Archive pour janvier 2010

A Serious Man : les frères Coen revisitent leur enfance à l’humour gris

Mercredi 13 janvier 2010

C’est seulement à leur 14 e film que les excentriques frères Coen prennent un tournant autobiographique.  “A serious man” revisite le Minnesota et la communauté juive où Joel et Ethan Coen ont grandi à la fin des années 1960. Une comédie plus amère que douce dans la grisaille déjantée de la banlieue consommatrice de tout, y compris des conseils des rabbins.

Larry Gopnik (Michael Stuhlbarg)est un professeur de physique sans histoire dont la vie tombe en morceaux : sa femme veut le quitter pour leur voisin, Sy Ableman (irrésistible Fred Melamed) et l’envoie dormir à l’hôtel. Alors qu’il brigue une position plus importante dans son université, des lettres de dénonciation envoyées par un élève lui portent préjudice, son fils est complétement à l’ouest, à quelques semaines de sa Bar-Mitzvah, et sa fille est obsédée par l’idée de se faire refaire le nez. Par-dessus le marché, Larry doit aider son turbulent frère et éviter les séductions de sa voisine. II ne faut pas moins de trois rabbins pour conseiller Larry dans ses malheurs soudains de “Job moyen”…

Commençant sur une parodie du Golem de Paul Wegner, avec une scène polonaise du XIX e siècle qui évoque un conte hassidique absurde, “A Serious man” est bourré de références à un judaïsme, parfois absurde, parfois touchante, tel que les frères Coen l’ont connu dans leur enfance. Aux antipodes de “Burn after reading”, qui, sans scénario, tenait sur son casting royal, ce nouvel opus des Coen, met à l’honneur d’excellents acteurs inconnus du grand public; mais il repose sur une vraie quête de sens, aussi absurde, gris et glauque soit le monde de la classe moyenne juive des banlieues du Minnesota.

Glauque est bien le mot clé pour définir l’atmosphère d’un film extrêmement drôle, bourré d’ironie et qui pourtant met extrêmement mal à l’aise. Roger Deakins, qui était également le directeur de la photographie de “Barton Fink” a su donner à l’image une lumière grise, molle et triste, dans laquelle des acteurs au physique médiocre se trouvent comme prisonniers. Ainsi, pris en étau entre le matérialisme moderne, et l’absurde d’une spiritualité juive décrite par les frères Coen comme une superstition, Larry est une âme égarée. L’excellent Michael Stuhlbag sait rendre touchant  ce personnage pourtant trop moyen pour être intéressant, faisant tout avec sérieux, et que la vie attaque sans crier gare.

Les frères Coen font ce qui leur plaît, sans aucune démagogie pour leur public. “A serious man” n’échappe pas à cette courageuse règle. Et il s’agit probablement de leur meilleur film depuis “The Big Lebowski”. Mais si l’humour décalé qui est la signature des frères Coen est bien là, il n’empêche pas l’évocation d’une grande misère humaine. Cette tristesse, alliée à la multiplicité de références plus communautaires que d’habitude, peuvent peut-être lasser les fans les plus fidèles des réalisateurs.


A serious man – Bande-annonce
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“A Serious Man”, de Joël et Ethan Coen, avec Michael Stuhlbarg, Fred Melamed, Richard Kind, Aaron Wolf, USA, 2008, sortie le 20 janvier.

Roman : Anges, de Julie Grelley

Mercredi 13 janvier 2010

Premier roman d’une auteure qui n’a pas froid aux yeux (ni au clavier), “Anges” de Julie Grelley nous plonge dans le fort intérieur plus qu’étrange d’une jeune-femme qui pousse la recherche de pureté jusqu’au crime. Un des opus les plus intéressants de cette rentrée de janvier chez Albin Michel.

angesA 33 ans, Colline Lelègue est en liberté conditionnelle. Elle travaille dans un magasin d’outils dans un bled de Normandie, et poursuit assidument un programme d’enlaidissement volontaires. Ex-mannequin vedette de la fin des années 1980, et ancienne blonde aux yeux bleus sylphide, coqueluche de l’agence élite, elle s’est cassé le nez, teint les cheveux en brun, porte des lentilles marrons et suit un régime alimentaire à base de sachets protéines et de sucre qui la font peser 120 kilos. Que s’est-il passé pour qu’elle finisse en prison? Et quel est l’objectif de sa petite vie en apparence bien rangée? En quête de pureté et extrêmement religieuse, Colline cherche un ange … et estime que les voix de Dieu sont souvent sanglantes…

