les enseignements du magistère avec lesquels je suis en désaccord total – non parce que je n’en aurais pas le droit, mais parce que, dans mon esprit, le chef est le chef…

Mais là, désolé, non. Non possum.

Il me serait facile, et sans démagogie aucune, de mettre en balance le sort réservé à Mgr Williamson, négationniste affiché qu’on vient de rétablir dans la communion de l’Eglise, et celui des paroissiens de base, comme j’en connais beaucoup, qui sont divorcés-remariés et ne peuvent pas, eux, communier au corps et au sang du Christ. Le personnel de l’Eglise donne au monde la détestable impression que, pour les catholiques, il vaut mieux être antisémite que divorcé…

Depuis qu’il est arrivé sur le trône de saint Pierre, Benoît XVI a placé au coeur de son action pastorale la notion de “non négociable”, c’est-à-dire l’idée selon laquelle certains enseignements de l’Eglise, qui ne relèvent pourtant pas de la Révélation et du dépôt de la Foi, n’en constituent pas moins des pierres d’achoppement sur lesquelles il n’est pas possible de transiger. Il s’agit notamment de toutes les questions d’anthropologie, de morale sexuelle, de défense de la vie. A titre personnel, j’estime qu’il s’agit d’une fuite en avant de nature idéologique, à rebours de l’Evangile. Mais, après tout, qui suis-je pour juger les idées du pape…

En revanche, je crois être en droit de réclamer, comme beaucoup de catholiques, et pas uniquement les officines progressistes, une explication sur le point suivant : voter pour un candidat compétent mais qui refuse de s’engager contre la loi Veil, c’est non négociable ; par contre, rendre toute sa place à un évêque qui nie la Shoah et tient des propos inhumains, c’est tout à fait négociable – et ce au nom d’une unité qui, du reste, constitue un véritable leurre.

Eh bien pour moi, la Shoah, c’est non négociable. Et, dans les jours qui viennent, quand je serai amené, à travers mon engagement au service de l’amitié judéo-chrétienne, à rencontrer mes “frères aînés dans la foi” de l’Alliance israélite universelle ou de l’Union des patrons juifs de France, “je ne rougirai certainement pas du Christ”, comme le dit saint Paul – mais, oui, j’aurai honte d’être catholique.
Matthieu Grimpret est essayiste, professeur d’histoire, chercheur en théologie politique. Il est l’auteur de “La Révolution de Dieu : Jeune, catholique et heureux de l’être” et de “Dieu est dans l’isoloir”.

Matthieu Grimpret

Cinq raisons de passer à côté de l’Obamamania

Mercredi 21 janvier 2009

Heureuse de participer à la liesse populaire du 4 novembre dernier, aujourd’hui je suis restée terrée chez moi, évitant inconsciemment la grosse bertha médiatique sur le campus de Columbia. J’ai fait une percée vers 14h pour aller chercher des livres et suivre un cours. Filé à la gym, où je n’ai pas pu éviter les grands écrans plats. Et ce soir, au lieu d’Obamadanser la sarabande, nous avons fini dans un bar lounge sympa du Lower east side. Conclusion : Pas de grand reportage photo sur les new-yorkais en goguette dans en3mots demain. Reste une question : Pourquoi ne pas me réjouir avec un peuple que j’aime ?

Raison psychologique : Je déteste les mouvements de foule. Du dehors, ils font plus que me dégoûter, ils me font peur. Surtout si c’est une foule qui jouit. Et à l’intérieur des masses festives, je pique généralement de monstrueuses crises d’angoisse. A cela s’ajoute une grosse flemme d’acclamer l’investiture dans des bars bondés où l’on joue du mauvais rock, ou de grimper jusqu’à Harlem.

Raison empathique : Tout ce bonheur est un peu un cautère sur une jambe de bois. Les jeux sans le pain me semblent tout juste cruels. Et je ne peux m’empêcher de penser aux gens seuls et à contre-courant au milieu de l’explosion populaire. Evidemment, la gare d’Orsay après la libération de Paris, mais aussi, moins dramatique, le héros du « Diable au corps » à l’heure de l’armistice.

Raison littéraire : La rhétorique d’Obama me crispe. Toutes ces grandes envolées larmoyantes, parsemées de références aux « Grands hommes » sur le courage de se battre contre l’adversité économique sont aussi vides que les promesses intenables de son programme. C’est pédant et démagogue à la fois.

Pour ma gouverne, je n’ai pas tout écouté aujourd’hui et peut-être aurais-je été agréablement surprise d’être émue. Mais je crois que mes dents grinçaient trop d’office pour me laisser emporter par les tremolos du bal.

Raison historique : Les commentaires des journalistes étaient évidemment encore plus horripilant. Qu’on ne me parle plus d’Histoire, de moment Historique, avec des « H » si majuscules qu’ils en deviennent dangereusement tranchants. Les quadragénaires ultratirées et brushinguées ne sont que des « senior » journalistes, pas des historiennes du présent. L’Histoire est probablement à venir dans ce que Obama va faire, impulser, changer, pas sa simple investiture.

Raison esthétique : Autant le nouveau président était élégant, et presque un peu moins effrayant de maigreur et de fatigue, autant Michelle Obama ne sait toujours pas s’habiller. Qui lui a conseillé cet ensemble jeune d’œuf sur poussin écrasé avec une patine brillante de coquille ? Cuicui.