Archive pour septembre 2009

Miriam Makeba, prophétesse en son continent

Dimanche 27 septembre 2009

Des voix en or venues d’Afrique se réunissent ce soir encore pour rendre un vibrant hommage à Miriam Makeba, alias “Mama Africa”. Un pur moment de Grâce.

Née en Afrique du Sud, Miriam Makeba a du quitter le pays à cause de l’apartheid, et la Guinée lui a donné un passeport.  Elle a vécu 31 ans en exil.

La chanteuse a eu de l’influence bien au delà des frontières de son pays d’adoption, et a même connu des succès mondiaux sans jamais cesser de chanter l’Afrique dans des langues traditionnelles. Parmi ses tubes : le joyeux “Pata, pata”, aussi bien que le déchirant “Khawuleza” qui reprend le cri des enfants alertant leurs parents d’aller vite se cacher par peur de la police, lors de l’apartheid.

Première femme africaine à parler devant la tribune de l’ONU, Miriam Makeba a plaidé en faveur du boycott de l’Afrique du Sud, toujours pendant l’apartheid.

La femme-continent, morte l’an dernier, a représenté toute sa vie un espoir de paix. Elle demeure un modèle pour toutes les jeunes artistes africaines qui n’ont pas la liberté d’exercer leur art, soit parce qu’elle dépendent de leur père et leur mari, soit si leur père est d’accord, parce que le reste de la société voit souvent d’un mauvais œil le métier de chanteuse…

Après Miriam Makeba, la présentatrice de cette soirée d’hommage, la béninoise Angélique Kidjo a continué de paver le chemin de la liberté artistique pour les femmes africaines. D’une voix bouleversante et avec charisme, elle invite ses “soeurs” venues de quatre pays d’Afrique et un autre chanteur sud-africain qui a inspiré les mouvements contre l’apartheid, Vusi Mahlasela, à un danser et chanter ensemble.

Parmi les “soeurs”, le public européen en connaît bien certaines : la nigérienne Asa, qui a remporté le prix Constantin en 2008, l’allemande d’origine nigérienne Ayo que nous avions découverte avec le hit “down on my knees”,  ainsi que malienne à la voix cristalline Rokia Traoré. Cet hommage est aussi l’occasion de découvrir la sculpturale guinéenne, Sayon Bamba, et  la fantastique danseuse ivoirienne à la voix chaude, Dobet Gnahore.

Accompagnés par le chœur original de Miriam Makeba et un orchestre magnifique,dont certains membres sont aussi un peu griots, les chanteurs transforment cet hommage en page d’histoire. Une page d’histoire inscrite dans leurs musiques, dont les styles si différents viennent colorer le répertoire de “Mama Africa” pour le garder vivant. Il y a quelque chose de sacré dans cette réunion de tout un continent autour d’une figure si marquante. L’âme de l’Afrique que Miriam Makeba a tellement chantée est présente dans le Cirque d’Hiver, le concert est un moment de magie si rare qu’on frôle la Grâce.

Dernière aujourd’hui, 16h30, Cirque d’Hiver, 110, Rue Amelot, Paris 11e, m° Filles du Calvaire, 13-26 euros.

Cet évènement fait partie du très beau programme dédié aux femmes du festival d’Ïle-de-France, et sur le site du festival vous pouvez  entendre les voix des chanteurs de l’hommage à Miriam Makeba.

Dvd : Quand Louis Malle fait du Woody Allen

Mercredi 23 septembre 2009

Arte vidéo complète sa collection “Louis Malle” d’un ovni new-yorkais. My dinner with André filme deux metteurs en scène qui discutent de la fin du monde,  pendant deux heures, autour d’un diner sur la 7 e avenue.

Louis Malle concentre sa caméra pendant deux heures sur une discussion intello new-yorkaise des années 1970. Pour tenir la longueur, le réalisateur a engagé deux metteurs en scène de théâtre d’avant-garde qui jouent leur propre rôle :  Andre Gregory et Wallace Shawn, que Woody Allen apppelait “un homonculus” dans Manhattan.

