Archive pour la catégorie ‘Article culture’

Une autre semaine de vie culturelle parisienne

Lundi 31 janvier 2011

Pêche moins miraculeuse cette semaine. La vie ne peut pas être tous les jours un 14 juillet… Ou alors si?

Néanmoins, très bonne nouvelle, un nouveau musée a ouvert à paris, aussi petit et riche de toiles précieuses que le courtauld de Londres (bon pas vraiment mais j’en rêve). Le directeur de la pinacothèque a convaincu des collectionneurs de prêter des toiles à long terme… Et les deux expos romanov et esterhazy valent définitivement le détour, comme dirait mon cher guide vert. C’est ici.

Question musique, ayant eu un gros dossier à peaufiner, alors que j’étais verte paralysée pour l’écrire depuis un mois, j’ai fait une petite rechute Bac, et essayé de changer de passion avec saint jean, toujours pas ma préférée, trop glauque. J’ai quand même chroniqué le Keren Ann, qui n’offre aucune surprise : pedicured and manicured comme disent mes new-yorkais préférs. Ici.

Pas mal de films cette semaine, projection de precious life, documentaire sur le combat d’israéliens et palestiniens pour sauver un nourrisson de Gaza d’une maladie génétique dont je ne sais quoi penser: trop émotionnel au point que le propos est desservi. Nomination aux oscars et je veux quand même rencontrer le réalisateur. Une autre projection en présence de l’ambassadeur d’Israël pour Yad Vachem France sur le Cabaret à Berlin, Prétentieux car écrit “à la” Tucholsky et ça ne passe pas. Mais très beau travail d’images d’archives. J’ai apprécié pour la première fois Michelle Williams dans un navet très distrayant, Incendiary. Adoré Tamara Drewe de Frears, que j’avais raté en salles (article à venir). Et surtout sauté de joie au plafond en recevant le baisers de la femme araignée de la part de carlotta. Dépassant toute mes espérances, alors que j’avais déjà beaucoup aimé le livre de Puig. Je suis restée scotchée et n’ai pas pu me détacher du documentaire de 2h en bonus sur le tournage (article à venir).

Côté Théâtre, après le joyeux et inventif “Cavales” de Pierre Vignes à l’essaïon, Bulbus faussement postmoderne et pénible à la Colline, et un très beau témoignage d’un déporté que j’ai eu la chance de rencontrer à la vieille grille: sauf que je n’avais pas forcément besoin de voir ça… trop dur.

Côté livres, deux beaux opus, un Ian Levison que je suis depuis peu chez Liana Levi et dont j’aime la plume, et toujours chez Liana Levi, une nouvelle de Qiu Xiaolong qui m’a plongé dans un monde menaçant et peu familier.

Passage dans un speak easy Jack Daniels très sympa caché dans une galerie de Bastille, premier dîner au nouvel hôtel branché du 20e, le Mama Shelter. Design, definitivement, goûteux, hors de prix, et ambiance un peu glauque. Le Planète Mars, bar rock indépassable de Bastille est devenu une seconde maison puisque Hakim le patron m’a initiée à la Chartreuse et qu’avec une amie, nous sommes responsables de la playlist du blind-test qui aura lieu le 20 février. Une chanson de plus pour le solo show de Laurent, une soirée d’anniversaire où je représentais 1/3 des femmes chez mon ami Matthieu, et une jolie rencontre avec un vieux juif savant de 80 ans étaient aussi au programme, mais il est trop tard pour épiloguer…

une semaine de vie parisienne et romaine

Lundi 24 janvier 2011

Le must de cette semaine est probablement ma longue interview d’un jeune artiste (dessinateur et vidéaste) dont j’ai adoré les œuvres à cutlog et que j’ai longuement interviewé il y a deux semaines en une soirée folle entre vernissage dans le BHV vide, dame tartine près de la fontaine Tinguely/Saint Phalle, et à son atelier. Beaucoup de travail pour retranscrire cet entretien fleuve passionnant et un geste qui m’a émue aux larme : David a tellement apprécié l’article qu’il m’envoie un de ses dessins. Pour en savoir plus sur David Ortsman, c’est ici.

Niveau livre, voir mon commentaire romain du post précédent, je suis entrée dans le lit de lanzmann, dans la gorge de foucault, et dans les scènes de ménage de Doc Gyneco (chronique à venir). Déception sur le deuxième roman de Yann Suty dont j’avais adoré le premier opus, Cubes. Enfin, un livre étrange “le revolver de Lacan“, à propos duquel j’ai bien du écrire qu’en comparaison, le style de Duras pouvait paraître opulent.

Films : sympathique petit film français où un couple que l’honnêteté a mené à la médiocrité se met à dealer de la drogue, superbe film noir avec explications sur hollywood et le Mccarthysme : he ran all the way (1951). Leçon soporifique du pourtant excellent Téchiné au Forum des images. RAS à part son bégaiement et les questions stupides du maître d’interview.

Musique: deux jolies surprises cette semaine : Nilda Fernandez à l’Elysée Montmartre, le chanteur étant depuis des lustres dans le paysage français, je m’y suis traînée sans conviction, pour découvrir un superbe mélodiste et un guitariste hors pair. Les textes sont ce qui pèche, et je parle désormais en quasi-spécialiste, forte de mon amour du français (et de l’espagnol) et de mon expérience de Monsieur Luxure qui se prolonge à travers un opéra (livret) avec Laurent et un disque pour la chanteuse française préférée de Jacques Chirac (textes) : les deux,  work in progress. J’ai enfin reçu le disque de Daphné, que je n’ai pas encore chroniqué, mais ça reste la crème de la crème, son bleu Venise tourne en boucle chez moi.

Théâtre : patatras, encore une sénilité de Chéreau. Son Koltes avec un Romain Duris qui essaie fort mais n’en peut mais m’a juste endormie au théâtre de l’atelier où je me suis ennuyée plus fermement que dans une mauvaise conférence de science politique. (pas d’article, mais celui de Christophe est tout feu tout flammes).

Expos : je me suis contentée de Europunk et Cranach à Rome. Chronique d’Europunk à venir, Cranach explicité dans le post romain.

Pas mon agenda sous mes yeux, mais cette semaine risque d’être riche en actu culturelle parisienne, but of course.

une semaine de vie parisienne

Samedi 15 janvier 2011

Il paraît que mettre la copie de mes articles pour toutelaculture.com ici n’est pas bon pour le référencement. Et à dire vrai, cela tourne à un tel rythme que je n’ai plus le temps.
Je vais donc joindre les liens et le cas échéant un petit commentaire.

Cette semaine donc :
Un coup de cœur théâtre et la rencontre d’un grand auteur, Pierre Notte : la bonne surprise de la semaine et ma favorite des 5 pièces que j’ai vues cette semaine. Ici.

Un auteur que j’ai découvert en VO à New York et qui m’a complétement bluffée et rendue nostalgique de cette ville. J’ai été accrochée aux 500 pages du roman toute la semaine, on ne pouvait pas m’adresser la parole dans le métro. Ici. Ça va être dur de passer à la chronique suivante…

Dans les superbes productions d’opéra de chambre de l’athénée, découverte d’une série de Lieder superbes de Janacek : ici.

