Archive pour 16 février 2010

Morceau de journal

Mardi 16 février 2010

Plus le temps… entre les trois cours à préparer chaque semaine, les articles des autres à relire, les concours à organiser, mon corps qui fout le camp par manque de sommeil et les amis, je n’écris plus. Ou presque. Pas même la force de mettre en ligne mes articles qui paraissent sur notre tout nouveau tout superbe site de la boite à sorties; et puis en fait dans cette vie de travail, pas grand chose à noter, je deviens un peu dure, les choses et les gens ne m’entament plus. Je me surprends d’indifférence. Parfois je regrette la solitude réflexive de Manhattan où je retourne mercredi pour quelques jours. Excitée sans appréhension et prête à affronter le froid.

Encore un cours à préparer avant demain soir… temps d’aller lire quelques lignes et au lit.

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Pascal Sangla, l’homme-piano

Mardi 16 février 2010

Hier soir, la chanteur Pascal Sangla se produisait avec ses musiciens sur la scène de l’Européen. La boîte à sorties y était et s’est offert une “petite pause” de très bonne musique et de fou rire.

Accompagné par son bassiste et son excellent batteur, Pascal Sangla a charmé son public de l’Européen. Son premier disque “Une petite pause”  vient de sortir et pourtant la salle est déjà pleine. Et prête à s’exclamer à chacune des pitreries du chanteur, extrêmement spirituel et charismatique. Sur scène, trois types de chansons : les chansons mélancoliques d’aaaamoureux sur jolie mélodie au piano (“141”, “si elle a un problème”) et  les chansons qui se moquent des gens (“les papillons blancs” à hurler de rire sur  les faux dépressifs, ou encore une parodie en chapeau d’une ballade moyenâgeuse où le Prince et la Bergère ne se voient pas, lui trop myope, elle occupée à tuer un pou. Commentaire :”Comment, vous n’aimez pas le Fôoolk?”). Mais les plus originales sont les chansons “Pfffouit” (geste de Pascal évoquant une patate s’affaissant sur un canapé) : normal, non? qu’un album qui s’appelle “une petite pause” nous enjoigne à nous détendre “assis par terre !

Sur scène, campé derrière son piano, Pascal Sangla est juste époustouflant. Ses doigts se baladent sur le clavier, changeant de ton ou de registre avec une vitesse foudroyante. Et ses compères suivent ce très très grand pianiste pour nous offrir une musique à la composition riche et subtile et dont l’interprétation touche à la maestria. Manquent seulement une voix qui sache toujours où poser ses ailes de papillon, et SURTOUT, des textes. Ceux-ci semblent vraiment en-deçà de la musique et risquent de classer Sangla parmi les sous-Bénabar, alors que son univers poétique et musical est bien trop riche pour cela.

Un immense pianiste, un homme de scène énergique et un chanteur heureux à suivre absolument.

Pascal Sangla, “Une Petite Pause”, Pilou Prod, 13 euros.(Voir notre article)

Et pour tout savoir sur les prochain concerts de Pascal Sangla, rendez-vous sur son myspace.

Le journal d’une autre au Théâtre Paris-Villette

Mardi 16 février 2010

Tirée des notes codées prises par l’écrivaine Lydia Tchoukovskaïa sur la poétesse Anna Akhmatova durant leurs trente ans d’amitié politique et littéraire, « Le Journal d’une autre » est une pièce intimiste de retour dans la petite salle du théâtre de Paris-Villette. Mise en scène et jouée par Isabelle Lafon, fantastique et complètement habitée par l’auteur de « Requiem ».

Elles ont vingt ans d’écart et leur amitié commence en 1938, au pire moment des purges staliniennes. C’est l’année où le mari de Lydia Tchoukovskaïa est arrêté et exécuté (ce qu’elle n’apprendra officiellement que longtemps après) et où le fils d’Anna Akhmatova, Lioucha est envoyé en déportation en Sibérie. Les deux femems se rencontrent pour « affaires », c’est-à-dire pour parler de la situation. Akhmatova qui avait été réhabilitée brièvement pendant la Seconde Guerre,se trouve à nouveau exclue de l’Union des écrivains en 1946. Elle ne sera plus publiée en URSS, alors qu’elle vit à St Petersbourg, jusqu’en 1961. Tchoukovskaïa se met alors à apprendre les poèmes d’Akhmatova par cœur, car ceux-ci sont trop dangereux et brûlés une fois écrits. Ainsi, le fameux « requiem » restera uniquement dans la mémoire de la jeune femme de 1938 à 1962.

