Archive pour la catégorie ‘Citations’

Chapitre 4 d’un roman dans lequel j’apparais sous mon propre nom

Samedi 28 février 2009

Il paraît que je prends trop de plaisir à visiter les abîmes, je me contente de répondre que je fais comme je sens, au moment où ça me chante. Or, un de mes amis new-yorkais qui se trouve être l’écrivain le plus génial que je connaisse m’a suggéré récemment de tout arrêter pour me faire faire des cartes de visite avec pour simple titre “Muse”.  Premier round de la muse amusée, avec ce texte de mon grand frère adoré, Pascal Szulc. Le rockeur au grand coeur a fait mon portrait dans son premier roman (en écriture). Je me permets une minute de narcissisme bien méritée. Mais c’est pour la bonne cause : j’aime beaucoup son écriture rock’n’roll avec BO intégrée.La scène est évidemment totalement vécue.

J’en profite pour illustrer le texte de Pascal par un lien vers un dessin qu’il m’a offert lors de mon dernier passage à paris et inspiré du roman qui a déchiré mes 17 ans : Belle du Seigneur.

“Pascal Szulc, Chapitre IV, La nuit du verseau

Six mois plus tôt. Fin de Yom Kippour. J’ai eu du mal à jeuner, pourtant je ne mange pas le reste du temps. Mais ici, il fallait faire face à un interdit, aller au-delà de la volonté de mauvaise haleine. Une rescousse intuitive en quelque sorte. Yaël sonna à l’interphone.
– Qui est-ce ?
– Ya chéri !
Ya débarquait de New York. Tout le monde l’appelle Ya, notre Salomé géniale à la recherche de l’homme plus intelligent qu’elle. Nous, Laurent, Eric, Le chat, moi et quelques autres l’adorons, la vénérons, ne la touchons pas – c’est Ya qui touche. Ya est un esprit dans une pulpe réalité ; une Pitie exaltée sur un dancefloor mondialement culturel. Tellement de choses à dire sur ma sœur, sa poitrine généreuse, ses lèvres rouges, son rayonnement intellectuel et sa générosité de fée sans clochette, son appétit de la vie et des petits vieux « enfants cachés » et convertis qui nourrissent sa thèse et sa tolérance. Ya peut parcourir seule Israël, de kiboutz en kiboutz, appareil photo et magnétophone au poing, du nord au sud, de bus en bus, pour saisir une vérité, une émotion. Vanessa a de quoi en être jalouse .
Il se retient de ne pas envoyer un sms, se retient. [Garde l’esprit, coupe-toi la main, elle repoussera.] Il rampe et déambule comme un crabe.
– Je ne vais pas bien chérie .
– Oups ! Pourquoi est-elle partie ? Le jour de Kippour, c’est pas gai.
– Ok pour le symbole petite sœur, mais il n’y a pas de jour pour ça.

[Yaël est un mélange d’Hannah Arendt et de Simone de Beauvoir, la pure intelligentzia du second sexe, la volonté de l’esprit et l’insouciance de BB dans le mépris. Ya va droit au but avec hauteur d’esprit et bas noirs, vélib et Ferrari, Verdi et Benjamin Biolay . Yaël est juste merveilleuse et juste. Sans préjugé, convertie à l’humanisme chrétien, un tourbillon chaud doué de la plume, une communicante de la prochaine génération, à cheval sur les hommes, la modernité et la tradition. Ya est une Barbara qui aurait été guérie de l’anorexie, avec l’amour d’un père pur et savant, goûtant autant les cocktails inconnus que les dernières productions cinématographiques japonaises. Ya est un blog à part sur les réseaux nets. C’est ainsi que nous nous sommes connus. J’écrivais compliqué, intelligent, reconnu, mais compliqué, pas assez Inrockuptible, éloigné de mon Henri Miller de base. Un an de journalisme avec son allure virevoltante de Reine de la nuit, et je fis naître mon écriture d’ashkénaze pop romantique.]

