Archive pour juillet 2009

Rentrée littéraire : Des diplomates de papier

Jeudi 9 juillet 2009

Auteur de plusieurs romans, historien et philosophe, Bruno Tessarech livre avec « Les sentinelles »(Grasset) une belle analyse de l’inaction des « alliés » face aux camps d’exterminations. Écriture classique, thème sensible, beaux personnages ayant pour la plupart réellement existé, le roman est certainement l’un des livres les plus marquants de cette rentrée 2009. Sortie le 1ier septembre.

Note: J’ai quand même raté ma station de métro à cause du bouquin, première bonne surprise de juillet.

Par ailleurs je n’ai pu m’empêcher de mettre une petite chanson satirique sur Wernher von Braun en illustration.

sentinellesTout commence à Evian, aux accords d’Evian, en 1938 où les nations plus très unies se renvoient de l’une à l’autre le problème de donner un sol aux réfugiés juifs allemands. Le seul personnage fictif du roman, Patrice, est un jeune diplômé de Sciences-po assistant avec une rage polie un vieux sénateur français du Quai d’Orsay si diplomate que les pourparlers ne mènent à rien. Un rien noyé dans les jolis principes des droits de l’Homme et des Lumières. Même le ministre des colonies -pourtant juif- George Mandel, refuse d’ouvrir les frontières de Madagascar. Suivent plusieurs anecdotes, à Paris, Berlin, Londres, Prague, ou La Havane, de témoins directs ou indirects de la destruction des juifs d’Europe. Pendant la guerre, à Londres, où Patrice a rejoint De Gaulle dès la première heures, les échos qui filtrent sur les camps de la mort, à partir de 1942, sont tellement soupesés, soupçonnés d’être de la contre-information ou simplement incroyables qu’aucune mesure n’est prise si ce n’est une vague déclaration des alliés contre les exactions nazies commises sur les populations civiles en général. Patrice se lie d’amitié avec Jan Karski, l’un des grands résistants d’un pays vraiment fantôme : la Pologne . Karski a tout vu à Vasrovie : le ghetto, les trains, les corps entassés, la chaux. Mais on ne veut le croire ni à Londres, ni à New-York. A Berlin, Kurt Gerstein devient fou dans sa tâche de responsable l’Institut d’hygiène de la Waffen SS, mais l’ambassadeur de Suède refuse de le croire quand il lui livre la vérité sur la nature de la Solution finale. Jugé à Paris en 1945, Gerstein de suicide, tandis-que son concitoyen, le célèbre ingénieur Wernher von Braun parvient à travailler sur ses fusées v2 dans le camp de Dora sans se douter de rien, et est accueilli à bras ouverts par les américains, pour qui il met au point des missiles balistiques. Le roman se prolonge jusqu’à la mort de Jan Karski, qui laisse derrière lui assez d’archives pour qu’après une carrière diplomatique aussi honorable qu’inutile, Patrice puisse témoigner qu’ils savaient et qu’ils ont laissé faire.

Jan Karski (1914-2000)

Se prolongeant dans le temps aussi loin que les « Lignes de failles » de Nancy Houston, le roman de Bruno Tessarech ne se tessarechgdpréoccupe pas de mémoire mais seulement de faits, d’Histoire, donc. « Les sentinelles » est en effet un concentré d’Histoire, sans autre concessions que celle du beau fil narratif de la langue. A travers diverses anecdotes pas toujours reliées entre elles, dont les personnages sont tous « historiques » (sauf Patrice), l’auteur montre dans un Français légèrement surannée, mais joliment saturée d’images que le monde savait et qu’il n’a rien fait. Si le texte de Tessarech se fait parfois moralisateur, c’est avec l’élégance d’un  discours d’Arsitide Briand à la SDN. Et il n’oublie pas de rappeler encore et toujours, notamment par la bouche de Roosevelt lui-même, cette question morale qui hantait les grands hommes de la Deucième Guerre mondiale: si une guerre est toujours « sale », à partir de quel moment doit-on tirer la sonnette d’alarme quand la violence semble dépasser toutes les limites de l’imaginable?

Un beau roman, fort, et qui se lit d’une seule traite.

Bruno Tessarech, « Les sentinelles », Grasset, 381 p., 19 euros.