Julie Grelley nous invite à entrer dans l’univers d’un monstre pour mieux le comprendre. Sur le fond, aucun tabou n’arrête l’auteure qui présente les actions les plus noires avec constance et sobriété. Sur le forme, le style d'”anges” réussit à faire entrer son lecteur dans le délire psychotique de Colline sans pour autant perdre en clarté. Pas de festin nu de méandres verbeux à la “factory parano“, ou de flux de conscience contradictoires et compliqués. Aspirant à la pureté, la folie de Colline est aimantée dans une seule direction que la plume de Julie Grelley suit consciencieusement. Du point de vue de la structure du roman, même limpidité : après quelques chapitres d’exposition, le roman alterne description de la vie présente de Colline et flash backs, qui permettent au suspense de monter efficacement pendant les 2/3 du livre avant d’assister à la mise en place du dernier plan follement bien organisé de l’ancienne top model.

Julie Grelley, “Anges”, Albin Michel, 186 p., 15 euros, sortie le 7 janvier 2010.

Sur la digue, Colline se promène en regardant la mer, seule au monde au milieu des vacanciers. Méditant sur le verset de la Bible que le Christ m’avait signifié. Il fallait qu’elle pardonne à David d’avoir trahi Michelle. Il fallait qu’elle pardonne à David de s’être enfui loin de Michelle avec la peur au fond des yeux. Et Colline implorant l’aide du Christ pour qu’il m’aide à pardonner. Et Michelle plaidant soudainement la cause de David! Et Lynn faisant remarquer à Colline que Michelle avait tout intérêt à défendre David car même si elle jouait les victimes c’est moi qui avait été trahie et non pas elle. Éprouvant soudain une jalousie féroce envers Michelle, Colline décide d’écourter la promenade pour retourner à l’hôtel et lui infliger le châtiment corporel bien mérité pour la punir d’avoir elle aussi trahi ma confiance en essayant des séduire David dans mon dos.” p. 120.

Il y a cent ans… les inondations de janvier 1910, Paris se rappelle

Mercredi 13 janvier 2010

Impressionnante la grande crue de la Seine a transformé Paris en Venise du Nord de janvier à Mars 1910. Si la Seine a toujours débordé à travers les âges, la photographie  a permis d’immortaliser pour la première fois les inondations de 1910… dont le record de crue de 8m50 d’eau sous le pont de la Tournelle n’a, depuis, jamais été dépassé. Plusieurs expositions montrent les films et les photos du Paris de 1910 sous les eaux.

Rue de Seine. Courtesy Editions du Mécène
Rue de Seine. Courtesy Editions du Mécène

Amorcée mi-janvier la grande crue de 1910 a provoqué des dégâts estimés à 400 millions de francs or. Dès le 17 janvier, les inondations s’annoncent terrible et le 20 la navigation est interrompue dans la capitale. ce n’est que le 28 janvier que le niveau de la Seine cesse de monter, laissant encore Paris plus d’un mois sous les eaux. 100 ans après, plusieurs expositions permettent de voir les rues de Paris transformées en canaux, et les clichés montrent comment les parisiens se sont unis pour faire face aux flots.

– Une grande exposition virtuelle permet de voir sur Internet des photographies de l’époque. Et les archives de l’INA permettent de prendre la mesure des dégâts.

– La galerie des bibliothèques de Paris propose une exposition “Paris inondé”, qui permet de voir 200 photos, cartes postales, plans de Paris … pendant la crue. Ainsi que plusieurs films d’époque. Vendredi 29 janvier, un table-ronde thématique sur “Rencontre Paris inondé de 1910 à demain ? ” aura lieu dans la salle de lecture de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris (24, rue Pavée Paris 4e) sous la direction du professeur d’Histoire américain Jeffrey H. Jackson (entrée libre).

