Slalolipser

3 janvier 2012

La matinée aurait dû être tranquille. J’aurais dû pouvoir me concentrer tranquillement sur mon travail. Et bien PAS du tout, malheureusement mon interface facebook était ouverte. C’est important pour mon travail de journaliste de suivre le fil info, et puis plaisant aussi, parfois… Mais pas ce matin. Étrangement, le matin, ce ne sont pas vos amis étrangers qui vous parlent; non ce sont les amis parisiens qui s’ennuient au bureau et passent le temps en vous dring dring dring parlant. Dans le meilleur des cas ils font une réapparition tout à fait inopportune, mais aussi in-opportuniste. Ils disent juste coucou. Là cava, après tout si on ne s’est pas parlé depuis 3 mois c’est pas sur facebook qu’on va rattraper les infos perdues. Non, les pires sont ceux qui ne vous sonnent QUE pour vous demander quelque chose: un contact, une info administrative, un conseil de sortie théâtre, un plan logement etc… en général ils baignent cette demande pénible et injuste (pourquoi viennent ils vous embêter VOUS et maintenant, ils ne peuvent pas le trouver seul ce super contact à tel magazine? et s’ils sont sûr que vous l’avez, ils ne peuvent pas appeler? ) d’une logghorée moimoimoimesque sur ce qu’ils deviennent et leurs succès de génies géniaux. Ce n’est qu’à la huitième réponse fraîche et évasive qu’ils finissent par demander de manière aussi vague qu’insistante comment vous vous portez. Et là vous êtes tellement fatigué et énervé que vous n’avez même plus la présence d’esprit de répondre comme aux fâcheux qui trompent juste gentiment leur ennui :  “désolée, je ne peux pas trop parler, je suis au bureau”(oui oui je le formule toujours de manière aussi mièvre, ca passe mieux)…Donc on répond : chavachava (spéciale dédicace au Shaga de Marguerite Duras).

A défaut de pouvoir immédiatement appliquer le point 6 de mes bonnes résolutions de 2012, il va falloir que je ruse. Et que je mette un mot sur cette technique filandreuse qui consiste à botter en touche : ne pas répondre aux requêtes éhontées en temps et en patience des “amis facebook”, sans pour autant que d’un coup sorte une violent “oublie moi”, comme celui -bien mérité- que j’ai balancé ce matin (et complétement inefficace le fâcheux a quand même envoyé une réponse de 10 lignes)

Bref, après réflexion, je crois que j’ai trouvé un verbe pour décrire ce difficile art de passer entre les “chat” et de ne PAS répondre aux sollicitations facebook entre 9h et 18h… Quelque chose donc entre la politesse de l’ellipse et la technicité d’un slalom : Slalolipser. Dorénavant, je vais donc Slalolipser, et j’espère que cela aura un goût apaisant de fleur d’oranger et une efficacité quasi-homonyme.

ps: vous comprendrez qu’en écrivant ce billet ici, je fais le pari que dans leur moimoimoiisation éhontée, les fâcheux - et les fâcheuses-  ne viendront pas pêcher jusque dans le journal d’une autre de telles doléances. S’ils y parvenaient, et perçaient à jour mon merveilleux néologisme, je perdrais et ma botte secrète et mon pari : Retour à la case grossière du “va te XXX, oublie-moi!”.