Photo : Fred Kihn

Absolument habitée par le personnage, la comédienne et metteuse en scène Isabelle Lafon redonne vie  à  une Anna Akhmatova, politiquement lucide, à la fois et critique vis-à-vis de ses vers et extrêmement egocentrique et sûre d’elle. Et elle fait trembler son audience quand elle cite et récite des vers d’Akhmatova, en Français et en Russe, en décortiquant les phrases du long livre de Tchoukovskaïa pour rendre hommage avec des mots historiquement justes à la poétesse. En face, nouvelle venue, Johanna Kortals Altes incarne avec blancheur et fragilité cette femme intelligente qui a eu l’idée d’écrire un journal intime à propos … d’une autre. Puisqu’ « on ne peut travailler qu’à mains nues » (I. Lafon) sur cette relation de dénuement et de poésie qu’est celle des deux femmes, la petite salle du Théâtre Paris Villette se prête agréablement aux confidences, vers et réflexions sur les pairs comme Maikovski, Madelstam ou Pasternak. Une table, deux chaises, quelques livres, et un projecteur font l’affaire. Pas de bande-son et pas de grands corps de ballets pour évoquer les âmes sœurs et leurs disparus en train de se construire « un abri de mots » contre l’inviable réalité soviétique qu’elles ne voient que trop clairement.

Un beau spectacle, qui nous plonge dans l’intimité d’une des plus grandes plumes du 20e siècle, et rend compte du bruit et de la fureur de l’Histoire à travers l’attente et les mots des femmes.

photo : Fred Kihn

« Journal d’une autre », adapté du texte de Lydia Tchoukovskaïa (Albin Michel), adaptation, mise en scène et interprétation : Isabelle Laffon, avec Johanna Kortals Altes, rendez-vous mensuel du 8 au 13, février, mars, avril et mai 2010 lun, mer, sam. 19h30, mar, jeu, ven. 21h, dim. 16h, durée 1h20 Théâtre Paris-Villette, Parc de la Villette, 211 av Jean Jaurès, Paris 19e, m° Porte de Pantin, 8-21 euros, réservation : 01 40 03 72 23.

« Et j’ai appris l’affaissement des visages,
la crainte qui sous les paupières danse,
les signes cunéiformes des pages
que dans les joues burine la souffrance ;
les boucles brunes, les boucles dorées
soudain devenir boucles d’argent grises,
faner le sourire aux lèvres soumises,
et dans le rire sec la peur trembler.
Et ma prière n’est pas pour moi seule,
Mais pour tous ceux qui attendaient comme moi
dans la nuit froide et dans la chaleur
sous le mur rouge, sous le mur d’effroi .»
Anna Akhmatova, Requiem

Le meilleur des mondes : A la découverte des collections du Mudam

Mardi 16 février 2010

Jusqu’au 23 mai, le Mudam (Musée d’Art Moderne Grand Duc Jean) montre une partie de son impressionnante collection d’art contemporain sous forme d’interrogation. Le meilleur des mondes dépeint par Huxley est-il le nôtre ? Les 90 artistes contemporains de l’exposition méritent un petit voyage dans la ville de Luxembourg. Surtout qu’au même moment le casino montre lui aussi une vingtaine de plasticiens contemporains autour du thème original et percutant de nos vies quotidiennes dans son exposition « everyday(s) ».

I. M. Pei Architect Design © Photo : Christian Aschman, 2009

Niché dans le parc des « Trois glands » et bâti en continuité avec les vestiges d’une forteresse du XVIII è siècle, le Mudam est l’un des trois musées d’Europe (avec la pyramide du Louvre et le Deutsches Historisches Museum de Berlin) à avoir été construit par l’immense Ieoh Ming Pei. En Pierre de bourgogne et avec d’immenses espaces en verre laissant filtrer des tombereaux de lumière, il est un écrin parfait pour les 423 œuvres de la collection réunie depuis 1996 au sein du Fonds Culturel National, devenu la Fondation Mudam. Le nouveau directeur du Mudam, Enrico Lunghi, qui a pris le relais de Marie-Claude Beaud en janvier dernier, a décidé de montrer dans l’exposition « le meilleur des mondes » comment la collection du Mudam est « une collection engagée dans le monde ». Suivant le fil rouge de l’illustre distopie écrite par Aldous Huxley en 1932, il propose une sélection de110 œuvres (90 artistes)selon 4 thèmes différents et qui racontent 4 histoires totalement ouvertes à l’interprétation du visiteur. Celui-ci est cependant guidé dans chaque thème par une phrase d’exergue, tirée du livre de Huxley.

A l’entrée du musée, le prologue illuminé de Sylvie Blocher doit mettre en parallèle ce chant politique qu’est l’Internationale et ce chant supposément ludique qu’est le cri des 7 nains de Disney (Hey ho hey ho).