Orphée – (Monteverdi 1610)

– Je ne suis pas rassurant, je crains. J’entends matériellement rassurant. Regard, je fonctionne encore avec une carte téléphonique. Ce n’est pas rassurant ça, une carte téléphonique. C’est Vanessa qui me rappelait. Et puis ma voiture, sans chevron apparent, sans lecteur cd. Et les vacances ? pas foutu de l’emmener en week-end dans un hôtel classe pour faire l’amour dans un jacuzzi.
– Si chéri, tu es une âme pure, un coeur sans fond. Que peut-on vouloir de plus qu’une bonne relation de cul et une communication de chaque instant ? Quelle femme n’aimerait pas qu’on lui écrive tous les jours des lettres comme les tiennes ?
– Les béquilles, mon cœur, les béquilles. Elles ont besoin de béquilles pour se retrouver. Le réflexe normal sécuritaire. Tu sais bien, il figure dans les droits de l’homme, enfin je devrais dire dans les droits de la femme.
– Quelles béquilles BB ? lexomile ? Sécurité matérielle ?
– Yes. Lexomile-Deauville, Hôtel Royal, Matis Paris 8éme, la vie des parents, l’avenir des enfants . . . la carte gold, la fin des angoisses des pensions alimentaires jamais payées par un schmoK (un imbécile en Yiddish) … no risk et no future pour moi.
– Eh, oh, positif Aaron le Bain Chaud. Pas de critique hâtive de la nécessité d’être « opportuniste ». C’est tout aussi moral que le reste. D’un côté je comprends son attitude, et de l’autre je suis furieuse de voir dans quel état tu te trouves. Tu vas voir quelqu’un ? Un psy ?
– Non. Ni médoc, ni psy. Je m’endors tous les soirs comme Jacob dans le désert, la tête posée sur une pierre en disant « Bonne nuit chérie , sois heureuse. »
– Pas même un sms, un mail ?
– Combien ?
– Combien de quoi ?
– Combien de kilos j’ai perdus ?
– Cinq ou sept, mais c’est plutôt le côté positif, not ? Bon, couche-toi je descends chez Pho chercher des nouilles sautées et un « tout saumon » .
Ya prend son sac Gucci, me sourit. « Moi, je l’aime bien ta bagnole pourrie ! ».
I heard it thru the grappewines . (Marvin Gaye reprenant Creedence Clearwater revival)

