Archive pour 2010

L’esprit de Noël

Vendredi 24 décembre 2010

Je commence tout juste à réaliser pourquoi l’odeur de sapin dans le hall de mon immeuble et la crèche phosphorescente me dépriment fortement. Noël quand on n’est pas chrétien, c’est en fait assez triste. Je rentre tout juste d’Israël ouùNoël est un non-évènement, et Hanouka que nous avons à peine marqué dans ma famille était déjà passé. Pour survivre à ce transit de 24 degrés à -5, je me blottis contre le chauffage et lis un peu et rêvasse… Un de mes frères est à Lausanne, l’autre à l’île Maurice, mes deux parents sont en vadrouille dans le Sud, ma nounou à Grenoble et ma grand-mère chez des amis. Les miens d’amis sont tous en famille. Je me retrouve donc seule dans le grand appartement avec vue sur le Champ de Mars enneigé, pas mal de nouvelles grisonnantes, les notes de mes étudiants à établir, le site à surveiller, mais sa thématique super-princesse jure un peu avec la morosité de ce 24 décembre. Heureusement, ce jour est sain: gym, sauna, perrier, du poulet et des légumes verts… Parfois le téléphone sonne, ma meilleure amie ou l’un des mes frères, pour m’embrasser. Parfois un mail arrive avec des nouvelles d’un autre coin du monde. Mais Paris entier semble s’être arrêté de respirer pour chanter une messe qui me laisse bien rêveuse. J’irai donc, à cette messe, incognito derrière mes lunettes rondes et rouges pour entendre quelque chose de beau au Val de Grâce…Joyeux Noël, Yaël.

Tel Aviv once again

Mardi 21 décembre 2010

Third Time I am walking up and down Sderot Rothschild since this summer. And I like it more and more. This little week was a gift to myself for finising all my assignments before Christmas, and get some strenght to get back to work while everyone is on holidays. Very ill when I arrived in Neve Tszdek with my brother, I got enough food and sleep and even a little sun so that I could feel stressed again by the end of my staying. Once again, it was a very rich trip, as I atended a very warm barmitzvah (firs time in a synagogue here, and I loved the woman rabbi) and  I made very strong bonds here with fantastic people : yesterday, dinner in Florentine and songwriting frenzy with a the guy who knows the coolest langages on earth (luckily, french and english are part of the deal), and then drink with the best designer/cook of the city. Tonight, i listen to my first conference in Hebrew at the University of Tel-Aviv, I still have a long way to go : I probably understood 15 % of the talk on … Islam in France. After that I spent the evening with fantastic and beautiful N., whose mother gets all the secert of unknown people in 5 minutes, and whose father wrote books on roumanian jews. First time anyone ever mentions Fondane to me here. It all ended where it was supposed to end : a club on Ibn Gvirol, in a Mall, trying to llok like 1-Oak in NYC, and actually very nice. Tomorrow is THe day : I’ll check the renouned institute where I might spend the next few years, brushing up my Hebrew and my political theory at teh same time.A Yaël has to speak Hebrew, doesn’t she?

Playlist pour temps de neige

Jeudi 2 décembre 2010

Rien de neuf sous le ciel de Paris si ce n’est du coton blanc, qui ne tiendra pas.

Et une petite playlist de mes humeurs de cet automne en attendant que je retrouve assez de souffle pour écrire ici.

Découvrez la playlist Paris under the snow avec Marianne Feder

Clepsydre

Dimanche 21 novembre 2010

Dernière nuit à Tel-Aviv. Je n’ai pas eu le temps de raconter ici Casblanca et Rabat. Ni la raison de mon brusque départ du jour au lendemain pour Israël. Il est quatre heures et je finis une longue journée (ici aussi) qui a commencé à 8 heures. Je suis triste et aussi un peu frustrée : écrire me manque, et je crois que ce soir j’aurais écrit en anglais. Une seule chose peut-être : j’ai de la famille, du sang ici, de vrais amis, et je veux vraiment venir y passer du temps. Autre bonne nouvelle : retour à TLV le 17 décembre…

Pas vraiment le temps de mettre mes “meilleurs” articles en ligne ici.

