Ritournelle

7 mai 2012

Au coin du marché voisin
J’ai rencontré, menton embusqué
Dans un longiligne gilet citadin
Le fantôme français et endimanché
D’un chagrin passé : cicatrisé et mis en plis.

Ce n’était pas n’importe quel matin
Toute pimpante et de musique casquée
Je m’en allais voter, passeport en main
Marchant vers l’isoloir, éternelle minorité
J’allais sans minauderie, ni baguette de pain

Épisode d’une rassurante banalité
Avec la pluie et même sans Bastille
Il n’y avait rien de plus Parisien
Et pourtant des années après
J’étais loin, des élections, de loin

De la pharmacie à l’étal du boucher
Le fantôme vaquait à son quotidien
Il était connu, je l’ai reconnu, il m’a souri
Il était accompagné d’une longue moitié
Et cela m’a heurtée comme du parpaing

Et je me suis dit comme ça, pour rien
Que si j’avais été assez longue, assez jolie
Mon fantôme lointain, je l’aurai gardé
Si j’avais su être moitié plus, moitié moins
Je l’aurais peut être conquis, vingt sur vingt.

Perches en rafales

4 mai 2012

Sur un talon perché, bancale et affamée
Je décale une multitude de contrariétés
Éclatante entre deux écailles et pétrie de futilité
J’ai la critique toujours aussi radicale
Et pas de fleurs de Bach aux souliers

J’attends mille vingt trois rafales
Car le pire est aussi sûr que ma fierté
Humble et timide en arrière-cale
J’avance une vues frontales sur coussinets

La douleur pâle a déserté

Restent l’ennui aux cheveux sales
Et de grosses lèvres à dandiner
Trois grandes douleurs, d’un rouge Bengale,
Rongent l’astragale, placent le tibia en collier

Sur une fesse, sororale, je joue à demi-gré
Pose de masque et rituel d’anxiété
Je place quelques éponges de liberté
Sous la lumière amère des étoiles
Je culbute dans le grand oral - à peu près

Tout vient à point, sans bris de pieds
Saignant peu à peu l’ombilical
On oublie ce qu’il faut classer
Sous les ongles tapissés de corail
Sur la nacre des abordages manqués

Soudant les dorsales d’un hiver périmé
On oublie qu’on a pu avoir mal
Mal à tout vouloir écorcher.

A cappella, collée sur le sol dépecé
Sur un talon à peine perché
La tête cogne le bocal du sol
J’ entends mille vint trois rafales
Je retrouve la science exacte du risqué.

#Ledébat

3 mai 2012

La première fois que j’ai tenu un journal, j’ai écrit au dessus de mon texte de pré-ado l’évènement politique marquant du jour. C’était l’élection de Bill Clinton. J’avais donc 10 ans. Toute mon adolescence, même dans les pires affres ou mes échauffements de jeune-fille, comme disent si joliment les allemands, j’ai toujours noté en haut à côté de la date le fait politique à retenir. Souligné deux fois. Et puis contre toute attente je suis entrée à sciences-po… et j’ai détesté devoir me pendre à la prière des news quotidiennes. Rejet, littérature, poésie, effets de langue fleuris. J’ai gardé pas mal de ça jusqu’à la fin du doctorat. Les gens qui parlaient de politique me faisaient l’effet de petits garçons plantant leurs drapeaux et alignant leurs soldats sur une mappemonde décharnée et approximative.

Mais ce soir après 2h45 de débat dense, un moment de concentration- sans pubs, sans pause pipi, sans clope, sans check d’e-mail, sans coup de fil- comme les Français ne sont plus habitués à en avoir depuis des lustres, j’ai envie d’écrire en surligné en hashtag (parce que je suis une grande fille qui tweet tweet) #ledébat2012. Ça aurait pu être le 11 septembre (je prenais l’avion pour Chicago le 12 septembre 2012), 2002, l’élection d’Obama que j’ai pourtant suivie sur place de A à Z. Eh non, c’est Hollande/Sarkozy. Finalement très frenchy, au moment où il faudrait faire les valises…

Plan contestable

2 mai 2012

Une robe d’il y a dix ans, un sujet datant d’un lustre, quelques fleurs, une danse, la tête du prophète et aussi le cocon sûr de David Lynch. Un monceau de cocktails en variations de migraine méritée, quelques trémoussements, un rayon de soleil qui donne foi en l’été, un business plan. Pas de muguet mais 24 roses rouges venues des Pays-Bas. Des chansons tristes, de la musique kitsch, la voix chevrotante d’un héraut de 68,  l’idée d’un saupiquet, un très vieux chinois. L’espace d’être seule, conversation fraternelles, retrouvailles d’amitié et puis des excuses qui m’ont touchée. Un mauvais film allemand, un bon essai sur notre manière de voter, des manifs à tout va- mais dans le métro on rejoint toujours l’anonymat. Quelques pizzas des tomates et plusieurs yaourts au soja. Un film allemand qui voulait être français contenant pas moins de 35 plans contestable. Un flamand photographe et un ancien amant graphomane. Une voix rauque un peu délirante et aussi tout ce qu’il n’y a pas eu : un film japonais cruel, une liqueur de banane, le vernis corail, un sauna renaissance en blanc, un proposition de libéralisme, une proposition d’enfermement.