BB de la nuit se penche à la fenêtre comme un romantique aspiré par le vide. Pas besoin de petite mort. Croire, croire comme il l’a toujours fait avec ce sentiment optimiste qui le caractérise. Il danse comme un dervish tourneur sur le lit, referme la fenêtre, hurle VANESSA. Sur son bureau, une pile de serviettes en papier blanc. Il écoute les musiques de film de Nino Rota, la Strada plusieurs fois. Il étale une nappe de ces essuie-bouches jetables, prend son tempo fétiche noir, s’assoit sur l’escabeau bas que Vanessa lui a légué, efface les traces de lichen sur sa peau, frotte avec les ongles, se lève brutalement direction la douche, le sanex, la crème pour les cheveux, déodorant, rasoir, anti-rides, la main le tient au cou, il se sentirait presque en érection. Il revient trempé à sa table comme une urgence et trace sur la nappe improvisée.
Ecriture surréaliste, automatique ? Peut-être. Pourquoi pas. Il écrit sur cette nappe devenant les draps d’un amour inachevé, son empreinte opportuniste.
Je ne peux me protéger de la nuit. Je veux sentir le parfum de ton sexe, le remplir, l’éclairer, le boire, l’anoblir de maturité. Aucune leçon de l’expérience ne vaut un nouveau dessein. Roll over Beethoven, je bouge des hanches, je donne des coups de hache sur le piano du Little Richard boy. Je suis proche d’un rien, le vide creuse mes chakras. Je vois l’aura de Weissman sainte Vanessa dans le ciel avec des diamants et je m’effondre chaque matin qui commence la face noire fondant au blanc sous mes yeux verts en chuchotant ton Nom. Je suis perdu en translation. Face noire de moi même, il est plus facile de t’écrire que de te dire, la distance me blesse et j’aime ça à en mourir. Je sens la vague du désespoir de Rimbaud me saisir au cou et la femme aux bijoux roses me manque tant. « Pourquoi n’ai je jamais été méchant » demandai-je à Dieu ? Mais dieu n’épelle aucun nom, ne me donne rien. Ce que Dieu ne me donne pas, j’irai la chercher moi-même. Mon héroïne me gagne et je rame l’air de battements d’ailes enfantins. Mon héroïne est une ingénue comme Lucy dans son ciel avec des diamants, une aura de Gustave Moreau sur laquelle je n’ai su tatouer de mes mains de créateur le frisson qui m’empoisonne sur le divan vide. I feel like a rolling stone, border line, dark side of the sun. Sa lumière me taillade les veines à coups d’écriture. Mon bassin est plus lourd que jamais. Un serpent vert grimpe le long de ma jambe. J’attends la morsure du temps et vieillir me hante plus que jamais. Moi, qui pensais être le plu initié, j’en meurs. Méchant et léger, solution basique jamais acceptée – Ashkénaze pensif énamouré, des lambeaux de chair m’ont rendu carnivore, en vrac. V.W. flotte dans l’air car le cœur n’est pas à sa place. Alors, je dors et la laisse flotter attendant qu’elle monte au milieu de ce dessein qui m’augmente. Chandelier à sept branches et plume d’une sublime ingénue noyée de cheveux blonds, relevez mon visage que j’y vois plus que ma mort. J’aimerais tant avoir l’âge de mon désir. Tu es ma correspondance. J’écrirai : J’entends Haïr aucune nuit.
– Tu as pris la clé, tu as bien fait.
– Viens chéri, je vais te donner la becquée.
Ya, au pseudo si positif, de vingt-cinq ans sa cadette devient sa mère, s’allonge sur les matelas à même le sol après avoir disposé le « Tout saumon », fait chauffer le saké et le thé. Certains pourraient croire qu’il s’agisse d’homéopathie sentimentale. Aaron, se droguait au patchouli. Le patchouli ! Les Marines inondaient les champs vietnamiens pour masquer l’odeur du napalm de patchouli aussi. Dans sa bibliothèque aux étagères sans nombre, sorte d’installation à la Buren jouxtant une lithographie sur le béton ciré, de 12 m2 d’Uriel Goldberg, siégeait ce petit fétiche en peluche, le seul à côté d’une menora à neuf branches.
Elle prend la tête de son frère dans les mains, le caresse, capture sa douleur à bras le corps. Il ne dit rien mais consent à s’abandonner, un temps juste un temps. Ses yeux se ferment. Il s’endort, un ours en peluche parfumé de patchouli lui fait face sur la cheminée. Il y a des pansements qu’on ne devrait pas garder plus qu’il n’est nécessaire, au risque de l’auto-infection. Aaron murmure à Ya « merci chérie » et « Bonne nuit Vanessa, sois heureuse. »
You’re my sister (Antony and the Johnstons)”

http://www.facebook.com/note.php?note_id=53130833774#/photo.php?pid=1062376&id=539299823

Merci Matthieu

Mercredi 28 janvier 2009

Je retranscris le texte de Matthieu Grimpret, paru dans le Monde du 27 janvier. Rien à ajouter. Si ce n’est que c’est mon ami, que je l’aime, et que je le remercie. Et que la liberté de son profond catholicisme m’émeut plus tous les jours.

J’ai honte d’être catholique”, par Matthieu Grimpret

Il y a dix ans, j’étais en train d’écrire un livre qui connut un certain retentissement et que certains ont même qualifié de “manifeste de la génération Jean Paul II”. Dans la fougue de mes 20 ans, je lui avais donné un titre un peu grandiloquent, La Révolution de Dieu, et un sous-titre sans ambiguïté : Jeune, catholique et heureux de l’être (éd. Anne Carrière, 2000).

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Dans ce livre, je dévoilais la joie qu’un jeune du XXIe siècle peut éprouver à découvrir que le Christ Jésus est proche de lui, partout et tout le temps. S’il fallait le réécrire, je le ferais sans problème – quoique avec moins d’ardeur, le temps ayant fait son oeuvre et douché maintes illusions…

Et pourtant, aujourd’hui, pour la première fois de ma vie de croyant, j’ai honte d’être catholique. Le pape Benoît XVI vient de mettre fin à l’excommunication qui touchait les quatre évêques schismatiques ordonnés par Mgr Lefèvre. A la rigueur, le principe de cette mesure où, d’après le Cardinal Ré, signataire du décret, le pape se montre “sensible, comme le serait un père, au malaise spirituel manifesté par les intéressés à cause de la sanction d’excommunication”, peut se comprendre. Il ne m’appartient pas d’en juger.