Vingt-cinq ans avant “Belle toujours” de Oliveira, Malle filme intégralement un dîner dans un restaurant un peu vieillot et feutré où l’on entend passer les plats. La discussion dure près de deux heures, et porte à toute vitesse et dans un accent new-yorkais nasillard sur la marge de liberté qui nous reste dans nos démocraties occidentales bien trop confortables.

Quand Louis Malle fait du Woody Allen,  il l’épure de l’humour. Aucune concession donc, si ce n’est un prologue magnifiant Manhattan, où Wallace exprime en voix off ses soucis quotidiens, et son peu d’envie de revoir André qui a poussé la hippie attitude jusqu’aux bords de la folie…

Wallace décide donc d’en dire peu, mais il se laisse vite prendre au jeu égocentrique d’Andre, surtout quand celui-ci l’accuse d’écrire un théâtre incapable de réveiller des co-citoyens endormis et qui estime que la civilisation occidentale et surtout  que New-York est une sorte de camp de concentration que les hommes auraient si bien construit qu’ils sont incapables de même vouloir en sortir.

Au questionnement paranoïaque sur les prisons de  “L’homme unidimensionnel” (Herbert Macuse), Andre et Wallace ajoutent un débat plus spécifique sur ce qu’est leur art : le théâtre.

Un film surprenant, légèrement suranné, et qui tient plus du pari que du divertissement.

“My dinner with André”, de Louis Malle, avec Andre Gregory et Wallace Shawn, 1983, 106 minutes, Arte Vidéo, sortie le 7 octobre, 20 euros.

Renoir ou l’inventivité des dernières années au Grand Palais

Mardi 22 septembre 2009

Commençant au moment de la consécration de Pierre Auguste Renoir lors de la rétrospective que lui consacre la galerie Paul Durand-Ruel en 1892, l’exposition que le Grand Palais consacre au maître du nu interroge la manière dont celui-ci a continué de se renouveler dans les trente dernières années de sa vie. Son secret de jeunesse : ne abandonner l’idée que « la peinture est faite pour embellir ».

Nu sur les coussins (1907) Rmn/ Hervé Lewandowski

Nu sur les coussins (1907) Rmn/ Hervé Lewandowsky

« Je commence à savoir peindre », s’exclame en 1913, à l’âge de 72 ans, Pierre Auguste Renoir.

Picasso, La grande baigneuse (1921)

Baigneuse assise dans un paysage, dite Eurydice (1883)
Baigneuse assise dans un paysage, dite Eurydice (1883)« Je commence à savoir peindre », s’exclame en 1913, à l’âge de 72 ans, Pierre Auguste Renoir. Le propos de « Renoir au

Picasso, La grande baigneuse (1921)

Le propos de « Renoir au XX e siècle » est de montrer qu’au-delà des combats impressionnistes, le Renoir des dernières années est une figure clé du XX e siècle. A travers des œuvres venues du musée d’Orsay, de l’Orangerie, du musée Picasso, mais également de musées américains moins connus et de collections privées, la commissaire de l’exposition, Sylvie Paty, propose un parcours thématique en 15 salles.

Et elle démontre que Renoir est un maillon indispensable entre les maîtres classiques, Raphaël, van Eyck, Le Titien, et Boucher, et les artistes les plus inventifs du XXe siècle. Les dernières œuvres de Renoir sont fort bien comparées à certains tableaux du Picasso des années 1920. On nous rappelle, à raison, que ce dernier avait lui-même fait l’acquisition de toiles de Renoir, comme la Baigneuse assise dans un paysage, dite Eurydice (1883) qui l’a inspiré pour sa Grande baigneuse (1921). Bonnard est bien sûr évoqué.