60 ans de Johannesburg dans l’objectif de David Goldblatt à la Fondation Henri Cartier-Bresson : ici.

déception de la semaine : Le Novarina à l’Odéon, alors que l'”Acte inconnu” m’avait bouleversée et qu’il m’avait fallu trois semaines pour digérer avant l’article, “Le Vrai sang” m’a semblé aller nulle part.

Après trois semaines de mauvais  films indé roumains, c’est un blockbuster qui m’a rendu le sourire et le goût du grand écran : Morning Glory, avec un Harrisson Ford irrésistible.(Sortie le 6 avril, chronique à venir).

Sinon soirée folle pour le nouvel an russe à l’arc : caviar à la petite cuiller et (beaucoup trop) de grey goose. Hommes beaux. Bling  bling et vulgarité assumée, chouette soirée de filles, jeudi 13.

déception et colère et crise d’angoisse à l’affreuse soirée punk du 104. Me suis abstenue de live report mais ai pondu un superbe status facebok : “Nuit du punk au 104 : ambiance macabre, odeur de saucisses ignobles, musique pisseuse, masse de gens ivres faussement lookes, suite de fausses bonnes idées, la queue pour tout, même acheter une bière. Manque total de classe, de vie et de bon sens. et après on s etonne que le 104 coule dans l eau poisseuse ou des individus en slip noirs et hirsutes sont entrain de chopper la crève.”

Enfin, 45 copies corrigée et critique du dernier Tony Judt publié chez Eho en piste pour le site d’histoire de scpo.

Ma querelle avec Irène Némirovsky exposée au mémorial

Vendredi 29 octobre 2010

Jusqu’au 8 mars 2011, le Mémorial de la Shoah revient à travers textes, manuscrits, photos rares et même un enregistrement vocal sur le destin extraordinaire d’Irène Némirovsky. Auteure à succès dans les années 1930, cette juive d’origine russe a été déportée en 1942, et son œuvre aurait sombré dans l’oubli sans le succès phénoménal de “Suite Française”, roman inachevé paru en France en 2004. Depuis, tous les écrits de Irène Némirovsky semblent ressusciter, et les biographies se multiplient. Avec beaucoup d’enthousiasme, Olivier Philipponnat, le commissaire de l’exposition, propose une traversée dans la vie tragique et l’œuvre riche d’Irène Némirovsky. Parfaitement menée, et grandement pédagogique, comme d’habitude au Mémorial (voir notre article sur “Filmer les camps”), l’exposition rappelle également à ses visiteurs qu’en 1940, à l’heure même de l’offensive allemande, Némirovsky écrivait un énième livre caricaturant les juifs orientaux immigrés en France pour faire des affaires très louches, avec “Les chiens et les loups”.


La misère conserve le juif comme la saumure le hareng”. David Golder.

On ne pardonne pas son enfance. Une enfance malheureuse, c’est comme si votre âme était morte sans sépulture : elle gémit éternellement.” Journal.

Elle ne serait plus à ses yeux cette mendiante, cette vagabonde, cette outcast, cette petite Juive de la ville basse. Elle parlait le français maintenant ; elle savait faire la révérence ; elle était “‘comme les autres.'” Les Chiens et les loups.

D’origine russe, Irène Némirovsky a fait une carrière littéraire fulgurante dans la France de l’Entre-deux-guerres : le succès de son roman “David Golder” (1929) publié chez Grasset alors que le jeune-femme n’avait que 26 ans et transposé à l’écran par Julien Duvivier est suivi d’une série d’autres romans.  Très populaires, ces derniers paraissent d’abord en feuilletons, volontiers dans des revues de droite ou d’extrême droite (jusqu’à Gringoire!). Toute sa vie, Irène Némirovsky n’a eu de cesse de renier par écrit ses origines : en exprimant sa haine viscérale à l’égard de sa mère superficielle et la honte face à la fortune d’affaires financières réalisée par son père. Baptisée en 1939 avec son mari et ses deux filles, elle se retire pendant la guerre en Saône-et-Loire à Issy, où elle continue à vivoter des droits d’auteur que lui verse encore Albin Michel, tandis-que Grasset a coupé les vivres à celle qui est considérée depuis le 3 octobre 1940 comme une “juive étrangère”. Elle rédige à Issy son grand roman inachevé, “Suite Française”. Le destin tragique d’Irène Némirovsky (elle meurt du typhus à Auschwitz, le 19 août 1942) et le sort extraordinaire de son dernier manuscrit (mis à l’abri par son mari avant qu’il ne soit lui-même déporté, et best-seller… plus 60 ans après la mort de son auteure, puisque publié en 2004 par Denoël) ont transformé l’auteure en vogue  des années 1930 en coqueluche internationale de l’édition des années 2000 (plus de 2 millions de ventes de la copie américaine chez Knopf )…

Imaginée après l’exposition qui a connu un succès phénoménal au Museum of Jewish Heritage de New-York, celle du Mémorial de Paris oscille entre précision d’archives et touchant enthousiasme. En son cœur, l’on trouve la fameuse valise de cuir où le manuscrit de “Suite Française” s’est conservé toutes ces années et mis à disposition par la fille de l’auteure, Denise Epstein. Le Mémorial permet de plonger de manière chronologique dans la vie brisée d’Irène Némirovsky : la première salle est celle de l’enfance exilée, mais dorée, entre Kiev, Biarritz, la Finlande et Paris. On y rejoue, textes à l’appui, la vocation littéraire, l’intégration par les lettres et le succès de la jeune-femme. Des photos peu connues, et des pages du journal de l’auteure sont probablement les pièces les plus précieuses de cette première partie :  ceux et celles qui ont lu “Le bal'”(1930) et les déclarations de haine de l’auteure à sa mère seront très émus de voir cette femme et la jeune Irène à 7 ans en vacances sur la côte basque. Les lecteurs du “Mirador”, aimeront les clichés de l’auteure en jeune mère avec Élisabeth Gille et Denise Epstein. Dans le couloir qui mène à la deuxième salle est diffusé le seul enregistrement radiophonique conservé de l’auteure, sur son roman feuilleton “Deux”(1939). Une voix aigre, de vieille femme déjà, et touchante dans ses considérations sur le couple.

La deuxième partie expose un parcours qui à première vue pourrait sembler “classique” au Mémorial : la dépossession des droits, et la déportation. Mais, pour celui qui sait bien se pencher, elle accole dans ses deux pans tout le “paradoxe” Némirovsky :

– d’un côté on nous présente une juive devenue française qui ne supporte pas et surtout ne comprend pas vraiment pourquoi elle est déchue de ses droits. Elle  tente de protester, en jouant le rôle du “parvenu” décrit brillamment par Bernard Lazare dans “Le fumier de Job” (écrit vers 1903). A la suite du premier statut des juifs,  Némirovsky écrit par exemple au Maréchal Pétain (et la lettre fait étrangement penser à celle d’une juive souvent décriée pour sa “haine de soi”, Simone Weil, au commissaire aux questions juives, Xavier Vallat) : “Je ne puis croire, Monsieur le Maréchal que l’on ne fasse aucune distinction entre les indésirables et les étrangers honorables.” (13 septembre 1940). Échouant dans cette tentative  de parvenir à s’extraire de sa condition “de malheur’, malgré les romans, et malgré le baptême, Irène Némirovsky tombe dans le rôle du paria. Mais un paria retiré en France profonde et qui se met à écrire des romans de terroir tels “Chaleur du sang” (publié en 2007 par Denoël).

