Archive pour février 2009

Livre : Nous autres, de Stéphane Audeguy

Vendredi 20 février 2009


Dans son dernier roman, l’auteur de la « Théorie des nuages » (Gallimard, 2005) nous fait voyager dans plus de cinquante ans d’Histoire au Kenya. Un livre qui fonctionne comme une suite d’image saisies au vif.

Pierre, un Français de 33 ans se rend au Kenya pour reconnaître le corps de son père, Michel, et l’enterrer là où l’aventurier de soixante ans aurait aimé reposer. C’est-à-dire au plus profond de la terre kenyane qu’il avait adoptée jusqu’à se donner une mort « locale ». C’est la deuxième fois de sa vie, seulement, qu’il voit son géniteur, et pourtant, presque malgré lui et sans curiosité spéciale, le monde animé qui avait entouré Michel le happe. S’il court assez vite, il trouvera même l’amour dans ce pays si familier malgré ses nouveautés.

C’est en courts chapitres, sans dialogues et sans épanchements sur la psychologie des personnages que Stéphane Audeguy aborde de manière quasi-documentaires plusieurs aspects de la cohabitation entre européens et indigènes au Kenya. Ses flashbacks sur la vie de Michel ou des personnages de son passé donnent au livre une profondeur historique. Le roman a les inconvénients de ses qualités : aussi fortes soient les images dégagées, on ne s’attache pas aux personnages, ni d’ailleurs vraiment aux rapports anciens colonisateurs- anciens colonisés qui ne sont qu’esquissés. A acquérir pour barouder dans sa chambre.

Stéphane Audeguy, “Nous autres”, Gallimard, 17,50 euros.

«P<em>ierre s’approche de la table de marbre où l’on a posé le corps, drapé jusqu’à la taille dans un linge bleu pâle. Il ne parvient pas à être ému. Il essaie pieusement d’éprouver des sentiments filiaux, mais sans succès. La curiosité l’emporte chez lui, comme toujours. En l’absence d’un système de conditionnement de l’air, de beaux ventilateurs brassent des effluves mentholés. Le cadavre sort d’une chambre froide, il est couvert d’une légère pellicule de givre qui lentement atteint son point de condensation. Pierre se demande s’il est congelé profondément ou non. Il pense à ces romans de science-fiction où des individus cryogénisés, allongés dans des cryptes, attendent d’un autre monde, une seconde vie. A ses côtés un employé de la morgue plein de tact attend, l’air recueilli .» p. 18-19.

A perfect day

Vendredi 20 février 2009

La journée a commencé un peu tôt, B. mon ami de Genève venu m’apporter sa joie de vivre et ses grandes idées étant encore à l’heure européenne. Donc petit déjeuner dans central park, puis ballade dans le east side. Et long moment de solitude choisie à voir le très beau film de Wajda sur le massacre de Katyn. Image impeccables, acteur superbes, musique de Penderecki, usage classieux des image sd’rachives (surtout celles comparées des propagandes nazies et russes), et vieux truc du carnet intime- flash back pour nous balancer les images affreuses à la fin du scenario. On ne s’attache pas vraiment aux personnages trop nombreux et aux psychologies trop peu creusées, mais le nationalisme polonais encore et toujours rugissant vient embaumer le coeur comme un chant un peu trop fort. Bon je fais ma fière mais
1) j’avais faim et honte de manger ma salade de pousses d’épinards devant le film
2) je me suis allongée de tout mon long sur le sol et mis les mains devant les yeux pour tenir le choc
3) je suis sortie en hésitant à perdre toute foi ou à juste remercier le seigneur que personne ne tire de balles dans la nuque de personne sur le 7 e avenue un 19 février 2009 à 15h30
La journée a été parsamée d’appels de france et de voix amies, presque aussi proche que si j’étais chez moi.
Puis inévitablement gym, yoga et intérêt pour la prof qui est african-american et suit un cours de judaisme pour se rapprocher de la famille de son fiancé. je lui ai dit qu’elle devrait quand même l’emmener à l’Eglise. Oui, en fait, un petit quart d’heure au val de grâce c’est ce qui m’a manqué aujourd’hui pour que la journée soit parfaite.
Long sauna, Re-salade sur un banc -quinoa et algues-, et puis j’ai rejoint R. et sakyrielle de soeurs pour le concert de Anthony and the Johnsons au Town Hall. Malgré la très mauvaise sonorisation et les minauderies en interludes de l’otarie anthony, c’est incontestablement très bon. Sweet and sour, et une berceuse lointaine.
Tout a fini dans un restaurant thai ou je me suis contentée de boire un verre de vin de prune et de caqueter entre filles.
J’ai quand même lu un petit voegelin dans les transports : les affaires reprennent.