Le concert (1919) Art Gallery of Ontario

Le concert (1919) Art Gallery of Ontario

Mais aussi Matisse, puisque comme le peintre des odalisques, Renoir a voyagé en Algérie dans les années 1880. Tous deux capables de se renouveler complètement dans leurs dernières années, malgré des handicaps physiques (maladie articulaire pour Renoir, vue pour Matisse), Renoir et Matisse ont également tous deux réinventé l’orientalisme depuis leur atelier. La méthode, mise au point par Renoir, consistait à étendre des brocarts colorés derrière le modèle pour alimenter l’inspiration. Et il existe des correspondances entre Le Concert de Renoir (1919) et les Deux modèles en repos (1928) de Matisse que l’exposition montre côte à côte. Riche de renseignements sur la vie de Renoir dans ses ateliers des Collettes et de Cagnes, « Renoir au XX e siècle » affiche des photos rares où l’on voit Renoir aux côtés de sa famille, de ses amis (Mallarmé) et des marchands d’art (Antoine Vollard) qui l’ont suivi.

Les baigneuses (1918-1919)
Les baigneuses (1918-1919) Rmn/ Hervé Lewandowski

Rmn/ Hervé Lewandowski

Surtout, l’exposition permet de percer le charme des nus de Renoir pour y voir la force de la volonté de l’artiste. Celui-ci s’est de plus en plus éloigné du réel au fur et à mesure qu’il perfectionnait son art pour embellir ses modèles. Quitte à déformer les corps des femmes qu’il peignait pour les rendre plus Diane, plus lianes et à poudrer leur teint pour les rendre plus diaphanes. Même la Première Guerre mondiale ne détourne pas Renoir de sa quête du beau à tout prix. Et sa dernière grande œuvre Les baigneuses de 1919 impose la chair opale de corps ondulants dans un décor champêtre étouffé par la grâce. Ce testament porte un message : même dans de sombres temps, la peinture selon Renoir est faite pour embellir.


Une superbe exposition, extrêmement bien construite, qui convaincra même les plus sceptiques de l’immense influence de Renoir sur l’avant-garde du XX e siècle.

« Renoir au XXe siècle », Jusqu’au 4 janvier, Grand Palais, M° Champs-Elysées Clémenceau. Tous les jours de 10h à 20h, sauf le mercredi jusqu’à 22h, fermé le mardi et le 1er mai 2009. Tarifs: 11 euros / 8 euros.

Danse : Le gala des étoiles du XXI e siècle au TCE

Dimanche 20 septembre 2009

La grande revue annuelle des étoiles montantes des meilleures compagnies de ballet du monde se termine cet après-midi au Théâtre des Champs-Elysées. Une rendez-vous de danse classique et contemporaine à ne pas manquer.

En 8 tableaux et un final, les danseurs les plus doués de leur génération se succèdent sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées. Issu des corps de ballets les plus prestigieux comme le American Ballet Theater, les ballets de l’Opéra de Munich, et Berlin, le Scottish Ballet ou encore le Nederlands Dans Theater, chaque couple propose une chorégraphie classique en tutu blanc, volontiers sur du Tchaïkovski, et une scène plus contemporaine, signée par des chorégraphes aussi inventifs que Ben van Cauwenbergh, Kryztof Pastor ou Jiri Kylian.

Si au début on est un peu surpris de ne pas voir d’orchestre, on se rend bien vite compte qu’autant d’étoiles n’auraient pas pu répéter assez avec lui. Et on se détourne de la musique stéréo pour se concentrer sur les corps en mouvements.

On (re)découvrira l’incroyable Daniil Simkin, présent au Gala des étoiles du XXI e siècle il y a deux ans, dans des sauts à couper le souffle en compagnie de l’étoile rousse Yana Salenko, et dans un solo irrésistible sur “Les Bourgeois” de Jacques Brel.

Commençant sur du Bach et finissant en tango endiablé, Polina Semionova et Dmitry Semionov se tiennent avec grâce par leur T-shirt rose fluo  dans la  superbe chorégraphie de Rolando d’Alesio, “Come neve al sol”.

Enfin,  les dramatiques Aurélie Cayla (remplacée demain par Shirley Essboom) et Yvan Dubreuil grimacent le couple vu par Jiry Kilian avec un expressionnisme brûlant.

Un joli menu qui comblera tous les amateurs de danse et orientera ceux et celles qui se demandent vers quels spectacles et quelles compagnies se tourner pour apprécier le ballet.