– d’un autre côté, alors que la mort dans les camps est documentée comme il se doit, mais demeure très historique, factuelle et digne,  la rédemption de “Suite Française” est surexposée à travers la valise de cuir et bien sûr le manuscrit hâtivement écrit (un seul manuscrit inachevé et d’une écriture bleue d’eau penchée, serrée et raturée, tandis qu’on a retrouvé pas moins de 4 versions de “David Golder”).

Alors qu’elle se présentait plutôt comme un panégyrique aux chemins tout tracés, l’exposition Irène Némirovsky au Mémorial permet subtilement de rouvrir le dossier. L’on en sort pensif, se demandant si vraiment “Suite Française” justifie le renommée internationale d’une écrivaine présentée comme une autre martyre juive sacrifiée par le 20ème siècle.  En un mot, la question de la haine de soi est enfin bien posée. Et avec elle, suit immédiatement celle de la qualité littéraire. Si l’on peut trouver dans “Suite Française” une sorte de version civile et littéraire de “L’étrange défaite” de Marc Bloch, aux qualités  inattaquables,  les romans qui précédent (tous régulièrement re-publiés depuis 2004) posent question : au-delà des thèmes aujourd’hui démodés, voire gênants, et donc du strict point de vue du style, les qualités de peinture sociale d’Irène Némirovsky caricaturant des juifs de l’est parvenus  sont elles réellement révolutionnaires? Ou s’ancrent-elles au contraire dans une tradition bien française, de droite populiste et très XIXe siècle que l’auteure s’est appropriée avec brio?

Irène Némirovsky, ‘Il ne semble parfois que je suis une étrangère'”, jusqu’au 8 mars 2011, Mémorial de la Shoah, tljs sauf samedi 10h-18h, 17, rue Geoffroy l’Asnier, Paris 4e, m° Saint-Paul ou Pont Marie, entrée libre.


P. Lienhardt, O. Philipponnat – La Vie d’Irène Némirovsky
envoyé par hachette-livre. – L’info internationale vidéo.


Pour aller plus loin :

GILLE, Elisabeth, Le mirador, Paris : Stock, 2004, 422 p.
PHILIPPONNAT, Olivier, LIENHARDT, Patrick, La Vie d’Irène Némirovsky, Grasset, 2007, 503 p.
WEISS, Jonathan, Irène Némirovsky, biographie, Paris : Le Félin, collection « Les marches du temps », 2005, 218 p.

Suite Française, Paris : Denoël, 2004, 434 p.
Le maître des âmes, Paris : Denoël, 2005 [1939], 284 p.
David Golder, Paris : Grasset, Livre de poche, 1929, 192 p.
Le Bal, Paris : Hachette, 2005 [1930], 89 p.
Les chiens et les loups, Paris : Albin Michel, 1940, 221 p.
Le vin de solitude, Paris : Albin Michel, 1935, 311 p.
Jézabel, Paris : Albin Michel, 1936, 266 p.

A la redécouverte de Felix Nussbaum au MAHJ

Vendredi 29 octobre 2010

Après l’avant-garde de la Radical Jewish Culture, le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme revient aux classiques jusqu’au 23 janvier 2011 avec une excellente exposition dédiée au peintre Felix Nussbaum. Comme Otto Dix, Max Beckmann ou George Grosz, mais sans passer comme ses aînés par la case “expressioniste”, Felix Nussbaum était un peintre de la “nouvelle objectivité”, courant typique de la République de Weimar qui est revenu, dans les années 1930, à une représentation ultra-réaliste et volontiers caricatural de la société Allemande d’Entre-deux-Guerres. Mais la période allemande fut relativement courte pour ce juif-allemand né au tout début du siècle dans un milieu bourgeois : la plus grande partie de son œuvre a été peinte en exil. Reconnu très tardivement, après la disparition de Nussbaum à Auschwitz en août 1944, son art est exposé depuis 1998 dans un musée qui lui est dédié (et dessiné par Daniel Liebeskind, l’architecte du Musée juif de Berlin) dans sa ville natale d’Osnabrück. la fermeture temporaire de la Felix Nussbaum Haus d’Osnabrück jusqu’en mars prochain permet au MAHJ d’exposer 40 de ses peintures et 19 de ses dessins dans une exposition chronologique, pédagogique, et comme d’habitude dans ce musée, parfaitement scénographiée.

« Si je meurs, ne laissez pas mes peintures me suivre, mais montrez-les aux hommes. » Félix Nussbaum.

Tout commence nécessairement par des œuvres de jeunesse, mais l’atelier du peintre ayant brûlé en 1932 dans l’incendie prémonitoire de son atelier à Berlin, il reste bien peu de toiles de jeunesse. Celles présentées au MAHJ montrent la famille de l’artiste, sa synagogue locale, et un autoportrait qui témoigne de l’influence de Van Gogh sur le jeune Nussbaum.

L’artiste se fait vraiment connaître avec une toile qui pourrait bien être un manifeste de la Nouvelle Objectivité : présentée à la 64e exposition de la Sécession de Berlin, “La place folle” (1931) tourne en ridicule les membres honoraires de l’académie des Beaux-Arts, à la tête desquels l’on trouve la figure tutélaire de Max Liebermann imbu de lui-même et perché sur un immeuble de la Potsdamer Platz. Lieberman aurait souri de cette caricature qui témoigne déjà d’influences flamandes qui croîtront avec l’exil de Nussbaum. Cette percée permet au peintre de décrocher une bourse pour la villa Massimo de Rome où il s’imprègne des influences métaphysiques de Girogio De Chirico. Nussbam ne repasse plus par l’Allemagne, puisque l’arrivée d’Hitler au pouvoir le contraint de prolonger le voyage d’études en exil : en Italie, en Suisse, à Paris (Nussbaum y participe à l’exposition “l’Art allemand libre” en 1938, à Ostende et surtout à Bruxelles.

En Belgique, Nussbaum rencontre James Ensor, et revisite ses “classiques” flamands. Ponctué par une série de prolongations de droits de séjour pour lui et sa femme, Felka, cet exil belge donne naissance à une série d’autoportraits aux masques grimaçants, et à des jeux de perspectives époustouflants vaguement épongés par des torchons comme dans “Le secret” (1939). L’invasion de la Belgique par l’armée allemande, entraîne l’arrestation et l’internement de Nussbaum au camp de Saint-Cyprien (Pyrénées orientales) en tant qu'”étranger ennemi”. Si Nussbaum parvient à s’enfuir du camp, l’expérience l’a profondément marqué et le peintre est l’un des rares artistes à avoir laissé des œuvres témoignant de cette vie dans les camps.