« Patrice rédigea une note, qui partir aussitôt chez le général. Lequel convoqua deux jours plus tard son auteur pour lui tenir les propos suivants:

‘Il faudrait comprendre, monsieur Orvieto, que nul n’a encore inventé la guerre propre. Je vais vous choquer et je m’en excuse. Mais qu’après trois années de conflit nous comptions déjà les morts par millions, des soldats, des résistants, des Polonais, des Français des Juifs, eh bien moi, voyez-vous, ça ne me surprend pas trop. Sas doute parce que j’ai été moi-même sur le front, une expérience que peu d’entre vous connaissent. Ma réponse à votre note, elle tient en une phrase, que voici : commençons par gagner cette guerre, nous pleurerons nos morts ensuite’» p. 249-250.

“Once the rockets are up, who cares where they come down

That’s not my department,” says Wernher von Braun

Rentrée littéraire : Entre les tours

Jeudi 9 juillet 2009

Après le succès de son film, J’ai toujours rêvé d’être un gangster, Samuel Benchetrit reprend du stylo et livre pour la rentrée une journée bien particulière : celle d’un collégien de cité dont la maman a été arrêtée par la police au matin. Sortie le 18 août.

Charly est un jeune collégien. Il est né en France mais sa mère et son frère ont émigré du Mali. Le père a abandonné les siens, qui vivent tant bien que mal dans une cité ordinaire aux alentours de Paris. Le roman raconte une journée particulière dans la vie de Charly : celle où sa mère a été arrêtée par la police et où lui s’est caché pour ne pas être pris. Pas d’école, donc pour le pré-adolescent, mais une longue marche dans les dédales de la cité dont tous les bâtiments ont le noms d’artistes des XIXe et XXe siècle à la recherche de son frère, Henry, très intelligent, et très drogué, qui va peut-être pouvoir expliquer à Charly ce que les autorités reprochent à leur mère. Charly parle, parle, parle, dans une logorrhée réaliste d’enfant de dix ans bon en rédaction française. La vie qu’il décrit n’est pas affreuse: il y a l’amour que lui porte sa mère, et celui qu’il voue à Mélanie. Il y a de temps en temps un film, si possible de Charlie Chaplin, et ses bonnes notes à l’école.

Le Charly inventé par Samuel Benchetrit a l’élégance du polisson. Sympathique et affable, il décrit tout de son univers : des écharpes de Mélanie, aux dîners avec sa mère, en passant par ses trucs et astuces pour obtenir ce qu’il veut d’elle et les piles de livres de la bibliothèque municipale. Riche en détails, et lourdement « réaliste », la lecture déborde d’une « vie » un peu artificielle qui épuise le lecteur. A force de vouloir faire « vraisemblable », Benchetrit dégoûte le lecteur de vouloir connaître l’histoire de Charly. Arriver au bout des 297 pages est plus pénible que jouer quatre heures avec un véritable enfant de dix ans. Du coup l’on en oublie presque les conditions terribles dans lesquelles l’enfant babille : sa mère a disparu, il est à la rue, n’a pas un sou en poche et rien à manger. Quant à savoir si les voisins seront compatissants et serviables tous les jours, rien n’est moins sûr…

    Samuel Benchetritt, “Le coeur en dehors”, Grasset, 297p., 18 euros.

    « Au milieu du parc, il y a un manège pour les petits gamins. C’est souvent là qu’on se retrouve avec la bande. On s’assoit sur un banc, autour, et on regarde les mômes d’éclater à tourner dans leurs petites voitures. Oh je les adore les petits gamins. Quand j’en vois u qui se marre, je peux le regarder des heures. Et si j’en vois un qui pleure, ça me retourne le coeur, et je voudrais lui donner n’importe quoi pour qu’il arrête. Nous on n’a pas le droit de monter sur le manège. Rapport on est trop vieux et tout. Mais on en a pas envie de toute façon. Et puis le type qui s’en occupe est un sacré con .» p. 151

Expo : Enki Bilal chez Artcurial

Jeudi 9 juillet 2009

L’Hôtel Marcel Dassault expose depuis ce matin les 350 dessins originaux du nouvel album d’Enki Bilal, Animal’z (Casterman). Un rendez-vous qui se déguste planche par planche et que les fans du graphiste d’origine yougoslave ne manqueront pas.