Dimanche 20 septembre, 15h, Théâtre des Champs Elysées, 15 avenue Montaigne, Paris 8e, M° Alma-Marceau, 15-89 euros.

Cinéphilie : 11 e vague de sorties DVD RKO

Samedi 19 septembre 2009

Depuis le 7 septembre, les fameux studios RKO ajoutent 10 nouveaux films à leur mémoire DVD du Cinéma. Parmi ceux-ci : “Les chasses du comte Zaroff”, “L’Inconnu du 3 e étage” et “La pêche eu trésor”. Une mémoire inestimable du cinéma à 10 euros le DVD.

« Les chasses du compte Zaroff » (1932), d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel est un film culte, et qui a donné lieu à de nombreux remakes. Tourné avec des bouts de ficelle, dans les décors de King Kong,  et utilisant les acteurs du film de Merian C. Cooper (1933), ce jeu de chasse à l’homme dégage une atmosphère fantastique fascinante, non dénuée d’érotisme.


Les Chasses du Comte Zaroff (V.O.)
par imineo

Première (brève) apparition de Marilyn Monroe à l’écran, « La pêche au Trésor » (1949) de David Miller réunit une dernière fois les trois Marx Brothers à l’écran, dans les coulisses d’un spectacle de Broadway où plusieurs protagonistes tentent de récupérer le collier de diamants des Romanoff. Humour, amour et de très beaux numéros de revue.


1949 – Love Happy (Marx Brothers, Marilyn Monroe)
par 1106emmanuel

Enfin, véritable hommage au cinéma expressionniste allemand, et souvent considéré comme le premier film noir américain, « L’inconnu du 3 étage » (1940) de Boris Ingster redonne à Peter Lorre, dix ans après « M le Maudit » et en anglais le rôle inquiétant du criminel sans motif. Jeux d’ombres réflexifs, Voix off, rêves, danger dans les rues du Upper West Side et interrogations sur sa culpabilité pour un journaliste américain a priori sain d’esprit montrent comment les folies de la République de Weimar ont pu traverser l’Atlantique.

Également disponibles dans cette 11 e vague RKO :

– « Miss Manton est folle » (1938) de Leigh Jason avec Barbara Stanwick et Henri Fonda
– « La grande farandole » (1939), de H.C. Potter avec Fred Astaire et Ginger Rogers
– « La vénus des mers chaudes » (1955), de John Sturges, avec Jane Russel
– « Le pigeon d’argile » (1949), et Bodyguard (1948) de Richard Fleischer
– « Desperate » (1947), d’Anthony Mann
– Et l’illustre « Chevauchée fantastique » (1939), de John Ford, avec John Wayne.

Les films RKO se présentent sous forme extra-plate, avec le choix entre VO, VO sous-titrée français et parfois VF, et souvent une petite introduction de Serge Bromberg, directeur artistique du festival d’Annecy, et grand restaurateur de vieilles pellicules. Ils valent chacun 10 euros.

Tirza, une paternité existentielle

Samedi 19 septembre 2009

Paru en 2006 aux Pays-Bas, le roman « Tirza », du jeune, prolifique et génial Arnon Grunberg est enfin disponible aux éditions Actes Sud. Une enquête psychologique et ironique sur la passion paternelle d’un bourgeois qui est passé à côté de sa vie.

tirzaJörgen Hofmeester a enfin trouvé la paix une fois la cinquantaine passée. Sa femme ayant disparu depuis trois ans pour rejoindre son premier amour sur une barque, et sa fille aînée ayant décidé d’aller vivre dans une ferme en France, il est seul à la maison où il cuisine avec précision pour le grand amour de sa vie : sa fille Tirza, 18 ans, en Terminale dans un bon lycée d’Amsterdam. Mais après le bac Tirza doit partir avec son petit ami en Afrique. Hofmeester se lance alors casseroles et âme dans l’organisation de la fête que Tirza doit donner avant son départ. Mais quelques jours avant l’échéance, sa femme refait une apparition.

