Archive pour novembre 2009

Roman : le bon larron, d’Hannah Tinti

Dimanche 29 novembre 2009

Le premier roman d’Hannah Tinti transcrit dans des mots d’aujourd’hui, les sons, les odeurs et les problème d’un orphelin américain du XIX e siècle. Sans mélodrame, et donnant vie à une galerie de personnages s’étoffant de rebondissement en rebondissement, “Le bon larron” est un livre qui ne se lâche pas.

Ren est un orphelin manchot de 12 ans recueilli par les frères de Saint-Antoine dans un village de la côte Est. S’il n’est pas tout à fait malheureux dans la saleté et la faim de l’orphelinat improvisé, c’est grâce à sa foi et à ses amis, deux jumeaux dont la mère s’est noyée. Quand il est malheureux, il commet de petits larcins : des cailloux, mais surtout et si possible, des livres qu’il dévore en cachette. Sa seule peur est d’être livré à l’armée, quand il aura l’âge. Le seul moyen d’échapper à ce sort est d’être adopté, mais avec sa main coupée, il a peu de chance de trouver du travail dans une ferme. Aussi, quand un homme mature et charismatique mais aussi assez louche prétend qu’il est son frère et qu’il vient le chercher, Ren le suit. Il apprend bien vite que son nouveau tuteur est un voleur de grands chemins, travaillant en équipe avec un ancien instituteur alcoolique. Une de leurs activités principales est de déterrer les cadavres pour les vendre à des médecins…

Bien loin des rag to riches stories, “le bon larron” ressuscite la vie de petites gens vivant sur la côte est des Etats-Unis au XIX e siècle. A travers sa description d’une véritable cour des miracles ou religieux, femmes d’intérieurs, médecins, industriels, larrons  et assassins se côtoient sans manichéisme, Hannah Tinti parvient à évoquer non seulement les situations, mais aussi les sensations de cette époque. Ni conte de fée, ni livre misérabiliste, le roman tourne autour de la personnalité vive et curieuse de Ren, auquel de lecteur s’attache toujours plus, à chaque page tournée. Le bien ou le mal ne sont jamais concentrés dans un camp : les tueurs à gages peuvent être fidèles, les matrones maternelles, et les moines pingres et groumands. Un grand bain bouillonnant de vie, d’aventures et de rencontres réjouissantes.

Hannah Tinti, “Le bon larron”, trad. Mona de Pracontal, Gallimard, collection “Les belles étrangères”, 24 euros.

Il fallait une enveloppe. Et un timbre, 9a allait coûter de l’argent, supposa–t-il. Il plia la lettre en deux. A chaque pliure, il sentait décroître son envie de l’envoyer. Ils comprendraient sûrement qu’il mentait. Il se rendit alors compte que toutes les lettres envoyées par les enfants adoptés devaient être des mensonges, elles aussi“. p. 91

Dvd : Douglas Sirk, les années allemandes

Dimanche 29 novembre 2009

Carlotta propose un premier coffret de films réalisés par Douglas Sirk (Demain est un autre jour, Mirage de la vie…) au temps où il travaillait pour la UFA et signait encore ses films Detlef Sierck. L’occasion également de redécouvrir les débuts de la superstar du cinéma nazi, Zarah Leander.

En 3 Dvds et 4 films, c’est le cœur de la période allemande du réalisateur Douglas Sirk que vous pouvez redécouvrir. Réalisateur d’origine danoise, venu de la mise en scène de théâtre, Douglas Sirk a travaillé pour le grand studio allemand, la UFA, pour laquelle il a découvert la superstar d’origine suédoise et à la voix grave inoubliable, Zarah Leander.

Les deux premiers films concentrés sur le premier Dvd sont des adaptations. “La fille des marais” (1935) est tirée d’une nouvelle de Selma Lagerlöf et montre sur un mode naturaliste la séduction troublante d’Helga, fille-mère un peu sorcière, venue d’une ferme perdue dans les marais de la campagne suédoise. “Les piliers de la société” (1935) est un film sur les dessous de l’ascension sociale, inspiré d’une pièce du norvégien Henrik Ibsen, dont la structure est revue pour l’écran. Avec l’acteur nazi  Heinrich George (“Metropolis”, “Le juif Süss”…) qui a été déporté par les soviétiques, après la guerre.