Voici les liens :

http://toutelaculture.com/2010/11/de-nuremberg-a-nuremberg-enfin-en-dvd-aux-editions-montparnasse/

http://toutelaculture.com/2010/11/ida-fink-imagine-le-voyage-de-deux-soeurs-juives-echappees-de-pologne/

http://toutelaculture.com/2010/11/cali-enleve-le-masque-truite-et-montre-larc-en-ciel-de-la-melancolie/

http://toutelaculture.com/2010/11/alexis-hk-a-lolympia-le-6-decembre-au-programme-clins-doeil-voyages-dans-le-temps-et-invites-surprise/

http://toutelaculture.com/2010/11/lulu-femme-de-desir-illumine-le-theatre-de-la-colline/

http://toutelaculture.com/2010/11/arno-enchante-son-public-au-casino-de-paris/

http://toutelaculture.com/2010/11/le-3e-gala-de-ni-putes-ni-soumises-au-palace-sur-france-4-a-20h30/

http://toutelaculture.com/2010/11/adieu-monsieur-mulisch/

Coup de coeur nocturne

Vendredi 5 novembre 2010

En même temps si le baroque rencontre Keren Ann à Reykjavik, c’était un peu joué d’avance. Le plus drôle est qu’elle est suisse. Article à 4 heures du mat’, après première épreuve blanche d’agreg + prix de Flore + diner out + rattrapage de mail (j’ai compté dix heures sans lire mes mails et il m’en faut deux pour trier).


Olivia Pedroli The Day
envoyé par Discograph. – Regardez d’autres vidéos de musique.

Les premières vidéos (amatrices) de Monsieur Luxure

Vendredi 29 octobre 2010

C’est la grande aventure de la semaine, première le 24 octobre le 24 octobre, et Showcase privé au Secret Square le 27…. Voici deux de mes chansons préférées, même si je les aime toutes.

Merci à toute l’équipe qui m’a entraîné dans son joyeux délire cette semaine!

J’aurais voulu

J’aurais voulu que tu me dises
Viens là, couvre-moi de saveurs
Retiens juste un temps, mon exquise
Le rouge touché de nos chaleurs

J’aurais voulu pouvoir te dire
Penche-toi, prend la tige-fleur
Et je te veux nue qui t’étires
Immobile objet du bonheur

J’aurais voulu que tu me dises
Je t’emmènerais avec lenteur
Au fond de ces folles églises
Où le plaisir fait un peu peur

J’aurais voulu pouvoir te dire
Qu’il est trop tard pour la pudeur
Je veux à peine que tu respires
Sous le brouillon de nos sueurs

J’aurais voulu que tu me dises
Tu es la seule, l’unique, ma sœur
Que notre étreinte s’éternise
Dans la poudre moite des valeurs

J’aurais voulu pour voir te dire
Je veux rester dans ta chaleur
Mais une fois que le souffle expire
Je ne suis qu’un joyeux chasseur

J’aurais voulu que tu me dises
Je ne suis pas comme ces voleurs

Qui se détournent de leur prise
Et veulent le corps, l’âme, tout, sur l’heure

J’aurais voulu pouvoir te dire
Que ce n’est pas ma faute, mon cœur
Mais je m’ennuie de tes soupirs
Il est temps d’aller voir ailleurs…

Il faut maintenant que je te dise
Merci d’épargner le malheur
D’une liaison un peu trop grise
Tuant l’entente et la grandeur

Mon ange, je dois bien te le dire
Combien notre choix est sauveur
De ne pas vivre le délire
D’un couple faisant le malheur

Il faut aussi que je te dise
Nous nous éloignons en vainqueurs
Notre rencontre était précise
Et nous vraiment à la hauteur

Oui chérie, laisse-moi te dire
Nous resterons proches et charmeurs
Et ne ferons rien pour le pire
Pour garder de nous le meilleur.

Tu me fais du bien

« Monsieur Luxure », de Laurent Couson, avec Laurent Couson, Romy Sublet, Siegfried Courteau, Raphaël Bancou et Eric Jacot, mise en scène : Jean-Luc Moreau, à partir du 24 octobre au Théâtre de la Gaité, 26 rue de la Gaité, Paris 14e, m° Gaité ou Montparnasse, 30 euros. Réservation ici.