Concentré sur quelques semaines de la vie d’un homme médiocre et vieillissant de la bourgeoisie amstellodamoise, Tirza cache mal derrière les piques d’ironies, qui sont la griffe de Grunberg, une profonde mélancolie. Jamais ,au grand jamais, ce père Goriot contemporain qu’est Hofmeester ne touche au sublime. Une fois tués Dieu, l’amour romantique et les rêves jamais réalisés de devenir un éditeur qui compte, le héros demeure un personnage encore plus vide que sa vie. Une vie faite de convenances (avoir un bel appartement, continuer à partir le matin avec son attaché-case même sans travail à effectuer, ne pas mettre sa femme dehors quand elle revient même si elle n’évoque que du dégoût), d’incompréhension sur un monde entrain de changer physiquement dans le corps de ses filles devenant des femmes, et de références culturelles désormais ineptes. Les quelques qualités et réalisations de Hofmeester sont répétées jusqu’à se faner : son doctorat en lettres allemandes, son goût pour la littérature russe, ses performances récente en cuisine, et une certaine ascension sociale matérialisée par la maison avec un joli jardin située dans un beau quartier d’Amsterdam.

Mais l’homme demeure vieux, résigné, et apathique. Voir antipathique quand il couche avec une amie de sa fille, bat sa femme, s’envoie en l’air avec la bonne ghanéenne, et se trouve plus préoccupé par son propre désir lâche et inabouti de disparaître que par la profonde misère humaine qui devrait le toucher, lors du voyage qu’il entreprend en Afrique, loin de ses repères familiers, et sur les pas de sa fille. Grunberg est d’autant plus convainquant dans ce constat de médiocrité qu’il ne passe à son héros aucun détail sur les contingences.

Dans la grande tradition du roman psychologique européen qui va de Madame de Lafayette à Stefan Zweig ou Franz Werfel, “Tirza” met un homme à nu dans un texte parfaitement maîtrisé. Mais là où il n’y a pas de cœur, il ne peut y avoir sa destruction, juste soulèvement de celui d’un lecteur plongé en apnée dans le sordide. Et là où il n’y a pas d’âme, ou une simple humanité de regrets, il ne peut y avoir de pardon, mais juste le portrait sadique d’un naufrage annoncé. Rien ne vient rédimer Hofmeester de son avidité, de son égoïsme et de son racisme de bon hollandais. Pas même l’amour disproportionné qu’il porte à sa fille cadette qui semble ne pas valoir beaucoup plus que lui. 430 pages avec un moi haïssable est une épreuve que le style de Grunberg – et son plaisir à remuer la fange- ne parviennent pas cette fois-ci à rendre supportable. Peut-être une fois encore en avance sur son temps, ou peut-être simplement coincé dans le désenchantement de sa génération, Grunberg livre une fable sans morale. Son roman provoque un dégoût infertile, car il ne suscite pas la révolte. Juste l’enfermement dans une empathie tranquille pour la médiocrité de l’homme blanc. Et l’on se prend à regretter les saillies un peu folles de “Douleur fantôme” (Omnibus, 2003) et du “Messie Juif” (Eho, 2006) où le désordre et l’hystérie laissaient un peu de place à l’espoir d’une vie qui puisse changer.

Arnon Grunberg, “Tirza”, Trad. Isabelle Rosselin, Actes Sud, 23,80 euros.

« Je ne suis personne, dit-il. J’avais un ego surdimensionné, mais je l’ai réduit de moitié et tu as ensuite continué de le comprimer jusqu’à ce ne soit plus qu’une boulette de viande hachée. Je suis le père de Tirza et d’Ibi. Surtout cela. Voilà ce que je suis, oui, c’est cela et pas grand-chose de plus, mais aussi pas moins. Le père d’Ibi et de Tirza. Je suis père » p. 65

Titien, Tintoret, Véronèse au Louvre : Rivalités sans rivet au Louvre

Mercredi 16 septembre 2009

La grande exposition de la rentrée au Louvre porte sur la seconde moitié du XVI siècle vénitien et se propose de nous montrer combien la rivalité entre le maître incontesté, Le Titien, et les deux étoiles montantes, Véronèse et Le Tintoret, a contribué à l’éclat des arts lagunaires. Une débauche de grandes toiles venues du monde entier, mais extrêmement mal présentées. Début jeudi 17 septembre.