Les dessous des Caprices

14 avril 2012

Je profite d’une dizaine de minutes avant d’aller interviewer les très londoniens et très branchés breton et les très electro-jazz Caravan Palace pour consigner les quelques points d’orgues en coulisses que vous ne trouverez pas sur TLC. En direct de Crans-Montana, donc:

- Arrivée en fanfare. Le molosse du bureau de presse ne veut pas nous laisser passer sans nos badges ..qu’on était venues récupérer. Je demande avec mon sourire le plus cajoleur “Personne peut-il nous aider?”. Un grand type répond “Que Puis-je faire pour vous ? “. Et nous voilà  escortées jusqu’à nos pass par le fondateur du festival. Yeux bleus, grand sourire, passage par des multiples parkings et ascenseur. Ponctuation fine (avec l’accent valaisan) : “Vous inquiétez pas, c’est pas un mauvais plan”. Ça y est je suis amoureuse…  commence un travail d’enquête approfondi relevé de salutations et sourires de loin quand nous le croisons, très affairé, devant le parking du festival.

- Un rapport suisse très décomplexé à la cigarette. Tout est fait pour encourager les jeunes à fumer. Wagons de vente de clopes + Fumoirs + Kent propose des clopes gracieusement pour faire sa pub (ne sert à rien, les gens fument tous des parisiennes)+Tout le monde fume partout, surtout dans les remontées mécaniques et les salles de concert et surtout quand ils ont moins de 16 ans. Un peu beaucoup pareil pour le pétard.

- Caprices, ce n’es pas Crans, tout est fait pour que les festivaliers n’aillent PAS dans la station de ski chic (interdiction de sortir de la grande tente, toute sortie es définitive)

- Interview de The Do ponctuée de PAD (public display of affection) tout à fait déplacés. C’est touchant mais 25 minutes de papouilles, vraiment gênant.

- J’ai réussi à faire marcher le sauna de l’immeuble (qui est VIDE) : grand bonheur à 85 degrés tous les soirs.

- On a eu un peu de la peine pour les artistes français : Guillaume Coutu avait tout du Loner pathétique, Akhénaton n’a même pas pu se rendre compte qu’il était has been, Yuksek a oublié de faire marcher ses platines, The Do a été deserté, et Julien Doré s’est couvert de ridicule christique.

- Les musiciens de Caravan Palace font des concours de superbes voitures téléguidées (montant jusqu’à 50 km/h) dans la salle du Chapiteau quand elle est vide.

- Je ne saurais pas répondre aux questions stupides que je pose aux artistes; du coup je décroche leur mail pour réfléchir à mes réponses… C’est une technique comme une autre….

Mathieu Boogaerts

12 avril 2012

Petit détour à la Java hier soir où le répertoire et la présence de l’autre Mathieu (et désormais pour moi le seul) m’a complétement scotchée (expression totalement has been, sorry). Constat : Mais pourquoi ai-je jusqu’ici écouté d’une oreille seulement distraite. Bref article TLC, ici. Et suivent quelques vidéos…


Introducing Mirel Wagner

25 mars 2012

Découverte de l’hiver. Triste. Bouleversant. A fui l’éthiopie.

Souhaits fanés

17 mars 2012

Quelques écailles de vinyle brun
Entaillent la pulpe d’un drain
La course claque son blanc sein
Aux plaques froides de l’âge

Une mèche lisse balaie l’étain
Et le ciel se cou-lisse pour rien
Le rouage presse une page vierge
Notre peur a l’odeur fraîche du pain

La peur va et vient
Dans un puits sans plumage
La peur va et tient
Le plomb brûlé dans la main
Même en apnée, je vois moins bien.

Les surtitres pointillent, suaves d’entrain
Tu fixes, je cligne, pupilles de crin
Nos petits carnages d’attente sont sereins
Qui ne dit rage retient la neige
Qui ne dit rien jette le courage

Écarté, tu pétris les dons anciens
Principauté beige du matin
Nous sommes d’altiers perplexes en engrenage
Des grenats perdus en virgules pleines
Tes sourcilleux silences sortent en grains.

Les regrets sont en chemin
Pour la première fois, somnifères
Non, rien de bien
Les regrets sont cartésiens.

Les écailles tombent une à une
Sur les mèches longues d’un grand jardin
Sur le vélo aux cheveux gris grimpant la dune
Et sous l’œil noir de vœux-sapins.

Je rêve parfois d’une longue dame brune
Un peu sorcière, très écrivain
Une fée de khôl qui veut la lune
Et tire ses refus d’acier au quotidien

Je rêve souvent de fumée mince et sage
L’œil clair fixé sur un rivage enceint
Une promenade solitaire qui ne pèserait rien
Quelques grammes d’encre relèvent le pain.

Les regrets sont en chemin
La peur décide des engrenages
Tout est déjà sage
Et le naufrage, certain.