Ma querelle avec Irène Némirovsky exposée au mémorial

Vendredi 29 octobre 2010

Jusqu’au 8 mars 2011, le Mémorial de la Shoah revient à travers textes, manuscrits, photos rares et même un enregistrement vocal sur le destin extraordinaire d’Irène Némirovsky. Auteure à succès dans les années 1930, cette juive d’origine russe a été déportée en 1942, et son œuvre aurait sombré dans l’oubli sans le succès phénoménal de “Suite Française”, roman inachevé paru en France en 2004. Depuis, tous les écrits de Irène Némirovsky semblent ressusciter, et les biographies se multiplient. Avec beaucoup d’enthousiasme, Olivier Philipponnat, le commissaire de l’exposition, propose une traversée dans la vie tragique et l’œuvre riche d’Irène Némirovsky. Parfaitement menée, et grandement pédagogique, comme d’habitude au Mémorial (voir notre article sur “Filmer les camps”), l’exposition rappelle également à ses visiteurs qu’en 1940, à l’heure même de l’offensive allemande, Némirovsky écrivait un énième livre caricaturant les juifs orientaux immigrés en France pour faire des affaires très louches, avec “Les chiens et les loups”.


La misère conserve le juif comme la saumure le hareng”. David Golder.

On ne pardonne pas son enfance. Une enfance malheureuse, c’est comme si votre âme était morte sans sépulture : elle gémit éternellement.” Journal.

Elle ne serait plus à ses yeux cette mendiante, cette vagabonde, cette outcast, cette petite Juive de la ville basse. Elle parlait le français maintenant ; elle savait faire la révérence ; elle était “‘comme les autres.'” Les Chiens et les loups.

D’origine russe, Irène Némirovsky a fait une carrière littéraire fulgurante dans la France de l’Entre-deux-guerres : le succès de son roman “David Golder” (1929) publié chez Grasset alors que le jeune-femme n’avait que 26 ans et transposé à l’écran par Julien Duvivier est suivi d’une série d’autres romans.  Très populaires, ces derniers paraissent d’abord en feuilletons, volontiers dans des revues de droite ou d’extrême droite (jusqu’à Gringoire!). Toute sa vie, Irène Némirovsky n’a eu de cesse de renier par écrit ses origines : en exprimant sa haine viscérale à l’égard de sa mère superficielle et la honte face à la fortune d’affaires financières réalisée par son père. Baptisée en 1939 avec son mari et ses deux filles, elle se retire pendant la guerre en Saône-et-Loire à Issy, où elle continue à vivoter des droits d’auteur que lui verse encore Albin Michel, tandis-que Grasset a coupé les vivres à celle qui est considérée depuis le 3 octobre 1940 comme une “juive étrangère”. Elle rédige à Issy son grand roman inachevé, “Suite Française”. Le destin tragique d’Irène Némirovsky (elle meurt du typhus à Auschwitz, le 19 août 1942) et le sort extraordinaire de son dernier manuscrit (mis à l’abri par son mari avant qu’il ne soit lui-même déporté, et best-seller… plus 60 ans après la mort de son auteure, puisque publié en 2004 par Denoël) ont transformé l’auteure en vogue  des années 1930 en coqueluche internationale de l’édition des années 2000 (plus de 2 millions de ventes de la copie américaine chez Knopf )…

Imaginée après l’exposition qui a connu un succès phénoménal au Museum of Jewish Heritage de New-York, celle du Mémorial de Paris oscille entre précision d’archives et touchant enthousiasme. En son cœur, l’on trouve la fameuse valise de cuir où le manuscrit de “Suite Française” s’est conservé toutes ces années et mis à disposition par la fille de l’auteure, Denise Epstein. Le Mémorial permet de plonger de manière chronologique dans la vie brisée d’Irène Némirovsky : la première salle est celle de l’enfance exilée, mais dorée, entre Kiev, Biarritz, la Finlande et Paris. On y rejoue, textes à l’appui, la vocation littéraire, l’intégration par les lettres et le succès de la jeune-femme. Des photos peu connues, et des pages du journal de l’auteure sont probablement les pièces les plus précieuses de cette première partie :  ceux et celles qui ont lu “Le bal'”(1930) et les déclarations de haine de l’auteure à sa mère seront très émus de voir cette femme et la jeune Irène à 7 ans en vacances sur la côte basque. Les lecteurs du “Mirador”, aimeront les clichés de l’auteure en jeune mère avec Élisabeth Gille et Denise Epstein. Dans le couloir qui mène à la deuxième salle est diffusé le seul enregistrement radiophonique conservé de l’auteure, sur son roman feuilleton “Deux”(1939). Une voix aigre, de vieille femme déjà, et touchante dans ses considérations sur le couple.