Restaurés avec habileté, ces deux films témoignent des débuts talentueux de Sirk avec la caméra. Sirk disait que la lumière et l’angle représentaient la philosophie du cinéma…

Le deux films suivants sont issus de la rencontre entre Douglas Sirk et l’égérie suédoise Zarah Leander. Après le départ de Marlene Dietrich pour les Etats-Unis et face au refus de Greta Garbo de tourner dans un film allemand, la UFA avait besoin d’une nouvelle star allemande. Que Douglas Sirk est allé chercher sur une scène de théâtre à Vienne. Avant même la sortie du superbe “Paramatta, bagne de femmes” (1937, le titre en allemand est littéralement “Vers de nouveaux rivages”), Zarah Leander était déjà une star en Allemagne. Dans le film, elle interprète le rôle d’une chanteuse londonienne qui, pour sauver son amant, endosse le crime d’un faux qu’il a signé et se retrouve au bagne de Paramatta en Australie. Les chansons du films (“Ich steh im Regen”, “Yes sir”, “Ein Paar Tränen werd’ ich weinen um Dich”) appartiennent désormais au Panthéon de la chanson allemande. L’année d’après Sirk et Leander reprennent leur collaboration pour un film qui sera un succès mondial : “La habanera”. L’histoire est celle d’une jeune suédoise partie en voyage à Porto-Rico avec sa tante, et qui décide au dernier moment de rester sur l’île, pour y épouser l’élégant et dangereux Don Pedro de Avila. Dix ans plus tard, alors qu’elle se sent prisonnière sur l’île, a le mal du pays et se replie  sur son rôle de maman, l’héroïne retrouve un amour suédois de jeunesse, venu enquêter sur une fièvre contagieuse que les autorités de l’île, dont Don Pedro, tentent de dissimuler. La chanson éponyme du film est un autre tube allemand des années 1930.

Malgré certaines lourdeurs due aux conditions de production du film (propagande nazie un peu lourde sur le manque d’efficacité des américains, populations noires immédiatement liées au dévergondage dans les cabarets et casinos…) “Paramatta” et la “Habanera” témoignent de l’intérêt de Sirk pour les grands horizons (Australie, Porto-Rico) et la critique sociale. Derrière l’image lisse et maîtrisées, on peut même percevoir des fortes influences brechtiennes (Sirk avait lui-même mis en scène l’Opéra de Quat’sous) chez  le réalisateur qui a fui l’Allemagne pour retrouver sa femme juive et a eu aux Etats-Unis la carrière que l’on connaît.

Dans les bonus, ne manquez pas l’interview sans tabous de Douglas Sirk sur sa rencontre avec Zarah Leander. Vous y apprendrez que la diva avait les hanches larges, que les réalisateurs de l’époque appelaient le visage plein et placide de Leander, Garbo, ou Ingrid Bergman un “visage de vache”, et comment, déjà en 1937, on pouvait  créer de toutes pièces une nouvelle star.

Coffret Douglas Sirk, partie 1, “La fille du marais” (1935-78 min), “Les piliers de la société” (1935- 78 min), “Paramatta, bagne de femmes (1937-98 min), et “La Habanera” (1937-98 min). Films en noir et blanc et parlants, 3 dvd, VOST, 39, 90 euros. Sortie le 3 décembre 2009.

The Limits of Control : le dernier Jarmusch livre l’image sans le code

Samedi 28 novembre 2009

Dans “The limits of conrol”, Jim Jarmusch retrouve Isaach de Bankole (“Ghost Dogs”, “Coffee and cigarettes”) et lui donne le rôle d’un tueur à gage entrain d’achever une mission en Espagne. Rythmes lents, jeux de miroirs, peu de dialogues et pas d’explications pour des images superbes, et quelques scènes cocasses, le tout est à réserver aux fans de Jarmusch. Les autres risquent de fort s’ennuyer…

Un homme mystérieux, habillé d’un costume bleu impeccable et buvant toujours son double expresso dans DEUX tasses est en mission en Espagne. On comprend à mi-mots lors des conversations laconiques qu’il a avec d’autres inconnus mystérieux (dont, excusez du peu, Jean-François Stévenin, Tilda Swinton, John Hurt, Bill Murray et Gabriel Garcia Barnal) qu’il a une mission à accomplir. Le soir, il se repose dans des chambres impeccables où l’attend une superbe bimbo brune à lunettes avec qui il ne fait que dormir. Il prend des trains, plie son costume et range sa mallette, et multiplie des conversations très elliptiques avec des informateurs sans nom.

