Archive pour avril 2009

Paris-Orléans-Paris

Jeudi 30 avril 2009

Sept jours en France, dont deux à Quimper et un à Orléans. Ceci veut dire : pas beaucoup de sommeil. Lundi matin, j’ai pu aller faire les boutiques, histoire d’avoir quelque chose à me mettre sur le dos dans le printemps new-yorkais. J’ai passé un joli moment avec ma maman, à essayer le nouveau Coste de Saint-Germain des près ; ambiance empire guindée et un peu triste à mille lieues du tartare ensoleillé des Deux magots voisins. Puis j’ai circulé dans un Paris légoland pour voir deux très proches amies et me retrouver plongée à Goncourt dans l’ambiance feutrée d’un salon de musique contemporain tenu par un amateur de belles notes que je voulais rencontrer depuis quelques mois. Entre Kurt Weill et Pierre-Yves Macé, le son m’a donné des ailes et donné l’envie de faire ma Rahel Varnhagen dans ce lieu atypique. Je pense bien que j’y serai souvent à mon retour : voici la programmation. La journée s’est close par un fort beau bal masqué en famille dans mon cher opéra Bastille, où –il est vrai- le son est moins pur qu’au met’, mais les voix étaient fantastiques et la mise en scène épurée marchait parfaitement. Ma grand-mère était radieuse, toute de noire vêtue, et mon voisin était absolument adorable, Allemand, avec son papa mélomane à ses côtés. Le monde du net parisien étant petit, nous nous sommes trouvés en deux changements de décor et deux mails, pas mal d’intêrets communs. La nuit a été un peu écourtée par un ami qui demandait l’asyle politique sous mon toit.

Hier fut une journée ensoleillée et à tonalité en3mots. J’adore retrouver l’ambiance du bureau, la réunion de la rédaction de la semaine me manque avec son florilège d’idées boomerangs. La préparer fébrilement à la recherche d’idées entre Voici, les blogs littéraires et les prochains concerts aussi. Et la com’ commence à décoller grâce au grand talent de mon frère que j’ai adoré voir épaulé par notre cousine pour discuter d’un projet passionnant : un vrai blog d’information enthousiaste sur l’Amérique d’Obama. www.Obamazoom.com. Ayant déjeuné (avec ma nounou) et dîné (avec une très proche amie) à ma cantine du quartier, j’ai aimé me laisser emporter par l’adaptation british d’un de mes romans français préférés : « Chéri » de Colette. Frears a un talent excentrique pour faire valser la belle époque, aussi bien qu’il avait retrouvé le soyeux mordant du XVIII e siècle dans ses « Liaisons dangereuses ». Pfeiffer était parfaite et en mère de chéri replète Kathy Bates (oui oui la tortionnaire de « Misery ») était délicieusement extravagante. Rideau tardif après un verre trop sonore aux vieux « Sir Winston » où j’ai sagement pris un coca (pourtant leur liste de whiskys vaut le détour) avec un collègue thésard suisse, bien plus avancé que moi dans l’écriture de sa thèse, mais qui comprenait au quart de tour les affres de mes derniers mois. Dans la nuit, j’ai du finir la lecture des 200 pages comprenant les 141 lettres écrites par Max Jacob à Maurice Sachs entre 1926 et 1930 que la femme efficace avec qui je travaille à l’édition de cette correspondance avait déjà saisie.

Coucher 4h, réveil, 7, et arrivée en fanfare à la gare d’Orléans à 9h du matin. Journée studieuse à reprendre le contenu merveilleux de ces lettres depuis les manuscrits conservés à la médiathèque d’Orléans ; il y a tout dedans : l’amour, l’amitié, la foi, la jalousie, le judaïsme, les leçons de Max sur l’Art poétique, ses calembours et ses blagues, ses mots de vipère, l’homosexualité, des voyages, des croquis de Max, et même un peu de politique.  Bref un bon scénar pour un blockbuster américain.

J’écris depuis le vieux teuf teuf qui me ramène vers Paris, à temps pour passer une soirée avec mon modèle : ma chère grand-mère, son accent russe, son élégance et sa curiosité énergiquement intacte, dîner gourmet chez Senderens, et une pièce de ma chère Marguerite Duras à la Madeleine.