Growing old

Jeudi 19 février 2009

Alors que dans cinq minutes en France je passe la ligne ténue des 27 ans, je profite d’un autre moment de calme pour écrire quelques lignes avant l’arrivée en fanfare (et avec valises) d’un ami de Genève.
Tout mon malheur vient apparemment que je ne sais pas rester en repos dans une chambre, et les quatre livres lus, deux films ingurgités et nombreuses lettres écrites ces dernières 48h ne me consolent pas de ma paralysie. Pour la première fois de ma vie : les affres de la page blanche. Pourtant écrire est ce que je préfère faire, et mes convertis sont depuis 5 ans des personnages centraux de ma vie. Ecrire sur les convertis devrait donc être un feu d’artifice plus solaire que scolaire. J’ai cependant énormément de mal à m’y mettre. J’ai donc des envies de femme enceinte et qui n’arrive pas à accoucher : écouter le Winterreise de Schubert, vider les pots de Hareng, prendre de longs bais brûlants, rester nue toute la journée, voyager, et fumer cigarette sur cigarette en lisant de bons romans. Mais la plus grande tentation serait de rentrer directement à Paris pour fêter mon grand âge avec ceux qui m’aiment. Jamais depuis huit mois ils ne m’ont autant manqué. Je lève donc mon coca light à Paris et ses jolis pavés, où les tentations sont encadrées par mes devoirs filiaux et amicaux, et où je ne me sens pas nulle d’avoir une culture si française. Où les discussions s’éternisent avec alcool et Barenboim, et où coucher n’est pas vraiment jouer. Lehaim, aussi desordonnée et désorientée soit-elle, cette vie entre deux continents.

Pavés plagiaires

Mercredi 18 février 2009

Les jambes par-dessus nez
Je flotte, souple et délestée
Dans le coton urbain de l’hiver

New-York à mes pieds
Je suis libre comme Lucifer
– Libre de tomber-

Décrochée de la peur céleste
La paralysie du poisson dans son verre
Je sautille en apnée
Icare à corps huilé de caractères
J’écris encore et bois le thé

Et retrouve en pieuse étrangère :
Un pas cavalier
Deux trois promesses en l’air
Et un gros coup d’oreiller

C’est la lessive des conifères
Et la lascivité du mystère
Dans l’impasse des larmes crispées

Comme tout voyageur à Cythère
Je compte bien retrouver
Deux trois amis dans l’autre sphère,
Le souvenir d’une prière
Et mes remords si familiers

Pourquoi laisserais-je derrière
Les fantômes muets des cimetières
Les carnets des mille et trois amants jetés
Le goût du soufre, du hareng et de la guerre
Et mon enfance pendue sur le bûcher

Le chemin est long, mesquin et solitaire
Il s’agit simplement de marcher
Sans éviter les pas de travers
Les ravins et les doigts gelés

La fatigue efface la règle altière
Et les désirs trop bien couvés

Sans troupeau et sans fierté
Je suis libre et bergère
Libérée des passivités

Réflexion fructueuse

Mardi 17 février 2009

Après l’article de réflexion théorique hier, voici le résultat dans ma vie pratique.
Le narcisse en question m’a au passage fait découvrir la très talentueuse Edna St Vincent Millay.
Je ne résiste pas à citer ce court poème qui résume les affres vivantes de mon présent:

“First Fig,
My candle burns at both ends;
It will not last the night;
But ah, my foes, and oh, my friends–
It gives a lovely light!”

Toutes les références de ce jeu intellectuel pas si intéressant sont issues de ses Selected Poems, publiés chez perennial classics.

“Dear Fred. I like Edna, thanks.

