Archive pour 11 octobre 2010

Cindy Lauper : Je n’ai jamais pensé au Blues comme à autre chose que du Rock’n roll

Lundi 11 octobre 2010

Jolie Interview, dont je suis, il faut bien le dire assez fière.

1) Toutes les copines étaient mortes de jalousie

2) Après l’affreuse expérience Nick Cave, j’ai eu très peur, mais Cindy Lauper a l’âge de ma mère et son énergie et sa gentillesse. Ce beau moment passé ensemble et où elle m’a confié des choses assez personnelles, s’est fini en happy end américain : un grand hug, qui avec l’accent de Brooklyn m’a rendue toute chose et toute nostalgique de Brooklyn. Merci à Lare et Thomas…

Connue pour ses textes et compositions originales comme « Girls wanna have fun », « Time after time » ou « True colors », l’icône des années 1980 a surpris son public en sortant au printemps dernier un onzième album studio compilant de grands standards de Blues, interprétés par Ida Cox, Robert Johnson, ou Muddy Waters. Et Cindy Lauper a quitté New-York natal pour enregistrer à Memphis même son « Memphis Blues », entourée des plus grands musiciens du genre : le guitariste B. B. King, l’harmoniciste Charlie Musselwhite, le pianiste Allen Toussaint ou encore la chanteuse Ann Peebles. Ce retour aux classiques n’a pas empêché Cindy Lauper de rester elle-même : sulfureuse et engagée, aux côtés de Lady gaga dans la campagne anti HIV pour les rouge à lèvres MAC et dans le jeu de téléréalité de Donald Trump sur NBC : The Celebrity Apprentice. La chanteuse a d’ailleurs donné une véritable performance live du premier single de son CD, « Just your fool », lors du final de l’émission.

Alors que l’album « Memphis Blues » est finalement sorti en France le 28 septembre dernier , c’est avec une folle chevelure rousse et une énergie communicative que Cindy Lauper a répondu aux questions de toute la culture.

Est-il vrai que les femmes extravagantes n’ont pas le blues ? (« Wild women don’t have the blues » est le titre d’une chanson de Ida Cox reprise sur le dernier album de Cindy Lauper )
Absolument, je pense que le message de femmes comme Ida Cox qui a écrit cette chanson, Memphis Minnie, Bessie Smith et Ma Rainy –elles étaient les premières féministes- était que « Girls just wanna have fun ». Je pense que c’est vrai, si tu es wild et que tu gardes un cœur sauvage, ce qui est extrêmement difficile aujourd’hui, cela te libère. C’est pourquoi je crois qu’Ida Cox a dit cela.


Vous avez quand même le blues de temps en temps ?
Bien sûr ! Toutes nos vies sont emplies de blues. Mais une des caractéristiques du Blues, c’est qu’il remonte le moral. C’est sa meilleure part.

Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir au Blues ? Et pourquoi être allé jusqu’à Memphis pour enregistrer votre album ?

Je l’ai fait exprès. J’ai toujours voulu faire cet album. J’ai déjà essayé en 2004 et ca n’avait pas marché. Mais les choses arrivent toujours pour une raison. Quand je lisais les journaux, il semblait que tout le monde avait le blues. Il était temps de faire quelque chose comme ça aux États-Unis et partout dans le monde, les gens avaient sans arrêt le blues, à la maison et au travail, partout. Et j’étais enfin prête et je suis allée à Memphis. Et c’était la chose juste à faire. Tu sais, les vieilles chansons font partie de notre héritage. Et je pensais que ce serait bien de choisir des chansons qui sonnent comme si elles avaient été écrites aujourd’hui. Parce que cela montre comment l’histoire se répète. Et j’ai aussi choisi de chansons qui donnaient de l’énergie. Le blues a été écrit par des gens qui étaient opprimés. C’était des gens opprimés et ils ont quand même choisi d’écrire des chansons qui remontent le moral.


Mais n’était-ce pas trop difficile de changer de registre ?

Je n’ai pas eu cette impression. Toute la musique moderne est basée sur le blues. Pour moi, c’était une manière de revenir au début, à l’origine du rock’n roll. Quand j’ai grandi dans le rock’n roll, je n’ai jamais pensé au blues comme à autre chose que du rock’n roll. Pour moi, c’était un retour à la maison. Quand je chantais avec tous ces grands artistes, c’était comme renaître ailleurs, et c’était extrêmement bon. J’ai eu la chance de rencontrer Charlie Musselwhite, J’avais déjà travaillé avec Allen Toussaint dans un CD réalisé pour une opération de charité après Katrina (vous pouvez voir leur duo « Last Train/ I know » ici.)
Et c’était un plaisir de le retrouver, car il est fantastique. C’est une personne merveilleuse et l’un des plus grands pianistes vivants. Juste magique. Et, Mon Dieu, BB King… C’étaient tous des trésors américains. En plus, ils ne savaient pas qui j’étais, ce qui était aussi formidable. Il n’y avait pas d’attentes, pas de notions préconçues. Juste cette femme aux tenues un peu étranges qui vient avec des chansons qu’elle a choisies. Ils ont aimé la sélection, mais ne savaient pas si elle pouvait chanter ou pas. Et tout ça c’est très bon !