Mariage à Quimper

Lundi 27 avril 2009

5 heures de train aller, 5 heures retour, et il est trois heures du matin et il est grand temps que je quitte mes collants filés sur mes ongles parfaitement rouges. Arrivée en retard hier sous un soleil qui jouait à cache cache avec les nuages sur les vieilles pierres et l’eau de Quimper, j’ai trouvé la voie vers l’hôtel au bord d’un parking de supermarché, et puis celle du glorieux Château de Lanniron où ma meilleure amie de collège épousait l’homme qui la rend heureuse depuis maintenant deux ans.

Scène inaugurale impressioniste dans le jardin éclairé par un soleil baissant, dans une compétition joyeuse de convives élégants -nombreux venus des quatre coins du monde – de champagne, de grands chapeaux, et de chaussures hautes s’enfonçant dans une pelouse encore rehaussée par le miroir d’une rivière.  Adolescentes, L et moi étions indiscernables, lisant les mêmes livres côte à côte et écoutant un Nirvana qu’elle m’imposait. Nos voies ont bien divergé, même si je l’ai reconnue  dans les énormes bocaux de bonbons ornant l’apéritif, les noms musicaux des tables, et une danse commune sur un tube que nous adorions dans les années 1990 : “Freed from desire” de Gala. Après l’essec, L est devenue une talentueuse financière et a beaucoup d’amis dans le même cas. Si bien que je ne connaissais personne à la superbe fête de mariage dans le fief breton de son mari.

Personne sauf sa maman, une des plus belles personnes que je connaisse, iranienne politiquement engagée, que je me rappelle toujours étudiant le droit  dans un nuage de fumée de cigarette et les effluves capiteuses de “Femme” de Rochas. Retournée vivre en Iran où elle “continue le combat” comme elle dit -cette fois-ci pour la cause des femmes-, cette maman modèle n’a pas changé d’un iota. Son discours, qu’elle m’a soumis avant de le prononcer (j’étais très honorée) m’a beaucoup touchée. Court, incisif, poétique et plein d’amour et d’espoir ferme sur le futur. En un mot, parfait. J’ai aussi été très émue de voir le père de mon amie ouvrir le bal en dansant la valse avec elle, si gracieuse sous ses soyeux cheveux noirs en chignon. Ce père est une figure mythique de mon enfance où je ne l’ai pas croisé puisque, opposant politique majeur du régime, il ne pouvait sortir d’Iran.

Le Persan est aussi un souvenir d’enfance et après quelques discussions très sympathiques avec les amis traders et publicitaires qui étaient à ma table, j’ai passé le reste de la nuit à  danser et parler en anglais avec l’un des cousin iranien de mon amie. Nous sommes mêmes rentrés à pied à l’hôtel dans une jolie expédition nocturne d’un kilomètre sous une pluie battante et très couleur locale, moi souffrant du froid dans mon dos nu et des talons estivaux perçant la plante de mes pieds. Heureusement, les gens de Quimper sont adorables et deux petits gars croisés sous un pont d’autoroute ont joué les anges gardiens et nous ont ramené au bord de notre parking du  carrefour, vers l’hôtel.

Réveillée tôt, j’ai apprivoisé par les pieds la ville natale de Max Jacob. Jolie fanfare devant la cathédrale, à l’intérieur, messe d’une piété désormais rare en France et à côté le joli musée dédiait toute une salle à Max. Et montrait une très belle toile de Gauguin, désormais à Edimbourg, et jusque là inconnu de moi : la vision de femmes bretonnes lors du prêche sur la lutte de Jacob avec l’ange. Après une salade au café de la gare, j’ai sauté dans un train pour retrouver mon cher paris. Mais même “en province”, les plus petits détails m’enchantent : le petit cahoua sur le pouce, l’odeur des tilleuls en fleur, les pavés inégaux sous les pattes, Philippe Katerine ou Olivia Ruiz au bal ou au supermarché et le visage changeant du ciel printanier. Que toutes ces choses m’aient manqué montre bien à quel point je suis par chaque pore de ma peau et pas seulement de ma langue, une femme française.