A Saint-Cyprien même, Nussbaum peint, notamment l’autoportrait que le MAHJ a choisi comme affiche pour cette exposition. Puis, revenu à Bruxelles, il retravaille cette matière brutes dans de grandes fresques comme “Saint-Cyprien” (1942), ou le grandiose “Triomphe de la mort” (1944), dernière œuvre signature d’une vie sacrifiée, et néanmoins extraordinairement classique. Aussi grandioses soient-elles, les grandes scènes macabres de Nussbaum renouant avec l’art d’un Jérôme Bosch semblent plus faibles, moins bouleversantes et moins originales que ses autoportraits à taille humaine dans la description de l’inhumain en marche. Peut-être parce que la vision chrétienne traditionnelle de la mort n’est plus d’actualité en 1944 : elles semblent en deçà de la réalité de ce que Hannah Arendt désignait comme “la fabrication démentielle de cadavres”.

Peut-être aussi parce qu’elles sont trop travaillées, trop respectueuses des maîtres et moins “à vif” que les autoportraits sombres de l’artiste prisonnier. Peut-être enfin, parce que la maigreur grimaçante d’un seul homme seul au premier plan face à un ciel vide est plus à même de représenter la destruction totale que la sarabande moyenâgeuse des feu-follets de la mort. Cachés dans le grenier de leur appartement bruxellois de la rue Archimède, Nussbaum et sa femme sont dénoncés et déportés à Malines le 20 juin 1944, puis à Auschwitz le 21 juillet, dans le dernier train quittant la Belgique pour la Pologne. Nussbaum est mort le 4 août. Il avait mis ses toiles d’exil à l’abri chez le Dr Grofils, et ont à peine été montrées jusqu’à la première grande rétrospective de son œuvre en 1971, dans sa ville natale : Osnabrück.

Tous les évènements autour de l’exposition : ici.
Lien vers la maison Felix Nussbaum à Ossnabrück, ici.

Felix Nussbaum, Osnabrück 1904- Auschwitz 1944“, jusqu’au 23 janvier 2011, MAHJ, Hôtel de Saint-Agan, 71, rue du Temple, Paris 3e, m° Rambuteau, Hôtel de Ville, lun-ven, 11h-18h, nocturne le mercredi j.q. 21h, 7 euros (TR: 4,50 euros).

Cindy Lauper : Je n’ai jamais pensé au Blues comme à autre chose que du Rock’n roll

Lundi 11 octobre 2010

Jolie Interview, dont je suis, il faut bien le dire assez fière.

1) Toutes les copines étaient mortes de jalousie

2) Après l’affreuse expérience Nick Cave, j’ai eu très peur, mais Cindy Lauper a l’âge de ma mère et son énergie et sa gentillesse. Ce beau moment passé ensemble et où elle m’a confié des choses assez personnelles, s’est fini en happy end américain : un grand hug, qui avec l’accent de Brooklyn m’a rendue toute chose et toute nostalgique de Brooklyn. Merci à Lare et Thomas…

Connue pour ses textes et compositions originales comme « Girls wanna have fun », « Time after time » ou « True colors », l’icône des années 1980 a surpris son public en sortant au printemps dernier un onzième album studio compilant de grands standards de Blues, interprétés par Ida Cox, Robert Johnson, ou Muddy Waters. Et Cindy Lauper a quitté New-York natal pour enregistrer à Memphis même son « Memphis Blues », entourée des plus grands musiciens du genre : le guitariste B. B. King, l’harmoniciste Charlie Musselwhite, le pianiste Allen Toussaint ou encore la chanteuse Ann Peebles. Ce retour aux classiques n’a pas empêché Cindy Lauper de rester elle-même : sulfureuse et engagée, aux côtés de Lady gaga dans la campagne anti HIV pour les rouge à lèvres MAC et dans le jeu de téléréalité de Donald Trump sur NBC : The Celebrity Apprentice. La chanteuse a d’ailleurs donné une véritable performance live du premier single de son CD, « Just your fool », lors du final de l’émission.

Alors que l’album « Memphis Blues » est finalement sorti en France le 28 septembre dernier , c’est avec une folle chevelure rousse et une énergie communicative que Cindy Lauper a répondu aux questions de toute la culture.

Est-il vrai que les femmes extravagantes n’ont pas le blues ? (« Wild women don’t have the blues » est le titre d’une chanson de Ida Cox reprise sur le dernier album de Cindy Lauper )
Absolument, je pense que le message de femmes comme Ida Cox qui a écrit cette chanson, Memphis Minnie, Bessie Smith et Ma Rainy –elles étaient les premières féministes- était que « Girls just wanna have fun ». Je pense que c’est vrai, si tu es wild et que tu gardes un cœur sauvage, ce qui est extrêmement difficile aujourd’hui, cela te libère. C’est pourquoi je crois qu’Ida Cox a dit cela.


Vous avez quand même le blues de temps en temps ?
Bien sûr ! Toutes nos vies sont emplies de blues. Mais une des caractéristiques du Blues, c’est qu’il remonte le moral. C’est sa meilleure part.

Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir au Blues ? Et pourquoi être allé jusqu’à Memphis pour enregistrer votre album ?

Je l’ai fait exprès. J’ai toujours voulu faire cet album. J’ai déjà essayé en 2004 et ca n’avait pas marché. Mais les choses arrivent toujours pour une raison. Quand je lisais les journaux, il semblait que tout le monde avait le blues. Il était temps de faire quelque chose comme ça aux États-Unis et partout dans le monde, les gens avaient sans arrêt le blues, à la maison et au travail, partout. Et j’étais enfin prête et je suis allée à Memphis. Et c’était la chose juste à faire. Tu sais, les vieilles chansons font partie de notre héritage. Et je pensais que ce serait bien de choisir des chansons qui sonnent comme si elles avaient été écrites aujourd’hui. Parce que cela montre comment l’histoire se répète. Et j’ai aussi choisi de chansons qui donnaient de l’énergie. Le blues a été écrit par des gens qui étaient opprimés. C’était des gens opprimés et ils ont quand même choisi d’écrire des chansons qui remontent le moral.


Mais n’était-ce pas trop difficile de changer de registre ?

Je n’ai pas eu cette impression. Toute la musique moderne est basée sur le blues. Pour moi, c’était une manière de revenir au début, à l’origine du rock’n roll. Quand j’ai grandi dans le rock’n roll, je n’ai jamais pensé au blues comme à autre chose que du rock’n roll. Pour moi, c’était un retour à la maison. Quand je chantais avec tous ces grands artistes, c’était comme renaître ailleurs, et c’était extrêmement bon. J’ai eu la chance de rencontrer Charlie Musselwhite, J’avais déjà travaillé avec Allen Toussaint dans un CD réalisé pour une opération de charité après Katrina (vous pouvez voir leur duo « Last Train/ I know » ici.)
Et c’était un plaisir de le retrouver, car il est fantastique. C’est une personne merveilleuse et l’un des plus grands pianistes vivants. Juste magique. Et, Mon Dieu, BB King… C’étaient tous des trésors américains. En plus, ils ne savaient pas qui j’étais, ce qui était aussi formidable. Il n’y avait pas d’attentes, pas de notions préconçues. Juste cette femme aux tenues un peu étranges qui vient avec des chansons qu’elle a choisies. Ils ont aimé la sélection, mais ne savaient pas si elle pouvait chanter ou pas. Et tout ça c’est très bon !


Cela vous a-t-il donné envie de continuer dans le Blues ?