NOTE : VISUELS A VENIR

«Quand la nature créé un homme éminent en un domaine, elle ne le crée généralement pas seul, mais lui suscite en même temps un rival, afin qu’ils puissent profiter mutuellement de leurs talents et de leur émulation »

Vasari, La vie des meilleurs peintres sculpteurs et architectes, 1568

A partir de demain, 86 toiles des grands vénitiens Titien, Tintoret, et Véronèse, mais aussi Bassano, Palma Le Jeune, et Sustris envahissent le Hall Napoléon du Louvre. Venus des plus grands musées des cinq coins du monde (Boston où l’exposition a originellement été montée, Venise bien sûr, Madrid, St Petersbourg, Washington, Chicago, New-York, Vienne, Berlin, et Rotterdam) et de France (Douai, Bordeaux, Rennes), ces chefs d’œuvres doivent être vus et revus. Oui, mais pas n’importe comment. Et le problème est que le commissaire de l’exposition ne semble pas vraiment avoir pensé à la construire.

L’exposition est brouillonne D’une part elle intègre dans les pointillés de son titre, « Titien, Tintoret, Véronèse… », d’autres artistes de la même époque, comme Bassano, qu’elle expose un peu au hasard. et sans expliquer pourquoi. Dès l’entrée, le thème central de la rivalité est annoncé avec zoom sur  LeTitien, LeTintoret et Bassano au premier plan d’une des toiles majeures du Louvre : Les Noces de Cana de Véronèse (que personne n’a d’ailleurs pris la peine de déplacer du département de la Renaissance Italienne du Louvre au Hall Napoléon). Mais de cette rivalité l’on n’apprend rien, si ce n’est que le Tintoret a triché pour obtenir la charge de peindre l’époustouflante Scuola di San Rocco à Venise lors d’un concours « républicain » en 1564. On a beau nous dire et nous répéter dans les textes qui commentent les œuvres qu’une rivalité saine pousse vers le haut, l’agencement même des toiles n’exprime rien de la compétition des maîtres. Et les surtitres, tous signés par le grand Vasari ne sont d’aucun secours. Quant aux influences, elles apparaissent  vaguement une fois, à travers un accrochage qui encourage à penser que pour peindre sa Lucrèce, (1580) Tintoret s’est inspiré de celle du Titien (1571).

Quant aux grands mots de l’histoire de l’art invoqués comme le maniérisme ou « l’impressionnisme » des dernières toiles de Véronèse, ils ne sont ni expliqués, ni illustrés : on pourrait presque passer à côté du sublime Christ au jardin des oliviers, une des premières œuvres peintes en petite touches vers 1560 par Titien., sans la voir .On regrette  alors amèrement la première grande salle du Prado qui énonce clairement comment la grandeur du Titien vient de son ingéniosité à intégrer la perspective dans ses toiles.

En fait, le vrai problème de l’exposition est qu’elle ne choisit pas vraiment entre un message chronologique et un message thématique. Dans la première salle, elle commence par le chronologique pour nous montrer que, si la première moitié du XVI e siècle vénitien a longuement été traitée – notamment à travers l’exposition « Bellini, Titien, Giorgione », à Vienne et Washington en 2006 – les années 1550-1580 n’en sont pas moins foudroyantes. Puis la suite de l’exposition est thématique mais selon des thèmes mal choisis et vagues : « la femme désirée », « Entre sacré et profane », « Portraits de représentation ». Tant et si bien que l’expo-labyrinthe commence et finit par deux versions similaires de Danae des années 1560 signée Titien. Non seulement on a l’impression de tourner ne rond, mais on sort de l’exposition plus désorienté qu’on y est entré.

Des informations fausses sont mêmes suggérées, notamment dans la thématique « Nocturne sacrée » qui se propose de montrer que le côté nuageux et sombre des paysages religieux vénitiens du Tintoret, Véronèse et du Titien est lié au climat spirituel particulier de la Contre-réforme, préconisant une spiritualité individuelle dans l’obscurité. Or dans la section, un Transport du Christ de Veronèse datant de 1520 est accroché. 1520, c’est-à-dire seulement 21 ans avant l’excommunication de Luther et 22 ans avant le concile de Trente !

