Archive pour 5 novembre 2009

Salomé de Strauss à l’opéra Bastille

Jeudi 5 novembre 2009

A partir du 7 novembre, la soprano finnoise Camilla Nylund incarne sur la scène de l’opéra Bastille l’héroïne de Wilde et Strauss. Un spectacle fort, porté par des voix tout aussi puissantes.

“Une femme demande-elle jamais la tête
D’un homme qu’elle n’aime pas ?”
Heinrich Heine, “Atta Troll”, 1848.

Il était une fois une jeune fille de douze ans qui danse pour son beau-père lubrique. En cadeau, elle demande, sur un plateau d’argent, la tête du prophète Jean-Baptiste après qu’il l’a repoussée. Lorsque Salomé embrasse la tête coupée et saignante de Jean-Baptiste, la perversion est  à son comble…

Gustave Moreau, L'Apparition

Inspiré de l’histoire biblique et transposant intégralement la pièce écrite par Wilde en Français, “Salomé” est probablement le plus bel opéra de Strauss. La fameuse danse des sept voiles est une orientalisation géniale, et le silence trouble de l’exécution du prophète laisse sans souffle.Tenir le rôle-titre est une gageure, car il faut à la fois, la voix, les formes et la grâce d’incarner la princesse de Judée. Alors que Karita Mattila est LA Salomé des années 2000, le défi était difficile à relever pour Camilla Nylund. Lors de la générale de Salomé à Bastille mercredi, malgré une petite chute dans les escaliers pendant la danse, on peut dire que la soprano finnoise est une très belle Salomé, notamment grâce à l’énergie du chef d’orchestre Alan Antinoglu,et à la beauté des deuxièmes voix : Thomas Moser, fantastique Hérode, et surtout,la puissante mezzo-soprano suisse Julia Juon, Dans le rôle de Jochanaan, le très attendu Vincent Le Texier était un peu plus faible.

Franz von Stuck, Salomé

Classique, la mise en scène (reprise) de Lev Dodin est allée chercher du côté du symbolisme allemand et notamment de Franz von Stuck, pour donner une certaine obscurité aux flamboyantes orientalistes de la musique. Afin de prévenir les frustrations, annonçons tout de go que Salomé ne finit pas nues après la danse des sept voiles… et ce n’est pas plus mal. Le conciliabule des rabbins qui marmonnent dans un allemand teinté de yiddish est très coloré, et le côté patio de palais du décor fixe donne beaucoup d’espaces aux chanteurs.

Une belle production, reprise avec succès, à voir avant le 1ier décembre.
Voici la danse des 7 voiles dans les décors de Lev Dodin, par Karita Mattila :

“Salomé” de Richard Strauss, avec Camilla Nylund, Thomas Moser, Julia Juon, et Xavier Mas, mise en scène : Lev Dodin, direction : Alan Antinoglu, Opéra Bastille, 20 rue de Lyon, Paris 12e, m° Bastille, les 7, 10, 13, 16, 19, 22, 25 novembre et 1ier décembre, 1h40 sans entracte, 5 à 138 euros.

Les fantômes de l’art contemporain s’exposent à la Conciergerie

Jeudi 5 novembre 2009

Jusqu’au 12 décembre, la de la Conciergerie accueille en partenariat avec le nouveau festival du Centre Pompidou l’exposition “Le sort probable de l’homme qui avait avalé le fantôme”. Une invitation à jouer avec ses propres fantômes en compagnies de Maurizio Cattelan, Kiki Smith, Valérie Belin, Olaf Breuning, Merce Cunningham, Mario Garcia Torres, Xavier Veilhan et bien d’autres…

Olaf Breuning & Bernard Willhelm

Olaf Breuning & Bernard Willhelm

En collaboration avec Bernard Blistène, qui chapeaute le nouveau festival pompidolien, Christian Rizzo, l’homme orchestre de l’exposition a voulu mélanger les genres et les styles : chorégraphie, photographie, sculpture, et même art textiles sont mis au service d’une réflexion amorcée à partir du titre d’un recueil de nouvelles du XIX e siècle : “Laissez le choix au lecteur de décider du sort probable de l’homme qui avait avalé le fantôme”. Tout un programme de réflexion sur les hantises du corps et leur échos dans l’oeil et l’âme, à voir dans la beauté immuable de la Conciergerie.

Parmi les pièces de toutes tailles et de tous genres, un peu fêlées et très hantées, on notera tout particulièrement :
– les figurines immaculées de la plasticienne allemande Kiki Smith.

Kiki Smith, Tahitian girls with Feathers, 2005

Kiki Smith, Tahitian girls with Feathers, 2005

– le travail du verre du sculpteur israélien Izhar Patkin.

Izhar Patkin, The Messiah's glass, 2003-2007

Izhar Patkin, The Messiah's glass, 2003-2007

– et les danseuses trop glamour et trop conformes de la photographe française Valérie Belin.

Valérie Belin, Ballroom Dancers, 2008

Valérie Belin, Ballroom Dancers, 2008

Jusqu’au 12 décembre, “Le sort probable de l’homme qui avait avalé le fantôme“, La Conciergerie, tljs 9h-17h,2 boulevard du Palais, Paris 1ier, m° Saint Michel, Châtelet, Cité,12,50 euros (TR 9 euros).

Le + : évidemment la visite de cette ancienne prison impressionnante qu’est la Conciergerie,et notamment de la cellule reconstituée de Marie-Antoinette.