Il y a des chansons que je n’ai pas pu mettre dans cet album et que j’aimerais tellement enregistrer, j’ai pu mettre de Ma Rainy, mais il y a d’autres chansons que je trouve géniales. Ou des chansons de Memphis Minnie. Cela voudrait dire faire un autre album blues. On va voir si je peux le faire.

Chanter du Blues, est-ce une discipline très différente du chant pop ?
Non tu chantes plus. Dans la pop tu ne chantes pas tellement. Mais moi, quand je chante le blues je dois faire attention à ne pas trop chanter. Parce que la musique n’est pas ce que tu chantes, c’est ce que tu ne chantes pas. Et vraiment le groove est roi. Tu dois coller à tout ce qui sert le groove, raconter l’histoire, et t’ancrer dans le rythme. Et on ne joue pas tous la même chose. La musique est basée sur des appels et des réponses. Tous ces appels et réponses créent un appel intérieur. Cet appel intérieur, placé sur la juste portée, va ouvrir ce lieu pour la rendre hors de ce monde. C’est ça qui est tellement prenant dans le blues. Dans la musique en général, d’ailleurs. C’est ça qui te fait revenir en arrière. En tant qu’artiste, c’est une leçon très importante. Oui, il y a des jours où tu es bon, des jours où tu es mauvais. Mais le plus important est de toujours écouter ce qu’il y a à l’intérieur, et entendre le chemin et poser le pied le plus ferme possible sur ce chemin.
Par exemple, j’ai travaillé avec un chorégraphe. En général, quand je danse, je suis libre, je n’ai aucune idée de ce que je fais. Mais ce chorégraphe, Louis Falco, très connu pour avoir fait la chorégraphie du film de Fame, m’a envoyé cette lettre que je garde toujours dans ma boite à musique. C’est une copie d’une lettre de Martha Graham écrivant à Agnes de Millle. De Mille faisait Appalachian Spring (ballet composé en 1943 par Aaron Copland, ndlr). Et elle n’était pas contente d’elle-même. Martha Graham lui a écrit à ce moment-là qu’il était de son devoir de laisser les vannes ouvertesz et de continuer. Il y aura toujours des moments où l’on n’est pas content que ce que l’on fait, où ce n’est pas assez. Mais c’est la malédiction de l’artiste.

De quoi êtes-vous le plus fière dans cet album ?
Ce dont je suis le plus fière à propos de « Memphis Blues », ce n’est pas moi, c’est que je chante avec ces gars. Je suis éblouie par la manière dont ils jouent et de l’esprit que le disque parvient à capturer. Ca c’était incroyable. C’était live et a été pris en cassette. Et moi, j’ai tout fait pour rendre l’habillage, la couverture, aussi joli que possible. J’ai utilisé des images de Ma Rainy. J’ai travaillé avec Ellen von Unwerth qui avait fait la campagne MAC Viva Glam (Rouge à lèvre spécial dot les ventes ont alimenté le fond d’aide de lutte et éducation des femmes contre le Sida. Après Fergie, Cindy Lauper a été l’effigie de cette campagne, aux côtés de Lady Gaga, au printemps dernier ndlr). Et nous nous sommes inspirées de cette ambiance Boudoir de la campagne Mac. Pour la campagne MAC ça marchait car nous parlions d’une maladie sexuelle, donc la campagne devait être sexy, parce qu’il s’agissait de sexe, d’une maladie sexuellement transmissible. Mais en le faisant je me disais que le Blues était également très sexe. Donc il devrait aussi y avoir cette ambiance boudoir. Si tu regardes la manière dont Ma Rainy s’habillait et à la manière dont Bessie Smith s’habillait, et même Robert Johnson, il y avait un côté féminin et un côté masculin. Ma Rainy s’habillait comme un homme, dans un costume. Bien avant Dietrich. Même si j’aime Dietrich, come on ! Je l’adore. Je pensais qu’il était important de combiner ces visuels : la mythologie du serpent, l’homme et la femme. Qu’et-ce qu’être une femme dans toute l’histoire d’Adam et Eve ? Je ne pense pas que le serpent soit le pêché ou comme des vieux moines catholiques romains du Moyen-âge l’ont inventé. Moi je pense que le serpent représente la régénération, parce que quand tu regardes cet animal, il perd sa peau et la reconstitue. Pour moi, c’est une histoire d’enfant et de régénération…

Quel public a touché ce nouvel album ? Les fans de Cindy Lauper ? Des amateurs de Blues ? Les deux ?
Je n’en ai aucune idée. Ce sont plein de gens différents. En tout cas ils aiment l’album. Memphis Blues était premiers des charts de Blues pendant 13 semaines.Les publics sont mêlés. Mais ça ne me préoccupe plus. Ça ne me gêne pas. Je vais dehors, je regarde mon public, et je chante pour lui. Je ne renonce à personne, à rien et à aucun public. Je veux juste leur transmettre de l’énergie et les animer. Je pense que cette musique a une âme. Et les musiciens avec qui je joue sont tellement extraordinaires, que c’est carrément un voyage. Je refuse de mettre en scène mon Show à l’ancienne, même si les morceaux choisis sont à l’ancienne, parce que ce n’est pas bon de faire et refaire toujours la même chose. Tu dois prendre tes distances et avancer d’un pas parce que sinon, cela devient statique et mauvais. C’est aussi pour cela que l’enregistrement a été fait à l’ancienne, sur bandes analogiques, parce que je ne voulais pas faire semblant. C’est ennuyeux de faire semblant. Je n’ai jamais fait semblant, je n’ai jamais rien simulé. Même pas ce tu sais quoi … (rires)

Le 12 novembre prochain, vous participez à un hommage à John Lennon pour les 30 ans de sa mort au Beacon Theater. Que représente-t-il pour vous et comment voyez-vous cet évènement ?
J’ai toujours été une grande fan de John et Yoko. J’étais une grande fan des Beatles et de tous leurs projets solo. Et je pense que c’est quelque chose de très important de rendre hommage au travail de sa vie. Il n’était pas plus qu’un grand artiste, il était un incroyable homme de pensée. Il parlait des choses d’une manière qui vous faisait réfléchir. Et il était très honnête et très humain. Très vulnérable dans son humanité. Il ne cachait pas qu’il avait aussi fait des erreurs dans sa vie. Il ne prétendait pas être quelqu’un qu’il n’était pas. J’ai pensé que c’était une grande occasion. Quand j’ai rencontré Yoko Ono, c’était vraiment irréel. Je ne la connaissais pas et je me chantais souvent des chansons de Lennon ou des Beatles à moi-même, pour aller jusqu’au soir. Leur travail m’a vraiment inspirée dans ma vie de tous les jours. Quand j’ai fugué de la maison de ma mère, j’avais avec moi une version de poche de « Grapefruit », le recueil de poèmes de Yoko Ono, et ce livre m’a beaucoup marquée. Je chantais « Remember love » ou « Across the Universe » . Ce sont ces chansons qui m’ont permise de traverser ces épreuves. Parce que c’était très dur quand j’étais adolescente, de trouver ma place. Simplement exister était difficile. Tu sais, parfois tu penses qu’il n’y a pas de place sur cette planète pour toi. Pare que tu es juste différent (“out of step”) des autres. Maintenant je sais que ma différence devait exister pour que je puisse voir les choses avec distance, et que je les comprenne avec une perspective différente. Tout ceci a été une série de leçons qui m’ont été transmises par la vie, au fur et à mesure. Par exemple, j’ai toujours été torturée à l’école, parce que j’étais différente. Au collège, on me jetait des pierres à cause de mes vêtements. Et dans la vie, j’ai pu voir tout le monde s’habiller comme moi. Les gens se sont mis à porter des vêtements qu’ils critiquaient violemment, même pas dix ans auparavant. Et cela a été une grande leçon pour moi, de me retourner et de voir ce qui c’était passé. J’ai finalement compris que ce que je nommais « différence » était seulement une autre perspective. Et cette perspective est ce que j’utilise dans mon travail pour chanter et écrire. Et je ne le comprenais pas vraiment à l’époque. John et Yoko mon aidée, d’une manière indirecte. Et maintenant, je veux être là pour eux. Car, si John n’est plus là, son œuvre est toujours présente.