Crédits photo : BHVP / G. Leyris

Crédits photo : BHVP / G. Leyris

Paris inondé 1910“, jusqu’au 28 mars 2010, mar-dim 13h-19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h, Galerie des bibliothèques, 22, rue Malher Paris 4e, M° Saint-Paul, 4 euros (TR 2 euros).

– Le pavillon d’eau pose également la question de “La grande crue de 1910 et aujourd’hui ?”, montrant quelles mesures de protection ont été mises en places contre les débordements de la Seine au XX e siècle.
“La grande crue de 1910 et aujourd’hui ?”, jusqu’au 17 avril, Pavillon de l’eau, 77 avenue de Versailles , Paris 16e, RER C Javel ou m° Pont Mirabeau, lun-ven 10h-18h, sam jusqu’à 19h.

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– Enfin, le Louvre des Antiquaires propose de parcourir les divers quartiers de Paris inondés, d’après les photographies d’époques réunies dès janvier 1910 par le Journal des Débats, grand quotidien conservateur né pendant la révolution et disparu après la Seconde Guerre.
“C’était il y a 100 ans… La grande crue de 1910, Paris inondé vu par le Journal des Débats”, jusqu’au 7 mars, Louvre des Antiquaires, salle d’exposition 1ier étage, mar-dim 11h-19h, 2 Place du Palais Royal, Paris 1ier, M° Palais Royal, entrée libre.

Dernière lettre d’une mère à son fils à l’épée de bois

Mercredi 13 janvier 2010

Du 27 janvier au 13 février Christine Melcer interprète “La dernière lettre”, extraite du roman de Vassili Grossman :” Vie et Destin” au Théâtre de l’épée de bois. Dirigée avec pudeur par la toute jeune Nathalie Colladon de la compagnie “Têtes d’ampoules”‘ la comédienne donne corps à l’ultime témoignage d’amour d’une mère à son fils.

“Comment finir cette lettre? Où trouver la force pour le faire mon chéri? Y a-t-il des mots en ce monde capables d’exprimer mon amour pour toi? Je t’embrasse, j’embrasse tes yeux, ton front, tes yeux. Vitenka…Voilà la dernière ligne de la dernière lettre de ta maman Viv, vis, vis toujours… Ta maman.”

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A Berditchev, en Ukraine, dans la chaleur insupportable de l’été 1941, et juste après que les nazis ont pris la ville, Anna Seminiovna est obligée de quitter sa maison. Parce qu’elle est juive, elle est enfermée dans le ghetto de la ville où sont parqués tous ses coreligionnaires. Elle sait qu’elle n’en sortira pas. Et que, par conséquent, elle ne reverra jamais son fils mobilisé dans l’armée. Elle lui écrit donc une dernière lettre où elle inscrit tout son amour pour lui. 17e chapitre du grand roman de Vassili Grossman, cette lettre est un texte puissant. En écrivant la lettre que sa mère n’a jamais pu lui envoyer avant d’entrer dans le ghetto, Grossman fait parler en même temps toutes les mères du monde, en imaginant comment elles exprimeraient l’amour qu’elles ont pour leur enfant, sachant que c’est la dernière occasion de le faire.

C’est la comédienne Christine Melcer qui a proposé à Nathalie Colladon de travailler ce texte pour la deuxième mise en scène de la compagnie “Têtes d’ampoules”. Dans un décor sobre, fait d’une grande palissade de bois, l’interprète complétement investie dans le rôle de la mère condamnée. Se découvrant peu à peu de ses vêtements chiffons, elle semble se dévoiler tout au long de la pièce pour arriver à la nudité de la coexistence inexplicable de la mort imminente et de l’amour pour son fils. Pendant plus d’une heure, la salle est suspendue à ses lèvres, entrant en empathie avec le sens à la fois simple et essentiel de chaque mot écrit par Grossman. Avec une grande sensibilité et un attention toute particulière à l’universalité du message, à à peine 25 ans, Nathalie Coladon met en scène sa bouleversante comédienne. Son engagement artistique est aussi politique :”Oui, je suis jeune, Non, je ne suis pas juive. Oui, je suis concernée”. Et touche juste, puisque le public a déjà plébiscité ce spectacle lorsqu’il a été représenté une dizaine de fois à l’épée de bois en juin dernier. A vous d’aller découvrir ce monologue à la fois superbe et terrible et qui nous concerne tous, quel que soit l’âge ou l’appartenance identitaire.