Mon amie R est venue me chercher à la gare Montparnasse et nous sommes parties en virée de filles dans un Paris un peu endormi en ce dernier jour de vacances. Nous avons tellement discuté par téléphone entre New-York et Paris que nous avions l’impression de nous être quittées la veille. Nous avons cheminé sous la nef du Grand Palais, pour l’exposition triennale “la force de l’art” qui fait le point sur la création française contemporaine. Même si les artistes (Philippe Mayaux, Frabrice Hyber, Mircea  Cantor…) sont déjà quasiment “académique”, j’ai trouvé admirable ces commandes d’Etat d’installations et de projections simplement invendables, surtout en temps de crise. Enthouiasmée, au delà de l’aspect ludique, par la réflexion sur l’histoire que ces oeuvres opérent, j’ai enfin bien voulu croire que l’on continue de créer malgré tout, et que les images pops d’obama post-warholiennes disposées à qui mieux mieux dans les foires d’art où les galeries comptent vendre (aussi bien à la fiac qu’a l’armory) ne sont que la surface vaseuse d’un lac de recherche riche et vif. Reprenant la petite voitue rouge à l’envi, nous avons atterri à l’hôtel amour près de Montmartre, où R. a rencontré un fantôme (barbu) de son passé.

Dîner chez mes parents que j’ai enfin vus, avec ma grand-mère et c’était joyeux, animé et agréable. Ils sont ravis que j’aie maigri et s’inquiètent avec amour pour ma thèse. Passage au “cinquième” où mes frères plus petites amies et potes sushisaient devant une série; puis, enfin, verre de vin blanc sympathique place de la contre-escarpe avec un ami compositeur et extrêmement talentueux et une de ses amies cinéphile, belle, pleine de vie. En France, je retrouve mes repères, mon énergie, mon envie de faire d’écrire et de connaitre – plus les gens vivants et créatifs, que les vieux juifs morts ou les épais bouquins de philo sur la sécularisation. Et ça fait vraiment beaucoup, beaucoup de bien

gauguin

gauguin

Roman : Françoise Henry, Juste avant l’hiver

Lundi 27 avril 2009

Après avoir ressuscité la mère d’un héros de 77 ans dans « Le rêve de Martin » (Grasset, prix Marguerite Audoux), la comédienne et auteure Françoise Henry redonne vie à l’après printemps de Prague à travers les amours d’une serveuse racontés par sa patronne à la jalousie intuitive. Un univers résolument féminin plongé dans un hiver qui n’en finit pas.

Ivana est la patronne assez âgée d’un bar de Prague. En 1969, elle observe avec envie les amours clandestines de sa serveuse jeune, lumineuse et slovaque, Anna, avec un des clients. Pavel est un jeune étudiant résistant activement contre le régime. Il risque sa vie et met Anna en danger, dans un pays où tout est interdit sauf discrètement faire l’amour.

Raconter l’histoire simple de la belle Anna du point de vue d’une femme plus mûre, assez pythie et très jalouse est une jolie perspective. Simple et résolument intime, l’écriture de Françoise Henry déshabille de l’intérieur les mécanismes toujours humains qui se cachent derrière le rideau de fer d’un régime répressif. Féminin dans l’empathie, dans les jeux de doubles, et dans la description de la sensualité, « Juste avant l’hiver » est un joli conte de printemps.

Françoise Henry, « Juste avant l’hiver », Grasset, 189 p, 14,50 euros.

« Vous étiez vierge, Anna, si invraisemblable que cela paraisse dans ce pays où le sexe est un des seuls espaces de liberté. Où on fait l’amour tôt, le plus tôt possible, l’amour et la fête comme ces étudiants qui, l’autre soir, ont trouvé le moyen, avec l’aide de l’un d’entre eux placé comme un gardien de nuit, de s’introduire à l’intérieur du musée Folklorique de Prague, pour boire et chanter toute la nuit et s’amuser à revêtir les costumes d’époque poussiéreux dans lesquels ils se sont aimés jusqu’au petit matin… » p. 75-76

Policier : Pas de pitié pour Martin, de Karin Slaughter

Lundi 27 avril 2009

Auteure américaine de romans criminels traduits dans plus de vingt langues, Karin Slaughter joue avec les règles du genre. Traduit et publié chez Grasset comme tous ses autres livres « Pas de pitié pour Martin » (ou « Martin incompris », selon le titre original du livre) met en scène un homme américain moyen au physique et au social, castré par toutes une série de femmes. Il tient enfin son quart d’heure de célébrité quand il se trouve accusé d’être un tueur en série.