Cindy Lauper, « Memphis Blues », (Naïve/Mercer Street Records), sortie française le 28 septembre 2010, 19 euros.
Le « Memphis Blues Tour » de Cindy Lauper devrait passer par la France. Les dates ne sont pas encore annoncer, mais gardez l’œil sur le site de l’artiste.

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Tout l’album est en écoute sur Deezer. Voici notre sélection, plus quelques chansons classiques de Cindy Lauper.

Découvrez la playlist Cindy Lauper avec Various Artists

Le politiste Claude Lefort s’est éteint

Mardi 5 octobre 2010

Choc et tristesse, article nul rédigé sur le coup, pour la boite à sorties…

Disciple de Merleau-Ponty né en 1924, l’ancien directeur de l’ EHESS, Claude Lefort est mort ce lundi 4 octobre à l’âge de 86 ans. La France perd un de se splus grands théoriciens du politique et de la démocratie.

Agrégé de philosophie, docteur es lettres et sciences humaines, Claude Lefort a été formé dans le giron du marxisme auprès de Maurice Merleau-Ponty.

Il s’en est éloigné dès 1946, lorsqu’il forme avec Cornelius Castoriadis – autre membre du PCI et autre grand philosophe du 20ème siècle- le groupe “Socialime ou Barbarie”.
Après un travail magistral sur Machiavel (“Le travail de l’Oeuvre”, 1972) qui a permis aux Français de sortir du seul Prince pour redécouvrir notamment les Discours, Claude Lefort a passé toute sa vie universitaire à la Sorbonne à Caen, puis au Centre Raymond Aron de l’EHESS, à penser la démocratie.

C’est cette réflexion de théoricien du politique qu’on retrouve dans ses œuvres majeures : : “L’Invention démocratique” (1981), “Essais sur le politique” ‘(1986) ou “La Complication” (1996).

Inspiré notamment par Soljenitsyne et par le livre d’Hannah Arendt “Les origines du totalitarisme” (œuvre qu’il analyse très finement dans le premier volume de ses “Essais sur le politique”), il a refusé de croire que “Tout s’est passé comme si la condamnation du totalitarisme devait impliquer celle du politique comme tel” (« La question de la démocratie »). Alors qu’il considérait le totalitarisme comme un régime à part entière, et non comme une énième variation de la tyrannie ou de la dictature, Claude Lefort a réfléchi toute sa vie à la question de la démocratie en contre-point des systèmes totalitaires.

Et en se penchant sur  le 20ème siècle, Lefort a  proposé de poser la question de la démocratie à partir de celle de la représentation. Expliquant qu’en monarchie,la souveraineté était visible, car concentrée dans le corps du roi, Lefort a soutenu qu’en démocratie, cette souveraineté était invisible et qu’il y avait donc “un lieu vide du pouvoir“. D’où la tentation de refaire corps dans la “totalité” du totalitarisme…

Selon Lefort, pour fonctionner la démocratie doit reconnaître ce lieu vide, ou ce que Lefort appelle joliment « la dissolution des repères de la certitude ». La démocratie doit accepter la division du corps social. Il ne s’agit plus de nier les conflits mais de les gérer, selon des règles toujours en évolution. La leçon de Claude Lefort est que la démocratie est un régime à accomplir jour après jour, et qui demeure toujours inachevé…

Pour écouter une conversation de Lefort avec Pierre Rosanvallon, cliquez ici.

Pour voir une conférence donnée par Lefort sur son parcours, cliquez ici.

Houellebecq : La Carte et le territoire, un excellent roman

Lundi 27 septembre 2010

Le cinquième roman de Michel Houlleebecq est encore une fois l’évènement de cette rentrée littéraire. Déjà réimprimé trois fois par Flammarion, il aurait dépassé les 200 000 ventes depuis le début du mois. Il est égalemetn sur la liste de sélection du Goncourt. Moins polémique (il a fallu aller jusqu’à chercher du copié sur Wikipedia pour tenter d’en lancer une) et plus tendre que les précédents opus, “La Carte et le territoire” est une réflexion sur la création dans laquelle Houellebecq n’oublie jamais de glisser un soupçon d’humour.

Jed Martin est un artiste minutieux et consciencieux. Il s’attache à représenter les objets et les êtres dans leur banalité lisse et belle de notre ère industrielle. Après avoir fait les beaux arts, il a poursuivi son projet d’entrée dans cette institution plusieurs années : il s’agissait de photographier des objets industriels. Puis, un jour, sur une route, en allant rendre visite à son père, il découvre avec stupeur la beauté des cartes Michelin. Lors d’une exposition collective, un œuvre de cette nouvelle série touche une des responsables de la communication de Michelin. Celle-ci s’avère également russe, belle et puissante. Elle obtient une exposition personnelle pour Jede t un joli contrat avec le n° 1 des pneus. Mais bientôt, elle droit repartir à Moscou. Les jolis mois de couple prennent fin pour Jed, qui se lance dans une nouvelle phase de son travail : repassant à la peinture, ils ‘attache à peindre tous les métiers de son temps, sans jamais mettre en valeur l’humain qui exerce une fonction. La série prend nécessairement un tournant plus autobiographique quand Jed peint son père, architecte, et tente de représenter le pape du star system de l’art contemporain : Jeff Koons. Alors que sa cote est assez bonne, son galeriste demande à Jed d’essayer d’obtenir pour son catalogue … une préface de Michel Houellebecq. Après une discussion avec son père, Jed décide d’aller rencontrer l’écrivain dans son fief irlandais. Cette rencontre est peut-être l’une des plus inspirantes de sa vie et Jed se met dans la tête de laisser tomber Koons pour faire un portrait de Houellebcq : c’est bien le portrait de l’artiste qui doit clore sa série.