So if I had to play the game, I would say p. 143, although it is too strong : I don’t want to please you too much.
I am wondering what sick game of a vieux monsieur narcissique you are playing with me, hot and cold, as the great poetess Kate Perry would sing. You spoil me with presents, play the pygmalion, and then demean me with a smile. It is just not fair, and not elegant. Humanly mediocre, and sooo cliché. The power relation you are injecting in this whole mess might suit your ego, but I am getting perverse-proof. It is not working : your forced humor about me being inculte because I am not american or because a movie you loved did not touch me as much is not affecting me per se. It is just spoiling things between us. Maybe they are spoiled since this infamous thursday, when you started “using” me, as you said. Your were bored yesterday, because there is no more dialogue; you don’t even seem to be able to think straight when you are with me, too busy staging a dispisable boulevard comedy.
I could turn this power-relation to my advantage and play with you, holding the mirror in various directions. But I am not interested in that. I just wanted to know you, to be there for you and to respect you. That is why I am harsh and straight forward :
Is there something genuine to save or shall I just flee?
Y.

J’en profite pour remettre mon poème colérique sur Salomé, ca me fait du bien.

Salomé, enfin.

Coulée de cuivre dans l’œsophage
Rugissement assourdissant sur le fil du fouet
Tu me hantes quand les voiles ont cessé de frétiller
Hystérique amoureuse d’un histrion brillant

Ma nudité

C’est inattendu, la brûlure de détresse.
Voilà, je suis une petite fille égarée
La solitude de l’ouate rougie je la connais :
Nous sommes voisines d’enfance
Enlacées par les cheveux et blasphémant de concert
Nous grinçons sur le tombeau de mes douze ans

Mais toi
Toi, et tes cataclysmes en chambre
Honte à toi Ô pieuse victime.
Quart de faux prophète,
Octuor de philistins
Symphonie de pédales à vide.
Excroissance cérébrale.

Lâche présence verbale de tes pieds si sales
Lâche présence aride de tes mains si vides
Lâche présence rouge de l’anti-promesse

Tu m’arraches la peau des reins
Tu violes mes rêves révélant l’essence
Malheureuse ! J’étais plus forte en ton absence
Médusée, malgré ta mort minuscule
Et la mienne la mienne n’est rien :
Tu sais que c’est elle que j’étreins

Je fais semblant de me mouvoir avec les autres
Décalée dans le son, et sage dans l’image Moi
Je vois descendre le couteau, j’entends la limaille
Par-delà la menace j’exècre la volupté

Je te veux substance amère de l’inachevé

Quand tu planes au-dessus de mon ventre
Livré à mon imagination en refus, j’exige :
C’est le droit sacré des jeunes femmes
Prophète ! Je te maîtrise je canalise tes prêches
Le nid de l’entonnoir boueux nie son centre

Ma nudité
Exposée, blessée, dépecée, exhaussée

Quelque chose crie le schofar
Les coups de notre théâtre
Sonnent le glas de la mascarade

Et régulent
Le Hululement limite du lit
Le jacassement moiré du plateau
La pauvre joie de nos deux agonies

Deux heures à t’occulter patiemment
Je me dilate au corps, torve tordue
Mon petit pied de princesse perdue
Danse banalement je boîte débordée

Sous ce saint la scène saigne, déçue
Il est temps de recevoir mon dû.

Je te prendrai, sois tranquille,
Et en morceaux, avec ta bouche de pantin décapité.
(2004)