Martin est intelligent, il lit beaucoup. Déjà assez âgé, affublé d’un physique ingrat, d’une mère possessive chez qui il habite et d’une collaboratrice menteuse et étouffante, il n’a pas la côte auprès des femmes. Les hommes l’appellent « le bec », avec d’autant plus de camaraderie blessante depuis qu’il s’est fait opérer le nez. Sa vie bascule le joue où l’une de ses collègues est retrouvée assassinée, le sang de la victime étalé sur la carrosserie de sa voiture…

Jouant avec les codes des romans policiers « classiques » qu’elle n’hésite pas à citer puisqu’ils font partie du panthéon des lectures de Martin, Karin Slaughter dresse le portrait vif d’un sympathique looser. Le microcosme décalé qu’elle met en scène à Atlanta va à l’encontre du politiquement correct. Dans un monde où la secrétaire noire est habillée de vêtements vifs volés dans les magasins et où l’inspecteur est une femme mythomane qui s’invente une petite copine lesbienne et cancéreuse pour se faire quelques amis, Martin trône en roi moqué à grand renforts de godemichés collés sur son bureau. C’est seulement dans le couloir de la mort qu’on lui fout la paix et qu’il trouve l’amour. Délicieusement kitsch et léger.
Karin Slaughter, « Pas de pitié pour Martin », trad. Pierre Demarty, Grasset, 153 p, 11 euros.

Roman : Un moment d’oubli, d’Abdelkader Djemaï

Lundi 27 avril 2009

L’auteur du « Nez sur la vitre » et de « Camping » (Seuil) est de retour avec un roman fin et intimiste qui plonge dans la mémoire poreuse d’un homme en deuil. Où l’on apprend que l’immigration peut aussi être un phénomène intérieur pour ceux et celles qui ne peuvent plus vraiment vivre comme les autres.

Une voix intérieure parle depuis un corps décharné. Le laisser-aller est voulu. Jean-Jacques Serrano est un fils d’immigrés italiens bien intégré. Heureusement marié, père de famille, et flic garant du respect de la loi française, sa vie a été brisée, coupée en deux pour s’essouffler sans parvenir à repartir. D’ailleurs, il ne désire pas que le fil normal des jours reprenne. Il regarde ses dents tomber une à une, et il lui reste simplement la mémoire. Celle obsédante et bloquée de la rupture, et celle, plus heureuse des jours passés.

Court et écrit à bout de souffle comme un long chant désespéré, « Un moment d’oubli » marche en somnambule vers une explication nécessairement incomplète car incompréhensible. Pourquoi un homme décide-t-il de quitter un travail dont il est fier et une femme qu’il aime pour sombrer dans une passivité de mort-vivant ? Pourquoi l’histoire s’est-elle arrêtée pour laisser place à une mémoire aussi minérale qu’ogresse ? Comment entre-t-on dans un deuil sans fin ? Et comment choisit-on la dissimilation s ans renouer avec aucune tradition ? Si le lecteur a le fin mot de l’histoire, il ne comprend jamais vraiment cette obstination morbide. L’écriture mûre comme un fruit alcoolisé d’Abdelkader Djemaï travaille l’étrangeté de la voix qui se livre sans jamais se débarrasser ni de sa solitude, ni de son poids. Les images s’entrechoquent : les souvenirs d’une enfance dans une ville française des années 50 entre Tati et Fellini, le blues du policier à l’américaine et la déchéance présente, recréant le puzzle d’une âme morte qui reste toujours et encore étrangère.

Abdelkader Djemaï, « Un moment d’oubli », Seuil, 86 p, 13 euros

« Des couleurs, tu n’en as plus, et loin des tiens, de tes meubles, de ta ville, de ton climat et de tes habitudes, tu es devenu, là aussi, par la force des choses, un émigré, même si tu n’as pas l’accent ni le physique typé. Un émigré de l’intérieur, un naufragé du dedans, un Blanc de race européenne, de confession chrétienne, non pratiquant et né après la guerre, dans le quartier de la Bussatte, un mercredi 27 octobre à 15h30. Un errant aux cheveux gris et aux yeux marron, mesurant un mètre soixante-douze, pesant cinquante-deux kilos, et ayant comme signe particulier une cicatrice sur la mâchoire droite. Un clandestin usé comme ses semelles, enfermé en lui-même et dans les frontières de son propre pays. Mais à la différence de beaucoup de gens venus d’ailleurs, tu sais lire et écrire. Tu connais tous tes droits et tu as la force aussi de te foutre du regard des autres, de leurs paroles, des petits coups de canif qui laissent le cœur en sang » p. 53-54.