“La carte et le territoire” est comme d’habitude chez Houellebecq un roman extrêmement bien écrit et chirurgical quant à l’observation sociale et psychologique des personnages qu’il met en scène. La structure du roman fonctionne parfaitement – en tout cas dans les deux premiers tiers- et on ne le lâche pas. La réflexion que Houllebecq transmet sur la création à travers ce personnage asocial, mais élégant et obstiné qu’est Jed est juste et profonde. Tout en dépeçant à la fois le milieu de l’art contemporain et le ghotta parisien, Houellebecq en profite pour avancer une analyse percutante de la création en général. Après un tel travail de décentrement, le fait qu’il apparaisse en personnage secondaire est plutôt signe de bonne santé mentale et de volonté de conserver l’humour et l’ironie dans ces domaines un peu trop sérieux. Mais Houellebecq a changé. Ce n’est pas tellement qu’il n’y a pas de partouze ou d’injures racistes dans le texte. C’est plutôt comme si on pouvait y lire une sorte d’apaisement et de tendresse pour ses frères humains. A ce titre, les quelques relations que Jed entretient sont solides et fières : s’ils ne se disent pas tout avec son père, et s’ils se comprennent peu, Jed met un point d’honneur à le sortir dîner, chaque Noël, alors que ce père a été – comme lui- un artiste mais qu’il a du y renoncer : par manque de talent et aussi pour gagner sa vie. Ce père a bien sûr été un peu absent, préoccupé par son travail, mais il a toujours été là pour Jed, après le suicide de sa mère, et pour l’encourager, à sa manière hésitante à devenir artiste. De même, la rencontre du personnage principal avec l’écrivain est un moment tendre, où personne ne fait semblant et tous deux exposent leurs faiblesses pour s’entraider. Bien sûr, ils ne se comprennent pas, mais ce n’est pas tragique, puisqu’ils s’entre-inspirent et tentent malgré tout de s’aider. Même les femmes ont des rôles doux, baignés de cette nouvelle tendresse : il y a la première maîtresse artiste à laquelle Jed repense toujours avec gratitude, et cette carrier woman russe qui le fait “arriver”, comme au 19 ème siècle, mais par amour vrai, non démenti. Bien sûr, il y a des rendez-vous manqués, des piques violentes d’ironies sur le monde des médias, de la pub, et de la police. Mais finalement tous sont attachants et s’attachent, comme dans les tableaux de Jed à remplir au mieux leur fonction. Et ce n’est pas un hasard si Houlelebecq trouve soudainement Jean-Pierre Pernault très avant-gardiste : le culte de l’authentique est moqué mais non dénoncé, dans un roman où tous les personnages finissent par ré-emménager dans la maison de leur parents ou de leurs grands parents, quelque part où la carte marque à peine le territoire, dans la Creuse où ailleurs. Ce désir de retour aux origines semble être la matrice commune, qui permet enfin à l’empathie résignée de dépasser la lumière glauque de bureau avec laquelle Houellebecq nous rejouait, à chaque roman, toute l’école de Francfort.

Michel Houellebecq, “La Carte et le territoire”, Flammarion, 450 pages, 22 euros.

On peut toujours, lui avait dit Houellebecq lorsqu’il avait évoqué sa carrière romanesque, prendre des notes, essayer d’aligner les phrases; mais pour se lancer dans l’écriture d’un roman il faut attendre que tout cela devienne compact, irréfutable, il faut attendre l’apparition d’un authentique noyau de nécessité. On ne décide jamais soi-même de l’écriture d’un livre, avait-il ajouté; un livre, selon lui, c’était comme un bloc de béton qui se décide à prendre, et les possibilités d’action de l’auteur se limitaient au fait d’être là, et d’attendre, dans une inaction angoissante, que le processus démarre de lui-même.” p.254.

Arman sort de ses boîtes au Centre Pompidou

Jeudi 23 septembre 2010

Jusqu’au 10 janvier 2011, le Centre Pompidou consacre une grande rétrospective à l’une des figures majeures du Nouveau Réalisme, Armand Pierre Fernandez (1947-2005) devenu “Arman” à la suite d’une faute typographique sur une affiche. 120 œuvres de l’artiste sont présentées dans un espace qui avance sous forme de cases de jeu de go, et qui permettent de mieux entrer dans les territoires créatifs du maître de l’accumulation, de la coupe et de la colère…

Le commissaire de l’exposition, Jean-Michel Bouhours, a fait le choix d’un parcours thématique qui permet parfaitement d’appréhender la trajectoire d’Arman. Présentant aussi bien de petites pièces rares, que les immenses classiques attendus, comme “Die Wise Orchid” (1962, voir photo ci-contre), voiture dynamitée du photographe Allemand Charles Wip, ou le saccage d’un appartement bourgeois dans”Conscious vandalism” (1975), cette rétrospective permet de comprendre à la fois le résultat/reliquat et le geste d’Arman. Des vidéos et des documentaires parsèment l’exposition, montrant comment l’artiste est parti du fouillis classifié de la brocante de son père pour travailler au plus lisse et design aux côtés de la firme Renault. Elle met également en lumière le souci qu’Arman avait de préparer sa postériorité – par de longs entretiens à propos de son travail, et son goût jamais démenti pour la couleur. Une grande et belle visite dans l’œuvre d’un des maîtres du 20 ème siècle, comme la France n’en avait plus connue depuis la rétrospective de 1998 au Jeu de Paume.

La première section de l’exposition, “de l’informel à l’objet”, nous présente un Arman peu connu, inspiré aussi bien par Jackson Pollock que par Kurt Schwitters ou le typographe du mouvement “De Stijl”, Henrik Nicolaas Werkman. Les “Allures d’objets” d’Arman font penser aux compositions “all over” de l’expressionnisme abstrait, mais portent déjà en elles le souci du geste créatif, et la marque de l’influence de deux grands contemporains : l’autre maître nicois du 20ème siècle Yves Klein, dont certains éléments IKB bleus se retrouvent dans les “Allures”, et le compositeur Pierre Schaeffer : la musique concrète et le travail d’étirement des sons sont une des sources d’inspirations d’Arman pour étirer la matière sur ses toiles. Déjà, nous dit Arman, “il y avait l’idée de la trace, de la marque, de l’instantané, du désordre, plus que de l’empreinte”.

A partir de la toute fin des années 1950, Arman regarde d’un autre œil les boîtes où il entasse les petites pièces qu’il colle dans ses tableaux. La deuxième section de l’exposition “Les poubelles, le plein” se concentre sur ce tournant central de son œuvre. Comme l’avaient fait les surréalistes, Arman quitte le plat vertical du canevas pour passer à la mise en boîte. S’il partage avec les avant-gardes des années 1930 le goût de la collection et un humour prononcé (qu’on retrouve dans tous les titres des œuvres et dont Arman ne se départira jamais), le Nouveau Réaliste (l’exposition manifeste du groupe a eu lieu en avril 1959 à la Galleria Apollinaire de Milan) pousse l’accumulation d’objet jusqu’à l’absurde, et va chercher les vestiges déjà présents de notre civilisation industrielle pour créer un sain malaise. Ainsi, de l’exposition “Le Plein” (1960) à la galerie Iris Clert, qui fait pendant au retentissant “Le vide” organisé par Yves Klein peu avant : Arman bourre la galerie de détritus classifiés, et ce jusqu’au plafond. L’invitation était elle-même une petite boîte (voir photo ci-contre).

Ce n’est donc pas un hasard si l’artiste commence ce travail sur l’accumulation avec ses célèbres “Poubelles”, œuvres pleines de dérision et marquant une époque, mais surtout portraits-robots d’Homo Faber contemporains retraçant des personnalités. Parfois Arman, les met en pot, “au naturel”(Voir photo ci-contre).