Exercice de style porté par le regard déterminé et fixe de Isaach de Bankole, “The limits of control” joue avec les nerfs et l’ignorance du spectateur. La frustration ne rend l’image dorée au soleil d’Espagne par les soins de Christopher Doyle (chef opérateur qui a notamment travaillé avec Wong Kar Wai) que plus belles. Et la répétition hypnotique des plans et des situations transmue les personnages entrant et sortant du champ en purs archétypes. Si le film n’est à recommander chaudement qu’aux fans de Jarmusch et aux cinéphiles à la patience angélique, la scène où Bankole croise Tilda Swinton en blonde platine sous son chapeau de cow-boy est un moment de réflexion (et de dialogue!) jouissif sur la vraie nature du cinéma. Lorsque Jarmusch décrit son inspiration pour le film, il dit s’être demandé ce que donnerait un remake de “Point Blank”de John Boorman par Jacques Rivette ou du “Samouraï” de Melville par Marguerite Duras… A méditer.

“The limits of Control” de Jim Jarmusch, avec Jean-François Stévenin, Tilda Swinton, John Hurt, Bill Murray et Gabriel Garcia Barnal, USA, 2008, 1h56, Sortie le 2 décembre.

Dvd : la triste histoire de Clara Schumann

Mercredi 25 novembre 2009

Changement de registre pour l’actrice allemande Martina Gedeck. Celle qu’on a vu recemment dans le rôle de  l’intello de la Rote Arme Fraktion, Ulrike Meinhof dans le film “La bande à Baader, de Bernd Eichinger, a aussi incarné la mythique Clara Schumann dans un film signé Helma Sanders-Brahms (“Allemagne, mère blafarde”). Vous pouvez désormais visionner cette version ciné des romances de Clara Schumann avec les compositeurs Robert Schumann et Brahms, chez vous grâce au Dvd Bodega films, sorti le 19 novembre.

En 1850, après des mois de tournée épuisants, Robert Schumann(Pascal Greggory)trouve enfin un poste fixe à Düsseldorf. Mais la fatigue des nerfs l’empêche de vraiment exercer cette fonction, si bien que c’est sa femme, Clara, qui en plus d’élever cinq enfants, a le culot de diriger un orchestre d’hommes pour les préparer à l’exécution du chef-d’oeuvre que son mari est entrain de composer : sa symphonie n°3, dite “rhénane”. Un jeune compositeur très prometteur, Johannes Brahms (Malek Zidi) arrive comme un ange à la rescousse du couple. S’occupant des enfants, et apportant une nouvelle énergie aux Schumann très préoccupés par les crises de Robert et son addiction au laudanum, il tombe amoureux de Clara, de quatorze ans son aîné.

Comme l’histoire d’Alma Mahler, de Lou Andreas-Salomé ou d’Anaïs Nin, la destinée de muse de plusieurs génies incarnée par Clara Schumann continue de fasciner. Le portrait de femme libre et forte,malgré les contraintes, qu’en fait Helma Sanders-Brahms est classique et surtout pudique. Mais le sur-jeu abominable de Pascal Greggory, la platitude des dialogues, et le côté viscontien des images amidonnées, plombent la subtilité des amours suggérées, l’érotisme parfaitement mature que dégage Martina Gedeck, et la fraîcheur sympathique d’un Malek Zidi à contre-emploi. A la décharge du film, enserrer un mythe dans des images et essayer de sortir une figure comme Clara Schumann de sa tragédie de femme qu’on s’imagine fatale n’est pas facile. De grands cinéastes se sont déjà cassés les dents sur de tels sujets, comme par exemple Liliana Cavani (“”Portier de nuit) dans l’évocation kitschissime des amours de Lou Andreas-Salomé (“Au-delà du bien et du mal”, 1977).


Clara – Bande Annonce FR
par _Caprice_

Clara, de Helma Sanders-Brahms , avec Pascal Greggory, Martina Geddeck, Malik Zidi, 2006, Bodega films, sortie du Dvd le 19 novembre 2009, 20 euros.

Regrecillements

Lundi 23 novembre 2009

L’amer est en dedans
Dans le jour lunaire
Dans les insomnies s’avançant
L’éther des vieilles chairs
N’est qu’un bouclier finissant.