Yaël Hirsch

Heureuse qui comme Yaël…

Samedi 25 avril 2009

Grande appréhension pour ce retour à Paris après trois mois d’absence. Et si l’on my avait complétement oubliée? Mes parents, déjà, avaient préféré Bruxelles à ma venue. Et mes amis, allais-je les retrouver ? Ou l’angoisse qui me tient les côtes depuis des semaines allait-elle aussi me séparer d’eux. Pour la faire descendre autour des hanches dans un tour rusé de houla-houp, j’ai donc pris un petit cachet magique qui m’a fait dormir sinon du sommeil du juste, du moins de celui de l’oubli provoqué pendant les 9 heures de vol. Sommeil, qui vu l’heure tardive de mon retour au bercail ce soir, me sera bien utile…

Un coup de fil incertain à mon frère a vite corrigé mes doutes. Il m’attendait au 5 e étage avec un sandwich baguette (yes!) de poulet. A peine débarquée du taxi avec mes cent kilos de livres, j’ai retrouvé toute la rédac, gazouillant et pour les nouveaux venus, contemplant une espèce de mythe que mes frères ont fait de moi. Le mythe aux yeux bouffis cachés derrière des lunettes  noires a alors souri, babillé et décidé de retouver ses bonnes vieilles habitudes.

Energisée par le soleil radieux, mes quais adorés et la pile de livres à chroniquer qui m’attendait, j’ai lavé mes peurs dans un grand bain rapide avant de m’élancer à la conquête de toutes ces merveilleuses nouvelles expositions commencées en mon absence. Cuisses nues (j’ai acheté des collants en route), j’ai pris le premier métro pour Beaubourg, où l’immense exposition Kandinsky m’a éblouie.  Par miracle, il y avait peu de monde vers 16h, et j’ai découvert sa période sombre et russe- celle de la rupture avec Gabrielle Munter et celle probablement d’un désenchantement politique. Enfin, redevenue moi-même, j’ai pêché en  chemin un adorable scientifique suisse que j’ai convaincu de venir voir tout Paris du haut du centre Pompidou et de se laisser noyer dans les fleuves de couleurs de Kandinsky.

Après, j’ai retrouvé L. Pour fêter cela : café dans le marais (hmm enfin un sancerre buvable), et deux très belles galeries : Mircea Eliade et ses jeux de dimensions chez Yvon Lambert, et l’audacieuse Marina Abramovic immobilisée dans ses performances seule ou avec Jan Fabre chez Serge le Borgne. Un film la montrait à l’oeuvre, avalant méthodiquement l’amertume d’un oignon avec la peau, sur un texte où j’ai pu me reconnaitre : ” Je suis fatiguée de changer d’avions si souvent, d’attendre dans les salles d’attente, les arrêts d’autobus, les gares, les aéroports… je voudrais être vieille, vraiment vieille, de manière à ce que tout m’indiffère”. Usant encore une fois de ma force de conviction malicieuse, je l’ai traîné dans un ciné des halles voir le dernier Bertrand Tavernier du Bayou avec un Tommy Lee Jones irréprochable :  “Dans la brume électrique”. Délicieux malgré les inévitables travers de l’adaptation littéraire réflexive. Malheureusement le film n’est pas sorti sur grand écran aux US.

Après un bateau japonais rue St Anne, nous avons rejoint mes deux frères, mon grand frère adopté et pas mal d’amis à un anniversaire dans le Grand Palais même.  Ambiace electro-basquiar dans une salle nouvelle ouverte pour la collection de tags du père d’un ami et dont l’expo a reçu en un mois 75000 visiteurs grâce aux bons soins de com de notre société en3mots. J’ai adoré la visite guidée par mon frère Michaël, excité comme une puce par ce très beau projet. Grand, agréable, de jolis gens et champagne, voilà qui réjouit un coeur, même perforé de doutes.