Les panneaux de bois des très beaux salons de l’hôtel Marcel Dassaut sont un très bel écrin pour les tons gris rehaussés de sang rouges  imaginés par Bilal. Concentrée sur les planches elles-même plutôt que sur l’intrigue du western futuriste de Bilal, l’exposition donne chaque dessin à voir comme un objet en soi. Deux projections viennent apporter des informations supplémentaires : un entretien avec le dessinateur et “Cinémonstre”, un montage compressé en 1h07 des trois longs métrages réalisés par Enki Bilal, Bunker Palace Hotel, Tykho Moon, et Immortel.


Enki Bilal, “Animal’s”, jusqu’au 10 septembre,tljs 10h-19h,  Hôtel Marcel Dassault, 7 rond-point des Champs Elysées, Paris 8h, 5 euros (TR : 3euros).

Notez que le groupe Dassault reverse ue partie des revenus de l’exposition Bilal à l’association Cheer up,qui soutient les jeunes adultes  atteints de cancer.

Anselm Kiefer : Requiem pour un vieil artiste

Jeudi 9 juillet 2009

Pour fêter son départ et les 20 ans de l’opéra Bastille, Gérard Mortier a donné carte blanche à l’immense plasticien Anselm Kiefer. Celui-ci a donc engagé le compositeur Jörg Widman et planté le décor d’une fable germano-biblique : “Au commencement” (Am Anfang).

kiefer2Si pour son couronnement au Grand Palais lors de “Monumenta” en 2007, l’artiste allemand, avait montré toutes les gammes de son savoir-faire, ce “Commencement” musical est à la limite de l’irrespect pour un public qui a du mal à remplir la salle et encore plus de mal à ne pas en partir avant la fin des litanies.

Dès le début, la pièce tombe à plat sur une grande toile en premier plan qui ressemble à une parodie d’Anselm Kiefer et représentant une mappemonde jaune affligée d’un croissant fertile dessiné maladroitement.  Par dessus, la voix d’un Denis Podalydès – pour une fois pas convaincu du tout- lit un texte plus que médiocre (le seul non tiré de la Bible) sur Ninive, Babylone, …. Berlin!

Pour le décor, Kiefer n’a rien crée, reprenant ses grandes tours mi-Babel mi-Auschwitz  et les posant sur une scène qui ressemble à ses tableaux de constellations. La scène est vide, sauf quelques “Trümerfrauen”  aux allures de déportées (ces femmes qui reconstruisaient Berlin avec les main en 1945) faisant cliqueter inlassablement une heure et demie durant des pierres. Une pauvre comédienne  Geneviève Boivin (Dominique blanc s’est décommandée) est sensée représenter la Chekhina d’une voix d’autant plus grandiloquente qu’elle ne comprend pas trop le texte de l’Ancien Testament qu’elle énonce.  Absolument rien à signaler du côté de la musique post-Deuxième Guerre de Jörg Widman, sensée être dérangeante. On attendait du Zimmerman, on attendait du Zorn, et on écoute une vague soupe en déséquilibre.

kiefer1

Le texte même d’explication du projet d'”Am Anfang” ne tient pas la route. Kiefer a transformée la Chekhina, qui dans la tradition mystique juive, est la présence de Dieu dans le monde, en incarnation “du peuple juif élu et banni“, c’est-à-dire aussi en celle du peuple allemand maudit et condamné à entrechoquer des pierres.

“Au commencement dit l’accablement d’un monde, affairé à dénouer les drames pour mieux recréer un espace vide. Un espace constitué d’atomes, qui nous permet de juger avec sérénité de ce qui adviendra, de discerner l’horizon où nous réfugier, d’anticiper l’adieu”

Nous savons tous que c’est le choc de l’Allemagne détruite où il est né  et la conscience de ce qui s’est passé sous le Troisième Reich qui ont forcé Anselm Kiefer à créer. Mais dès le début, avec ses happenings où il faisait le salut hitlérien, Kiefer a toujours été ambigu. L’adhésion à une théologie négative lui a permis de conserver la force d’une transcendance, mais d’égaliser et donc d’anihiler tout ce qui existe.  Ainsi le texte n’est-il constitué que d’oxymore; l’espace scénique doit “être vide” parce qu’il est “constitué d’atomes”. On est d’autant mieux protégé qu’on est accablé etc… Cette manière de renvoyer le rien au tout, le tout au rien, et finalement les deux à un néant qui en vient à mystiquement nier Dieu n’a été que renforcée quand Kiefer  s’est tourné vers la kabbale. Il ne donne pas vraiment l’impression de vouloir étudier les textes de cette kabbale : il préfère se laisser envoûter par les mots et nous faire partager son envoûtement.

