Archive pour 30 mars 2009

Roman : Tatiana De Rosnay, Boomerang

Lundi 30 mars 2009

Le très attendu nouveau roman de Tatiana de Rosnay (« Elle s’appelait Sarah » vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, « La mémoire des murs ») sort le 2 avril. D’une plume aussi fine qu’enjouée, La De Rosnay varie avec toujours plus de brio sur son thème de prédilection : le retour de la mémoire familiale refoulée.

Au milieu du chemin de sa vie, Antoine se trouve un peu paumé. Sa femme l’a quitté sans crier gare pour un looser rencontré au Club Med. Il continue de souffrir de leur séparation qui l’a aussi éloigné de ses enfants en pleine crise d’adolescence et par conséquent complètement insaisissables. Quelques kilos pris en un an de célibat forcé, et un travail d’architecte un peu routinier, ne l’aident pas non plus à redorer l’estime de soi. Pour le quarantième anniversaire de sa petite sœur chérie, Mélanie, il décide de lui faire une belle surprise et de l’emmener un week-end à Noirmoutier, là où ils allaient, enfants parfaits, jusqu’à ce que leur mère meure soudainement d’une rupture d’anévrisme. Mais « Il ne faut jamais revenir au temps cachés des souvenirs du temps béni de son enfance », et un souvenir vient distraire Mélanie au volant sur le chemin de retour, précipitant la voiture hors de la route et la conductrice au bord de la mort. Pour Antoine, cette immense peur et une grande culpabilité enclenchent un retour sur soi, et une enquête salutaire sur le passé. Quel grand secret leur mère cachait-elle à sa famille et pourquoi leur père et leur grand-mère ont-ils scrupuleusement effacé toute trace de la défunte ?

Photo : Copyright Charlotte Jolly de Rosnay

Riche en rebondissements, le thriller familial de Tatiana de Rosnay est haletant. L’auteure fait ce qu’elle sait faire : fouiller avec psychologie et finesse la mémoire, mais sans choisir le chemin de la facilité. D’abord prendre un homme comme personnage principal est une épreuve que Tantiana de Rosnay passe haut la main : Antoine est plus que vraisemblable, il est touchant.  Ensuite, le deuxième test et non des moindres est d’avoir su passer de la grande Histoire (La shoah dans « Elle s’appelait Sarah », l’assassinat en série dans « La mémoire des murs) vers celle, plus petite, de mœurs inavouables dans la bourgeoisie des années 1960. Du coup « Boomerang » parle à tous et toutes, et dans la jolie galerie de personnages, chacun de 7 à 77 ans trouvera matière à sympathiser et à s’identifier. Un livre agréable et à ressorts, qui laisse un délicieux goût de « revenez-y ».

Tatiana de Rosnay, Boomerang, Eho, 382 pages,

« Soudain, l’image de sa mère descendant l’escalier dans sa robe bustier noire lui transperça la poitrine comme un glaive. Ses longs cheveux bruns, encore humides après la douche, enroulés en chignon, ses petits pieds fins glissés dans des ballerines en daim. Les taches de rousseur sur l’arrête de son nez. Les perles qui ornaient ses oreilles… Tous les yeux étaient rivés sur elle quand elle pénétrait dans la pièce avec cette légèreté et cette grâce de danseuse dont avait hérité Mélanie. Il la revoyait si nettement que cela lui faisait mal.
– Qu’est ce qui ne va pas ? demanda Mélanie, tu as l’air bizarre.
– Rien, dit-il. Allons à la plage
» p. 29

Tatiana de Rosnay est membre permanent et vice-présidente du jury du prix des lilas, attribué cette année à Stéphanie Hochet pour “Combat de l’amour et de la faim”(Fayard). Voir notre critique.

Proche de ses lecteurs, elle signe souvent ses romans dans de nombreuses librairies. Vous trouverez toutes ses dates sur son myspace et/ou son facebook.

Note : J’ai dévoré Boomerang qui m’a tenu compagnie une nuit d’insomnie à Washington. C’est toujours un plaisir de retrouver l’écriture simple et néanmoins percutante de Tatiana, que je connais peu, mais qui suscite en moi une très puissante sympathie. Et que donc, j’aimerais connaître mieux.

La paix de l’archiviste

Lundi 30 mars 2009

Enfin un grand fou rire dans le métro vers Brooklyn hier soir. Raphaël m’a fait rire et rire pendant les une heure et demie de trajet qui nous menaient d’un concert sépulcral de free jazz par un vieux pianiste “légende vivante pour inconnue morte” à Columbus Circle vers enfin une fête pleine de jeunesse et de gaité chez Chester et Jay. Ils habitent à Sunset park dans une très belle maison où j’ai fini par m’endormir avant de filer vers les 10 heures du matin, la gueule de bois, plus de douleur et sans soutien-gorge pour un brunch dans le upper east-side. Juste ce dont j’avais besoin : des coktails chics griffés “années 30- grande dépression”, des conversations sur la décadence française XIXe, un peu de danse, et une nuit loin de chez moi dans des bras juste tendres. Mes amis sont formidables, je ne le répéterai jamais assez.

Avant j’ai quand même promené Stendhal dans tout Manhattan, bien cachée derrière mes lunettes noires, zombie ankylosée,  et ai à nouveau été touchée par la solitude terrible d’un autre vieux juif.  Impatient (il a le droit à 87 ans!) il a voulu quitter le concert, et la française respectueuse en moi n’a pas pu le laisser marcher dans le froid tout seul. Je l’ai donc raccompagné, ratant quelques elucubrations mystiques de notre pianiste de génie. Quand est-ce que j’intégrerai le “moi d’abord” américain? C’était censé être ma thérapie. Qui vient de loin, de Louis XV, me rappelle souvent ma chère Regina Spektor dans son brillant “Après moi” (le déluge) en anglais en français et en russe.

Ce soir, enfin fatiguée (3 heures de sommeil, 1/2 litre de vodka, un demi Lucien Leuwen, un demi Rosenstock, une grosse injustice e-mailée, et surtout deux heures et demie d’intense conversation avec un collègue historien dans les pattes), je me sens apaisée. Fin de la douleur? Je prépare donc le terrain pour bien bosser et enfin retourner à la gym demain.

“I must go on standing
You can’t break that which isn’t yours
I must go on standing
I’m not my own, it’s not my choice

Be afraid of the lame, they’ll inherit your legs
Be afraid of the old, they’ll inherit your souls
Be afraid of the cold, they’ll inherit your blood
Après moi, le deluge, after me comes the flood”

Yes définitivement survivance ashkénaze avec Regina, et le côté winterreise du piano m’enchante…