Bref, si la grande exposition de la rentrée du Louvre tient ses promesses sur la qualité des toiles, il est bien dommage que leur accrochage ne suive aucune logique historique ou simplement pédagogique. A voir en essayant de comprendre par soi-même, comment Véronèse et le Tintoret ont tenté de percer sous l’influence et aussi dans l’ombre du peintre officiel de la République et également plébiscité par Charles V : Le Titien.

A noter :

-Une salle spéciale des collections permanentes du musée est mise au service d’une expérience interactive où vous pouvez entrer dans La Vierge au lapin du Titien (Aile Richelieu, 2 e étage, salle 17).

– Un cycle de conférence a lieu à l’auditorium sur « Peindre à Venise au XVIe siècle », chaque lundi à 18h30, avec pour la séance inaugurale de Michel Hochmann (EPHE) un exposé sur les styles et techniques du Titien, du Tintoret et de Véronèse, le 28 septembre.

« Titien, Tintoret, Véronèse… Rivalités à Venise », du 17 septembre au 4 janvier, Musée du Louvre, Hall Napoléon, de 9 h à 18 h et jusqu’à 20 h le samedi, nocturnes jusqu’à 22 h les mercredi et vendredi, Tarif pou

Opéra : Angelika Kischlager dans Kurt Weill au TCE

Dimanche 13 septembre 2009

La première a eu lieu hier, et la dernière se passe lundi. L’immense mezzo-soprano Angelika Kirschlager interprète à la suite le Mahagonny Songspiel et les Sept pêchés capitaux du tandem Brecht/Weill. Une version de grande qualité d’un classique trop peu connu en 60 min top chrono.

Un rideau moiré s’ouvre sur une joyeuse troupe sortie des années 1930 s’activant au milieu de valises de tailles diverses. Le public est directement placé dans une ambiance d’exil sublimé en conquête d’une ville utopique. Expérimental, le Mahagonny Songspiel ou « Petit Mahagony » est une cantate qui prépare le grand opéra de Kurt Weill, Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny. Mais il contient le principal : le fameux « Alabama song » popularisé par les Doors dans les années 1960 et que les délicieuses Angelika Kirschlager et Catherine Hunold entonnent avec moins de sex-appeal mais bien plus de justesse que Lotte Lenya.

sept-peches-capitauxPlus classiques, mais toujours dans l’ombre du trench brillant de Kirschlager suivent les Sept pêchés capitaux, qui font un come-back remarqué, sous les auspices du chiffre diabolique 66 puisque le ballet chanté a été créé en 1933 au TCE même. Mettant de côté la danse pour laisser tituber Kirschlager sur les tables, la talentueuse metteuse en scène Juliette Deschamps a su moderniser l’oeuvre avec une jolie projection vidéo, dont l’inspiration oscille entre Pabst et Viola ,pour un cri expressionniste plus proche de nous. Avec peu de moyens et peu de personnages, la mise en scène sait ménager le chou, la chèvre et les dents de la biquette: c’est avec légèreté que les messages distanciés et politique de Brecht sont convoyés, l’ironie populaire injectée et l’aspect religieux est fort bien rendu.

L’histoire est celle de deux sœurs, Anna et Anna qui quittent leur Louisiane natale pour réussir aux Etats-Unis et revenir au pays avec assez d’argent pour se bâtir une maison ; elles passent par 7 grandes villes américaines où elles sont confrontés aux 7 pêchés capitaux, danser nues et vendre leur seul outil de travail : leur corps, ne faisant pas partie des pêchés.

La voix échauffée, Angelika Kirschlager est tout simplement sublime, et se transforme en flapper éméchée au rythme de l’Ensemble Modern conduit par Jérémie Rhorer. Mention spéciale pour la géniale costumière Macha Makeïeff qui parvient à affubler les personnages de motifs fleuris et de combinaisons rose framboise pour nous égayer sans les rendre vulgaires.