Esthétiquement, cette position est une impasse. Quand tout est dans tout et le rien aussi, rien ne se créée vraiment et probablement, Kiefer n’a vraiment rien créé depuis la fin des années 1990. Monumenta a peut-être été la dernière somme de ses inventions. Un peu dommage pour un artiste de 64 ans! Et éthiquement, ce qu’il nous montre est simplement inacceptable, si tout se vaut, le malheur comme le bonheur, le tout comme le rien et le mal, comme le bien alors à quoi bon se rappeler les Trümmerfrauen? On peut aussi bien continuer de crier “Ninive” dans le désert pour le restant de ses jours. Ce qui n’est pas la voie la plus sûre pour tenter d’agir de manière à ce que ni Auschwitz ni Dresde ne se reproduisent.

“Am Anfang” peut laisser l’impression que Kiefer se moque de son public, mais en réalité le fisco est bien plus profond : l’artiste est enfoncé trop loin dans sa mystique pour en rapporter aucun message à  ses contemporains.

Am Anfang“, jusqu’au 14 juillet, vendredi, samedi, lundi, 20h, mardi, 19h, Opéra Batille, 120 rue de Lyon, Paris 12e, m° Bastille, 5, 20 et 30 euros.

Les galeries en Juillet

Lundi 6 juillet 2009

Sous le soleil de l’été les galeries du marais semblent partager une thématique sexe et pop tout à fait raccord avec les robes légères et probablement aussi le besoin de vendre en période de récession généralisée. Du figuratif, donc, et coloré à souhait.

On commence avec la galerie Daniel Templon, aux abords du centre Pompidou (30, rue de Beaubourg) qui propose les photos de « Bondages » de éternellement jeune Nobuyoshi Araki. Sexe, mort et ficelles, donc, avec ou sans poils, mais toujours les yeux fermés et les seins à l’air pour les beaux modèles nippons. Jusqu’au 25 juillet.

Côté 3e, la galerie Yvon Lambert (108, rue vielle du temple)se démarque, avec les réflexions sur le langage de l’immense Robert Barry et du jeune Sstefan Brüggeman, dont c’est la première exposition. Jusqu’au 18 juillet.

Dans la même cour, mais au 3 e étage, la galerie Serge le borgne expose les photos de jürgen Klauke, inspirées de l’actionnisme viennois en mode j’ai dévalisé tout le sex- shop et je ne fais que des bêtises quand eros et thanatos m’obsèdent. En noir et blanc, la série « Viva Espana » dégage une beauté vénéneuse. Jusqu’au 25 juillet.

viva-espagna

Viva España, 1976-1979/2009, tirage noir et blanc 200,5 x 125,5 cm

A côté, 7 rue Debelleyme, Thaddaeus Ropac expose les deux monuments de la photo anglaise, Gilbert and George, leurs figures déformées à la Bosch en grand format sur fond d’union jack. Jusqu’au 25 juillet.

Au n° 5, chez Karsten Greve, les sculptures recouvertes de soie de Liang Shaoji sont étrangement apaisantes. Jusqu’au 29 août.

Chez Eva Hober (16 rue Saint-Claude), Julien Sirjacq continue son enquête sur l’esthétique des espèces, mais fige ses chromes darwiniens dans des impressions sanglées par la technique de la Sérigraphie.

Les immenses sculptures pop aux visages ravagés de Duane Hanson remplissent la galerie Emmanuel Perrotin (76, rue de Turenne), et incarnent bien l’apathie triste de nos sociétés de consommation où l’on ne peut même plus consommer. Jusq’au 11 juillet.

Man on a Mower (Edition 2/3) 1995

Enfin, le panorama le plus intéressant de ce petit tour entre un brunch et un verre de blanc bien frais est l’exposition collective « Effet miroir » à la Galerie Michel Rein (42, rue de Turenne). Les photos reprises par Yaël Bartana à Leni et Herbert Sonnenfeld, présentent des portraits de juifs et palestiniens construisant en paix un kibboutz. Et la vidéo d’Artur Zmijewski sur une femme allemande persuadée d’être la réincarnation d’une jeune homme mort dans les camps de concentration est absolument fascinante. Jusqu’au 1ier août.