Playlist début 2012

3 janvier 2012

Les inévitables résolutions

2 janvier 2012

Ce soir prend fin une semaine de vacances, c’est à dire une semaine où j’ai pu ne regarder mes mails “que” deux fois par jour :) Jolis moments à Crans Montana en famille. 2/3 d’un chapitre du fameux “livre-extrait-de-ma-thèse”. Et beaucoup les amis parisiens, tous les soir avec ma co-rédac chef adorée au Silencio pour guincher. La principale résolution étant prise en 2011 (3 mois d’air libre), voici les 10 suivantes :
1) Finir le “livre-extrait-de-ma-thèse” et le publier CETTE ANNEE
2) Devenir une vraie business woman avec le projet TLC
3) Clore 2008-2009 (Me remettre à écrire, me remettre à nager, danser, rêver, écouter de la musique classique, me remettre à sérieusement réfléchir, me remettre à avoir envie. )
4) Dormir plus de 5 heures par nuit
5) Enterrer les fantômes inutiles ( ancêtres trop illustres, amis, ennemis, animaux de compagnie, exs en tous genres et autres fâcheux)
6) Savoir dire “non”, “stop”, “je n’ai pas envie”, “je ne peux pas”, “il faut que je m’arrête”, “laissez-moi tranquille”
7) Voyager, voyager (bien engagé pour le mois de février)
8) Dépasser le cap des 30 ans et arrêter d’en avoir peur
9) Faire plus de choses “futiles” : shopping, massages, ongles, et soirées entre filles
10) Me concentrer sur ce qui me rend vraiment heureuse et non sur ce que je dois faire.

Ah et j’ajoute évidemment une 11e clause à cette wishlist légère et fraîche : écrire plus souvent ici. J’aurais dû décrire déjà crans et la folle semaine entre le silencio et le no comment. et je propose de créer une catégorie récurrente, “le taxi de la semaine”…
A checker l’an prochain,
bonne année!

Mon rapport compliqué avec la Flute enchantée

17 décembre 2011

J’ai commencé à entendre les plus grandes voix dans les jupes de ma grand-mère à l’âge de 14 ans. Incapable de lire une note, je réalisais quand même quelle était ma chance, et suis probablement devenue très exigeante. Or soir, il était donc bien normal que j’aille avec ma complice lyrique de toujours voir la version ultra-attendue de La Flute enchantée de Mozart par l’artiste surdoué William Kentridge  et l’ensemble Matheus dirigé par JC Spinosi. J’ai découvert Kentridge très tard, il y a deux ans lors de la rétrospective du jeu de Paume. Mais j’y vite mis bouchées doubles : je suis allée voir trois fois, tellement son œuvre à la fois naïve et finen politique et purement esthétique, ancrée dans l’histoire de l’Afrique du Sud mais prête à poser toutes les questions qui fâchent, m’avait happée. Je me suis donc dit que Kentridge était le seul à pouvoir me rendre la Flute Enchantée enfin à nouveau digeste.

Je crois que je n’ai vu qu’une seule fois la Flute sur scène, avant ce soir. Tout simplement à Bastille, et dans la mise en scène de Bob Wilson (qui m’horripile), avec la voix inimitable de Nathalie Dessay dans le rôle de la Reine de la Nuit. C’était il y a  dix ans. Déjà, j’avais mon opinion bien tranchée ( ce qui est toujours mauvais signe): dans Mithridate, Les Noces, l’Enlèvement ou Don Juan, je buvais du petit lait de l’ouverture au final. Dans Cosi, Idoménée et surtout la Flute, je rongeais mon frein devant la bêtise finie de l’intrigue en attendant les arias qui me faisaient planer.

Après, après, j’ai vu le Don Juan de Losey, une fois, puis deux, puis dix, et j’ai décidé que je ne supporterais aucune autre vision de l’opéra et aucun autre tombeur de Raimundi. Exueunt donc les masques de souris  inventifs de Hanneke, très peu pour moi merci. Pour la Flute cela a été encore différent. Les méandres pseudo spirituels de Tamino m’ont toujours stressée…  Après avoir vu le Portier de Nuit de Liliana Cavani, ils sont carrément devenus traumatiques. Pour faire simple : dans le film une jeune femme et son bourreau dans les camps reprennent leur liaisons dix ans après la guerre à Vienne. Elle, c’est Charlotte Rampling, femme d’un célèbre chef d’orchestre américain, lui c’est Dirk Bogarde, portier de l’hôtel où elle est descendue. Ils se jaugent pour la première fois à l’opéra alors que le mari conduit, devinez quoi? La Flûte enchantée! Et Cavani insère des flash-backs dans les camps, à ces jeux de regards inquisiteurs sur fond mièvre et débile des Pamina et toute la clique luttant contre les forces “du mal” (ie : une reine un brin ridicule et très acariâtre)…