La jeune création éclate au 104

Jeudi 5 novembre 2009

Héritière de “Jeune peinture” créée par Paul Rebeyrolle en 1949, “Jeune création” est une association d’artistes qui soutient et promeut de nouveaux talents qu’elle sélectionne… et les expose une fois par an. Cette année 60 artistes internationaux sont à découvrir au 104, avant le 8 novembre.

jeune création 104 photo exclusive

Ghyslain Bertholon, Deupatosaurus

Démocratique (les dossiers candidats sont élus lors d’un vote à main levée), mais néanmoins exigeante (seuls 6 % des candidats sont retenus), internationale, dynamique et privilégiant des supports inventifs (installations,  mais aussi sculptures, peintures et dessins à prix abordables et proposant cette année dans la “black box” de découvrir des vidéos) la jeune création menée d’une main de maître par sa jeune commissaire Lorraine Hussenot, “Jeune création” a tout pour plaire. Les artistes sont souvent présents devant leurs œuvres et ne demandent qu’à en parler.

On est accueilli par un sympathique dinosaure, le Deuptaurus de Ghislain Bertholon et découvre dans les entrailles des anciennes écuries du 104 de nombreux jeunes talents, notamment venus d’Europe de l’Est (la tchèque Markete Koreckova, ou la polonaise Agata Nowosielska).

Marketa Koreckova, 3 fois à propos de l'amour

Marketa Koreckova, 3 fois à propos de l'amour

Parmi nos coups de cœur :

– le happening du suisse Enrico Centonze qui a recouvert la place du Bundestag de Berlin de 150 drapeaux dorés en 1 heure.

Jeune création 2009 104 Enrico Centonze

– la réflexion studieuse d’Arnaud Bergeret sur la reproduction de l’œuvre (l’atiste a recopié lui-même à la main tout un volume de Artpress, sans les images  dans “Ca va être long et difficile”, 2008).

bergeret Jeune création 2009

– la tente lumineuse et méditative de la coréenne Taegon Kim.

Taegon Kim Jeune création 2009 104

– et le remake Tinguely /Saint Phalle joué par les lyonnais Fabien Villon et Christel Montury lorsqu’ils entrecroisent leurs oeuvres (respectivement Axis Mundi, une compression de phares de voitures, et Monstrum, qui réfléchit sur l’effet de photoshop sur le corps des femmes).

Jeune création 2009 104

Christel Montury, Monstrum

Des happenings sont prévus lors de cette édition 2009 de “Jeune création”, avec notamment une performance de la “spécialiste du déséquilibre in situ”, Sarah Trouche, un show de la compagnie THEL Danse de Gabriel Hernandez, et une présentation du travail de 6 artistes par la commissaire, Lorraine Hussenot. Pour voir l’ensemble du programme, cliquez ici.

Sarah Trouche

Sarah Trouche

Sur une idée de l’invité spécial de Jeune Création, le public pourra lui-même participer à l’Art, en métamorphosant certaines pièces du projet de l’artiste, “Defacing project”.

Pablo Gonzales Trejo, Defacing project

Pablo Gonzales Trejo, Defacing project

Deux prix remis par un jury constitué d’artistes, de galeristes et de philosophes, doivent être remis : le prix jeunes création et le prix Boesner, et avec eux, une aide financière à la création.

Jeune création 2009, jusqu’au 8 novembre, 11h-20h, nocturnes vendredi et samedi jusqu’à 23h, 104, 104 rue d’Aubervilliers/ 5 rue Curial, Paris 19e, m° Stalingrad ou Riquet, 5 euros (TR. 3 euros).

Le + :  Très bien fait, le site de l’évènement met vraiment en valeurs les artistes.

Art en Capital au Grand Palais

Jeudi 5 novembre 2009

Jusqu’au 9 novembre, Art en Capital relaie la FIAC sous la verrière du Grand Palais. Un rassemblement d’artistes contemporains qui ne font pas toujours de l’art contemporain…

Art en Capital tapis, ambiance, photo exclusive

Parmi les 4 sections d’artistes contemporains réunies dans cette exposition, aux côtés des artistes français, des Comparaisons, et des dessins  figure le célèbre Salon des indépendants, qui existe depuis 1848 et qui a permis à d’immenses maîtres de Van Gogh à , où les impressionnistes se sont illustrés dans les années 1880 et où le critique Louis de Vauxcelles a donné leur nom aux “fauvistes” (Matisse, Vlaminck, Van Dongen Marquet) en 1905.

Art en Capital 2009 Grand palais photo exclusive

Et pourtant au dessus de morceaux de tapis aux couleurs flashantes et discordantes, entassés sur des panneaux très resserrées, les oeuvres (presque toutes des peintures et des dessins) données à voir sont plutôt décevantes.

On ira donc plutôt voir du côté des pavillons internationaux, les dessins du japonais Solère.

Paris Art en Capital Solère Japon

Et du côté des artistes français les peintures très “garoustiennes” et primées par la médaille d’or d’honneur 2008 de la peinture de Yves Degorre.

Art en Capital paris Grand Palais photo exclusive Yves Degorre

Mais cet Art en Capital 2009 est bien décevant, et ne dégage aucune énergie, ni aucune créativité. Si vous cherchez du nouveau, en cette fin de semaine à Paris, allez plutôt voir du côté du 104 et de la “Jeune création”.

Art en Capital, jusqu’au 9 novembre, Grand Palais, 11h-19h30, nocturne jusqu’à 22h jeudi 5, et fermeture à 16h lundi 9, 10 euros (TR. 6 euros).