La soirée s’est fini comme elle se soit à St-Germain des Près (Palette + Echelle de Jacob) avec mes deux frères, la petite amie de l’un d’entre-eux et une autre amie devenue très proche. Vers trois heures la fatigue s’est faite sentir et il est temps de dormir enfin dans mon lit… 2h de repos, avant de partir pour un mariage en Bretagne demain par le premier train… Je n’ai rien à me mettre mais qu’importe, une petite robe bustier rouge pour la mairie et une noire à trous pour la soirée avec une vieille paire de sandale très haute feront l’affaire.

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Glory Lily

Mardi 21 avril 2009

Temps de chien sur New-York, des cadavres de parapluies gisent sur les trottoires où grimaçent quelques passants déjà nostalgiques d’un printemps qui ne vient pas. Les shows ont continué avec T. Avec notablement un anniversaire dans une boîte gay hier : le greenhouse. Numéro notable de strip-tease d’une femme grimmée en nazi et se déshabillant sur “sex-bomb” de Tom Jones. Le fait que nous ayions choisi ce “hit” pour préparer un spectacle à la bar-mitzvah de mon petit-frère et que nous ayions préparé ce show sur les tables de notre hypokhâgne avec T. rendait le grotesque (ou burlesque “comme ils disent”) de ce fascinant fascisme encore plus déroutant. Deux pages de thèse, quelques centaines de pages de George Eliot, une expérience kafkaïenne à la poste et une pause cliché dans un bureau de Columbia plus tard, j’ai rejoint T sous des trombes d’eau devant la Public Library et l’ai emmené dîner chez Katz. Ecrasé par NYC, T est rentré écrire à la maison, pendant que je me rendais à un concert assez attendu : Lily Allen. Mon coup de sang pour “It is not you, it’s me” était déjà un peu passé. Mais j’avais hâte de voir la starlette qui a une double page dans le new-yorker (à égalité avec beyoncé) à l’oeuvre. Grosse encore, mal fringuée (pull à capuche et tunique sur mini-short moulant h&m ont valsé, pour laisser place à un petit top transparent qui laissait voir les plis du ventre et les tétons), Lily a commencé doucement pour monter en puissance dans ce dernier concert américain. C’est l’occasion pour moi d’annoncer que je suis CONTRE le bob comme coupe de cheveux. Ok si posh spice décide de faire sa fashionista, mais ça ne va pas au visage commun de Lily qui était mieux cachée derrière sa frange de paf. Commune (et bien entamée) est le mot pour Lily, qui tentait de toutes les forces et via un grand nombre d’injures de réveiller une salle de gens de mon âge et aussi éveillés que s’ils assistaient au “quatuor pour la fin des temps”. Un peu sursaturée au début (l’accordéon sur synthé, c’est pas terrible), le son est devenu meilleur en accoustique dans le Roseland Ballroom. Et malgré ses excuses pour sa voix un peu éraillée par la pluie et les clopes qu’elle fume sur scène, Lily a une voix magique, qui est la seule raison de ne pas s’en tenir  au CD. La chanson sur son père était vraiment sublime, même si la Allen avait gardé ses deux tubes “It’s not fair” et “Fuck you” ainsi que le premier single de son dernier album pour la fin. Pour le reste, l’autodépréciation et les gros mots avec l’accent anglais ne remplaçent pas le charisme. Et la première partie était si catastrophique (des rockers grossiers de seattle) que j’ai bien avancé de deux-cents pages dans Middle-Marche. En rentrant, papote avec T. Nous préparons la révolution… à échelle humaine.