Après ça, Allergie: Même les premières images du film de Bergman m’ont donné plus la nausée que 47 paquets d’ours en gélatine Haribo. J’ai donc consciencieusement évité la Flute et même en envoyant Amadeus, je pressais “fast forward”au moment biographique où… Et puis il y a eu Kentridge, et l’évidence: il faut y aller… non sans appréhension. En un sens j’avais raison d’aller secouer mes ornières: l’artiste dénonce impeccablement les travers nunuches, simplificateurs et politiquement dangereux, de l’opéra. Ca, plus la beauté de son coup de crayon et de ses jeux avec “Les Lumières” m’ont en quelques sortes réconciliée idéologiquement avec l’œuvre : si elle est à ce point criticable, si elle donne ainsi prise, elle n’est plus à prohiber de mon petit panthéon et je peux à nouveau sourire en écoutant papageno et papagena se faire la cour dans la langue que je préfère au monde. Mais d’un autre côté avouons le, malgré les beautés de Kentridge et les trésors d’énergie déployés par le chef d’orchestre, je me suis fermement ennuyée (et ai même violemment piqué du nez, fois-je avouer). Ça m’a semblé tout simplement interminable. Beau et interminable. C’était certainement dû à la qualité moyenne-haute des voix, à part Piaud et le baryton qui interprétait Papageno, et évidemment à l’heure et demie d’errement du premier acte, que la voix de poussin de cette reine de la nuit sans couleur, ni odeur, ni saveur n’a pas su couper comme du mauvais vin.

Conclusion : d’un rapport moral compliqué, je suis passée à une vision de pimbêche blasée sur le dernier opéra de Mozart, bravo pour le progrès!

Pour l’article du Kentridge de ce soir, c’est  déjà ici (ça se passe comme ça chez toutelaculture.com).

Douce France : L’Ordre Moral est de retour

14 décembre 2011

Ce soir, j’ai appris avec stupéfaction que le spectacle dont j’ai écrit une grande partie des textes avec le compositeur Laurent Couson a été censuré par une des plus grande université de France : Tours. Ce concert de chansons raconte en effet la vie d’un artiste qui aime les femmes et l’alcool. Et Laurent chante ses conquêtes et se moque un peu d’elles et de lui quand il dit qu’il aime “faire l’amour à une conne”, promettre qu’il reviendra quand ce n’est pas le cas, où s’oublier avec des beautés exotiques en bon “ethnocentrique”. La directrice de l’Université s’est procuré les textes avant le concert de demain et a expressément demandé que tout texte qui déviait d’une moralité irréprochable soir coupé. Officiellement, d’après elle le public n’a pas envie d’entendre ce genre de chansons… Officiellement, d’après moi, l’ordre moral qui a suivi la commune et auquel on doit l’affreux Sacré Cœur de Paris est de retour. Un ordre moral aux racines profondément catholiques et terriblement réactionnaire… Oyez bonnes gens, bientôt, on se passera les chansons de Jacques Brel en samizdat parce qu’il y est parfois questions de prostituées…

Depuis ce printemps, il se passe quelque chose. Ça a commencé sous un faux mode familier à Avignon, avec les manifestations contre le fameux “Piss Christ” de Serrano (et sa détérioration), ça a continué avec la querelle autour de la pièce de Castellucci (qui se dit lui-même chrétien convaincu) au Théâtre de la Ville. Puis enfin la semaine dernière avec non seulement le blocus de la première de Golgota Picnic au Théâtre du Rond Point (je me trouvais sortir de l’ambassade d’Israël deux heures avant le spectacle et tout le 8e était bloqué, c’était très impressionnant) et avec le faux apaisement demandé par l’archevêque de Paris, qui sous prétexte de ne pas attenter au bon déroulement de cette pièce, a réussi à réunir une force de 4 000 croyants catholiques pour prier pour nos âmes pécheresses à Notre-Dame.