Cela vous a-t-il donné envie de continuer dans le Blues ?

Il y a des chansons que je n’ai pas pu mettre dans cet album et que j’aimerais tellement enregistrer, j’ai pu mettre de Ma Rainy, mais il y a d’autres chansons que je trouve géniales. Ou des chansons de Memphis Minnie. Cela voudrait dire faire un autre album blues. On va voir si je peux le faire.

Chanter du Blues, est-ce une discipline très différente du chant pop ?
Non tu chantes plus. Dans la pop tu ne chantes pas tellement. Mais moi, quand je chante le blues je dois faire attention à ne pas trop chanter. Parce que la musique n’est pas ce que tu chantes, c’est ce que tu ne chantes pas. Et vraiment le groove est roi. Tu dois coller à tout ce qui sert le groove, raconter l’histoire, et t’ancrer dans le rythme. Et on ne joue pas tous la même chose. La musique est basée sur des appels et des réponses. Tous ces appels et réponses créent un appel intérieur. Cet appel intérieur, placé sur la juste portée, va ouvrir ce lieu pour la rendre hors de ce monde. C’est ça qui est tellement prenant dans le blues. Dans la musique en général, d’ailleurs. C’est ça qui te fait revenir en arrière. En tant qu’artiste, c’est une leçon très importante. Oui, il y a des jours où tu es bon, des jours où tu es mauvais. Mais le plus important est de toujours écouter ce qu’il y a à l’intérieur, et entendre le chemin et poser le pied le plus ferme possible sur ce chemin.
Par exemple, j’ai travaillé avec un chorégraphe. En général, quand je danse, je suis libre, je n’ai aucune idée de ce que je fais. Mais ce chorégraphe, Louis Falco, très connu pour avoir fait la chorégraphie du film de Fame, m’a envoyé cette lettre que je garde toujours dans ma boite à musique. C’est une copie d’une lettre de Martha Graham écrivant à Agnes de Millle. De Mille faisait Appalachian Spring (ballet composé en 1943 par Aaron Copland, ndlr). Et elle n’était pas contente d’elle-même. Martha Graham lui a écrit à ce moment-là qu’il était de son devoir de laisser les vannes ouvertesz et de continuer. Il y aura toujours des moments où l’on n’est pas content que ce que l’on fait, où ce n’est pas assez. Mais c’est la malédiction de l’artiste.

De quoi êtes-vous le plus fière dans cet album ?
Ce dont je suis le plus fière à propos de « Memphis Blues », ce n’est pas moi, c’est que je chante avec ces gars. Je suis éblouie par la manière dont ils jouent et de l’esprit que le disque parvient à capturer. Ca c’était incroyable. C’était live et a été pris en cassette. Et moi, j’ai tout fait pour rendre l’habillage, la couverture, aussi joli que possible. J’ai utilisé des images de Ma Rainy. J’ai travaillé avec Ellen von Unwerth qui avait fait la campagne MAC Viva Glam (Rouge à lèvre spécial dot les ventes ont alimenté le fond d’aide de lutte et éducation des femmes contre le Sida. Après Fergie, Cindy Lauper a été l’effigie de cette campagne, aux côtés de Lady Gaga, au printemps dernier ndlr). Et nous nous sommes inspirées de cette ambiance Boudoir de la campagne Mac. Pour la campagne MAC ça marchait car nous parlions d’une maladie sexuelle, donc la campagne devait être sexy, parce qu’il s’agissait de sexe, d’une maladie sexuellement transmissible. Mais en le faisant je me disais que le Blues était également très sexe. Donc il devrait aussi y avoir cette ambiance boudoir. Si tu regardes la manière dont Ma Rainy s’habillait et à la manière dont Bessie Smith s’habillait, et même Robert Johnson, il y avait un côté féminin et un côté masculin. Ma Rainy s’habillait comme un homme, dans un costume. Bien avant Dietrich. Même si j’aime Dietrich, come on ! Je l’adore. Je pensais qu’il était important de combiner ces visuels : la mythologie du serpent, l’homme et la femme. Qu’et-ce qu’être une femme dans toute l’histoire d’Adam et Eve ? Je ne pense pas que le serpent soit le pêché ou comme des vieux moines catholiques romains du Moyen-âge l’ont inventé. Moi je pense que le serpent représente la régénération, parce que quand tu regardes cet animal, il perd sa peau et la reconstitue. Pour moi, c’est une histoire d’enfant et de régénération…