Le retour des affreux, des sales et des méchants

Lundi 6 juillet 2009

Le film culte de Ettore Scola, “Affreux, sales et méchants” (1976) ressort en salles le 8 juillet. Copie restaurée pour une épopée familiale pleine de haine.

Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1976, “Affreux, sales et méchants” fait la satire d’un prolétariat corrompu par la société de consommation. Sis dans un bidonville de la banlieue de Rome, le film fait la satire d’une famille nombreuse étouffée par son patriarche : Giacinto. Le grand Nino Manfredi joue ce vieux borgne autoritaire est assis sur ses sous, orchestrant les diverses perversités d’une nichée réduite à l’état animal de bouffer, dormir à même le sol, baiser dans tous les sens et se reproduire. Le dimanche ou pour les baptêmes, ils vont en congrégation à l’Eglise mais c’est pour mieux se jeter sur les spaghetti et fomenter des projets d’assassinat après.  L’argent fascine tout le monde, jusqu’à la mémé sur son fauteuil roulant. Les femmes couchent pour deux lire ou par ennui, les hommes par obsession, et la crasse morale et physique s’entasse dans ce qui semble un état heureux de profonde non-réflexion. La seule grâce que ce film de haine accorde est  le personnage fellinien de la gironde maîtresse de Giacinto, Isinde ( Maria Luisa Santella) qu’il installe dans son lit avec sa femme.

A l’origine, Pasolini devait écrire une préface qui aurait été lue au début du film, mais ila  été assassiné avant de l’écrire. Livré sans gants et sans grille de lecture, “Affreux, sales et méchant” pousse la haine de la famille jusqu’à l’extrême limite de l’insupportable. On rit, non sans gêne, et la comédie impose tout ce qui est vil et bas sans merci pour un  spectateur ligoté. C’est dérangeant et c’est donc sensé être fort, à l’instar de “La Grande Bouffe” de Marco Ferreri (1973).  On peut aussi continuer de préférer la tendresse humaine de “Nous nous somems tant aimés” (1973) et d'”Une journée particulière” (1977).

“Affreux, sales et méchants” passe ce soir à 20h30 au Nouveau Latina, dans le cadre du festival “Paris Cinéma”.

Il ressort en salles mercredi 8 juillet.

“Affreux, sales et méchants”, un film d’Ettore Scola, avec Nino Manfredi, Italie,  1976, 115 min.

Voyage dans les backrooms d’un New-York en crise

Dimanche 5 juillet 2009

Après le « Che », Steven Soerbergh est revenu vers l’an 2008 et fait le pari de nous montrer les dessous de la crise à travers le quotidien d’une call-girl de luxe interprétée par l’actrice de porno Sasha Grey. Édifiant.

Chelsea (Sasha Grey) ne couche qu’avec des hommes aisés auxquelles elle propose l’élégance, le plaisir, mais aussi l’illusion pour une nuit d’avoir une vraie compagne (une « Girlfriend Experience », donc). A travers son journal intime, ses allées et venues entre boutiques de luxe de Soho et hôtels où elle retrouve ses clients, ainsi que par ses entretiens avec un journaliste (joué par Mark Jacobson du New-York Magazine), le public découvre les coulisses de New-York heurté de plein fouet par la crise à l’automne 2008…

girlfriend

Filmé en 16 jours avec une caméra digitale, « The Girlfriend Experience » se veut un film expérimenta et un souffle d’air entre deux grosses productions pour Soderbergh. Il a d’ailleurs été présenté dans une version pas tout à fait achevée en janvier dernier au festival de sundance. Aves des images grises et néanmoins vives, le climat d ‘un New-York réactivant le trauma de 1929 en 2008 y est pleinement rendu. En revanche, le personnage de Chelsea s’arrête à mi-chemin. On en sait trop sur elle (qui a un petit copain acceptant la situation et fait le faux pas de tomber amoureuse d’un client) pour la laisser nous glacer en femme fatale, et l’on en sait pas assez pour vraiment s’attacher à son minois de chat persan. Dans ce film, tout est vraiment glauque. Et avec raison, puisque Soderbergh dépeint un monde où non seulement tout à un prix, de la salle de sport, au sexe, en passant par le sentiment de ne pas être seul, mais il faut aussi se battre pour faire valoir sa valeur marchande. En filigrane des pas chassés en talons glamours de Sasha Grey, « The Girlfriend Experience » étale donc une critique sociale de fond profondément marxiste : dans nos sociétés postmodernes, il n’y a place ni pour l’amour, ni pour les idées, parmi lesquelles surtout pas Dieu, puisque seule l’infrastructure de la valeur marchande et de la violence des rapports de production et d’échange compte.