Autant de réactions à des spectacles qui ne sont pas particulièrement anti-religieux mais qui jouent avec l’imagerie catholiques comme on le fait depuis près de deux siècles de Odilon Redon à Bettina Rheims, en passant par les folles années 1970.

Or, d’instinct, je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse uniquement de catholiques extrémistes du type Civitas qui réagissent aussi violemment contre notre société moderne. La masse parle, et assez fort. Or, d’habitude, les catholiques français se lèvent en masses pour des grandes questions sociales (la fin des écoles privées dans les années 1980, le PACS et la question de l’institution du mariage dans les années 1990).

De mon côté,  à sciences-po même, je sens le vent tourner. Le cours de religions et sociétés que j’enseigne  depuis 3 ans commence à diffuser une atmosphère étrange. Certes,  cette année, je ne suis qu’assistante du cours. Je peux interagir avec les 150 étudiants qui le suivent et non plus avec seulement une  vingtaine  comme lorsque j’étais chargée d’une conférence. Peut-être que je vois moins profondément mais de manière plus panoramique leurs engagements. Mais tout de même, il y a deux ans,  et même l’an dernier, la classe écoutait avec attention et intérêt une jeune femme portant un hijab faire un exposé sur la deuxième sourate du Coran. Et les intérêts se répartissaient assez harmonieusement entre les trois montohéisme, l’hindouisme et le bouddhisme. Or, cet automne j’ai vu passer presque 30 propositions de travaux sur la “christianophobie” (sur 150 sujets au choix, touchant en général à “La religion”). Si ce sujet est important et certaines problématiques ont été intelligemment tournées, plusieurs de ces étudiants se positionnaient en “défenseurs des valeurs chrétiennes” et certains glissaient de manière dangereuse (et vraiment bête) vers l’islamophobie sous prétexte de défendre le christianisme. Enfin, parlant des “valeurs chrétiennes”, un séminaire “ouvert” de théorie politique au soit disant “ouvert” collège des Bernardins m’a complétement tétanisée : invitée un peu suprise et de dernière minute, j’ai cru rêver un vrai voyage dans le temps quand  les 3 exposants de la session ont chacun fait un plaidoyer anti-libéral de deux heures et demie. Estimant que seul le baptême donnaient un sens à l’engagement politique,et que seules les  valeurs chrétiennes étaient  démocratiques possibles (sans jamais se poser la question d’autres valeurs, religieuses ou humaines) ces trois éminents intellectuels prônaient un catholicisme de combat reprenant au nom du Seigneur les rênes du pouvoir en France.

Bref, c’est un retour à l’ordre moral que je vois se profiler sans vraiment comprendre : Pourquoi maintenant? Je vois pour l’instant une seule réponse qui me fait peur dans son essentialisme brut : la France demeure et reste “la fille aînée de l’Eglise”, refusant de voir que désormais près d’un quart de sa population est de foi musulmane. Les fameux débats sur la laïcité risquent fort de bientôt tomber à l’eau et ceux du parlement  débuter par une messe comme au cœur le plus tendre des années 1870.

Evidence

13 décembre 2011

J’étais ce matin en salle des profs … (je consacrerai plus tard un billet à la salle des profs de sciences-po, parce que 1) bonne résolution 2012, je vais me remettre à écrire ici 2) C’est une scène de théâtre). N’arrivant toujours pas à avancer mon fameux “livre-issu-de-la-thèse-qui-serait-le-premier-et-peut-être-bien-le-dernier”, j’étudiais des vieux penseurs juifs-allemands et leur conception hantée du temps…

Quand, soudain, au milieu d’un essai sur Hans Jonas et Hannah Arendt, l’évidence m’est apparue : Arendt l’intuitive, n’a pas eu d’enfants (question de sous disait-elle). Ni Louise Weiss l’européenne, ni Edith Stein la sainte, ni Simone Weil l’engagée, et a priori pareil pour Rosa Luxemburg, le totem. Stupeur.