Quel public a touché ce nouvel album ? Les fans de Cindy Lauper ? Des amateurs de Blues ? Les deux ?
Je n’en ai aucune idée. Ce sont plein de gens différents. En tout cas ils aiment l’album. Memphis Blues était premiers des charts de Blues pendant 13 semaines.Les publics sont mêlés. Mais ça ne me préoccupe plus. Ça ne me gêne pas. Je vais dehors, je regarde mon public, et je chante pour lui. Je ne renonce à personne, à rien et à aucun public. Je veux juste leur transmettre de l’énergie et les animer. Je pense que cette musique a une âme. Et les musiciens avec qui je joue sont tellement extraordinaires, que c’est carrément un voyage. Je refuse de mettre en scène mon Show à l’ancienne, même si les morceaux choisis sont à l’ancienne, parce que ce n’est pas bon de faire et refaire toujours la même chose. Tu dois prendre tes distances et avancer d’un pas parce que sinon, cela devient statique et mauvais. C’est aussi pour cela que l’enregistrement a été fait à l’ancienne, sur bandes analogiques, parce que je ne voulais pas faire semblant. C’est ennuyeux de faire semblant. Je n’ai jamais fait semblant, je n’ai jamais rien simulé. Même pas ce tu sais quoi … (rires)

Le 12 novembre prochain, vous participez à un hommage à John Lennon pour les 30 ans de sa mort au Beacon Theater. Que représente-t-il pour vous et comment voyez-vous cet évènement ?
J’ai toujours été une grande fan de John et Yoko. J’étais une grande fan des Beatles et de tous leurs projets solo. Et je pense que c’est quelque chose de très important de rendre hommage au travail de sa vie. Il n’était pas plus qu’un grand artiste, il était un incroyable homme de pensée. Il parlait des choses d’une manière qui vous faisait réfléchir. Et il était très honnête et très humain. Très vulnérable dans son humanité. Il ne cachait pas qu’il avait aussi fait des erreurs dans sa vie. Il ne prétendait pas être quelqu’un qu’il n’était pas. J’ai pensé que c’était une grande occasion. Quand j’ai rencontré Yoko Ono, c’était vraiment irréel. Je ne la connaissais pas et je me chantais souvent des chansons de Lennon ou des Beatles à moi-même, pour aller jusqu’au soir. Leur travail m’a vraiment inspirée dans ma vie de tous les jours. Quand j’ai fugué de la maison de ma mère, j’avais avec moi une version de poche de « Grapefruit », le recueil de poèmes de Yoko Ono, et ce livre m’a beaucoup marquée. Je chantais « Remember love » ou « Across the Universe » . Ce sont ces chansons qui m’ont permise de traverser ces épreuves. Parce que c’était très dur quand j’étais adolescente, de trouver ma place. Simplement exister était difficile. Tu sais, parfois tu penses qu’il n’y a pas de place sur cette planète pour toi. Pare que tu es juste différent (“out of step”) des autres. Maintenant je sais que ma différence devait exister pour que je puisse voir les choses avec distance, et que je les comprenne avec une perspective différente. Tout ceci a été une série de leçons qui m’ont été transmises par la vie, au fur et à mesure. Par exemple, j’ai toujours été torturée à l’école, parce que j’étais différente. Au collège, on me jetait des pierres à cause de mes vêtements. Et dans la vie, j’ai pu voir tout le monde s’habiller comme moi. Les gens se sont mis à porter des vêtements qu’ils critiquaient violemment, même pas dix ans auparavant. Et cela a été une grande leçon pour moi, de me retourner et de voir ce qui c’était passé. J’ai finalement compris que ce que je nommais « différence » était seulement une autre perspective. Et cette perspective est ce que j’utilise dans mon travail pour chanter et écrire. Et je ne le comprenais pas vraiment à l’époque. John et Yoko mon aidée, d’une manière indirecte. Et maintenant, je veux être là pour eux. Car, si John n’est plus là, son œuvre est toujours présente.

Cindy Lauper, « Memphis Blues », (Naïve/Mercer Street Records), sortie française le 28 septembre 2010, 19 euros.
Le « Memphis Blues Tour » de Cindy Lauper devrait passer par la France. Les dates ne sont pas encore annoncer, mais gardez l’œil sur le site de l’artiste.

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Tout l’album est en écoute sur Deezer. Voici notre sélection, plus quelques chansons classiques de Cindy Lauper.

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