Narcisse avait une soeur

Mardi 17 février 2009

Hier, je suis enfin allée voir “Two Lovers” de Gray, sorti il y a des lustres en France mais fraîchement projeté aux Etats-Unis. Et je ne m’attendais pas à être aussi violemment bouleversée. Bien sûr, le jeu subtil de Joaquim Phénix ralenti par les médicaments et mimant la vie au bord du gouffre m’a dérangée, bien sûr voir Gweeneth Paltrow en Grace Kelly paumée m’a plu, et bien sûr j’ai reconnu mon New-York dans la lumière intimiste de Gray. Enfin, la famille juive au père encore touchant d’accent, avec Isabella Rosselini en belle et profonde mère, m’a parlé au plus proche. Mais mieux que tout ça, deux questions ont sonné juste et profond en moi.
– La première tient au “mensonge romantique”, cette tendance forte et si vraie à tout de suite vouloir remplir le lieu vide laissé par l’objet vraiment aimé, quitte à le dévaloriser et à manquer de respect humain à son remplaçant en voulant les rendre interchangeables. Narcisse avait une soeur, dans certaines versions du mythe, nous rappelle André Green; ce n’est pas que sa propre image qu’il poursuit mais un fantôme disparu et qui rend l’existence littéralement invivable.
– La deuxième, qui touche peut-être à mes problématiques actuelles, est celle de l’attrait fou et débilitant du pervers narcissique. Avec une première interrogation : dans le film le vieux barbon marié fait courir Gweeneth Paltrow qui fait courir Joaquim Phénix qui fait lui-même courir sa fiancée, chacun sans aucune honte de faire souffrir celui ou celle qui est là pour lui/elle. Est-ce toujours ainsi? Détruit-on toujours un autre sans vergogne, un être humain qui nous aime, pour redorer le blason de son image? A-t-on besoin de cette reconnaissance malsaine? Deuxième interrogation : Pourquoi marche-t-on jusqu’au bout à aider et aimer quelqu’un qui profite de la situation, et vous marche dessus? Quel plaisir prend-on dans cette négation de soi? Enfin, l’instinct de survie ressort-il à un moment ou à un autre? Comment celui-ci se manifeste-t-il? Par la colère? Le désespoir? La décision ferme et douloureuse d’arrêter de tout donner sous pretexte qu’on aime? Quand décristallise-t-on sur le pauvre type paumé qui vous fait traverser tout paris dix fois pour se donner une meilleure image de lui-même, sans vraiment vouloir vous connaître et vous aimer? Réaliser la misère humaine et la banalité méchante de cette personne qui vous dévalorise pour mieux se sentir flotter n’est-il pas suffisant pour prendre la fuite? Pourquoi s’embourber dans une relation qui n’en est pas une, mais le miroir gelé de l’autre évaporé et de son ego? Bref au froid calcul intellectuel et néanmoins perforé du narcisse, il faudrait préférer la sensualité généreuse de Goldmund. Mais les êtres dont le miel coulant de la bouche prend sa source dans un coeur gonflé de créativité sont bien rares. Et peut-être les boude-t-on et les fait-on souffrir pour mieux courir – en écho paralysée- après ce fantasme d’amour qu’est le Narcisse (petit) joueur quasiment malgré lui, puisqu’il transforme ses égarements en jeux de pistes minables.

Princeton

Vendredi 13 février 2009

Ma calme vie new-yorkaise a commencé comme il se doit par un yoga à la sortie de l’avion hier. Ce matin, dans les rues du upper east-side, cela sentait tellement le printemps, que j’ai été prise d’une fièvre acheteuse. Nouveaux vêtements donc, et sac très chic H&M pour sauter dans le train qui me menait à Princeton. J’allais y écouter la classieuse Martha Nussbaum sur le mariage gay. Blonde, maigre, élégamment liftée, avec un débit de mitraillette de la guerre froide, le professeur Nussbaum est à la hauteur de sa réputation. Sa démonstration a été efficace : aucun des arguments contre le mariage gay ne tient si ce n’est un vieux fantasme de contamination basé sur le sentiment de dégoût, pareil à celui que provoquait un couple d’ethnies mixtes dans les années 1950. L’amie qui m’a conduite à cette conférence fait son M2 sur le sujet et a retrouvé sur place trois camarades normaliens. La discussion à table dans une pizzeria classique du New-Jersey m’a ramenée huit ans en arrière. Agrégés et à l’étranger, ces jeunes esprits surdoués n’ont pas changé depuis mon expérience de l’hypokhâgne : des ayatollah de la philosophie. Il y a ce qui est intéressant et ce qui est “nul”. L’intéressant est parfaitement partagé entre des agencements glacés de pensées froides et fortes et des blagues de potaches. Le reste – dont le dialogue même -n’est “que” littérature. Et donc méprisable. Et c’est toujours aussi frustrant de rencontrer tant d’intelligence concentrée sous de si métalliques œillères. De mon côté, j’ai enfin un peu grandi et ne me sens pas forcément conne sous prétexte que je n’appartiens pas à leur monde. Je n’ai même pas tenté ce concours des grands dieux et je crois que, finalement, j’en suis remise, même si pendant longtemps passer devant le 45 rue d’Ulm me glaçait le coeur. Mais je suis toujours surprise et peinée de me heurter à un tel manque de générosité intellectuelle et de ne pouvoir vraiment entrer en conversation avec des gens brillants. Qui plus est Princeton m’a aussi rappelé une autre couche de mon passé, puisque c’est Théo qui avait été mon Cicerone sur le campus lors de ma première visite et de nos premières retrouvailles après 3 ans de rupture. Mais la pizza était délicieuse, le fond de l’air frais et campagnard, et j’étais bien contente de rentrer avec mon gros Gallimard dans le train en écoutant l’excellent dernier album de Lily Allen. A 23 ans, la petite a tout compris, et c’est un bonheur que de l’entendre avec son accent vulgaire et british raconter comment elle méprise un ami raciste (“Fuck you”), comment elle quitte un homme qu’elle ne veut plus revoir (“Never gonna happen”) et surtout comment elle découvre que les hommes de 30 ans peuvent être de très mauvais coups (“It’s not fair”). Il y a là-dedans une vitalité et une envie de bonheur simple qui me ravissent. J’ai du interrompre le fil sur le quai du métro qui ne vient jamais après 10 heures du soir pour engager une conversation passionnante avec un jeune-homme qui a pris le même train que moi et qui enseigne l'”écriture” à Princeton. Dans un premier temps, j’ai demandé à le lire; ensuite, je compte bien lui demander comment on peut enseigner « l’écriture créative”.