Parmi les autres grandes figures du 20 e siècle (20 e siècle!) qui m’ont construite Duras a eu un fils, de même que Julia Kristeva. Soulagement.

Brûlante pensée tout de même : si Dieu pardonne aux femmes leur imagination et leur érudition, les hommes (ou elles-mêmes? ) ne leur pardonnent pas de savoir penser.

Conclusion : constat d’incompatibilité entre philosophie et enfantement. Contre tout ce que Nancy Houston racontait dans son “Journal de la création”.  nudité triste d’une telle révélation qui me pendait au nez depuis environ 15 ans…

J’ai bientôt trente ans, je suis aussi née au 20 e siècle et il m’arrivait parfois de tenter de philosopher… Heureusement, c’est comme les malabars, le fanta et les hommes. J’ai arrêté.

Treuil tardif

6 novembre 2011

Les pieds noirs de Paris
Quand les masques font tatouage
Quand les talons frappent le roussi
Des fins alliages sur cernes sages

J’ai peur d’une ombre, d’un partage
Les dessous de la tendresse me soucient
Éparpillée, je prends de l’âge
Et laisse trotter les choix précis

Les bottes frottent le parvis
D’une cathédrale aux mille virages
Où tous mes cavaliers sont assis
Je presse la vie vers le carnage

Mais le désastre se travaille aussi
Auprès des druides, le long des pages
En petites touches noires de sursis
J’ai oublié toute la force et ma rage
Pour flotter, méprisable, dans l’indécis.

Surprise par la nuit parisienne

6 novembre 2011

Cela fait longtemps qu’on m’annonce que la nuit parisienne est morte. Que je suis née trop tard pour connaître les grandes heures du Palace. Et l’interdiction du tabac ou les lois sur le tapage nocturne n’ont rien arrangé tuant dans l’œuf le succès de nightclubs comme le parisparis. Il n’empêche que depuis la rentrée j’ai enchaîné une série de soirées plutôt très drôles et décalées où les noctambules faisaient montre d’un certain feu sacré dans l’élégance et l’envie de danser. Les 25 ans de Paris Première au Grand Palais d’abord où malgré ‘ambiance un peu étrange, la magie de la nef et des barbes à papa sur les buffets a opéré et où nous avons suive avec plaisir les impeccables DJs. Ensuite quelques excellentes soirées lors de la Fashion week. Et cette semaine, coup sur coup, deux soirées déguisées post-Halloween où chacun a joué le jeu. L’anniversaire du baron d’abord, improvisé jeudi après une soirée très sérieuse et politique. J’ai inventé un habit de hippie en 30 min pour entrer dans ce lieu que je trouve toujours formidable mais qui cette soirée vrillait de mille feux : princesses africaines, centurions romains, et bédouins majestueux côtoyaient cardinaux et Marie-Antoinettes. Ma favorite : une frêle jeune-fille toute de noir vêtue, un peu vestale, un peu guerrière avec une épée et une tête en plastique dans la main. Je suis allée vers elle et lui ai dit “Vous êtes Judith?”, elle était tellement ravie que je reconnaisse qu’elle a tenu à m’embrasser… Ça avait vraiment de la gueule, et sentait vraiment la danse et la fête…
Quant à ce soir, j’ai annoncé au dernier moment une soirée burlesque autour de la sortie d’une complile électro-jazz par Bart&Baker chez Wagram. L’attachée de presse m’a dit qu’ils souhaitaient surfer sur la vague du film “The Artist”. J’ai donc joué le jeu et enfile ma robe à franges la plus années 1920 et mis mon rouge à lèvres le plus carmin, avec mes talons les plus rétros et les plus hauts pour entrer dans la salle ronde complétement art déco de l’Elysée Biarritz. Concerts, expo, affluence de tous âges très lookée rétro, et musique irrésistible étaient au programme. Ainsi que des animateurs hyper-actifs et même un petit show de danse sexy, avec des jolies femmes de toutes morphologies. Métissage sympathique, sans les fameux zyeutages de check up snob à la parisienne, et rythme étaient au rendez-vous. Bref que du joyeux et de l’inattendu… A suivre, j’espère.