Penchée spectaculaire,
J’ai mangé la sueur
Et le sel écœurant
D’une angoisse sincère.
Sur un corps trop pesant
J’ai pleuré encore hier
Etouffée de non-sentiment.

Dans le matin vert
Un bruit écœurant
Evoque la prière
D’un deuil très salissant.
Je cherche la manière :
Une cuiller ou un pansement
Pour creuser ce port mortifère
Pour échouer l’étranglement.
Je veux déporter les reliquaires
Et les dépôts encombrants.

Où est l’embarcadère ?
Je veux le détachement.
De pouvoir être mère
Porter l’ébouriffant
Et broder ma pierre
Dans le pire mort, terrifiant.
Mais l’ancre est solitaire
Et le pont trop pressant.

Encore une traversée du désert
Calcinée pour mille ans.
A trop jouer les sorcières
Dans un petit jeu de cure-dents,
Je me vide lentement
Fatiguée des corollaires
Agglutinés à l’apaisement
Et du mal qu’il faut faire
Pour grignoter le moment.

J’ai tout gravé, en femme entière
Le texte, la chaux, et les serments.
Et je pleure comme à la guerre
Quand je presse le semblant.
Où se vident en cathéters :
Le sens, le sain et le sang.

J’écris « vogue la galère ».
Mais ne sais plus vraiment
Ce que je dois faire
Pour me libérer des cerfs-volants
Et autres pantins de bière
Je ne sais plus comment
En qui, en quoi j’espère
Qui vit droit et humainement.

Je suis trop enfant et trop fière
Pour pouvoir vivre, simplement.

Rosmersholm, une tragédie domestique d’Ibsen à la Colline

Dimanche 22 novembre 2009

Deuxième partie du diptyque Ibsen mis en scène par Stéphane Braunschweig à la Colline (voir notre article sur Maison de Poupée), “Rosmersholm” concentre les thèmes fétiches du dramaturge norvégien : les fantômes, la vie de province, l’importance de la mrale protestante et l’impossibilité de la confiance et donc du couple. La mise en scène simple et efficace met en valeur le drame domestique puissant de cette pièce moins connue d’Ibsen et qui gagne à l’être.

Après le suicide de sa femme, le pasteur Rosmer (Claude Duparfait) reste seul au domaine familial, en compagnie de Rebekka (Maud Le Grevellec), une parente pauvre venue du nord de la Norvège tenir compagnie à sa femme, avant sa mort et qui règle désormais les affaires quotidiennes du domaine. La mort de sa femme a libéré Rosmer qui voudrait abandonner ses anciennes convictions pour vivre enfin pleinement sa vie en toute liberté. Poussé dans cette direction par Rebekka, il est néanmoins arrêté dans sa mutation par ses anciens amis dont l’austérité peut se faire très sévère. Et Rebekka elle-même a perdu son énergie vitale et sa volonté de liberté à force de vivre avec les fantômes moralisateurs de la famille Rosmer. Quand ces deux-là s’avouent leur flamme, il est déjà trop tard pour jouir de l’amour et la situation est trop compliquée pour qu’ils parviennent à se faire vraiment confiance.

rosmersholm

La mise en scène épurée de Stéphane Braunschweig présente gris, et de biais l’enfermement que constitue la vie à Rosmersholm. Deux murs sans couleur, et les portrait très noirs des ancêtres du pasteur suffisent à symboliser l’aridité d’un climat où la vivante Rebekka se meurt comme une fleur sans eau. Les costumes noirs, blancs et gris de Thibaut Vancraenenbroeck cont dans le même sens minimaliste. Servi par des acteurs extraordinaires, le texte d’Ibsen a donc toute la place pour s’enchaîner en tragédie annoncée, dans les hautes sphères d’une recherche très bourgeoise de la perfection. Seule la domestique du domaine, Madame Helseth (fantastique Annie Mercier) apporte une touche de vie dans ce qu’elle a de bon sens vulgaire à ces êtres éthérés se battant, en vain, contre des fantômes.

Rosmersholm“, de Henrik Ibsen, mise en scène de Stéphane Braunschweig, avec Maud Le Grevellec, Claude Duparfait, Annie Mercier, Christophe Brault, Jean-Marie Winling et Marc Susini, jusqu’au 16 janvier 2010, mercredi à 19h30, vendredi à 20h30, samedi à 17h, dimanche à 15h30, durée du spectacle : 2h30, Théâtre de la Colline, 15, rue Malte-Brun, Paris 20e, m° Gambetta, 27 euros (abonné : 13 euros, moins de 30 ans : 13 euros, moins de 30 ans abonné : 8 euros). Réservation : 01 44 62 52 52.