“La dernière Lettre”, un texte de Vassili Grossman, Mise en scène Nathalie Colladon de la compagnie “Les têtes d’ampoules”, avec Christine Melcer, du 27 janvier au 13 février, Cartoucherie, Route du Champ de Manoeuvre, Paris 12e, m° Porte de Vincennes PUIS Bus 112, durée du spectacle : 1h10, 13 euros (TR : 9 euros).Réservation au : 01 48 08 39 74.


La dernière lettre Nathalie Colladon
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La Chanson Française pleure Mano Solo

Dimanche 10 janvier 2010

J’ai eu la chance de l’interviewer à Bourges il y a trois ans. Avec l’aide du chat et heureusement avant de l’entendre en live, sinon je crois que je n’aurais eu que le courage de bafouiller en face de tant d’intensité. Grande grande tristesse. Et grande gratitude pour des chansons qui m’ont souvent autant accompagnée et soutenue que celles de Barbara ou Brel.

Après de longues années de luttes contre le Sida, Mano Solo s’est éteint aujourd’hui, à l’âge de 46 ans. La France pleure l’un de ses grands chanteurs populaires.

Chaque nouvel album était un victoire pour Emmanuel Cabut. La douleur et la rage de vivre ont inspiré chaque note des dix merveilleux disques qu’il a offerts à son public. Séropositif depuis la fin des années 1980, le chanteur avait annoncé que son sida s’était déclenché lors d’un concert au Bataclan, en octobre 1995. Sauvé par la trithérapie, il avait été hospitalisé le 12 novembre dernier, après son dernier concert à l’Olympia. Il s’est éteint ce matin à la suite de “plusieurs ruptures d’anévrismes”, selon ses proches. Il avait 46 ans.

Silhouette punk, habits et chapeau noirs, et toujours accompagné de son chien, Mano Solo semblait concentrer toute la vie de son corps si maigre dans une voix déchirante et puissante. Le fils du dessinateur Cabu s’est fait connaître avec son album “La marmaille nue” (1993) où il exprimait déjà tous ses déchirements dans des chansons comme “Allez viens”. Chanteur populaire adoré de son public auquel il rendait bien sa passion, c’est sur fond d’accordéon qu’il partageait sa rage et sa lutte écorchée contre la solitude. Dans la plus pure tradition de Piaf et Brel, il décrivait le monde qui l’entourait, un monde qu’il percevait avec toute l’acuité et l’intensité que l’on entend dans sa voix.

Il sortait de sa vie et de ses tripes des titres nus de vérité. On lui doit les plus belles chansons d’amour des dernières années comme “Trop de silence”, “C’est toujours quand tu dors”(La marmaille nue), “C’est en vain” (“Les années sombres”, 1995),  “Sens-tu” (“Je ne sais pas trop”, 1997), ou “Palace” (“In the Garden”, 2007).  Sans faux-semblants, il a aussi évoqué son addiction à l’héroïne dans la chanson “Au creux de ton bras”(La marmaille nue). Figure engagée, Mano Solo soutenait une association qui venait en aide aux enfants malgache. Produit par Warner pendant de nombreuses années, il a décidé de faire appel à son public pour auto-produire ses deux derniers albums.

Dessinant lui-même les couvertures de ses albums et auteur du roman « Joseph sous la pluie » (Ed. la marmaille nue, 1997), Mano Solo était également auteur, peintre et dessinateur.


Mano Solo – Je Reviens
envoyé par danieldp. – Futurs lauréats du Sundance.