Intempéries insomniaques

Mardi 10 février 2009

Ce petit voyage de quatre jour à paris (et Orléans) ne se passe absolument pas comme prévu. Ayant mal réservé mon billet d’avion à l’aller, je me suis retrouvée à courir un marathon vendredo de New-York à l’université d’Orléans pour livrer ma communication sur la conversion de Max Jacob in extremis sans avoir dormi en terrible manque de sommeil (72 heures les paupières ouvertes). Et à l’heure actuelle, je devrais âtre dans l’avion du retour, mais une grosse tempête a annulé ce projet studieux. C’est donc dans un état d’extrême fatigue, mais de surexcitation (programme de ministre) que j’ai passé ces derniers jours à courir en taxi et à pied dans un Paris qui me semblait tout petit playmobil avec dans les oreilles la même musique de mon i-phone qui tournait à New-York. Impossible de se poser plus de trois heures (5-8 heures du matin, après être rentrée d’une fête tardive, avoir écrit des articles, et communiqué sur faceboook avec mes amis des Etats-Unis). Et physiquement à paris,  il y a tant à faire!  ne pas trop tomber malade malgré la fatigue et le forid, être avec mon père, qui a mal au dos et que j’ai plus vu  en quatre jours qu’en deux mois “normaux”.  Embrasser mes frères, échanger des livres avec ma grand-mère, appeler ma nounou que je n’ai pas pu voir. Prendre des cafés ensuite, ou un peu trop de bon chablis, avec les amis si proches et dont je suis si loin. Vérifier qu’ils vont bien, les encourager à se voir les uns les autres sans moi, et raconter trois semaines de vie new-yorkaise éprouvante.  Fêter mon anniversaire un peu en avance en mangeant des crêpes, éclaircir le pourquoi du comment du rapport obsessionnel d’un ami au judaisme de minuit à 3h du matin en buvant du whisky et fumant le cigare. Et bien sur récupérer livres et cds et voir quelques expos pour écrire dans en3mots. Retrouver la vie du bureau, la conférence de rédac et les succès de la com. Enfin, signer pour éditer une correspondance (3h chez une éditrice de droite charmante, place de l’odéon, en compagnie de la Présidente des amis de max Jacob). Après cela, il restait du temps pour une soirée hallucinante hier au baron où des amis les plus divers se se rejoints écouter du mauvais rock, en temps de tempête. Les voir jaloux, danser, trop boire de shots d’absinthe, et craquer les coutures de leur pantalon en bougeant trop fort, m’a donné envie de rire et courir, dans ma petite jupe noire qui ne me portait plus.

J’ai aussi rencontré des gens nouveaux, des personnes qui pourraient devenir importantes. Et je tente de continuer à vivre cette vie trop active  comme un bon scnénario dont j’aimerais bien maîtriser toutes les ficelles. Qui sait, peut-être qu’avant demain matin j’aurais tordu en fil de soie l’ange de l’Histoire.

Livre : L’usure des jours, de Lorette Nobécourt

Lundi 9 février 2009

Dans son dernier livre , l’auteure de “En nous la vie des morts” (Grasset) fait l’inventaire thématique de sa vie de femme, de mère et d’enfant à l’origine non-souhaitée. A la fois mystique et raisonnable, délicate et violente, l’écriture de Lorette Nobécourt embrasse avec justesse toutes les sinuosités de la vie.