La deuxième partie expose un parcours qui à première vue pourrait sembler “classique” au Mémorial : la dépossession des droits, et la déportation. Mais, pour celui qui sait bien se pencher, elle accole dans ses deux pans tout le “paradoxe” Némirovsky :

– d’un côté on nous présente une juive devenue française qui ne supporte pas et surtout ne comprend pas vraiment pourquoi elle est déchue de ses droits. Elle  tente de protester, en jouant le rôle du “parvenu” décrit brillamment par Bernard Lazare dans “Le fumier de Job” (écrit vers 1903). A la suite du premier statut des juifs,  Némirovsky écrit par exemple au Maréchal Pétain (et la lettre fait étrangement penser à celle d’une juive souvent décriée pour sa “haine de soi”, Simone Weil, au commissaire aux questions juives, Xavier Vallat) : “Je ne puis croire, Monsieur le Maréchal que l’on ne fasse aucune distinction entre les indésirables et les étrangers honorables.” (13 septembre 1940). Échouant dans cette tentative  de parvenir à s’extraire de sa condition “de malheur’, malgré les romans, et malgré le baptême, Irène Némirovsky tombe dans le rôle du paria. Mais un paria retiré en France profonde et qui se met à écrire des romans de terroir tels “Chaleur du sang” (publié en 2007 par Denoël).

– d’un autre côté, alors que la mort dans les camps est documentée comme il se doit, mais demeure très historique, factuelle et digne,  la rédemption de “Suite Française” est surexposée à travers la valise de cuir et bien sûr le manuscrit hâtivement écrit (un seul manuscrit inachevé et d’une écriture bleue d’eau penchée, serrée et raturée, tandis qu’on a retrouvé pas moins de 4 versions de “David Golder”).

Alors qu’elle se présentait plutôt comme un panégyrique aux chemins tout tracés, l’exposition Irène Némirovsky au Mémorial permet subtilement de rouvrir le dossier. L’on en sort pensif, se demandant si vraiment “Suite Française” justifie le renommée internationale d’une écrivaine présentée comme une autre martyre juive sacrifiée par le 20ème siècle.  En un mot, la question de la haine de soi est enfin bien posée. Et avec elle, suit immédiatement celle de la qualité littéraire. Si l’on peut trouver dans “Suite Française” une sorte de version civile et littéraire de “L’étrange défaite” de Marc Bloch, aux qualités  inattaquables,  les romans qui précédent (tous régulièrement re-publiés depuis 2004) posent question : au-delà des thèmes aujourd’hui démodés, voire gênants, et donc du strict point de vue du style, les qualités de peinture sociale d’Irène Némirovsky caricaturant des juifs de l’est parvenus  sont elles réellement révolutionnaires? Ou s’ancrent-elles au contraire dans une tradition bien française, de droite populiste et très XIXe siècle que l’auteure s’est appropriée avec brio?

Irène Némirovsky, ‘Il ne semble parfois que je suis une étrangère'”, jusqu’au 8 mars 2011, Mémorial de la Shoah, tljs sauf samedi 10h-18h, 17, rue Geoffroy l’Asnier, Paris 4e, m° Saint-Paul ou Pont Marie, entrée libre.


P. Lienhardt, O. Philipponnat – La Vie d’Irène Némirovsky
envoyé par hachette-livre. – L’info internationale vidéo.


Pour aller plus loin :

GILLE, Elisabeth, Le mirador, Paris : Stock, 2004, 422 p.
PHILIPPONNAT, Olivier, LIENHARDT, Patrick, La Vie d’Irène Némirovsky, Grasset, 2007, 503 p.
WEISS, Jonathan, Irène Némirovsky, biographie, Paris : Le Félin, collection « Les marches du temps », 2005, 218 p.

Suite Française, Paris : Denoël, 2004, 434 p.
Le maître des âmes, Paris : Denoël, 2005 [1939], 284 p.
David Golder, Paris : Grasset, Livre de poche, 1929, 192 p.
Le Bal, Paris : Hachette, 2005 [1930], 89 p.
Les chiens et les loups, Paris : Albin Michel, 1940, 221 p.
Le vin de solitude, Paris : Albin Michel, 1935, 311 p.
Jézabel, Paris : Albin Michel, 1936, 266 p.