En revanche, je ne comprends pas – et c’est la raison même de ma honte – qu’on ouvre les bras à un homme, Mgr Richard Williamson, dont l’antisémitisme et le négationnisme sont désormais de notoriété publique, puisqu’il a déclaré, il y a peu, à une télévision suédoise : “Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz (…). Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz.”

C’est en effet très troublant. Peut-on croire que les services de la Curie romaine n’ait jamais eu vent des pensées et des propos douteux de ce prélat ? Si c’est le cas, on regrettera l’extraordinaire légèreté avec laquelle cette administration a agi, négligeant de se pencher sur les positions de Mgr Williamson concernant le judaïsme, domaine pourtant crucial puisque le judaïsme est, selon le pape lui-même, “la matrice éternellement vivante et valable” de la foi catholique. Et si la Curie romaine savait et a malgré tout oeuvré pour que soit levée l’excommunication de cet homme, il ne nous reste plus que nos yeux pour pleurer et nos prières pour supplier le pardon de Dieu.

Car, dans ces conditions, cela signifie que les analyses un peu faciles selon lesquelles le pape et son entourage ont décidé, au nom de la lutte contre le relativisme, de fermer les écoutilles et de ne plus prêter attention au monde qui les entoure – ces analyses ne relèveraient pas que du fantasme. Le pape est-il vraiment en train de faire reculer l’Eglise ?

Je suis un esprit libéral, certes, mais dans un corps conservateur ; l’obéissance à l’autorité légitime est pour moi une question de principe ; je crois avoir toujours fait preuve, en tant que baptisé, de la plus grande fidélité possible au Saint-Père ; je répugne même à critiquer en public les enseignements du magistère avec lesquels je suis en désaccord total – non parce que je n’en aurais pas le droit, mais parce que, dans mon esprit, le chef est le chef…

Mais là, désolé, non. Non possum.

Il me serait facile, et sans démagogie aucune, de mettre en balance le sort réservé à Mgr Williamson, négationniste affiché qu’on vient de rétablir dans la communion de l’Eglise, et celui des paroissiens de base, comme j’en connais beaucoup, qui sont divorcés-remariés et ne peuvent pas, eux, communier au corps et au sang du Christ. Le personnel de l’Eglise donne au monde la détestable impression que, pour les catholiques, il vaut mieux être antisémite que divorcé…

Depuis qu’il est arrivé sur le trône de saint Pierre, Benoît XVI a placé au coeur de son action pastorale la notion de “non négociable”, c’est-à-dire l’idée selon laquelle certains enseignements de l’Eglise, qui ne relèvent pourtant pas de la Révélation et du dépôt de la Foi, n’en constituent pas moins des pierres d’achoppement sur lesquelles il n’est pas possible de transiger. Il s’agit notamment de toutes les questions d’anthropologie, de morale sexuelle, de défense de la vie. A titre personnel, j’estime qu’il s’agit d’une fuite en avant de nature idéologique, à rebours de l’Evangile. Mais, après tout, qui suis-je pour juger les idées du pape…

En revanche, je crois être en droit de réclamer, comme beaucoup de catholiques, et pas uniquement les officines progressistes, une explication sur le point suivant : voter pour un candidat compétent mais qui refuse de s’engager contre la loi Veil, c’est non négociable ; par contre, rendre toute sa place à un évêque qui nie la Shoah et tient des propos inhumains, c’est tout à fait négociable – et ce au nom d’une unité qui, du reste, constitue un véritable leurre.

Eh bien pour moi, la Shoah, c’est non négociable. Et, dans les jours qui viennent, quand je serai amené, à travers mon engagement au service de l’amitié judéo-chrétienne, à rencontrer mes “frères aînés dans la foi” de l’Alliance israélite universelle ou de l’Union des patrons juifs de France, “je ne rougirai certainement pas du Christ”, comme le dit saint Paul – mais, oui, j’aurai honte d’être catholique.
Matthieu Grimpret est essayiste, professeur d’histoire, chercheur en théologie politique. Il est l’auteur de “La Révolution de Dieu : Jeune, catholique et heureux de l’être” et de “Dieu est dans l’isoloir”.

Matthieu Grimpret