« The Girlfriend Experience », de Steven Soderbergh, avec Sasha Grey, Chris Santos, Mark Jacobson, USA, 2008, 1h25

Le festival Paris-Cinéma propose une avant-première du film de Soderbergh la veille de sa sortie. « The Girlfriend Experience » est projeté mardi 7 juillet à 19h au MK2 bibliothèque et sera présenté par Eric Kerven (Allociné).

One week in Paris

Dimanche 5 juillet 2009

Burning sun over the parisian terrasses this week, a good change from New-York’s raindrops and I am tanned just by drinking white whine outdoors. A little fairy gave me my old life back. Monday, I had a nice drink with a classic dutchman at “Le Fumoir” before meeting a friend for the press projection of an Israeli movie. A late dinner at a nice restaurant near Bastille brought us an amazing conversation with our neighbours. We stayed late. It is too warm to sleep at night, the appartments keeping the heat of the day, while a fresh breeze makes you want to wander forever in the streets. Tuesday, after the new Martin parr exhibit, we went with my mother and my grandma to a beautiful production of “carmen” at the Opéra comique. Gardiner – who is known to be an amazing baroque conductor- was leading the orchestra. It is strange how Marc Minkowski initiated with his taste for offenbach a fashion  : replacing the interest for XVIIth and XVIIIth century music by a new crush for XIXth century french opera. Wednesday I finally entered the trendiest club in town : “Le Montana”, but the best part of the evening was after, while waiting for a cab on the bd Saint-Germain, we met a famous french “jeune premier”, riding his bike with a friend. It was two in the morning; he stopped, we started talking for one good hour, new people joining the circle to broaden it to a very cool and cozy discussion group of ten. Thursday was the opening of “Paris Cinema”, so after the screening of a french movie gathering all our best actors, we were invited to drink rivers of champagne in the beautiful reception rooms of the “Hôtel de ville”. I met a couple of interesting people and, as I was a member of one of the juries of this festival, three years ago, I bumped into old friends. After that, I did not feel like sleeping so we met at the “Flore” (which is the cornerstone of my life here) with my brother and did some club-hopping in the 8th (Bonheur des dames, néo, baron). Yestrday, I wanted to take a night of to sleep a little, but a friend called me from the garden which is at the feet of my appartment: they were having a picnic in the Champ de Mars, so I joined, and we ended up with this friend – who is a composer- listening to some music while drinking very good whisky at home. He left at 4, after delivering a beautiful subject for my next book : his roomate is just the perfect character, I have to meet this man. The story of my next hero actually made me laugh to tears, for the first time in months. It is good to laugh, I almost forgot what it is like. Tonight, after having my little tour of the galeries of the marais, I joined my brothers for a barbecue on their balcony. Nice and juicy meat, burgers to honour the 4th of july, and then the whole group of 12 went to Bagatelle, a beautiful disco with nonetheless beautiful people in the boid de Boulogne.

I am working and feeding myself with all the culture I like, I could even sing Jacques Brel and Edith Piaf with some dear friends, but I feel so sad, I want to become a stone. An amethyst would be good, I always thought its looked as if it were crying a little every day. Time is supposed to bring me back to life; that is what they say. I am starting to doubt it very calmly.

Roman : Une généalogie libertine

Samedi 4 juillet 2009

Quelques recherches sur la généalogie de sa famille permettent à Gérard de Cortanze de mieux connaître la plus sulfureuse  de ses ancêtres, Marie Galante, qui apparaissait déjà dans le roman « Assam » (Prix Renaudot 2002). La 16 e enfant du roi de Sardaigne hante-t-elle encore le château familial pour expier son comportement libertin ?

Dans les archives de la bibliothèque de Turin, un homme se documente sur le passé de ses ancêtres, les Roero di Cortanze. Dans la somme des documents préparés par une jeune femme brune et appétissante se trouve une lettre érotique du XVIII e siècle. Plus Vénus que Minerve, la documentaliste raconte la légende de Marie Galante à l’homme en quête de ses racines;  elle l’encourage aussi à aller rencontrer le fantôme de celle-ci. Il hante  la chambre où elle a été trouvée entrain de s’ébattre avec un prêtre par son père. L’homme se décide donc à se rendre au château familial, vendu et transformé en hôtel de luxe. Tout y est étrange et troublant, du directeur aux fantômes, en passant par le nouveau propriétaire des lieux.