Photo : Elizabeth Carecchio

Deux femmes incarnent l’enfant-soldat de Kourouma au Lucernaire

Dimanche 22 novembre 2009

Jusqu’au 3 janvier, la compagnie Pied de la route et la compagnie de l’Antre-deux mettent en scène le texte d’Ahmadou Kourouma, “Allah n’est pas obligé”, (Seuil, prix Renaudot et Goncourt des lycéens 2 000) au théâtre du Lucernaire. Relevant le pari d’incarner le texte fort de l’auteur ivoirien sur la vie d’un enfant-soldat, les deux actrices blanches et adultes pirouettent avec génie les aventures terribles de Birahima entre le Liberia et la Sierra Leone.

allah-affiche1Birahima est à peine pubère et il a cependant une longue vie de deuils, de batailles et de sang derrière lui. Muni de pas moins de quatre dictionnaire, il entreprend de raconter sa vie dans une langue compréhensible pour un public blanc, et éloigné des massacres dont il a été témoin. Mais, parfois dans l’enthousiasme du récit, certaines injures “nègres noires africaines indigènes”. Après s’être présenté en 6 points, où il se présente comme maudit à cause de sa mère morte d’un ulcère à la jambe, et considérée comme une puissante sorcière, il retrace son parcours d’orphelin à la recherche à la recherche de sa tante au Liberia puis en Sierra Leone. Il décrit comment la condition d’enfant-soldat est pour lui la plus souhaitable, peu importe pour quel chef de tribu : car “Allah n’est pas obligé d’être juste dans les choses qu’il fait ici bas”, il faut bien que tout estomac soit nourri, et un enfant de dix ans muni d’un kalachnikov a le droit de tout piller derrière lui. Emprunt d’une foi qui mélange étrangement l’animisme à l’Islam, l’enfant qui est à la fois victime et bourreau décrit avec des mots truculents son quotidien; il livre également des images de guerre, dignes d’un reportage de grand reporter, et explique avec ses mots simples mais éclairants les enjeux des combats tribaux au Liberia et la manière dont l’impératif démocratique rend en comparaison, la situation dans le Sierra Leone voisin, encore plus bordélique, meurtrière et corrompue.

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Afin de rendre hommage au texte foisonnant de Kourouma, le metteur en scène, Laurent Maurel, laisse deux femmes adultes blanches (Caroline Filipek, et Vanessa Bettane ou Tatiana Werner en alternance) jouer les aventures de Birahima. Ce choix permet aux comédiennes de se faire pages blanche sur laquelle le spectateur peut imaginer le petit garçon qu’il désire. Renforcés par des images tour à tour didactiques ou évocatrices, et une musique volontiers stridentes, les pirouettes et les emboitement des deux femmes rendent justice à l’énergie troublante de l’enfant-soldat et leur sourire volontaire laisse imaginer le pire, derrière les mots d’humour, et les questions dérangeantes d’une petit garçon à la fois victime et assassin. Un spectacle où l’on retient son souffle et auquel on réfléchit encore longuement, une fois le rideau tombé. A voir absolument, et pourquoi pas avec ses enfants, l’horaire (18h30), le permettant…

A noter : mercredi 25 novembre à 20h, à l’issue de la représentation, débat avec Lucien Badjoko et l’association Univerbal /enfants-soldats.com, au bar de l’Avant-Scène au Lucernaire.

Allah n’est pas obligé”, d’après le roman, de Ahmadou Kourouma (1927-2003), mise en scène de Laurent Maurel, avec Caroline Filipek,Vanessa Bettane ou Tatiana Werner, Théâtre du Lucernaire, 53, rue Notre dame des Champs, Paris 6e, m° Vavin, mar-sam 18h3, dim, 17h, réservation : 0142226687.

Livres : les bonnes nouvelles d’un jeune canadien en colère

Dimanche 22 novembre 2009

Encensé par des critiques aussi pointilleux que Joyce Carol Oates et Joseph Boyden, le jeune auteur canadien Nathan Sellyn frappe fort avec son recueil de nouvelles : « Les caractéristiques de l’espèce ». Une comédie humaine très noire, où la violence se tapit parfois là où on l’attend le moins.

