Archive pour 22 septembre 2009

Renoir ou l’inventivité des dernières années au Grand Palais

Mardi 22 septembre 2009

Commençant au moment de la consécration de Pierre Auguste Renoir lors de la rétrospective que lui consacre la galerie Paul Durand-Ruel en 1892, l’exposition que le Grand Palais consacre au maître du nu interroge la manière dont celui-ci a continué de se renouveler dans les trente dernières années de sa vie. Son secret de jeunesse : ne abandonner l’idée que « la peinture est faite pour embellir ».

Nu sur les coussins (1907) Rmn/ Hervé Lewandowski

Nu sur les coussins (1907) Rmn/ Hervé Lewandowsky

« Je commence à savoir peindre », s’exclame en 1913, à l’âge de 72 ans, Pierre Auguste Renoir.

Picasso, La grande baigneuse (1921)

Baigneuse assise dans un paysage, dite Eurydice (1883)
Baigneuse assise dans un paysage, dite Eurydice (1883)« Je commence à savoir peindre », s’exclame en 1913, à l’âge de 72 ans, Pierre Auguste Renoir. Le propos de « Renoir au

Picasso, La grande baigneuse (1921)

Le propos de « Renoir au XX e siècle » est de montrer qu’au-delà des combats impressionnistes, le Renoir des dernières années est une figure clé du XX e siècle. A travers des œuvres venues du musée d’Orsay, de l’Orangerie, du musée Picasso, mais également de musées américains moins connus et de collections privées, la commissaire de l’exposition, Sylvie Paty, propose un parcours thématique en 15 salles.

Et elle démontre que Renoir est un maillon indispensable entre les maîtres classiques, Raphaël, van Eyck, Le Titien, et Boucher, et les artistes les plus inventifs du XXe siècle. Les dernières œuvres de Renoir sont fort bien comparées à certains tableaux du Picasso des années 1920. On nous rappelle, à raison, que ce dernier avait lui-même fait l’acquisition de toiles de Renoir, comme la Baigneuse assise dans un paysage, dite Eurydice (1883) qui l’a inspiré pour sa Grande baigneuse (1921). Bonnard est bien sûr évoqué.

Le concert (1919) Art Gallery of Ontario

Le concert (1919) Art Gallery of Ontario

Mais aussi Matisse, puisque comme le peintre des odalisques, Renoir a voyagé en Algérie dans les années 1880. Tous deux capables de se renouveler complètement dans leurs dernières années, malgré des handicaps physiques (maladie articulaire pour Renoir, vue pour Matisse), Renoir et Matisse ont également tous deux réinventé l’orientalisme depuis leur atelier. La méthode, mise au point par Renoir, consistait à étendre des brocarts colorés derrière le modèle pour alimenter l’inspiration. Et il existe des correspondances entre Le Concert de Renoir (1919) et les Deux modèles en repos (1928) de Matisse que l’exposition montre côte à côte. Riche de renseignements sur la vie de Renoir dans ses ateliers des Collettes et de Cagnes, « Renoir au XX e siècle » affiche des photos rares où l’on voit Renoir aux côtés de sa famille, de ses amis (Mallarmé) et des marchands d’art (Antoine Vollard) qui l’ont suivi.

Les baigneuses (1918-1919)
Les baigneuses (1918-1919) Rmn/ Hervé Lewandowski

Rmn/ Hervé Lewandowski

Surtout, l’exposition permet de percer le charme des nus de Renoir pour y voir la force de la volonté de l’artiste. Celui-ci s’est de plus en plus éloigné du réel au fur et à mesure qu’il perfectionnait son art pour embellir ses modèles. Quitte à déformer les corps des femmes qu’il peignait pour les rendre plus Diane, plus lianes et à poudrer leur teint pour les rendre plus diaphanes. Même la Première Guerre mondiale ne détourne pas Renoir de sa quête du beau à tout prix. Et sa dernière grande œuvre Les baigneuses de 1919 impose la chair opale de corps ondulants dans un décor champêtre étouffé par la grâce. Ce testament porte un message : même dans de sombres temps, la peinture selon Renoir est faite pour embellir.


Une superbe exposition, extrêmement bien construite, qui convaincra même les plus sceptiques de l’immense influence de Renoir sur l’avant-garde du XX e siècle.

« Renoir au XXe siècle », Jusqu’au 4 janvier, Grand Palais, M° Champs-Elysées Clémenceau. Tous les jours de 10h à 20h, sauf le mercredi jusqu’à 22h, fermé le mardi et le 1er mai 2009. Tarifs: 11 euros / 8 euros.