Situant son texte fantasmatique entre le rêve et l’éveil, Gérard de Cortanze télescope la technologie moderne et une écriture érotique XVIIII e parfaitement reconstituée. Se situant résolument dans le sillage de libertins français comme Crébillon ou Vivant Denon, mais batifolant en Italie,  il tente de redoubler le trouble d’une éducation sentimentale pré-révolutionnaire par une trop grande concordance des siècles. L’intrigue est bien menée, le suspense caressé comme une jolie femme, mais il est difficile de ressusciter les mots avec lesquels on se donnait du plaisir, il y a près de trois cents ans.
Plus agréable que vraiment excitant, « La belle endormie » est néanmoins un petit livre bien agréable à déguster sous le soleil de l’été en pensant à la lumière du nord de l’Italie.

Gérard de Cortanze, « La Belle endormie », Le serpent à plumes, 124 p., 14 euros

« L’image de la bibliothécaire se superposait à celles décrites dans ces pages. Quand je lisais qu’une femme était étendue sur un lit de repos, ‘dans l’attitude la plus voluptueuse, la gorge nue, une jambe levée, l’autre pendant à terre, les cuisses les plus blanches écartées et, par la posture où elle se trouvait, absolument découvertes’ c’était elle que je voyais en réalité » p. 22

Rentrée littéraire : L’odeur de la mangue à midi

Vendredi 3 juillet 2009

Dany Laferrière, l’auteur du “Goût des jeunes filles” (1992) et  de “Vers le Sud” (2006) continue dans la veine autobiographique et narre son retour à Haïti après la mort de son père. Un livre poétique  et politique  sur l’exil.

Part d’Haïti jeune, Dany Laferrière vit entre Montréal et Miami dans un exil nordique assumé. Son père a aussi quitté la famille pour s’installer à New-York. Le jour où il meurt, il laisse derrière lui, dans une banque une mystérieuse valise.  Le fils qui ne l’a pas vu depuis des années fait le voyage à Brooklyn, avant de retourner à Port-au-Prince prévenir sa mère, qui n’a jamais vraiment cessé d’attendre l’homme qu’elle aime.  Cette deuxième partie du voyage, recueil de Césaire en main,  engage pour Dany Lafferière une réflexion profonde et nostalgique sur son être d’auteur exilé, sur ses rapports à sa mère, sa sœur, et son jeune neveu qui veut aussi devenir écrivain, et sur les eaux politiques stagnantes de ce qui demeure “son” pays.

Écrit en petits paragraphes tressés de métaphores et de réflexions touchant à l’aphorisme, “l’Enigme” du retour est à la limite du poème en prose. Par la forme même du texte étalé en chants, ce retour à Haïti se rapproche d’un voyage d’Ulysse.  Mais comme l’écrivait Vladimir Jankélévitch dans son essai sur l'”Irréversible et la nostalgie : “On ne revient jamais ! Celui qui revient, comme le fils prodigue et comme Ulysse est déjà un autre“. Un autre qui est heureux à Montréal, qui est considéré comme un touriste bon à flouer car il vit à l’hôtel, et qui retrouve des nuances d’émotions inattendues dans une famille qu’il a ontinué à aimer et imaginer de loin.  Néanmoins, Ulysse détient encore les codes de l’île et nous les fait partager, avec un réalisme qu’on pourrait qualifier de poétique, tant le désabusement de Lafferière sur l’avenir d’Haïti est plein de compréhension souriante. Et rien n’empêche certaines madeleines locales, comme les mangues fraîches à midi,  de redonner jeunesse et folie à notre sage cicerone.  Un très beau voyage.

Dany Lafferière, “L’énigme du retour”, Grasset, 1ier septembre, 18 euros.

“C’est là que j’ai compris

qu’il ne suffit pas de parler créole

pour se métamorphoser en Haïtien.

en fait c’est un trop vaste vocable

qui ne s’applique pas dans la réalité.

On ne peut être haïtien qu’hors d’Haïti.

En haïti, on cherche plutôt à savoir

si on est de la même ville

du même sexe

de la même génération

de la même religion

du même quartier que l’autre” p. 193-194