Un homme qui se venge d’un dealer dont les produits ont tué une ravissante jeune-fille, un époux aussi amoureux qu’agressif, un jeune handicapé portant un casque, un homosexuel à peine sorti du placard, un couple qui s’est raté et se revoit, un employé témoin du suicide d’un client chez home dépôt, un trentenaire fréquentant les bars de strip-tease, un couple brisé par une soirée d’échangisme, un nouveau père très lâche, des secrets de famille, et enfin une fiancée qui décide de poursuivre jusqu’au bout un jeu de télé-réalité sont les sujets très actuels de recueil de nouvelles de Nathan Sellyn. L’auteur éclaire dans la nature humaine tout ce qu’elle a de mesquin, de 7 à 77 ans, et montre comment nos sociétés encouragent souvent de manière feutrée une violence quasi-biologique. Même si certains personnages demeurent attachants (le mari trompé, l’homo tabassé etc…) le lecteur sort de la traversée des narrations de Sellyn convaincu que la « civilisation des mœurs » et le politiquement correct ne sont qu’un vernis, d’autant plus hypocrites qu’ils nous font oublier combien l’humain, est, jusque dans son suicide, un animal qui griffe, mort et tue quand il se sent en danger. Mêlant l’universel de la poésie et de l’observation juste, à la précision de la critique sociale, Sellyn est en effet un grand auteur désenchanté.

Nathan Sellyn, “Les caractéristiques de l’espèce, nouvelles”, trad. Judith Roze, Albin Michel, Collection « Terres d’Amérique », 17 euros.

Paris-Photo 2009 au Carrousel du Louvre

Jeudi 19 novembre 2009

Nichée comme chaque année dans le cadre élégant du Carrousel, la 13 ème édition de Paris-Photo met les pays arabes et l’Iran à l’honneur. 89 galeries (pour les 3/4 internationales) à découvrir  du 19 au 22 novembre.

Cette année, Paris-Photo a décidé de se jouer  des cliches orientalisants. C’es la dicrectrice de la Documenta X (1997), et spécialiste des représentations arabes contemporaines, Catherine David qui a été chargée de mettre  l’Iran et les pays arabes à l’honneur. Le salon permet de découvrir de nombreux photographes iraniens (Kiarostami chez Purdy  Hicks, Mitra Tabrizian chez Caprice Horn, Jalal Sepehr chez  Esther Woerdehoff) , égyptiens (Youssef Nabil chez Stevenson), marocains (Lalla Essaydi chez Edwyn Hook, Yto Barrada chez Polaris), ou libanais (notamment à la galerie munichoise exposés aux divers stands des galeries. Le thème central de Paris-Photo 2009 est très présent  à la section Statements, qui permet de découvrir 8 galeries localisées en Afrique du Nord et dans la péninsule arabe (la Assar art gallery et la galerie Silk  Road  de Téhéran, la B21 gallery de Dubaï, la galerie El Marsa de Tunis, la galerie 127 de Marrakech, la galerie Selma Ferriani de Londres et Tunis, la galerie Sfeir Semler de Beyrouth et Hambourg, et la galerie The empty quarter de Dubaï).

On notera les clichés réfléchissant la guerre de Gohar Dashti à la galerie Silk Road :

Gohar Dashti, Today's Life and War

–  les vues superbes de Marrakech de Malik Nedjmi, dont le travail a été sélectionné par Raymond Depardon pour les rencontres d’Arles en 2006 (Galerie 127)

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– et les clichés  pastichant les deux esthétiques orientalisante et gay de Reza Aramesh (B21 Gallery)

Reza Aramesh

Le regards de divers photographes européens sur ces pays est aussi représenté, et appelle à toute une réflexion sur l’orientalisme et son influence depuis la fin du XVIII e siècle. Mais comme toujours les clichés ne parlent pas et c’est au visiteur d’effectuer ce travail, sinon les images ne font que redoubler le carcan séduisant de l’orientalisme.

Enfin, des vidéos d’artistes arabes et iraniens sont également visibles dans la “Project room“.

