Archive pour 19 septembre 2009

Cinéphilie : 11 e vague de sorties DVD RKO

Samedi 19 septembre 2009

Depuis le 7 septembre, les fameux studios RKO ajoutent 10 nouveaux films à leur mémoire DVD du Cinéma. Parmi ceux-ci : “Les chasses du comte Zaroff”, “L’Inconnu du 3 e étage” et “La pêche eu trésor”. Une mémoire inestimable du cinéma à 10 euros le DVD.

« Les chasses du compte Zaroff » (1932), d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel est un film culte, et qui a donné lieu à de nombreux remakes. Tourné avec des bouts de ficelle, dans les décors de King Kong,  et utilisant les acteurs du film de Merian C. Cooper (1933), ce jeu de chasse à l’homme dégage une atmosphère fantastique fascinante, non dénuée d’érotisme.


Les Chasses du Comte Zaroff (V.O.)
par imineo

Première (brève) apparition de Marilyn Monroe à l’écran, « La pêche au Trésor » (1949) de David Miller réunit une dernière fois les trois Marx Brothers à l’écran, dans les coulisses d’un spectacle de Broadway où plusieurs protagonistes tentent de récupérer le collier de diamants des Romanoff. Humour, amour et de très beaux numéros de revue.


1949 – Love Happy (Marx Brothers, Marilyn Monroe)
par 1106emmanuel

Enfin, véritable hommage au cinéma expressionniste allemand, et souvent considéré comme le premier film noir américain, « L’inconnu du 3 étage » (1940) de Boris Ingster redonne à Peter Lorre, dix ans après « M le Maudit » et en anglais le rôle inquiétant du criminel sans motif. Jeux d’ombres réflexifs, Voix off, rêves, danger dans les rues du Upper West Side et interrogations sur sa culpabilité pour un journaliste américain a priori sain d’esprit montrent comment les folies de la République de Weimar ont pu traverser l’Atlantique.

Également disponibles dans cette 11 e vague RKO :

– « Miss Manton est folle » (1938) de Leigh Jason avec Barbara Stanwick et Henri Fonda
– « La grande farandole » (1939), de H.C. Potter avec Fred Astaire et Ginger Rogers
– « La vénus des mers chaudes » (1955), de John Sturges, avec Jane Russel
– « Le pigeon d’argile » (1949), et Bodyguard (1948) de Richard Fleischer
– « Desperate » (1947), d’Anthony Mann
– Et l’illustre « Chevauchée fantastique » (1939), de John Ford, avec John Wayne.

Les films RKO se présentent sous forme extra-plate, avec le choix entre VO, VO sous-titrée français et parfois VF, et souvent une petite introduction de Serge Bromberg, directeur artistique du festival d’Annecy, et grand restaurateur de vieilles pellicules. Ils valent chacun 10 euros.

Tirza, une paternité existentielle

Samedi 19 septembre 2009

Paru en 2006 aux Pays-Bas, le roman « Tirza », du jeune, prolifique et génial Arnon Grunberg est enfin disponible aux éditions Actes Sud. Une enquête psychologique et ironique sur la passion paternelle d’un bourgeois qui est passé à côté de sa vie.

tirzaJörgen Hofmeester a enfin trouvé la paix une fois la cinquantaine passée. Sa femme ayant disparu depuis trois ans pour rejoindre son premier amour sur une barque, et sa fille aînée ayant décidé d’aller vivre dans une ferme en France, il est seul à la maison où il cuisine avec précision pour le grand amour de sa vie : sa fille Tirza, 18 ans, en Terminale dans un bon lycée d’Amsterdam. Mais après le bac Tirza doit partir avec son petit ami en Afrique. Hofmeester se lance alors casseroles et âme dans l’organisation de la fête que Tirza doit donner avant son départ. Mais quelques jours avant l’échéance, sa femme refait une apparition.

Concentré sur quelques semaines de la vie d’un homme médiocre et vieillissant de la bourgeoisie amstellodamoise, Tirza cache mal derrière les piques d’ironies, qui sont la griffe de Grunberg, une profonde mélancolie. Jamais ,au grand jamais, ce père Goriot contemporain qu’est Hofmeester ne touche au sublime. Une fois tués Dieu, l’amour romantique et les rêves jamais réalisés de devenir un éditeur qui compte, le héros demeure un personnage encore plus vide que sa vie. Une vie faite de convenances (avoir un bel appartement, continuer à partir le matin avec son attaché-case même sans travail à effectuer, ne pas mettre sa femme dehors quand elle revient même si elle n’évoque que du dégoût), d’incompréhension sur un monde entrain de changer physiquement dans le corps de ses filles devenant des femmes, et de références culturelles désormais ineptes. Les quelques qualités et réalisations de Hofmeester sont répétées jusqu’à se faner : son doctorat en lettres allemandes, son goût pour la littérature russe, ses performances récente en cuisine, et une certaine ascension sociale matérialisée par la maison avec un joli jardin située dans un beau quartier d’Amsterdam.

Mais l’homme demeure vieux, résigné, et apathique. Voir antipathique quand il couche avec une amie de sa fille, bat sa femme, s’envoie en l’air avec la bonne ghanéenne, et se trouve plus préoccupé par son propre désir lâche et inabouti de disparaître que par la profonde misère humaine qui devrait le toucher, lors du voyage qu’il entreprend en Afrique, loin de ses repères familiers, et sur les pas de sa fille. Grunberg est d’autant plus convainquant dans ce constat de médiocrité qu’il ne passe à son héros aucun détail sur les contingences.

Dans la grande tradition du roman psychologique européen qui va de Madame de Lafayette à Stefan Zweig ou Franz Werfel, “Tirza” met un homme à nu dans un texte parfaitement maîtrisé. Mais là où il n’y a pas de cœur, il ne peut y avoir sa destruction, juste soulèvement de celui d’un lecteur plongé en apnée dans le sordide. Et là où il n’y a pas d’âme, ou une simple humanité de regrets, il ne peut y avoir de pardon, mais juste le portrait sadique d’un naufrage annoncé. Rien ne vient rédimer Hofmeester de son avidité, de son égoïsme et de son racisme de bon hollandais. Pas même l’amour disproportionné qu’il porte à sa fille cadette qui semble ne pas valoir beaucoup plus que lui. 430 pages avec un moi haïssable est une épreuve que le style de Grunberg – et son plaisir à remuer la fange- ne parviennent pas cette fois-ci à rendre supportable. Peut-être une fois encore en avance sur son temps, ou peut-être simplement coincé dans le désenchantement de sa génération, Grunberg livre une fable sans morale. Son roman provoque un dégoût infertile, car il ne suscite pas la révolte. Juste l’enfermement dans une empathie tranquille pour la médiocrité de l’homme blanc. Et l’on se prend à regretter les saillies un peu folles de “Douleur fantôme” (Omnibus, 2003) et du “Messie Juif” (Eho, 2006) où le désordre et l’hystérie laissaient un peu de place à l’espoir d’une vie qui puisse changer.

Arnon Grunberg, “Tirza”, Trad. Isabelle Rosselin, Actes Sud, 23,80 euros.

« Je ne suis personne, dit-il. J’avais un ego surdimensionné, mais je l’ai réduit de moitié et tu as ensuite continué de le comprimer jusqu’à ce ne soit plus qu’une boulette de viande hachée. Je suis le père de Tirza et d’Ibi. Surtout cela. Voilà ce que je suis, oui, c’est cela et pas grand-chose de plus, mais aussi pas moins. Le père d’Ibi et de Tirza. Je suis père » p. 65