Sinon, petite vidéo de ma trouvaille de la semaine. Le premier album de chanson française qui m’émeut aux larmes depuis le dernier Biolay (bon, et Daphné). Live report à venir après le concert du 14 décembre au Café de la Danse sur toutelaculture.com.

Pierre Lapointe “Le magnétisme des amants” from Audiogram on Vimeo.

Zagreb

20 octobre 2011

Fixer ce plafond, tout juste un mois,
Croiser les jambes, changer de ton
Une Calèche a percuté l’avant-bras
D’un course vernie de vagabonde

Faxe et fonce, et ne tombe pas
En tête des captures abondes
J’ai trouvé un grand manège de bois
Battage au giron, mater tabula
Je gratte, partage,  je manque d’air.
Je porte, donc je n’écris pas.

L’insomniaque s’est saisie du bord de mer :
L’amer, c’est le sucre qui ne nourrit pas
Pas à pas, les portes s’affairent
Et les fers avancent, en claviers sournois.

A petit feu, je me laisse faire
Par l’ami colle et ses vieux rabats
Par mon collier, ses scies en dents de soie
Et aussi : par des pieds - plats
et des pluies - en cuiller…
<Allongée pour un livre ouvert>

Tournent les mèches, tours de Paris
Je rejoue la scène de la calomnie
Au galops cintré des matins trop cuits
Après ceux qui réapparaissent, indéfinis
Quand je siffle un air de Barbara.

“La solitude, c’est très précis
Perma-nente et chapeaux bas !
On ne baisse pas cents fois - c’est trop bourgeois
On dit au revoir, on remercie :
J’ai troqué mes griffes pour du lilas.”

Je vis dans l’ombre d’un voilà
Oracle sûr des mêmes soucis,
Fixe le plafond, la tête en bas.
Je ne baisserai pas les doigts :
Les cratères de mes ébats s’ossifient,
J’aurais du parler seule, ce soir aussi.

Adieu Jorge Semprun

8 juin 2011

Évidemment, nous savions que sa santé était mauvaise, nous nous y attendions. Mais évidemment aussi, personne à la rédaction ne voulait commencer à préparer cette nécrologie que je viens d’écrire d’un ton neutre dans toutelaculture.com cachant si bien les yeux embués.

Les livres de Jorge Semprun m’ont vraiment - à plusieurs reprises- sauvée. Le lire était le seul moyen, dans les années noires de l’adolescence, de me permettre -parfois- d’échapper aux fantômes. D’arrêter de lire, nuit et jour, des témoignages, encore des témoignages. Quand, après trois semaines sans sommeil et hors de la vie, trois semaines de grand froid de pattes de mouches venues d’ailleurs et de si près, je reprenais un de ses romans, il me parlait de Char, de Baudelaire, de Zarah Leander le dimanche aux projections du camp. De Kafka, aussi, de Zoran Music et surtout de Paul Celan. “Pavot et mémoire” est vite devenu mon recueil de prières à ces fantômes si exigeants. Grâce à Semprun, je me suis tournée vers la littérature et non l’histoire . A ses côtés, je sortais d’une mémoire qui n’était pas la mienne mais me recouvrait entièrement. Avec lui, je pouvais m’intéresser un peu à autre chose. Je reprenais goût à la littérature européenne, comme si, émissaire honnête des fantômes de plomb assis sur mes épaules, il m’en avait donné la permission.