Les masses d’objets mis en boîte sont énormes, et le caractère périssable de certaines matières oblige Arman à trier ce qu’il empile tout au long des années 1960. Mais à partir des années 1970, le plastique à polymérisation rapide permet à Arman de recouvrir tous types de déchets, y compris périssables et de les conserver. Cette nouvelle technologie a un double effet sur l’œuvre d’Arman : elle rend sa réflexion sur le pourrissement moins directe, et plus symbolique et lui permet également de traiter des volumes beaucoup plus grands. La troisième section de l’exposition “La Masse critique de l’objet” met le visiteur face à d’immenses sculptures de l’artiste, qui sont probablement ses plus connues, telles l’imposante “Grande bouffe” (1973), ou “Home Sweet Home” (1960, voir ci-contre).

La section suivante (n°4), présente dans un même mouvement deux gestes opposés et complémentaires d’Arman : les “coupes” froides et analytique aux côtés des “colères” brûlantes et fracassantes. Dans les deux cas, Arman transforme l’objet au point que le visiteur le voit sous un jour totalement nouveau. Sacrilèges quand elles touchent à de vivants instruments de musique, on apprend que les colères ont commencé par un meuble Henri II (sans titre 1961), saccageant donc la grande tradition classique française (voir ci-contre). On apprend également comment le processus de destruction venait des arts martiaux, dont Arman, tout comme Yves Klein était adepte.

La cinquième partie de l’exposition “Archéologie du Futur” montre le souci d’Arman de conserver le plus longtemps possible les restes de ses découpes et de ses colères. L’artiste a alors expérimenté plusieurs matériaux pour les préserver : le plastique à polymérisation rapide, bien sûr, mais également, le bronze ( voir ci-contre), ou le béton.

La sixième section de l’exposition retrace le compagnonnage artistique d’Arman avec les industries Renault et met en avant le caractère presque “design” de ses sculptures industrielles.

La dernière section se concentre sur le retour à la peinture d’un artiste parti vivre à New-York et qui exprime donc en anglais et du haut de sa nouvelle nationalité cette renaissance du peintre en lui :” I am a born again painter”. Sans renoncer à tout le procédé d’analyse, destruction, préservation et accumulation d’objet qu’il a mis au point tout au long des années 1966, l’artiste commence dès 1966 à travailler à sa manière des tubes bruts de couleur.

Et cette rétrospective se referme sur une pièce calcinée, noir sur noir, les morceaux épars de meubles XVIII ème batis par la colère et conservés dans le bronze, tentent de résumer l’ensemble du travail de l’artiste : à la fois terriblement moderne, gênant et précieux.


Arman
envoyé par centrepompidou. – Films courts et animations.

Arman“, du 22 septembre 2010 au 10 janvier 2010, Centre Pompidou, niveau 6, de 11h00 – 21h00 jusqu’à 23 h le jeudi, fermé le mardi, et le 1er mai, Paris 4e, m° Rambuteau ou Hôtel de Ville, Tarif plein 12€ ou 10€ selon période / tarif réduit 9€ ou 8 € selon période.

Vous trouverez le lien vers une vidéo de l’INA d’un entretien entre Arman et Ardisson ici.

Dvd : Marie-Antoinette : Sofia’s suicide

Jeudi 23 septembre 2010

Retrouvé dans mon vieux blog mais en prévision du lion d’or, bon à mettre de côté…

Avant Cannes, cela faisait un an que les médias nous rabattaient les oreilles avec la Marie-Antoinette de Sofia Coppola. L’enfant surdouée du réalisateur du Parrain s’est payée le luxe de monopoliser Versailles pendant des mois. Après le succès de ses deux films intimistes et subtils : Virgin Suicides et surtout Lost in Translation, Cannes attendait Sofia Coppola au tournant.

Pari raté et Versailles manqué pour la jeune femme. Son Marie-Antoinette inspiré du livre d’Antonia Fraser est 100 % américain et terriblement lourd. La finesse, qui était son image de marque, ne traverse pas les brocarts méticuleusement reconstitués du XVIII e siècle.

Par-delà les fastes, les dorures, les perruques et le budget astronomique du film, Sofia est une grande fille toute simple qui rêve sa reine Kirsten sous les traits d’une pure et mystérieuse adolescente. Bref, Marie-Antoinette, c’est Virgin suicides 2, Sofia reprend Kirsten Dunst et plaque à nouveau sur son visage diaphane le mystère des femmes à peine pubères. Comble d’ironie, Marie-Antoinette selon Sofia Coppola est prude : elle n’a que mépris pour la maîtresse de Louis XV, La Du Barry (piquante Asia Argento) et un seul amant qui ressemble étrangement au Ken des poupées Barbie. Mais le spectateur n’y croit pas : Kirsten Dunst n’a plus 17 ans, et Sofia non plus.

En tout cas, la réalisatrice a bien réussi dans la vie et n’a plus les mêmes obsessions gothiques. C’est donc sa joie de vivre qu’elle imprime au personnage de Marie-Antoinette. A force de caresser les fleurs, les chiens, les enfants, de s’étirer sensuellement dans son lit et de se goinfrer de champagne et de macarons, la froide autrichienne finit par donner une image sensuelle.

Mais l’ennui de la belle dans la cour de Versailles, où elle n’a pour divertissement que le jeu, une ou deux amies et un bref amant n’a d’égal que celui du spectateur, qui se demande bien quel épisode il a raté pour ne pas comprendre le point où Barry Lindon et l’Attrape-cœur de Salinger se rejoignent. La caméra a beau s’appesantir sur les courbes en mouvements de la belle Kirsten dans les somptueux couloirs, l’effet est nul.

Le message de Sofia Coppola ne s’est perdu dans aucune traduction : il ne passe pas, c’est tout. Quand après une première heure et demie de concentration sur le problème majeur de savoir si elle couchera avec Louis ou pas, Marie-Antoinette déclare fermement à son ambassadeur : « I won’t let you down » (je ne vous laisserai pas tomber), l’effet est du plus grand comique. De même, quand l’actrice se jette dans les bras de tout le monde pour leur faire des « hugs » affectueux, le spectateur reste abasourdi. Oui, l’étiquette de Versailles peut sembler absurde à une Américaine. Pas à une Viennoise.

Mais passons avec magnanimité sur les aberrations historiques et les anachronismes. En filmant la part privée d’un personnage public et en la cantonnant aux trop sages jardins à la française de Versailles, Sofia Coppola enterre une mine d’or et transforme un sujet exaltant en une lente fausse couche.

La caméra s’enlise et même la musique est mal maîtrisée. L’héroïne privée de walkman se shoote au baroque, musique à laquelle Sofia Coppola n’entend goutte et qu’elle cherche à compléter par du « haut Rock », plus bruyant que vivant. La cacophonie est achevée par les inévitables morceaux de Air.

Bref, ce Marie-Antoinette est un cataclysme en boudoir, et le pire, c’est qu’il risque de faire un carton aux Etats-Unis. Quant à nous, quitte à nous plonger dans les fastes romancés de la Cour, nous retournerons lire le Stefan Zweig de nos jeunes années.