A la redécouverte de Felix Nussbaum au MAHJ

Vendredi 29 octobre 2010

Après l’avant-garde de la Radical Jewish Culture, le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme revient aux classiques jusqu’au 23 janvier 2011 avec une excellente exposition dédiée au peintre Felix Nussbaum. Comme Otto Dix, Max Beckmann ou George Grosz, mais sans passer comme ses aînés par la case “expressioniste”, Felix Nussbaum était un peintre de la “nouvelle objectivité”, courant typique de la République de Weimar qui est revenu, dans les années 1930, à une représentation ultra-réaliste et volontiers caricatural de la société Allemande d’Entre-deux-Guerres. Mais la période allemande fut relativement courte pour ce juif-allemand né au tout début du siècle dans un milieu bourgeois : la plus grande partie de son œuvre a été peinte en exil. Reconnu très tardivement, après la disparition de Nussbaum à Auschwitz en août 1944, son art est exposé depuis 1998 dans un musée qui lui est dédié (et dessiné par Daniel Liebeskind, l’architecte du Musée juif de Berlin) dans sa ville natale d’Osnabrück. la fermeture temporaire de la Felix Nussbaum Haus d’Osnabrück jusqu’en mars prochain permet au MAHJ d’exposer 40 de ses peintures et 19 de ses dessins dans une exposition chronologique, pédagogique, et comme d’habitude dans ce musée, parfaitement scénographiée.

« Si je meurs, ne laissez pas mes peintures me suivre, mais montrez-les aux hommes. » Félix Nussbaum.

Tout commence nécessairement par des œuvres de jeunesse, mais l’atelier du peintre ayant brûlé en 1932 dans l’incendie prémonitoire de son atelier à Berlin, il reste bien peu de toiles de jeunesse. Celles présentées au MAHJ montrent la famille de l’artiste, sa synagogue locale, et un autoportrait qui témoigne de l’influence de Van Gogh sur le jeune Nussbaum.

L’artiste se fait vraiment connaître avec une toile qui pourrait bien être un manifeste de la Nouvelle Objectivité : présentée à la 64e exposition de la Sécession de Berlin, “La place folle” (1931) tourne en ridicule les membres honoraires de l’académie des Beaux-Arts, à la tête desquels l’on trouve la figure tutélaire de Max Liebermann imbu de lui-même et perché sur un immeuble de la Potsdamer Platz. Lieberman aurait souri de cette caricature qui témoigne déjà d’influences flamandes qui croîtront avec l’exil de Nussbaum. Cette percée permet au peintre de décrocher une bourse pour la villa Massimo de Rome où il s’imprègne des influences métaphysiques de Girogio De Chirico. Nussbam ne repasse plus par l’Allemagne, puisque l’arrivée d’Hitler au pouvoir le contraint de prolonger le voyage d’études en exil : en Italie, en Suisse, à Paris (Nussbaum y participe à l’exposition “l’Art allemand libre” en 1938, à Ostende et surtout à Bruxelles.

En Belgique, Nussbaum rencontre James Ensor, et revisite ses “classiques” flamands. Ponctué par une série de prolongations de droits de séjour pour lui et sa femme, Felka, cet exil belge donne naissance à une série d’autoportraits aux masques grimaçants, et à des jeux de perspectives époustouflants vaguement épongés par des torchons comme dans “Le secret” (1939). L’invasion de la Belgique par l’armée allemande, entraîne l’arrestation et l’internement de Nussbaum au camp de Saint-Cyprien (Pyrénées orientales) en tant qu'”étranger ennemi”. Si Nussbaum parvient à s’enfuir du camp, l’expérience l’a profondément marqué et le peintre est l’un des rares artistes à avoir laissé des œuvres témoignant de cette vie dans les camps.

A Saint-Cyprien même, Nussbaum peint, notamment l’autoportrait que le MAHJ a choisi comme affiche pour cette exposition. Puis, revenu à Bruxelles, il retravaille cette matière brutes dans de grandes fresques comme “Saint-Cyprien” (1942), ou le grandiose “Triomphe de la mort” (1944), dernière œuvre signature d’une vie sacrifiée, et néanmoins extraordinairement classique. Aussi grandioses soient-elles, les grandes scènes macabres de Nussbaum renouant avec l’art d’un Jérôme Bosch semblent plus faibles, moins bouleversantes et moins originales que ses autoportraits à taille humaine dans la description de l’inhumain en marche. Peut-être parce que la vision chrétienne traditionnelle de la mort n’est plus d’actualité en 1944 : elles semblent en deçà de la réalité de ce que Hannah Arendt désignait comme “la fabrication démentielle de cadavres”.