Christian Boltanski : le DVD pour préparer Monumenta

Vendredi 8 janvier 2010

Note préliminaire : Longtemps, je n’ai pas su quoi penser de Boltanski. Ses oeuvres me parlaient, forcément, je restai pâmée benoîtement devant. Mais le jeu de caméléon et la réinvention de mythes concernant la Shoah chooquaient la petite vestale; Pouvait-on vraiment au nom de l’art faire passer les vessies pour des lanternes, et intervertir des suisses morts dans leur stübli à l’âge de 75 ans et des enfants gazés? Puis il y a eu la période où j’ai lu et écouté Boltanski. Sa pédanterie, sa philosophie à trois franc six sous. Ça m’a énervée forcément. Puis j’ai entendu parler le maître, le plasticien que je vénère encore plus que Christian et qui illustre le fronton de ce blog : il disait vraiment n’importe quoi. Alors, après une maturation encore plus lente j’ai fini par penser qu’il ne fallait pas écouter les artistes, peut-être encore moins que les comédiens. Et juste suivre de biais leur démarche et leur évolution. Or, la démarche de Boltanski est tellement austère qu’elle ne peut qu’être cachère (catholique aussi car la démesure), et puis son mouvement des morts vers les vivants et l’humanisme de son hommage à tout péquenaud ont fini de me convaincre. Je l’aime. D’un amour qui n’a plus besoin d’être conditionnel. Ouf, dix ans de réflexion obsessionnelle enfin apaisés…

En 2010 le plasticien Christian Boltanski est à l’honneur. Après Kiefer et Serrat, la nef du Grand Palais lui est réservée du 13 janvier au 21 février dans “Monumenta”. L’installation prévue pour l’évènement s’intitule comme Ulysse face au cyclope “Personne”. Et l’artiste y a composé un “hommage à la mémoire des personnes devenues anonymes, aux disparus sans nom, aux vivants non identifiés”. A cette occasion, Arte a pensé à un petit documentaire pour vous préparer au choc esthétique. “Les vies possibles de Christian Boltanski” passera sur la chaîne le 18 janvier. Le Dvd sera disponible le 6 février.


ITV Christian Boltanski
envoyé par monumenta. – Découvrez plus de vidéos créatives.

Pluralisant le titre de la série d’entretiens biographiques de Christian Boltanski avec Catherine Grenier,(Seuil),le réalisateur allemand Heinz Peter Schwerfel a intitulé son documentaire d’une heure sur le plasticien français “Les vies possibles de Christian Boltanski”. Rythmé par la voix implacable d’une horloge parlante, le filmprend la forme d’un long travelling suivant la promenade de l’imposante silhouette de l’artiste à travers toute son œuvre.

A l’origine, il y a l’Histoire, celle du père juif caché dans la cave de la maison familiale, la mère étant catholique. Ce n’est que pour déclarer la naissance du frère cadet, le 6 février 1944 que le père juif sort de l’ombre. (Le frère aîné, qui n’est autre que le sociologue du “Nouvel esprit du capitalisme, Luc Boltanski est né en 1940). C’est sur ces fondements modianesques que Christian Boltanski a bâti son œuvre. Se désignant comme un “minimaliste expressionniste”, le compagnon d’Annette Messager se définit surtout comme un créateur solitaire ; creusant son mythe non pas dans l’Histoire (pas de juif imaginaire ou de Mitteleuropa rêvé), mais dans un présent qui se définit  à partir de l’Histoire. Jouant toujours sur le lien entre l’individu et le nombre, Boltanski tente par ses accumulations, ses additions, et ses collections d’archives d’ériger un mausolée à toute vie, surtout la plus banale.

Caméléon de l’auto-fiction plastique, il rédige sa biographie illustrée à partir des photos d’enfance… d’un camarade chrétien au nom très français. Et quand il illumine de lampion des photos de classe  assez vieilles pour que tous les élèves soient morts, il le fait à la manière du mémorial des enfants de Yad Vachem; mais il choisit ses sujets de nationalité suisses. Selon lui, il y a une part d’humour dans cette démarche : “Choisir des suisses morts a en effet comique, dérisoire parce-que les Suisses n’ont aucun motif historique de mourir”.

Mais qu’il s’agisse des vêtements entassés au sous-sol du Musée d’art moderne de Paris, des boîtes d’archives du conservatoire ou des casier remémorant les députés allemands depuis 1930 dans le Reichstag rénové, l’idée que chaque être humain ne peut être qu’une “pièce” (ein Stuck disait-on dans les camps, redistribuant les numéros des Häftlinge gazés) plane comme une ombre sur toute l’œuvre d’une vie impossible. Ombre que l’on retrouve dans les théâtres fantomatiques qu’il avait mis en scène au musée d’Orsay, il y a quelques années.