Il est arrivé

Samedi 18 avril 2009

Sur-activité inacongrue hier, dit la femme aux yeux cernés. Après s’être perdu à l’aéroport, avoir oublié mon adresse et mon numéro de téléphone, mon meilleur ami  T est enfin arrivé. Youpi! J’étais entrain de badiner avec un autre ami parisien, très chic dans sa veste bordeaux seventies de sérieux professeur, quand T. a trouvé le bouton de la sonnette. Il avait l’air si fatigué que je me suis dit que j’avais préparé un programme un peu costaud. Mais à 3 heures du matin à Hell’s Kitchen il voulait encore faire un autre bar (Et à 5 refaire le monde dans une bouteille de vodka, mais ca c’est normal). Première fois à new-york,  première étape ballade dans Union square, expresso décent au café Reggio, puis colloque à la maison française d’NYU sur les intellectuels français en exil pendant la seconde guerre. Laure Adler a parlé en termes exaltés de S. Weil, Annie -Cohen Solal n’avait pas encore vraiment trouvé l’angle de sa présentation (Sartre, Castelli sur qui elle travaille – avec raison- ou la charmante ingénue inconnue qui a mis sartre et breton en contact à NYC?). L’heure francophile a “valu le détour” comme dit mon cher guide vert : laure adler a fait intervenir la nièce de Simone Weil, Sylvie Weil (fille du mathématicien andré j’imagine) qui ressemble comme un gant à sa tante (cheveux bruns roux à ondulations, visage en forme de fraise, et lunettes rondes) avec la joie de vivre et de raconter en plus. Pleine d’énergie et très sympathique (vous imaginez bien que je suis allée échanger deux mots). Suite du programme : dîner à mon cher pastis, avec deux autres amis. Sancerre à tomber par terre, soleil même si pas en terrasse et tartare de gloire. Puis nos amis nous ont emmené à Washington Heights, où ils habitent. Fort Triumph la nuit est superbe. J’ai eu un moment de bonheur pur après une discussion entre fille à regarder le pont qui menanait vers le New-Jersey et se lumières dans la nuit parfumée de New-York avec trois personnes que j’aime. Achat de bon vin dans un beau magasin, puis soirée sympathique : lui étant compositeur allemand et elle étudiante en sciences-politiques de Singapour. J’ai bien discuté un jeune homme à l’accent anglais, américain élevé près de la tombe de Marx à Hampstead, de nationalité française sans en parler un mot et petit fils de Louise de Vilmorin. Tout mignon de rougeurs quand il parlait de la scandaleuse vie de sa grand-mère, il m’a presque donné envie de passer aux hommes jeunes. Dernière étape : la tournée des boîtes gays de NYC, toujours avec T et deux autres amis. Evidemment, en bon français T n’avait pas son passeport sur lui, retour à la maison et une heure de perdue pour avoir le droit d’entrer. J’ai cru que le videur allait l’embrasser quand il est effectivement revenu avec sa pièce d’identité. A l’intérieur zigzagant et immense de la boîte -Amalia 55 e entre 7e et broadway- littéralement des centaines d’hommes jeunes et beaux et gays. Dans les escaliers, je tenais T par la main, quand un des garçons attrappe violemment mes fesses, et me dit qu’il changerait presque d’orientation sexuelle tellement il trouvait mon cul appetissant. Là j’ai souri et j’ai compris pourquoi certaines femmes aiment traîner dans des boîtes gays : on danse, on se fait tripoter, complimenter sans risquer de passer à l’acte. J’ai du entendre trente fois que j’étais ‘adorable’ en deux heures et on a tendance à l’aisser les mains d’un homme homosexuel se ballader sans se cabrer, car poser la main dans le decolleté ou faire des baisers sur les mains et les joues n’est pas sexuel : c’est de la tendresse qui se veut pure. Pour tout dire je dois dire que je trouve ca assez frustrant. Même si la danse me fait du bien, j’ai un peu passer ma nuit à attendre assez seule mes amis qui  chassaient… En plus je suis tombée sur une des mes anciennes étudiantes de Barnard. Que cela m’arrive à Paris où nous nous quittons tous la rive gauche pour aller au BC ou au Baron, d’accord, mais le grand New-York, c’est quand même fou.

Retour paisible et discussion de fond sur l’existence avec T. extirpé des griffes de la nuit, en buvant du jus de tomate et en mangeant des cornichons…. Coucher 6 heures du matin, !!!