Smokey Landing

2 mars 2012

Ces jours-ci, j’ai envie de gris. Retomber dans mes travers à la quête amollie de cheveux rassurants. Et puis : le vernis opaque sans écaillement. La fenêtre du soir, avec quelques volutes, mais une fois la laque sèche, la chaleur du lit, et les genoux sans chien, ni calmant . Platement passive, se tenir arrondie devant un bol de riz gluant, un verre d’eau de radis et tout poser en plis de contentement. Cultiver aussi les cernes qui prouvent que les nuits sont mises à profit, sans paupières lourdes et sans emportement. Ces temps-ci, J’ai envie de demie-teinte, de rien de trop vivant. Rien qu’il faudrait payer cher après, en grimaces et en tiraillements. Beaucoup de travail, c’est admis, mais seulement si je peux perdre mon temps. J’ai envie de souffler un peu, lentement; de transpirer, mais sans éreintement. J’ai envie du béton sale mais élégant des immeubles haussmanniens et des chaussées vides par mauvais temps. Le gris, ça marche aussi pour les amis : on se parle poliment, j’écoute avec esprit, je raconte la Nouvelle Orléans. On note comme tout mûrit, à table, dans un bon restaurant. Mais pas de grand récit, plus jamais de débraillement ; pas de portrait nu précis, pas d’analyse nourrie d’alcool et de retournements. Le pantalon reste seyant, et les souliers vernis. Une fois que c’est fini, après pas trop longtemps, vers dix heures et demie, j’entame une longues marche dans Paris. Mais seule, talons plats pour le tapis et en harmonie avec mes gants. Ces jours-ci, j’ai envie de gris, plus que des grands feux grisants que j’avais nourris à l’artifice et au renoncement.

Et comme je suis tellement calme et cool, voici le titre de l’illustration : “Paris la nuit”, de Nicolas de Staël, 1954.

Zum Gerburtstag …

18 février 2012

Dans une demi-heure, soit quand j’aurai fini ce petit texte j’aurai 30 ans. Je sors de la cérémonie de clôture du 62ème festival de Berlin. Et je suis dans l’appartement de l’ami d’un ami que j’ai loué à Prenzlauer Berg pour couvrir le Festival pour toutelaculture.com. La cérémonie m’a un peu énervée car nous étions parquées dans un cinéma qui la retransmettait devant un écran ; en plus le film le plus mauvais de la compétition a raflé deux ours. Je suis aussi un peu stressée avec un éternel livre d’Hannah Arendt sur les genoux, car je rentre à Paris demain, et que ma course du mois de février n’est pas terminée puisque vendredi je parle du temps à une conférence de théorie politique à Lausanne. Mais en même temps, je suis assez contente : j’ai plus ou moins accompli en un mois ce que j’aurais pu faire en six, je viens de couvrir mon premier « grand » festival de cinéma, entièrement accréditée, j’ai parlé allemand pendant dix jours (enfin un peu chaque jour), j’ai retrouvé T. une amie que j’avais perdue de vue depuis 7 ans, et ce soir, en plus beau cadeau d’anniversaire j’ai partagé une pizza avec son adorable mari et ses … 3 enfants, tous plus beaux et plus intelligents les uns que les autres. J’ai vaincu le froid glaçant de la ville, les longue barbes que tiraient les autres journalistes, et j’ai posté le Palmarès à 20h10 montre en main sur notre site. Je rentre donc ce soir d’une ville où je m’étais promis de vivre quelques temps avant 30 ans, ce que je n’ai pas fait, avec cette conférence à préparer, un cours à faire, mille rendez-vous à honorer, une boule dans le sein qui m’angoisse en bonne hypocondriaque, et probablement 3kgs de wurz et Kartoffeln en plus sur les hanches. Mais je rentre en fait assez sereine, prête à finir mon premier essai qui n’en finit pas, et prête à me batte à la fois pour que toutelaculture devienne un média de premier plan et pour ne pas lâcher la recherche et l’enseignement que j’adore aussi et qui m’équilibrent. Je rentre à Paris heureuse de retrouver ma ville, prête à me battre pour qu’elle reste une cité pleine de cultures, accueillante et soucieuse de l’autre. Je rentre à pais pleine de questions et de remarque d’adolescente et certaines que je ne me poserai pas pour me résigner mais pour entendre mon souffle aller et venir et bondir à nouveau. Je rentre assez solitaire, malgré les monceaux de messages qui vont me tomber dessus demain et même si je ne saurai pas où et quand voir tous mes amis et ceux qui comptent pour moi avant de repartir. Mais ca fait du bien d’être un peu seule, les 12 heures d’avion jusqu’à la Nouvelle Orléans, il y a deux semaines m’ont rappelé quel bonheur c’était d’avoir du temps devant soi, pour soi tout seul, sans avoir à se soucier de qui que ce soit d’autre. C’est aussi très agréable de faire la fête, et je devrais être dans un bar branché de Berlin entrain de taper sur l’épaule d’un réalisateur grec, mais je me réserve les talons hauts, la danse et les chapeaux pour le mois de mars… Après la fin de la course de février et quelques heures de lecture solitaire.