Et puis, il y a aussi le sérieux, le travail arachnéen d’archivage, de stockage, et de tri des données : qu’il s’agisse des annuaires du monde entier ou du bruit des battements de cœur du monde entier, l’exhaustivité de Boltanski étouffe. Pour mieux nous faire réfléchir? La voix, la démarche, les assertions philosophiques de l’artiste donnent une impression désagréable de pédanterie. Oui, Boltanski se prend au sérieux. Mais il a toutes les excuses. Non pas celle du génie – trop facile!- mais celle d’une quête harassante et impossible qui s’apparente, à sa manière métaphorique et mythique- aux travaux historiques titanesques d’un Raul Hillberg ou d’un Serge Klarsfeld. Quand Boltanski assène “Je crois que ce qui est important c’est la vie exemplaire ; un artiste doit être vertueux” , il est mortellement sérieux. Mais chez lui, le péremptoire a la grandeur de l’opiniâtreté. Petite lueur à l’horizon lourd de la vie possible de Christian Boltanski : il semble avoir cessé de tenter de nous remémorer des êtres morts pour honorer les vivants. Une percée à suivre à Monumenta.

“Les vies possibles de Christian Boltanski”, de Heinz Peter Schwerfel, documentaire Arte Vidéo, 52 min, diffusion le 18 janvier sur Arte, disponible le 6 février en DVD.

Biolay : 6 titres en rab’ sur son myspace

Vendredi 8 janvier 2010

Pour ceux que le  double album “La superbe” n’avait pas comblés, Biolay donne toujours plus. Le prolixe B.B. a ajouté 6 titres sur son myspace, dont deux road-ballades érotiques et une reprise géniale du temps des Cerises.

Le généreux gainsbarre des années 2000 vous offre 6 nouveaux titres sur son myspace.

Côté érotisme – le pinceau d’Ingres de Biolay- l’alléchant “De Plaisir” es festif, mais ne vaut pas son must “La garçonnière”, à réécouter sur Trash-Yéyé. Feat Alka, “je partirai comme on revient” a en revanche la saveur douce amère de la petite mort.

Sur un rythme très proche de “A l’origine”, “Dans Paris” a l’accuité littéraire de noter qu’il n’y a pas assez de taxis.

Le quasi-dub de “La fin des cours” donne déjà envie d’être en juin.

“Jaloux de tout” mêle nostalgie maudite et slam.

Enfin, rien que pour la reprise du “Temps des cerises”, sur fond de bottes militaires, il faut aller sur la page myspace de Biolay.

En offrande nostalgique, déjà, pour l’album la superbe, voici la plus belle chanson de l’album : “Ton héritage”.

Corinne Bailey Rae : un nouvel album très attendu, et une première vidéo

Vendredi 8 janvier 2010

On attendait depuis 4 ans le nouvel album de Corinne Bailey Rae. “The Sea” arrive dans les bacs le 15 février. En attendant, le premier clip de la chanteuse british à la voix d’ange est disponible sur myspace et youtube.

Originaire de Leeds, Corinne Bailey Rae a commencé par prendre des cours de violon et chanter dans des églises. Mais la découverte de Led Zeppelin la transforme. Avec des tubes comme “Put your records on”, son premier album éponyme s’est vendu à plus de 4 millions d’exemplaires dans le monde et cela faisait 4 ans qu’on attendait le deuxième opus. Dans un style rès blues et proche du dernier Norah Jones, “The Sea” (Capitol/ EMI) sera disponible dès le premier février sur le net et le 15 dans vos magasins. En attendant, un concert privé est prévu au Divan du monde, le 12 janvier, dont la boite à sorties vous donnera des échos. Et vous pouvez vous régaler avec son premier clip : “I’ll  do it again”.

Corinne Bailey Rae “I’d Do It All Again” – Watch more Music Videos at Vodpod.