Peut-être aussi parce qu’elles sont trop travaillées, trop respectueuses des maîtres et moins “à vif” que les autoportraits sombres de l’artiste prisonnier. Peut-être enfin, parce que la maigreur grimaçante d’un seul homme seul au premier plan face à un ciel vide est plus à même de représenter la destruction totale que la sarabande moyenâgeuse des feu-follets de la mort. Cachés dans le grenier de leur appartement bruxellois de la rue Archimède, Nussbaum et sa femme sont dénoncés et déportés à Malines le 20 juin 1944, puis à Auschwitz le 21 juillet, dans le dernier train quittant la Belgique pour la Pologne. Nussbaum est mort le 4 août. Il avait mis ses toiles d’exil à l’abri chez le Dr Grofils, et ont à peine été montrées jusqu’à la première grande rétrospective de son œuvre en 1971, dans sa ville natale : Osnabrück.

Tous les évènements autour de l’exposition : ici.
Lien vers la maison Felix Nussbaum à Ossnabrück, ici.

Felix Nussbaum, Osnabrück 1904- Auschwitz 1944“, jusqu’au 23 janvier 2011, MAHJ, Hôtel de Saint-Agan, 71, rue du Temple, Paris 3e, m° Rambuteau, Hôtel de Ville, lun-ven, 11h-18h, nocturne le mercredi j.q. 21h, 7 euros (TR: 4,50 euros).

Balagan quotidien

Samedi 23 octobre 2010

La solitude se pend par les pieds
Dans les griffures des draps bruns
Il n’y pas de place dans ce déshabillé
Pas de paletot entre les mains

***

Le dissipé glisse en tout petits grains
Des grandes nuits de tendre police
Les plumes tombent, livrent un rein
Courbé et faux, temps de la coulisse

***

Un instant
Je laisse le noir au nœud du bras
Le temps plisse son élastique éteint :
Le dégel, parfois
L’amitié que l’on étreint
Un dimanche sans gong et sans drain…

***

– Je ne suis pas en état –

De grâce ou de pitié
Le Tyran dépasse le propice
Et se noie, à moitié, croûte tapie
Dans les halles nonchalantes du chemin

***

Je retrouve
Un factice damas
Les tapis sereins
Et repeins
Les devoirs à faire
Les cènes sans saints
Un plomb à parfaire
Et les manèges quotidiens

***

Les images du passé
Mordent un présent-barricades
Je promène les fantômes, de bon matin
L’un porte le manteau de l’autre…

***

Le souffle bloque dans le crachin
Alarme de pluie. L’un disparaît
L’autre crache sur ma patrie
Le troisième abandonne la partie
Les joueurs se dérobent, je suis trop loin
Même en famille, je fais le pantin

***

La déception se pend avec entrain
Aux tambours des coups appris
La musique n’a pas souffert pour rien.

Attentat au tiroir

Jeudi 14 octobre 2010

Grandes amitiés de boudoir
L’obscurité rapproche sans hâte
Laisse flotter les mouchoirs
Spartiate, et dégoûtée
Je repousse la balançoire

Soif d’opiner, juste s’asseoir
Quand les pieds soudés triturent la pâte
Des toits teintés de colère omoplate
Attrait du mot, mobile dérisoire
On a toujours le choix

Dans mon giron grisé de strates
Tournent les mêmes histoires
De ceux qui tâtent et quittent
Par écrans stimulés de parloir …

Faim de hurler, rouge grattoir
La plume reprise, rature l’état
De l’oubli blessé
D’un en plus empois
J’écris liberté

Sur le silence des devoirs
Pas de remarque : il est laid
Ballonnée de bouches chocolat
J’apprends un peu trop tard
La chaux basse d’une poire vide
Et l’entonnoir chevauché
Des contre-chocs accessoires

Sommeil brisé, sourcils cravate
Le front tressé, pudique automate
Plisse l’intime maté et le flou migratoire
Voyance d’arrêt en deux cartes
L’alcool d’apparat
La distance exécutoire
Encore un prêche…

-Ego-pirate de laboratoire-

On a toujours le choix
Entre la crèche et la baignoire
La liberté court longtemps après
Mèche à mèche, en trois fois
Je me tais : il n’y a rien à croire.