J’ai pourtant découvert Semprun tard. En terminale, je crois, si bien que j’avais exactement le même âge que lui, quand il est entré en Résistance. Je n’étais qu’un mauvaise scientifique planchant sur ses maths difficiles et cherchant des parcelles de choses plus vraies, plus charnues, dans les romans. La Deuxième Guerre était encore taboue à la maison et je lisais sans rien dire, en cachette, depuis l’âge de 8 ans, ces fameux récits du désastre. A dix-sept ans, enfin émancipée et ayant même le droit de traverser la rue seule et de prendre parfois le bus ( mais pas encore le métro), je courais à chaque début de vacance scolaire m’offrir de quoi me nourrir à la Fnac. La librarie de mon enfance, rue Du Pont des Loges avait déjà fermé depuis longtemps, et c’est dans les rayons lyophilisés du grand magasin des Ternes que j’ai pêché “Le Grand Voyage”. J’y ai surtout retrouvé les rails, l’enfermement, et un air rare et trop connu pour que le bruissement de vie puisse me parler, derrière le bois pourri, la suffocation et le bruit du métal. Bien plus tard, le Noël de mon année d’hypokhâgne, une amie m’a conseillé “L’écriture ou la vie”. Qui est demeurée une planche de salut et un point de repère dans ces années si douloureuses où seules les marches désœuvrées dans Paris, le froid du sol de la salle de bain contre ma tempe et l’annihilation mesurée de la musique baroque, me tenaient à distance d’une vraie folie. C’est avec Semprun que j’ai passé et à ma grande surprise obtenu le concours de sciences-po. C’est avec lui et l’érotisme enfin proche de sa Montagne Blanche, que j’ai tenu bon face à l’ennui et la superficialité de ce qui nous était offert en deuxième année. Lui et Duras. Pèlerinages nombreux, là où ils se rencontraient, chez elle, 5 rue Saint Benoît. Lui et Duras et bien sûr Resnais dont l’esthétique est demeurée la plus juste pour moi, quand il s’agit de marquer l’incompréhensible et son tango de Rupture.

Et, toujours dans ce quartier si beau d’une nouvelle école hostile, j’ai pu lui dire, de vive voix merci. Ma meilleure amie et moi avons eu la grande chance d’être conviées pour le thé dans son bel appartement de la rue de l’Université, grâce à une très proche amie de ma mère. Étrange expérience que de rencontrer ce grand lion tellement humain, tellement vivant, pour une jeune-fille trop bien éduquée et trop timide de 19 ans. Il était déjà fatigué, attristé par le décès de sa femme, mais terriblement présent et à l’écoute. Quand je lui ai demandé s’il pouvait ou comptait aussi écrire en dehors de son expérience - de la fiction pure-, il a souri, et m’a dit qu’il ne savait pas s’il le pouvait. Comme si l’écriture dévorant la vie ne suffisait pas. Il y avait aussi la vie dévorant l’imaginaire. Semprun a ajouté qu’il essayait de le faire, qu’il était revenu à sa langue maternelle pour écrire vraiment.

J’ai été un peu déçue par “Vingt ans et un jour”, et je crois bien que j’ai commencé l’espagnol pour pouvoir le lire dans l’original. Toujours très bonne élève, avec mes cinquante mots de Castillan, j’ai ému mon prof aux larmes lors d’un exposé sur sa vie et son œuvre. Puis je me suis détachée de Semprun. J’ai posé ses livres sur mes étagères, suis parfois tombée sur lui à la télévision ou dans un débat sur la mémoire, mais j’ai volontairement coupé tout lien intime avec mon départ aux États-Unis. Car les romans de Semprun se sont mis à représenter une période trop dure, un gouffre de ma vie.

Quand des connaissances me disaient qu’il allait mal, que sa santé se dégradait, ou quand je le voyais moins flamboyant sur le petit écran de mon studio, je croisais les nerfs et évacuait la possibilité. de sa disparition. Il m’est aujourd’hui encore impossible de croire qu’un ancien déporté dans un camp nazi -même Buchenwald- puisse vraiment mourir. Et pourtant, l’âge est venu. Et ce soir, j’ai calmement écrit cette nécrologie glaciale. Et ce soir, je me sens étrangement proche de lui. Peut-être parce que sa mort est aussi un adieu à mon adolescence”.