Le sérieux des nuages, de Denis Baldwin-Beneich

Mardi 5 janvier 2010

Co-auteur du thriller « Softwar » (R Laffont, 1984), l’écrivain français exilé aux Etats-Unis propose son sixième roman dans la série « rentrée littéraire de janvier » d’Actes Sud. Voyage dans le passé d’un homme au milieu de sa vie, le sérieux des nuages se demande avec ironie s’il est possible de revenir en arrière pour réparer ses erreurs…

serieuxMaxime Odradek a gentiment dépassé la cinquantaine et vit fort heureux et fort cultivé de son métier de professeur. Sa vie prend un nouveau tour le jour où une amie d’enfance, Diane, l’invite à une fête en l’honneur d’un professeur qui a marqué leurs jeunes années. Extrêmement huppée, Diane reçoit depuis toujours comme une grande dame tous ses amis au domaine de Valmondois. L’on y boit des grands crus et l’on y profite de la vie, le sexe étant une chose avérée, et l’amour un sentiment inconnu au bataillon depuis au moins 1968. Mais cette vie de château avait cessé pour Maxime, Diane et les autres, le jour où la plus sauvage et la plus nymphe d’entre eux s’était suicidée. Lorsque Maxime retourne à Valmondois, cela fait donc plus de 20 ans qu’il n’a pas vu ni Diane, ni ses amis de jeunesse. Ceux-ci ont vieilli, accepté des jobs ennuyeux, et ont raté avec passion leur vie de couple, mais dans le fond, ils n’ont pas vraiment changé, et cette petite soirée aurait mortellement ennuyé Maxime s’il n’y avait croisé une de ses anciennes étudiantes qu’il avait follement aimé, 17 ans auparavant pour la quitter sans explication… Entretemps, Marthe est devenue femme et artiste et est assez intimidante…

Un soupçon d’ironie et de satire sociale, un grande cuillerée d’autodérision et une pincée de surréalisme à la Alain Fournier font tout le sel de ce roman à l’intrigue et aux personnages somme toutes banals et qui tient en haleine par son atmosphère à la fois décadente et dérangeante.

« Le sérieux des nuages », de Denis Baldwin-Beneich, Actes Sud, 20 euros, sortie le 6 janvier.

« Les jolies filles, les femmes murissantes, les frissons, les souvenirs guets-apens, les Valmondois et les j’en passe, c’est compliqué, toujours. Sur le coup, on ne s’en sort pas. Après non plus, remarquez. Enfin, je ne crois pas. La faute à cet émoi global qui fait battre le cœur, brouille la vue et nous remet en selle, malades à crever, pour d’autres épreuves » p. 41

Livre : Pencher pour, de Cécile Reyboz

Mardi 5 janvier 2010

L’auteure de « Chansons pour bestioles » (Prix Lilas 2008), propose dans cette rentrée littéraire actes sud de janvier 2010 un conte contemporain machiste. Elle fait d’un cadre française moyen le héros de sa joyeuse satire sociale…

reybozLazor Hilaire est un homme de loi, dans la fleur de l’âge, et un bon français moyen avec parents pesants, fantasmes érotiques obsédants et volonté de s’imposer le minimum de contraintes… Un français moyen qui a les moyens, donc… Mais pas forcément ceux d’assister à l’euthanasie du chien familial ou de décrocher une relation durable (et loin de sa baie vitrée) avec la plus sexy des avocates qu’il connaît.

Moderne, voire postmoderne, et très drôle, le roman de Cécile Reyboz dresse en 5 jours et 6 nuits (le 7 e on se repose quand même) un portrait au vitriol de notre 21ème siècle allergique à tout ce qui n’est gain, ni plaisir. Et l’auteure relève d’un style fougueux et agréablement imagé cette satire sociale. Que l’alarme soit masquée par l’humour n’empêche pas de repérer où est la poignée de la sonnette qu’il faudrait tirer.

Cécile Reyboz, « Pencher pour », Actes Sud, 18 euros, sortie le 6 janvier.

« Le clic de fin de communication sonne comme un soupir de débarras. Lazor estime qu’il a reçu une confirmation : il n’est que le type qui tient sa place. Même s’il rencontre beaucoup de difficultés à tenir cette position indescriptible, mal localisée, à l’utilité discutable, chacun sait qu’on peut le trouver là et personne ne l’imagine s’en écarter, pas d’un seul mètre. C’est même tout ce qu’on peut dire de lui » p. 30