Sylvie Blocher, Men in Pink, 2001, © Photogramme : Sylvie Blocher

« De nos territoires » présente à travers le regard de divers artistes nos contrées imaginaires. Certaines sont de violents champs de batailles (superbe plateau de Jan Fabre), des contrées interdites (les dessins de lieux interdits à la photographie d’Alexandra Croitoru), des interrogations sur la langue comme lieu des images (installation de Pierre Bismuth autour du Livre de la Jungle), ou des labyrinthes interdits (salle dans le noir où des fils barrant le passage sont visibles aux rayons ultraviolets de Claude Levêque).

Jan Fabre, Strategieveld (de Slag bij Gulliver), 1998, © Photo : Christian Mosar

Ne manquez surtout pas la poétique fontaine baroque d’encre chinoise imaginée par Su Mai Tse pour lier des époques  et des contrées que tout éloigne.

« De nos visages » présente une image humaine étrangement inquiétante. Dans « Beijing Holiday », Edgar Honetschläger ballade une poupée de Madame Tchang Kaï-Check en reprenant plan par plan le film Vacances romaines de William Wyler. Quelques clichés récents de Cindy Sherman font grimacer de fascination tandis-que les portraits glacés des femmes vues par Katrin Freisäger semblent désincarnées. D’autres grands noms de la photo sont présents dans cette galerie de portraits distordus, parmi lesquels Thomas Struth, Nan Goldin et Gilbert & George. La thématique se clôture par une série de portraits vidéo de Marina Abramovic.

Cindy Sherman, Untitled # 318 (Mask), 1996, © Photo : Christof Weber

« De nos artifices » interroge notre rapport à la nature. Une grande installation de Kim Sooja fait voler la soie délicate de tissus de Corée. Des photos de Gusrky, Günter Förg, et Thomas Ruff dépeignent nos architectures et nos créations en astres ou désastres, tandis que Bruno Baltzer montre un fête foraine fantôme dans la ville de Luxembourg. La thématique se ferme sur une analogie toute baudrillardienne de Claude Levêque entre Auschwitz et Disneyland.

Enfin, au sous-sol, « De nos vies intérieures, de nos rêves, et de nos cauchemars » ouvre la porte vers un univers neo-surréaliste absolument stupéfiant. La traversée de ce sous-sol se fait comme dans un rêve et on laisse lentement son inconscient entrer en résonance avec la gigantesque sculpture de Tony Craigg, avec les Polders de Tatiana Trouvé et sous forme de rire un peu jaune,  avec les poèmes criant leur inanité en néons de Maurizio Nannucci, avec le faux film gore sur le monde l’art du luxembourgeois Antoine Plum (réalisé pour la biennale de Venise en 2005).

Maurizio Nannucci,The Missing Poem is the Poem, 1969, © Photo : Roman Mensing / www.artdoc.de

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore le Mudam, l’exposition « le meilleur des mondes » est l’occasion d’aller découvrir le bâtiment de Pei, sa lumière, et aussi les pièces permanentes du musée : la chapelle pas très orthodoxe et totalement neo gothique de Wim Delvoye, ainsi que le portrait du Grand Duc du Luxembourg par Stephan Balkenhol.

Le Mudam propose également des projections sur grand écran d’artistes des collections dans le cadre du cinémudam.

Et 6 artistes viendront parler dans l’enceinte du musée ce printemps (KimSooja, jan fabre, Chad McCail, Gusrky et Ruff & Becher). Plus d’infos ici.

Danica Phelps

Enfin, en ville, le Casino de Luxembourg est un forum d’art qui vernit en même temps que le Mudam et son exposition « everyday(s) » permet de découvrir – en pleine réflexion sur le quotidien -une vingtaine de jeunes artistes. Parmi eux : Valerie Mrejen que nous ne présentons plus au public français, les vidéastes David Bestué & Marc Vives, qui déforment avec humour tous les gestes du quotidien dans leur appartement de Barcelone, Bruno Baltzer (aussi présent au Mudam) qui photographie avec une violence toute œdipienne son père debout dans une piscine vide et qui se remplit au fur et à mesure que les clichés sont pris, et enfin Danica Phelps dont le journal intime explose en esquisses reproduites après ventes et qui interpelle sur l’intime, la reproduction, et l’argent.

« Le meilleur des mondes. Du point de vue de la collection Mudam », jusqu’au 3 mai 2010, Mudam (Musée du Luxembourg, Musée d’Art Moderne Grand Duc Jean , 3 Park Draï Eechelen, L-99, Luxembourg, TGV gare du Nord-Luxembourg (un peu plus de deux heures), mer-ven, 11h-20h, sa-lun 11h-18h, fermé le mardi,5 euros (TR 3 euros), infos : +352 45 37 85-960.

« Everyday(s) », jusqu’au 11 avril 2010, Casino Luxembourg, 41, rue Notre Dame, L-2015, Lun, mer, ven, 11 h 00 – 19 h 00, Jeu, 11 h 00 – 20 h 00, Sam-dim, 11 h 00 – 18 h 00, 4 euros (TR 3 euros), infos : +352 22 50-455.