Looking for a husband

Vendredi 17 avril 2009

Soirée assez cocasse avec quatre jeunes femmes russes, deux la trentaine bien entamée  une amie de mon âge, et une passé quarante ans et déjà mariée.  Nous étions toutes juives. Le rendez-vous était fixé à 17h30 au bar du four seasons, apparemment le meilleur endroit pour pêcher un mari bien loti. Chevelures impeccables, ongles faits, chaussures prada à talons sans fin, et jupe courte (bon j’avais la jupe courte et les ongles faits, c’est déjà pas si mal, non?),  accrochées au bar nous étions fin prêtes à opérer. Conversation brume d’ennui sur les mérites comparés de Cannes et Marbella, et sur Dubaï qui n’est plus ce qu’il était. A grand renfort de cocktails et de noix de cajou (généreusement offerts par nos nouveaux amis de la finance et de l’immobilier), nous avons bien tenu deux heures et demie, malgré le peu d’hommes intéressants. Un  adorable indien financier, un danois américain noir assez lourd, et à côté un grand ambitieux qui se prenait pour Obama. Plus quelques adipeux un peu édentés. Un d’entre eux a bien failli nous suivre pour le dîner mais cinq femmes pour un grand maigre un peu mou et passablement âgé,  c’était beaucoup, il s’est donc désisté. Et là miracle à  la table du restaurant italien : les conversation n’étaient  pas si légère que ça. La politique et l’histoire faisaient belle figure. Et même les anecdotes sur les dates et autres amours ainsi que les conseils pour attraper un mari ne manquaient pas d’humour. Une des russes un peu plus âgée, superbe, sachant faire ce que j’appelle “les yeux russes” (brumeux, séducteurs) et qui me rappellent ma grand-mère quand elle veut quelque chose (ça marche aussi pour une table dans un café), nous a fait hurler de rire avec une anecdote d’un date arrangé en présence de sa tante qui lui tenait fermement le bras en intimant : “Don’t let him go”. Him étant arrivé une heure en retard et puant la transpiration sur la piste de danse.

Studieuse, J’ai appris que pour trouver un mari, il faut:

1) Balayer  balivernes et sentiments

2) Se définir des objectifs : une d’entre-nous annonçait clairement que tout ce qui l’intéressait était le portefeuille, deux étaient encore dans le vague, et notre leader mariée nous vantait les mérites de son mari irlandais (effectivement charmant, beau, et attentionné, je l’ai rencontré après).

3) Mais ne pas être trop franche, après tout la séduction est un jeu, et dire directement je vais vieillir avec toi pour ton compte en banque ne marche pas, paraît-il…

Bref, je ne suis pas encore mûre pour la chasse au mari; mais il n’empêche que pour les prétendants au poste d’amant j’ai obtenu la palme ce soir avec un charmant juif du montenegro, notre voisin de table qui semblait absolument balayé par un coup de foudre rugissant. Il était peut-être un peu ivre, j’ai donc poliment parlé, me suis assise à sa table très urbainement puis me suis éclipsée en lui laissant quand même mon numéro : Il avait peu de conversation, des amis assez lourds, mais une regard insistant et une moue des balkans qui me rappellent mon grand père et qui peuvent me faire fondre…

Faux extrêmes

Jeudi 16 avril 2009

Devant ma porte traînent quelques chevaux de bois

On dit qu’ils ont volé leurs souliers à une diva

Et qu’ils boivent à la santé des âmes mortes

***

Entre deux cliquetis de canettes de coca

Et les pas empesés des cerises accortes

L’été frôle le glas

Il bouillira trois fois

Avant que les coups ne portent

***

Au pied de l’escalier, en bas

Repose un vieux sommier

Tout gribouillé de joie, de boue

Et des encres qui avortent

Une vieille dame repose, ferme et forte

Elle forge la cendre dans ses jupons de taffetas

***

Ils ne passeront pas

Ceux qui viennent à l’aube et sans escorte

Annoncer l’avenir des débats

Concerto pour ceux qui sortent

***

Mi-radis, mi-cancrelat, la solitude conforte

On fait ses yeux jolis et ses doigts grenat

Et l’on sourit ici, beata quamvis

Le nerf de la scène est en contrebas

Où jouent les dieux, les chats, et des alii de toutes sortes

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Quand le lait est frais et les livres épais

La danseuse a déjà filé ses bas

Une cohorte d’anguilles visse le grabat

D’un tambour qu’on déporte

A quoi bon faire cuire le blé des prélats ?

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La combustion du plexiglas

Le chevalier sans tréma

Et la sainteté au seuil de soi

Supportent l’éternité d’une révolte

On entend l’exéma,

Le calme griffé de l’aorte…

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La voilà !

La maturité

Les pieds nus et ridés

Sa gueule de matza

Est là : Devant ma porte.