Mes pas dans la neige suivent tes pas, Mon Dieu que n’ai-je?
Lundi 19 janvier 2009Oui. Keren Ann, parfaitement, pour clôturer ce joyeux week-end de retour chez moi. Central Park est blanc un peu mimi-cracra et les adultes perdent des décennies en se jetant de la neige au visage. Mes jours sont studieux même s’ils commencent tard pour rattraper mes nuits houleuses.
Hier, première vraie scène italienne de ma vie, au milieu de Broadway. Des cris, des grands gestes, des mots d’une violence inattendue, incongrue, mortifiante. Il manquait juste le linge suspendu aux fenêtres mais il fait trop froid. Je suis passée par le calme décidé, la colère, la rage, le désir, et la tendre empathie. Saisie par la souffrance qui irriguait cette réaction démesurée, je suis cependant restée spectatrice d’une pièce de théâtre: paralysée par la parodie de ce qui est mort dans l’oeuf. “Always one foot on the ground”, je deviendrais presque froide, détachée, et même pire indifférente. Bref tout ce qui me fait peur. J’ai aussi pour la première fois depuis des mois rencontré un ressentiment contre tout ce que je suis, socialement et de caractère. L’erreur est trop grande pour ne pas être intéressante.
Sur une note plus légère, après avoir retrouvé ma gym de chelsea, vendredi, je suis enfin allée voir de aronowsky sur le lutteur avec mickey rourke et n’ai pas été déçue avant de faire une tournée des boîtes gay de la ville : 12/20 au Chelsea Hotel, et un bon 15/20 pour le bar-boîte sympathique de Hellskitchen, Vlada.
Samedi, concert de Jazz au Cachaça avec un ami de Paris, et choc du retour vers le futur à une soirée de doctorants en littérature. Comme lors de mes 19 ans, ils sont déguisés et jouent les potaches au bal de prom en buvant des bières, un vin absolument impossible et truffent leurs pas de danse de références à des théoriciens. Suis-je fatiguée, rabat-joie, ou ai-je passé l’âge?
Eve est de retour en ville et nous avons fêté ça comme il se doit (et avec beaucoup trop de BON vin) chez Pastis, précédé du bar à vin cosi “the Turk and the frog”, et suivi de wagon de train art déco type orient express : “Employees only”.
Ces trois endroits chacun dans leur genre sont résolument ce que les new-Yorkais appellent des “scenes” du west-village, traduisez, “où ça se passe”. Je fonds quand, enthousiaste de Lisbonne et de ses belles personnes, mon cher ami Danny chuinte les S pour me dire que “We’ll take over the portuguezchhhee cheeeene in New-York”.
Il est temps d’aller me coucher après avoir bu jusqu’à la lie la prose violacée et qui se veut limite de Chloé Delaume.


Après la mort de son père, Henri Raczymow lui parle encore. Pour ressusciter leurs dialogues quotidiens, brefs, mais tellement nécessaires, au téléphone. Pour lui dire qu’il écrit ce livre et lui faire comprendre qu’il l’écrit comme il l’entend : c’est-à-dire comme une évocation puissante plus que comme un compte rendu fidèle de la vie de son géniteur.
Dans le nouvel opus de Philippe Sollers, les amateurs et amatrices retrouveront tout ce qui fait le charme puissant de l’écrivain à la fois romancier et essayiste : une culture encyclopédique transmise dans le plaisir, la coexistence pacifique du contemporain et du suranné, qui nous rappelle que le nouveau n’abolit pas l’ancien, et l’éloge d’une liberté aristocratique de mouvement et de pensée qui lave de la nécessité omniprésente d’une jouissance immédiate.
Alors que le procès de Klaus Barbie fait la une des médias, Victor, un énarque arrivé d’une quarantaine d’année (Hyppolite Girardot) se met à enquêter sur le passé de sa mère Rivka (Jeanne Moreau qui retrouve Amos Gitaï après son petit rôle dans « Free zone »), juive d’origine russe et qui n’a jamais parlé de ses parents disparus pendant la guerre. Sa femme, Françoise (Emmanuelle Devos) et sa sœur Tania (Dominique Blanc) l’aident comme elles peuvent dans cette épreuve difficile après des décennies de non-dits.
Depuis que sa dernière petite amie l’a quitté, Gilbert Pastois est très seul dans son appartement de banlieue. A la retraite, il occupe ses journées à fumer, à boire et à suivre un homme qui lui semble aussi seul que lui et qu’il érige en « ami » et en destinataire d’une longue correspondance où il décrit le vide de sa vie. Car, bien que médiocre, Gilbert Pastois a l malheur d’avoir l’intelligence de se rendre compte de sa condition. Il souffre de sa solitude, et d’un manque d’horizon et d’espoir suffocant. La douleur psychologique est telle qu’il s’enfonce dans un cycle de prise de médicaments qui l’entraîne aux bords de la folie.