A l’âge des “femmes au bord de vieillir”, Lorette Nobécourt dresse un subtil auto-portrait en 44 chapitres qui se lisent comme les étapes d’un chemin de connaissance de soi. De sa naissance non souhaitée par sa mère, à l’attention donnée à l’âge qui vient, c’est de manière presque circulaire que l’auteure se réinvente et se cherche, dans ses moments de détresse, dans ses lectures orientales, dans ses amours et surtout dans son écriture, passée, présente et aussi à venir.

Suite d’aphorismes,”L’usure des jours” dispose chaque mot avec finesse et à l’aune de sa valeur en vie et en sang. Aussi grande styliste que vivante -malgré sa mélancolie- Lorette Nobécourt parvient à se montrer à la fois forte et fragile, une et multiple, grave et déjà sage, dans le choix même de ses phrases. Le livre donne à méditer et à sentir et fait sans autre médiation que l’écriture le trajet qui mène de l’intime à l’universel. On le lit, on le relit, on le médite, et l’on peut aussi s’en nourrir.

Lorette Nobécourt, “L’usure des jours”, Grasset, 12,90 euros.

“Mon équilibre est fragile, mais cette fragilité intrinsèque est exactement ma force. par elle, j’accède à des immensités que les autres ignorent, ces espaces sur lesquels le monde repose et qui réclament d’être dévoilés. Merveilleux ou infernaux. les premiers ne vont pas sans les seconds.
Cette vérité, le sens commun l’a oubliée pour pouvoir fonctionner. Mais ce dont on ne se souvient pas révèle précisément ce que l’on ne saurait oublier” p. 114

Grasset rédite aussi le premier roman de Lorette Nobécourt, “La démangeaison” (1994).

Pour lire l’article paru dans www.en3mots.com sur “En nous la vie des morts” cliquez ici.

Avant un autre départ

Jeudi 5 février 2009

Me voici enfin studieuse dans la nuit à fouiller encore et toujours la vie de Max Jacob. Tendre poète qui m’inspire surtout par sa vie, ses lettres à ses nombreux amis où il distille un art poétique brut, un peu conservateur et très convainquant.
A méditer longuement par exemple, dans une lettre à Jabès : « Un poème est une orfèvrerie : la passion n’est pas le but, elle est un moyen ! Plus elle est contenue, plus elle anime »
Je suis très heureuse de parler de sa conversion vendredi à Orléans mais pas encore fin prête.
En même temps, ça y est, là je crois que j’ai couvert tout le matériel biographique possible, et une bonne partie de la correspondance.
Comme souvent chez mes chers juifs mystiques mort, Max n’avait ni conscience ni même bon sens politique. Je l’aime quand même. Sans lui je n’aurais pas écrit mon premier roman. Sans lui, je serais bien seule.

Dans la lucidité apaisée de février, mes amours tumultueuses se sont apaisées en de fortes camaraderies- venant irriguer le fleuves de mes grandes amitiés new-yorkaises. Du côté des femmes, elles sont d’une solidité nourrissante (aussi intellectuellement). Quelques ombres érotiques convulsent encore dans un dernier sursaut d’encre électronique. La douceur de cette érotisme libre de danger me permet enfin de re-manger presque normalement. Il était temps, je commence à sentir la dureté du sol sur les os de mes fesses, et franchement je commence à l’aimer mon corps voluptueux, je n’ai pas vraiment envie de le corseter maintenant qu’il me seconde enfin fidèlement – en vie et en plaisir.
Je me sens grandir, je me sens plus libre. Et cette ivresse douce ferait presque passer l’amère pilule de la solitude qui en découle. Peut-être ne suis-je pas vraiment une grande amoureuse parce-que, égoïstement, je suis trop occupée à me construire. Pour qui ou pour quoi tous ces efforts?

Cette humeur douce-amère me replonge dans l’excellente Elodie Fregé. Évidemment en illustration de mes choix si simples et si difficile à saisir, j’ai importé “Je te dis non” dirigé par Catherine Breillat. Quoi de mieux qu’une grande perche blonde dansant le tango avec raideur pour me libérer, encore et encore? Et oui, le mois de mon 27e anniversaire est habité par un moi féministe…