Archive pour août 2016

Suite Française

Mercredi 17 août 2016

1- Sous les tilleuls

Je verrouille l’article
Au plus près de mes propres interférences
Pour crayonner
En stabiles nuisance
La nostalgie des libertés

Un peu en France, beaucoup à l’étranger
Je vole, je pleure, en défense
Libre mais seule,
Je suis faible et entourée

Libre et vivante,
Sauf les nuits, lisses à ronger
Le fantôme de la confiance
Les pilules assourdissantes du regret
Et l’épaisseur froide de ta lâcheté.

Sans la puissance de ton cou trop parfumé
Sans la portée d’un ticket d’abondance
Et avec des kilomètres de secondes à combler
Je me tords, trahie et étranglée.

Nonchalantes heures de pure souffrance
Les jambes sont balafrées
Au cœur napalm d’une endurance
Au patins barbouillés du rejet.

Je me réveille chaque matin en espérant avoir rêvé

Sans la chaude présence de ton boyau
Rayant d’un trait mille et un projets
Je reprends la course des hautins
Sans savoir à quel crochet
Attacher mes errances
Et mes intestins et mon fort –
Tous sont sortis, extraits, dénoyautés
A grandes enjambées d’archets

Je ne comprends pas l’inconstance
Moi qui n’avais rien demandé
Je paie comptant et froissé
Un impôt que seul toi a frappé
Toi et ta mort si blanche
Toi, l’unilatéral dictateur de l’échappée

Je devrais frotter un bas contre la France
Et rebondir sur mes deux volets
Mais chez moi c’est plein de ton absence
Vide de sens de joie
Et mon cœur est un figuier percé

J’aimerais que l’effroi quitte résidence
J’aimerais arrêter de couler
Libre et si peu  vivante,
Je suis caution à disperser
Je suis coupable d’imprudence
J’ai baissé l’ongle, quand j’aurais dû griffer…

***

2 – Carmes Profanes
Repassés par tous les stades
De la chamade et l’effeuillé
Le visage franc et le flanc fripent

Nous avons filé le carnage
Au chas d’une passion éveillée
Révolte des yeux
Au-dessus de corps ombragés

Dans Paris mille fois répété
Les cocktails ont un bien beau plumage
Et strient la tendresse d’une clé conservée.
Du deuil-crème au café volage
On lévite en terrasse,
A Saint Germain des Près…

Dormir est un naufrage
Pour deux grandes voiles échouées
Et le vent joue à la nage
Dans les cordes de l’irrationalité
.
Dans les cheveux en bataille
D’une nuit affolée
Le luxe du langage
Donne la force de se tenir embrassés.

Le souvenir proche déraille
Et verrouille sur la peau lisse et salée
Le poids d’un cou abrasé.
La légèreté d’un geste peu sage
Remet à zéro la mêlée
Et dénude la plaie sarcophage,
Dans le reflux aigre du danger.

Pied en main, il faut recommencer
L’intolérable partage de voie lactée.
Tout est alerte et rien n’est rage
Quant l’attente lace le dos dénudé
Comme un corsage très affecté.

Chacun vivra impasses et passages
Chacun, le ciel dedans et la morsure au carré
Et un lacet finira la page
Pour que l’encre tourne d’amour – même incomplet
Le livre s’écrit, papier collé
Et les deux draps alitent l’Après.

***

3 –  Danser pour le Sultan
L’orée orange du temps Pelé
Change le ciel d’un trait d’air frais
Les retrouvailles nous arrangent
Sous le drap blanchi de Judée

Un pli joli et deux échanges
Je bois du lait sous le harnais
Le pied explosé de la peau tranche
Un sang incertain à travers froid carné.

Tout nous sourit puisque tu manges
La vie par deux portées
Tout s’éclaircit puisqu’on dérange
Un cri et son présent
– imparfait-

Inquiétante danse de ceux qui rangent
Les promesses dans un casier
Les projets dans une tranchée
Et leur boue, peu à peu
Me démange
Salée comme un lac mort
Et brûlé.

Je flotte en biche halée
Entre un sentier connu d’enfance
Et les franges ingénues de la fragilité

220 volts par intermittence
La statue d’artiste pèse le cuivre
Et le plomb et la cendre
Au toit rouge et humide de l’étranger.
220 jours pour reconnaissance
Le mur du son s’étire dans l’étrangeté.

La joie dièse en dramaturge pleine de science
Et j’oscille sur le courant si juste de la fierté
Ivre de soleil
Droguée de mais
Je tiens en laisse la prudence
Et j’ai perdu l’étoile d’un bouclier
La souffrance siffle en purge de toute confiance
Sur les plumes brunies d’une épopée.

Battant les si
Crevant les  rois
Je ne quête, ni n’avance
Mais profite de cette puissance:
L’émotion d’une proximité

Malgré toute notre présence
L’étoile semble tourner
Au gré des mais, au vent des si
J’hésite encore a trop rêver.

***

4- Coda impossible
Crier paisiblement la faim
Dans l’éternuement du sacre en soi
Subitement de nacre,
La nette alacrité appelle
La compagnie des spectres.

Salomé, tu n’a pas fini de valser
Sur des tranchées d’écharpes
Qui tiennent les deux bras
Et étouffent des nuques acharnées.

Pourtant, nos mains sont enlacées
Quand le souci de l’autre vaut soin de soi.
Encore un autre spectacle
Et tu trouveras la foi
Claire, concise :
Au plus près.

La folie de la fête est passée
Les crises se passent
Solidarités…
Le quotidien lumineux entre
Comme un chant de terre grasse
Et si l’effort n’est pas sans traces
L’élégance reste agrafée a la falaise

Des contrebas, Des irrités
Cor de chasse et pas chassés
La jarretière s’efface à même la peau
Le don rapace des vieux amants
Crayonne le jour, apprivoisé.

Des prénoms clignotent et passent
Mais le cil demeure, prêt au combat
Prêt à cligner.