Deux perles rares à découvrir très vite lundi soir !

Lundi 14 septembre, 19h30, Théâtre des Champs Elysées, 15 avenue Montaigne, Paris 8e, M° Alma-Marceau, 5-135 euros.

Lynch midinette

Mercredi 9 septembre 2009

Sleepdeprived, I can’t walk, I can’t think, but I can still findmyself ten feet from genious David Lynch in a sunny Paris. Write 7 pages of my thesis. Try the traditionnal bristrot Charretier, which is a world in itself (1700 customers a day) , finally enjoy inglorious bastards after being a bit scared to see it (I hate tarantino, and the concept of a western in occupied france spooked me), and now I shall get ready to interview a wonderful writer tomorrow.

yes I was so tired that I was shaking, also a bit surprised, and I am an awful photographer with an awful i-phone, bute there it is:

Mieux vaut voir le génie de dos!

Mieux vaut voir le génie de dos!

Playlist du mois

Dimanche 6 septembre 2009

Cds are arriving every day at the office. Some are really awfull, others are interesting in their “genre”, and a  few really keep our attention with Mike, the rock critique of La boîte à sorties. He discoverd for me beautiful Starboard Silent side. Sophie Hunger is my new favourite (swiss)german songwriter. And my friend Eric gave me the biggest musical schock by playing Captain beefheart’s “Trout mask replica” after cooking some delicious dinner. Of course Dachau Blues kept my attention, but not only. More straight forward Ashtray heart is wonderful. I have so much with which I should catch up, between Puccini and the 1990′.

And Friday, I’ve been taken to the cité de la musique to listent to Yaël Naim. I have something against her : 1) on stage she has no charisma and I did not like her performance two years ago in Bourges. 2) It’s been two years now, that french people -who didn’t know my first name existed before -ask me if I am called Yaël “Like the singer”. Sometimes late at night, people even ask me if I AM HER, very disturbing! Anyways, I was tempted to listen to her tribute to Joni Mitchell at Jazz à la Villette. But she started right away with “case of you”, which had no soul -old or new- but made me cry  a case of pain.

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Découvrez la playlist September avec Starboard Silent Side

I am sick, very sick and overwhelmed (Thesis + damn website + a class of political science to teach this fall and therefore to prepare, I learned on thursday)  and unproductive. Panic attacks prevent me from sleeping and sometimes I feel so tired that I can barely walk, so thinking is out of the question. And if I start to think, it makes the anxiety even worse. I finally caught a cold in this weak position, vodka did not heal me, just brought headache, at a party after the concert on friday. So I decided to have a resting saturday, meaning no work. Soooo resting : 10 am meeting with a friend, 11 am : Body combat, 12h: Sauna, 13 : shopping, 13:30 lunch + family, 14: grandma, antibiotics, 15h20: meeting with a friend who is a talented composer and wants me to think of the jewish text of an oratorio about the three monotheisms, 16h a bad french movie about adultery, a case of Philip Glas18h : books & CD at Gibert, a rip off, 19h: meeting with another composer, we ended our tete à tete for a nice chat with our neighbours, my new specialty, pretty easy in Paris where everyone knows everyone, antibiotics 20:30 dinner at a friend’s : christians, right wing people, jews, and gays mingling, very politically incorrect. 2:30 home, 2:45 antibiotics, insomnia, 2:50 two articles written (I also read a book in the day, buses !), 4:00 not even exhausted, I find an sos message, a friend is feeling bad, I call, 5:00 I hung up, no more voice, I’ve got a bad bad cold (is it the flue?),  I look at the ceiling sneeze and finally sleep. Today was my father’s 76th brithday, lots of blush and I almost looked human by 12:30. We went to the trendy Murano for brunch and it was nice, but nothing is worth the Ritz, says the spoiled girl…. My father is soooooo wonderful.And it is so nice to be  with the fam. They are all happy and full of projects and life. It made my deay, then I went into a long and painful daze…Time to sleep befor I turn into a pumkin, or a zombie…