Comme chaque année, L’exposition Paris-Photo prouve qu’elle porte bien son nom de salon international pour la photographie XIX e siècle, Moderne et Contemporaine, en donnant à voir des classiques anciens (Lartigue, Cartier-Bresson, Avedon et Sugimota chez Howard Greenberg, Willy Ronis, Rineke Djikstra, et Marina Abramovic chez La Fabrica ; Massimo Vitali est omniprésent : Bonni Benrubi, Galerie du jour, Brancoloni Grimaldi et des clichés “nouvelle objectivité” à la August Sander parsèment le salon, comme les gamins parisiens de Christer Strömholm chez Vu! la galerie ). Certaines photos font même figure de patriarches à la galerie  Serge Plantureux qui montre une superbe série de clichés des années 1850).

Mais que les aficionados de l’ultra contemporain se rassurent, il y a plein de nouveaux talents à découvrir à Paris-Photo dont :

– les modèles diaphanes de Carla van de Puttelaar chez Flatland :

Carla van de Putrelaar

– Les paysages terreux de Edward Bertynsky chez Toni Tapies :

Bertynsky

– Les mises en scène shermaniennes de Michel Journiac dans ses “24 h de la vie d’une femme ordinaire” chez Patricia Dorfmann:

Journiac

–  Les folies bleutées de Jorma Puranen à la galerie finnoise Anhava :

Jorma Puranen

– les scène à la Dorothea Tanning de Meghan Boody chez Caprice Horn:

Meghan Boody

– les ombres électriques et mystérieuses de Yuki Onodera à la galerie RX

– les madames infertiles de Jean-Christan Bourcart à la galerie vu!

Bourcart

– les starlettes d’Alex Prager chez Michel Hoppen :

Alex Prager

–  et les paysages urbains éclatés de Yasuda à la Base Gallery

Yasuda

Comme chaque année des espaces spéciaux sont réservés au Prix BMW Paris-Photo et au prix SFR jeunes talents.

de nombreuses rencontres auront lieu dans les prochains jours à Paris-Photo :

– jeudi 19 : table ronde autour de la scène arabe et iranienne en présence de Catherine David à 18h30, dans la project room. Et le magazine Polka vernit à sa galerie, 12, rue St Gilles, Paris 3e, m° Chemin vert, de 18h à 21h.

–  vendredi 20 : autour de Martin Parr à la galerie Magnum (stand F25)  à 12h30

– samedi 21, autour de Lalla Essaydi et Youssef Nabil à la galerie Apertures (A36), et d’Alain Fleischer à la galerie Le réverbère à 16h (E 20).

Paris-Photo 2009, du 19 au 22 novembre, Jeu, sam, 11h-30-20h, jusqu’à 22h vendredi  et seulement jusqu’à 19h, dimanche,  Carrousel du Louvre, 99 rue de Rivoli, Paris 1ier, m° Palais Royal, 15euros (étudiants : 7,50 euros).

Gossip au Bataclan : l’énergie rouge feu de Beth Ditto

Dimanche 15 novembre 2009

Hier soir avait lieu le premier des trois concerts de Gossip au Bataclan. Le groupe a donné du show et du son et fait dansé une salle bondée et extrêmement réceptive.  Il faut vraiment entendre live la voix de Beth Ditto, phénomène de la nature qui danse, crache, parle en Français à son public et se déshabille volontiers…

Devant le raz-de marée des réservation, une troisième date  au Bataclan a du être rajoutée à la tournée du groupe Gossip, qui joue à guichet fermés 15, 16 et 17 novembre, pour un public qui connaît par cœur le tous les hits de l’album “Music for men” (Colombia), sorti au printemps dernier.

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La première partie était tenue par un groupe très rock et sympathique qui a chauffé une foule toute prête à danser. Pendant les vingt minutes d’attente entre cette première partie et le show de Gossip, le public a hurlé, tonné, réclamé et applaudi le groupe de Portland, espérant le faire jouer plus vite. Après quelques notes de guitare de Brace Paine et quelques battements de Hannah Billie, ELLE est arrivée :  tunique noire ample et courte sur bas résilles, bob rouge court sur lequel trônait un petit bibi noir, Beth Ditto a comme prévu fait sensation.

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Saluant  le public montrant ses connaissances de français, dans jamais s’arrêter ni de danser, ni de faire tonner son imposante voix, la chanteuse s’est petit à petit déshabillée : le bibi a valsé, les chaussures ont disparu et il faisait tellement chaud au Bataclan, que Beth Ditto a fini par enlever la tunique, finissant le concert en body noir laissant voir sa généreuse poitrine. Sa voix est absolument bouleversante, et entendre sa puissance brute et blues en live est une expérience vraiment différente de l’écoute du CD.

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